samedi, 14 juin 2008
Les choses sérieuses
Une vente aux enchères. La première de ma vie. Un public d'habitués, la commissaire-priseur connaît tout le monde, l'ambiance est sympathique. La vente commence. On vend des livres par cartons entiers. Je suis là pour ça, au terme de circonstances pas très gaies mais que vous me pardonnerez de ne pas expliquer davantage. Les cartons de beaux livres montent à 200, 400 euros. Etonnement des p'tits gars derrière moi, pour qui le livre est un objet bizarre, sans valeur. Qu'ils se rassurent, on arrive aux bouquins d'occasion, et là des séries de un, deux, puis trois gros cartons pleins se négocient à 3 ou 5 euros. Même pas le prix du papier. Enfin, le calvaire s'achève et le préposé aux cartons s'empare du premier objet de la suite de la vente aux enchères : un vieil escabeau. J'entends une voix, derrière, soulagée : "Ah, on passe aux choses sérieuses !" En effet.
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lundi, 17 décembre 2007
Design magique
Grâce à un ami, qui travaille dans ce milieu, voici une vidéo étonnante de dessins de mobilier, réalisé dans l'espace, grâce à la technique de la capture de mouvements, très utilisées dans les effets spéciaux, d'habitude. Voici ce que dit mon ami du travail de FRONT, le gourpe des créatrices de ce design particulier :
"Voici l'étonnante performance de quatre jeunes designers suédoises dont l'inventivité n'est pas passée inaperçue.
FRONT interroge le processus du design et laisse souvent une part de hasard , un facteur extérieur influer sur la conception. En témoigne sa première collection, "Design by Animals" (2003), pour laquelle rats du désert, chiens, lapins et serpents ont pris part à la conception des pièces. Depuis Sofia Lagerkvist, Anna Lindgren, Katja Sävström et Charlotte von der Lancken ont multiplié les expériences. En résidence à Tokyo l'année dernière, elles ont mis au point une méthode pour dessiner dans l'espace et matérialiser ces croquis. Elles ont eu l'idée de combiner deux techniques avancées : la capture de mouvements (très utilisée dans les jeux vidéos et l'animation) permet d'enregistrer les coups de crayon des designers et de les transformer en fichiers 3D ; le prototypage rapide, lui, va traduire en quelques heures ces fichiers en objets réels, les "Sketch Furniture"…"
07:35 Publié dans choses vues | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : FRONT, Design by Animals, design
mercredi, 05 décembre 2007
S'auto-éditer
Promis juré, jamais je ne m'auto-éditerai ! Enfin, c'est que j'ai toujours dit jusqu'à présent, trouvant honteux d'en venir à cet expédient pour -nom de dieu- imposer enfin ce que j'écris aux autres. Ce serment, je l'ai fait souvent, je l'ai même assorti de l'encouragement suivant, à mes amis : « Si un jour, j'édite mes propres livres, je vous autorise à me cracher dessus ! »
Cependant, cependant... Depuis quelque temps, et comme les réponses des éditeurs se succèdent dans un refus unanime, je dois avouer que je m'interroge. J'écris depuis plus de dix ans très régulièrement, j'ai derrière moi une demi-douzaine de romans, des pièces de théâtre, des poèmes, des nouvelles et des scénarii par dizaines... L'écriture est ma vie et mon sang, je ne saisis rien du monde sans l'avoir transcrit par le moyen de mon écriture. Et quand j'assiste à la parade d'écrivaillons que tout le monde considère comme des écrivains parce qu'ils se sont payés l'impression de leur unique livre... J'enrage, et me questionne.
Dois-je m'auto-éditer, obtenant par ce biais ridicule la notoriété d'un véritable auteur, pour qu'ensuite la chance me soit donnée d'être publié autrement ?
Je n'en suis pas là, mais il se trouve que j'y réfléchis avec un sérieux dangereux. Je sais que cette décision prise le serait contre moi-même, m'infligerai une blessure que ne pourrait cicatriser que la reconnaissance de mon travail, enfin disponible. Etre lisible, pour un auteur, c'est tout de même une finalité qui mérite certains sacrifices, non ?
05:25 Publié dans choses vues | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : auot-édition, littérature
dimanche, 18 novembre 2007
Regrets
Demain, un très cher ami va réaliser, avec mon aide contrite, une monstruosité. Il va prendre en photo une très très très mauvaise écrivaillonne, inculte, arriviste et bête, dans le décor d'une bibliothèque magnifique, lieu dérudition et d'exigence, pour illustrer le portrait qu'un magazine local fait de cette dame, par ailleurs certainement très gentille.
J'ai plaisanté avec lui, tenté avec tact de le dissuader de ne pas produire cette image contre-nature, vide de sens, monstrueuse, déviante, perverse, sale. Je crois qu'il s'est un peu vexé, parce que c'était son idée. Je crois aussi qu'il n'a pas deviné à quel point cette imposture m'est insupportable. Il a besoin de moi pour lui ouvrir les portes de ce saint-des-saints et je vais me plier lâchement à sa demande, parce que je ne veux pas lui faire de peine. Mais il m'en coûte, je vous assure qu'il m'en coûte. Au point que Kronix devienne le réceptacle de ma frustration rentrée.
Voilà, c'est dit.
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jeudi, 01 novembre 2007
Chiens perdus sans collier
Le titre est celui d'un roman de Cesbron que je n'ai pas lu, mais il illustre si bien le propos...
Dans l'association où ma douce et moi faisons un peu de bénévolat (de plus en plus pour être honnêtes), est arrivée l'autre soir une femme minuscule. Je ne veux pas dire une naine, mais une petite femme. A peine la quarantaine, mais tellement menue, fine, discrète, silencieuse, polie... Minuscule. Un visage ovale encadré de cheveux longs et noirs, soignés. Un visage pâle et jaune, une expression hébétée, et de délicats sourires quand on s'adressait à elle. Pourquoi était-elle hébergée ici et pour combien de temps ?
Sans avoir à poser de questions, j'ai appris : son mari l'avait débarquée au refuge, pour pouvoir passer une nuit tranquille avec sa maîtresse.
Vous connaissiez la vie ? Vous savez que c'était ça ? Et il y a pire... Mais ce sera pour une autre fois, hein.
07:00 Publié dans choses vues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
samedi, 27 octobre 2007
06, et après...
Un de mes potes recevait sur la messagerie de son nouveau portable (anonyme longtemps, il ne s'était pas occupé de la personnaliser, ce qui donnait : "Orange sfr, bonjour, vos êtes en relation avec le répondeur du 06..."), la logorrhée exutoire d'une femme inconnue, l'accusant d'être le dernier des salauds et de s'être barré lâchement, suivaient en général toutes sortes de vociférations qui saturaient le haut-parleur. Il s'empressa de personnaliser sa messagerie, en énonçant clairement son nom, de façon à avertir toute méprise. Ce qui fut efficace.
L'autre jour, souhaitant dire mon soutien à un ami dont un parent venait de disparaître, j'appelle sur son portable, laisse un long message pathétique et affectueux. Le soir-même, ma compagne cite par hasard le numéro de l'ami en question : nos agendas différaient. On avait donné l'ancien numéro de mon ami à quelqu'un d'autre qui, hier, dut être très surpris qu'on lui apprenne la mort d'un parent, et qu'on lui exprime des condoléances attendries.
Il devrait y avoir un système prévenant des changements d'attribution des numéros de portable, changements tellement plus fréquents et rapides que pour les fixes. Les modalités sont à inventer, mais ça éviterait ce genre de mésaventure. Je dis ça...
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mardi, 23 octobre 2007
La douleur des autres
En ce moment, mes amis souffrent. L'un m'adresse des messages de douleur auxquels je n'ai pu répondre qu'avec un retard coupable (quoiqu'argumenté), un autre divorce pour la deuxième fois et demande au contraire un peu de temps et de distance pour retrouver un entrain dont il se fait une exigence de politesse, un autre encore se morfond dans un hôpital, à moitié paralysé par une attaque cérébrale, enfin, une personne que je connais bien s'inquiète pour sa santé au vu de récents examens... Et je sais que d'autres, qui me sont moins proches, trimbalent leur peine quotidienne sans que j'en sache rien. En fait, je me rends compte que l'approfondissement des relations, le contour des amitiés les plus riches et les plus intimes, sont une confrontation à la douleur des autres. L'amitié dépasse un certain degré de complicité lorsque nous sommes confirmés dans le rôle du soutien aux souffrances des autres. Partager de bons moments, rire ensemble, s'éclater", c'est aussi l'amitié, mais c'en est la face la plus dérisoire, et la moins tangible.
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lundi, 15 octobre 2007
Manu
Il faisait beau. Une marche agréable en prenant le chemin de la maison. Devant moi, la silhouette d'un type que je connais un peu. Il promène un landau. Manu. Je le vois là en père de famille rangé, rasé de près, retournant sagement chez lui. Manu, que j'ai connu il y a vingt ans, jeune chevelu rougissant, mélange de furie anarchiste et de froideur méfiante. Surtout détonateur en explosions textuelles. Les murs de l'atelier où il travaillait affichaient les aphorismes sortis sans prévenir de son cerveau fécond.
Pardon, mais 20 ans plus tard, je ne me souviens que de ces deux-là :
"Fumer provoque le bélier" et "le tabac nuit de la pleine lune".
Tous les autres, tous ceux que j'ai oubliés, mais qui me faisaient rire, étaient de cette même eau, poétique et drôle.
Est-ce qu'il continue, Manu, tandis que son bébé vagit dans la poussette qu'il entraîne chaque soir de beau temps, à produire de ces assertions dérisoires et bidonnantes ?
Sûrement, sûrement. On ne se défait pas comme ça de la bénédiction de créer.
18:30 Publié dans choses vues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 11 octobre 2007
Quelques mois d'octobre
Ce matin, tandis que je descendais la rue pour me rendre au travail, mon regard avait enregistré le titre du fait divers, placardé devant les magasins : "un enfant de 14 ans se suicide". Le quotidien de la presse quotidienne me dis-je, une tristesse de plus sous le ciel de notre ville. Les matinales sordides avec lesquelles, vaille que vaille, nous composons. Je me rendais au travail, l'esprit déjà occupé par des futilités professionnelles.
Plus tard dans le matin, JW est passé me voir, pâle. Il avait mal dormi ; il n'avait pas dormi. Il m'a raconté. Le gamin de 14 ans, il le connaissait. Il savait beaucoup de choses sur cet enfant, il savait son nom, son visage, sa voix, la façon dont il marchait et la couleur de son regard. Il savait le détail de sa dernière journée, jusqu'au moment mystérieux, invisible, abyssal, où le gamin s'est avancé tout seul, loin des autres, loin de ses copains et de sa famille, se foutre une balle dans la tête.
A 14 ans. Une balle dans la tête.
Après le passage de JW au bureau, repris par le silence des objets millénaires qui veillent sur moi, je me suis assis face à l'écran. J'ai même recommencé à travailler. Et puis, soudain, l'air s'est mué en une pâte de tristesse irrespirable. La douleur de JW m'a soudain traversé, j'ai senti un froid de lame planté dans l'échine. J'étais accablé. La journée s'est poursuivie pourtant. Les enfants du même collège que le gamin, ont visité une exposition, leur prof d'art plastique parlait, les oeuvres aux murs souriaient de leur immuable façade de couleurs, la ville dehors poussait son flot d'âmes vers le soir. Je suis parti plus tôt que d'habitude.
Le petit n'aura vu que quatorze mois d'octobre, et même pas.
Que m'a dit JW, ce matin, en me quittant ? Il m'a dit "la vie va reprendre ses droits". Voilà, c'est vrai. C'est irrépressible. La vie est là, elle nous arrache aux larmes et à l'attendrissement, elle nous pousse dehors, chaque fois.
Demain, je descendrai la rue comme chaque matin, et sur les placards de la presse quotidienne, on l'aura déjà oublié, le petit. JW ne l'oubliera pas et moi qui ne l'ait pourtant pas connu, non plus. Par contre, nous pourrons y penser sans tristesse. Avec de la révolte oui, mais sans tristesse.
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mardi, 09 octobre 2007
D'un geste singulier
Hier -ou bien avant-hier, mais vous pardonnerez cette imprécision- tandis que ma compagne volait à mon secours en rapportant au bureau l'agenda oublié à la maison et sans lequel je suis perdu (plus de rendez-vous, plus de notes, plus de multiples détails qui ornent le découpage horizontal des heures, chaque jour), il s'est produit un de ces petits faits qui font notre délectation. Voici : ma chérie regagnait sa voiture garée devant mon travail, sa mission accomplie. Elle s'est penchée un instant pour récupérer je ne sais quel objet rebelle qui s'était dérobé sous un fauteuil, quand son oeil a capté le geste d'une silhouette sur le trottoir d'en face. Je dis bien le geste, pas la silhouette précise : une impression en somme. Et elle a instantanément su que c'était JM*. Relevée tout-à-fait dans la seconde qui a suivi, sa vue dégagée vraiment lui a permis d'en être sûre. JM sortait de chez la coiffeuse en face de mon bureau (un point commun supplémentaire entre nous) et il fit sur le seuil un mouvement qui l'identifia, aussi vite et absolument qu'aurait pu le faire un portrait détaillé. A mes questions enthousiastes (la synthèse d'une identité par la singularité d'un geste, imaginez : de quoi allécher mon goût pour les développements abstraits), ma chérie décrivit une attitude, un pas, peut-être une manière de plier aussi le bras en laissant flotter la main, un mouvement de la tête, mais il ne lui en restait que l'impression fugace qui subsiste des images rêvées. Ainsi sommes-nous -rires distincts, tics verbaux, attitudes caractéristiques, timbres uniques, gestes particuliers- loin du regard, de la présence, fantômes de nous-mêmes, un composé de sensations dont on retiendra tout, après notre départ, et qui restitueront l'essentiel de notre apparence aux amis pensifs.
*(adpaté d'une lettre à un ami, qu'on nommera ici JM)
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