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Mes plus belles gaffes (3)

Avec Amora, on n’aimera pas

Dans le cadre des bonnes relations avec ma copine de l’époque, qui deviendra ma femme, je m’habille le plus bourgeoisement qu’il est possible et me rends dans ma future belle-famille d’où l’on doit se rendre en groupe au mariage d’une amie. Je ne connais personne, je suis à l’aise comme une ballerine sur une plateforme pétrolière. Quand on me demande de me présenter (ma copine s’est évaporée je ne sais où), je tente une plaisanterie trop longue « je suis le fils de la sœur du frère de l’oncle de la mère d’un ami de la mariée » que personne ne goûte et surtout pas la maman de la mariée que je viens de tenter de dérider et qui conclut ma blague par un « houlàlà » glacial qui me recroqueville la tête dans les épaules. Je reprends plus sérieusement mon véritable pédigrée mais il est trop tard, je suis catalogué comme un type bizarre, sûrement fou, la journée commence bien. En effet, elle déroulera une longue perspective de solitude, goûtée minute après minute, avec quelques apparitions de ma future qui s’amuse comme une folle et que je n’ose supplier de rester près de moi. Enfin, tout de même, après moults apéros et digressions bruyantes dont les mariages sont riches, la soirée va commencer. Toute la noce s’agglutine dans une salle des fêtes où un orchestre se met en place. Un grand buffet froid est à disposition. Les parents invitent tout le monde à se restaurer. Voilà au moins une activité qui va me procurer une contenance ; on se sent moins stupide avec une assiette à la main. Je me retrouve à côté de la mariée devant le buffet. Je prends un petit pot de moutarde, soulève le couvercle en plastique et, avec la lenteur d’un cauchemar, je vois une giclée de moutarde bondir littéralement du pot et sabrer d’une longue déjection jaune le corsage immaculé et certainement déraisonnablement coûteux de la mariée. Nous restons également interdits, face à face ; elle, bouche ouverte sur un cri qui ne se décide pas à sortir ; moi, en somme plutôt mort, les neurones paralysés, le regard rivé sur la tache immonde et spectaculaire qui vient de ruiner le reste de la soirée, les photos de toute une génération de souvenirs et le peu de bienveillance qu’on pouvait encore me témoigner ici. Je me confonds en excuses incrédules, je suis atterré. Sans un mot, la jeune femme file vers les toilettes, suivie de la mère indignée. Le reste de la soirée est absolument inracontable. Des groupes, formés autour de ma victime, déplorent la tache qui refuse de s’effacer complètement et chuchotent en me regardant ; on m’évite, à moins qu’on me moque dans un verbe alcoolisé, ce qu’à tout prendre, je préfère. Je ne sais pas de mariage dont le souvenir pût m’être agréable, y compris le mien, mais celui-là a en quelque sorte couronné les autres, et me permet aujourd’hui de repenser la notion de solitude humiliée quand j’en ai besoin pour un de mes personnages.

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