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choses vues

  • 3208

    Nous mourrons donc sans plus connaître la paix. Seuls les enfants de nos enfants auront peut-être la chance de savourer un moment où la fin du terrorisme sera avérée, dans 30 ans d'ici. Et encore, nulle capitulation, nulle grande ruée, dans les avenues et sur les places, assortie d'embrassades, nulle libération, juste la lente compréhension que le cauchemar est enfin fini.

  • 3198

    Bruits de scie et de tenailles, coups de marteau, cris masculins, jurons, appels féminins à arrêter le bricolage. La saison des petits travaux extérieurs est commencée.

     

    Et sinon, les hirondelles ont investi leur nid, hier. Bonheur.

  • 3186

    Pas de bonheur innocent, hélas, rien qui ne fût pas payé par l'un ou l'autre, au bout du compte. Ainsi, je goûtais la sensation de faire pipi dans la campagne, le nez planté dans la voûte d'étoiles, incroyablement nombreuses, avant de considérer dans l'herbe cette pauvre limace qui passait là, n'avait pas demandé qu'on l'arrose et se fichait comme d'une guigne de la poésie des espaces infinis.

  • 3185

    Étrange sensation au retour de cette session 2017 à Livre Paris. Tout s'est bien passé, j'ai retrouvé amis et professionnels avec grand plaisir, mais en deux jours, une observation déjà faite les années précédentes s'est confirmée et m'interroge. J'ai le privilège de signer successivement dans deux espaces littéraires très différents. Parmi les éditions de SF, de Fantasy, tout près de la BD et de l'illustration jeunesse d'une part, et au milieu des éditeurs de littérature « blanche » ou générale, d'autre part. Je fais un constat qui ne me réjouit ni m'attriste : l'impression d'empressement, de jubilation, de vie, de curiosité et d'enthousiasme autour des stands de littératures de l'imaginaire, et le défilé de lecteurs déjà convaincus, peu diserts, souriants mais distants, précis dans leurs choix, surtout visiblement plus fortunés, sur les stands des littératures plus « conventionnelles » ou plus « sérieuses » (Bon sang, tous ces mots pour cerner des phénomènes trop complexes pour être ainsi résumés ! mais vous voyez ce que je veux dire). Je ne parle pas des queues empressées qui patientent pour quêter un échange de cinq secondes avec une célébrité. Cela vaut partout et ne renseigne pas sur la distance dont je parle.
    Classer l'une du coté « populaire » et l'autre du côté « élitiste » ou « bourgeois » me paraît tout aussi injuste et réducteur. C’est pourtant l'impression que j'en retire. J'ai été heureux les deux jours, à mes deux tables de signatures. J'ai côtoyé dans les deux cas des auteurs talentueux et charmants, j'ai discuté avec mes deux éditeurs et m'en trouve comme à chaque fois, rasséréné et motivé, j'ai retrouvé avec plaisir leur équipe, tous gens souriants, optimistes, amoureux de leur travail, aimant sincèrement le livre et se faisant une haute idée de ce que doit être la littérature. Mais il est impossible de ne pas s'interroger sur ce qui distingue ces deux mondes, séparés là de quelques mètres. Un univers élégant, au mobilier raffiné dans des espaces ouverts, personnel en tenue soignée, lecteurs silencieux, méthodiques, sérieux, des échanges où l'on fait assaut d'esprit et de bons mots (là, je laisse faire, je n'ai pas les moyens intellectuels pour m'adonner à cette pratique, mais j'écoute). Et l'autre monde : stands confinés par manque de moyens, nombreux auteurs au coude à coude, personnel habillé comme au quotidien, foule de passage rieuse, bruyante, costumée parfois, lecteurs volubiles, passionnés, excités de rencontrer un auteur (on peut donc être excité à l'idée de me rencontrer, moi ?), jeunes ou moins jeunes qui sacrifient leurs économies et empilent les livres sur les bras. Je repensais dans le train du retour, à cette réflexion de Tarentino sur les vrais cinéphiles. Il les voyait dans les cinémas de quartier aujourd'hui disparus, chez les consommateurs de films, cinq ou six séances bon marché par semaine, qui ne théorisaient pas mais savaient exactement quand on se fichait d'eux ou quand un réalisateur généreux tentait de leur apporter du plaisir. Je me demande si les vrais amateurs de littérature ne sont pas ces gens enthousiastes qui réclament des récits, des histoires, des mythes, et veulent d'abord qu'un auteur soit généreux avec eux, ne triche pas, se donne de la peine pour leur bonheur. Bien sûr, les choses ne sont pas si simples, et j'adore toutes les littératures exigeantes, mais j'ai été amené ce week-end, à distinguer un monde vivant, gourmand et curieux, avec un monde plus figé, un peu morne, riche de ses hauts-faits, légitimement fier de son apport, mais tourné vers lui-même et préoccupé du maintien de son image. Mon étonnement est dans le constat qu'ils sont rarement conciliables. J'aime pourtant ces deux aspects, ils me nourrissent pareillement et je refuse d'avoir à choisir. Je me sens comme un immigré qui ne sait plus à quelle culture il appartient, ne se sent légitime ni dans l'une ni dans l'autre et ne sait quel gage donner et à qui, quelles passerelles créer, pour s'affranchir de ses frontières intimes.

  • 3181

    Elle présente ses enfants : Marie-Sygne, Karl-Edouard, Enguerrand, Clérambaud, Brieuc, Pierre-Charles et Bérénice. Maurice aimerait bien parler de son fils Kévin et de sa fille Jennifer, mais il sent bien qu'il vaut mieux passer à autre chose.

  • 3178

     Je ne serai impitoyable avec les politiques que lorsque je tiendrai mes propres promesses.

  • 3177

    Je sais madame, vous n'avez rien dit et je vous prends un peu au dépourvu à cette caisse de supermarché, mais j'ai bien compris dans votre regard le désir fou que vous aviez de vous jeter sur moi. Et bien, je vous le dis tout net, madame : c'est oui.

  • 3176

    J'ai refusé l'appel du jardin, hier et aujourd'hui encore. J'étais pourtant mieux qu'invité : sommé, à coups de clairon ! Car c'est l'effet que produisait le soleil. Un grand pavillon de cuivre strident abouché au rectangle clos de notre petit Eden.

    Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il faut courage et volonté pour résister. Tout de même pas.

     

     

  • 3171

    Tandis que ses autoportraits sont impitoyables, voyez la beauté de Saskia, inchangée, dans les tableaux de Rembrandt.

  • 3159

    Le sac poubelle fait des prouesses pour éviter les voitures. Les automobilistes tentent de l'écraser, mais c’est un virtuose de l'esquive, il s'échappe in extremis, virevolte et s'envole dans un looping. Le voici à nouveau sautillant sur le bitume, provoquant les véhicules qui rugissent autour de lui. Hop, une nouvelle pirouette, on sent qu'il ricane quand soudain, une bête et impassible glissière de sécurité le prend dans ses filets et le maintient au sol. Piégé. L'autoroute, c'est la jungle.

  • 3155

    L'étrangère

        « Avec maman, nous étions si proches, et la maladie nous a rapprochées encore. Dans ses derniers jours que nous avons partagés, seules toutes les deux, maman m'a donné une grande leçon d'amour et de courage... »
        Et vas-y que je te discours, et vas-y que je te souris à demi, que je te fais des mines attristées en penchant un tout petit peu la tête, des petites larmes au bord des yeux, juste adoucies par le tremblement d'un sourire bien ajusté. Salope !
        Dix minutes que sa sœur se répand en phrases lénifiantes sur la mort de leur mère. Dix minutes qu'elle est obligée de subir tous les sous-entendus sans broncher, depuis le banc d'église où elle est remisée. « Seules » ; ses derniers moments qu'elles ont partagées, sa mère et sa sœur, seules, pourquoi seules ? Pourquoi tu n'étais pas là, toi, sa deuxième fille ? Elle croit les entendre, Pourquoi la cadette n'était pas au chevet de sa maman, interrogent les pensées qui flottent au dessus de l'assemblée clairsemée, elle devine les regards qui n'osent se tourner vers elle, les reproches contenus. Heureusement que l'aînée était là, elle, pour assumer, pour faire ce qui devait être fait, régler tous les problèmes. Heureusement. Comme d'habitude. Comme toujours, cette chère, belle, élégante, intelligente, solide, idéale, Martine a pris les choses en main. S'il avait fallu compter sur sa sœur Mina, cette pauvre fille, larguée, caractérielle, instable, et grosse, et chômeuse... Qu'auraient été ces « derniers jours » ?
        Mina étouffe ; elle tient bon. Se voit, d'un coup, redressée et criant « Salope ! » au milieu de la stupéfaction générale. Son cœur s'affole à cette image de guerre déclarée. Elle ne peut pas, cependant. Sait bien. Elle n'est pas comme ça, n'a jamais regimbé vraiment, ou lors de courtes colères, pas en public, elle s'écrase. Comme toujours. Elle va recevoir les piques et les saletés sans se révolter. Elle va faire avec le mépris des autres. C'est une sorte de loi depuis l'enfance. On n'a jamais cessé de la rabaisser. On n'a jamais cessé de lui en vouloir d'un tort dont elle se sait innocente. On n'a jamais cessé de lui faire payer sa présence en ce monde. Là, c'est beaucoup, tout de même, faut avoir le gosier blindé pour avaler cette énorme couleuvre. Faut croire qu'elle est exercée, plus qu'elle ne croyait. Et l'autre qui enfonce le clou « Quand je veillais maman, le soir, quand nous parlions enfin.... » La salope, l'ignoble crevure de chiennasse de saloperie... Mais j'aurais aimé, moi, enfin, parler à ma mère ! hurlait Mina au dedans d'elle, j'aurais aimé, moi, tenir sa main dans ses derniers instants, mais... Elle a envie encore, une envie plus entière, de se lever et de crier, faire comprendre à tous la crapulerie qui se déroule sous leurs yeux, c'est là cette fois, tout près au bord des lèvres : « Putain, mais cette salope m'a empêchée d'aller voir ma mère ! C'était jamais possible, jamais le moment, maman était trop fatiguée, ou il y avait le médecin, ou n'importe quoi pour me décourager de venir. J'ai pas de voiture, pas de boulot, pas un rond, je pouvais pas faire cent bornes en stop pour me trouver devant une porte fermée, non ? Et si je téléphonais, impossible d'avoir ma mère, impossible de lui dire deux mots, 'je transmettrais' elle me disait, glacée drapée dans le devoir accompli, le menton haut de celle qui maîtrise et gère et renvoie l'autre à sa condition d'incapable. J'essayais le lendemain, pareil, je prenais des nouvelles quand elle voulait bien décrocher et c'était pas souvent, c’est tout ce que je pouvais faire. Cette salope m'a volé l'agonie de ma mère, le regard de ma mère sur moi, les derniers mots de ma mère dont j'avais tant besoin, quand j'aurais pu enfin, enfin, lui demander, pour enfin être sûre 'maman, tu m'aimes, maman, tu m'as aimée ? Tu m'as aimée un peu, hein, un petit peu tout de même ?' Cette salope, qui vous fait renifler depuis un quart d'heure avec ses bons sentiments, a fait la chose la plus dégueulasse qui soit. Elle m'a interdit de voir ma mère avant qu'il soit trop tard. Un jour elle m'a appelé en disant 'c'est fini'. Et voilà. » Mina s'exalte au spectacle de cette scène impossible, elle en rougit, sent son cœur regimber violent dans sa poitrine, une mauvaise sueur la fait frissonner. Si elle pouvait. Si elle pouvait, cette fois, ce jour, se dresser là, superbe, déverser tout ce qu'elle sait, tout balancer, si elle pouvait. Mais elle reste là, paralysée, vissée au banc, entre ses enfants qui ne peuvent rien dire non plus, partagent en silence son humiliation. Et la superbe Martine, toute dignité dans son tailleur élégant et sobre, sourire de Joconde, émue par sa grandeur d'âme, attendrie par sa propre élégie : « Malgré la maladie, maman était embellie par une sorte de sagesse, à la fin. Ce furent des instants... » L'ordure... Mina pense à son ex mari, là-bas, plus loin derrière, assis en retrait. Qu'en pense-t-il ? Que pense-t-il de tout ce cirque ? Il les connaît bien, l'une et l'autre, il écoute et certainement, ressent une colère identique à la sienne ; elle en est convaincue, il reçoit comme elle les gifles et les crachats invisibles qui fusent depuis l'autel où Martine pérore. Que s'est-il passé ? Qu'a-t-elle fait pour susciter un tel mépris ? Pourquoi tout l'amour de ses parents a-t-il été versé sur Martine ? Elle n'avait pas brillé à l'école, d'accord, mais n'avait pas non plus été une cancre ; elle avait commis moins de frasques que sa sœur, en tout cas rien de grave, elle avait eu son passage de rébellion adolescente, oui, mais Martine avait été autrement plus dure qu'elle pendant cette période critique. Qu'avait-elle fait pour mériter qu'on la néglige, puis qu'on la déteste ? Car on l'avait détestée. Mina se met à pleurer doucement, ses enfants simultanément posent leur main consolatrice sur les siennes. Ils ne peuvent pas savoir, se dit Mina, je ne pleure pas sur ma mère, je ne pleure pas de rage contre Martine. Je pleure sur moi. C'est pitoyable. Elle se souvient de l'armoire de son père, quand elles l'ont ouverte, après sa mort. Un meuble interdit, qu'il n'autorisait personne à fouiller, y compris sa femme, sous peine de coups. Mina se souvient de leur surprise amusée, d'abord. Il y avait des boîtes métalliques remplies de clés inutiles, des cartes, des boutons, de la ficelle et des lampes de poche avec des piles épuisées, et puis il y avait des cartons à chaussures débordant de photos. Mina se souvient de leur attendrissement. C'était émouvant cette accumulation de photos familiales scrupuleusement thésaurisées, annotées, depuis des années, dans le secret. Elles ne les avaient jamais vues. Les trois femmes s'étaient mises à les commenter, à rire de certaines découvertes. Et puis, l'émotion changea de couleur. Elles avaient étalé les photos sur la table. Des photos de mariage, des photos de classe, des photos de moments heureux. Des photos de sa mère, de son père, de Martine. Pas une photo d'elle. Pas une. Des dizaines et des dizaines d'images qui la niaient. Mina savait que son père n'avait opéré aucune sélection : il ne l'avait simplement jamais prise en photos. En fut-elle bouleversée ? Pas vraiment. Son absence était dans l'ordre naturel des choses. Mina n'avait jamais vraiment existé dans leur histoire. Elle revenait souvent à ce moment, à l'embarras de sa mère et de sa sœur, embarras croissant au fur et à mesure que les images s'ajoutaient, serrées comme des tuiles sur la toile cirée, et que s'exhibait l'évidence du désamour paternel, et de la complicité familiale dans ce désamour. Aucune ne prononça un mot. La mère se hâta de ranger les photos et proposa un café ; elle trierait plus tard toutes ces vieilleries.
        Enfin, Martine achève son discours. Elle n'a pas dit, au détour d'une phrase : « Ma sœur et moi », elle n'a pas prononcé une seule fois « Mina », elle n'a pas suggéré que sa sœur pouvait elle aussi avoir de la peine, que c'était une perte pour elles deux. Elle l'a effacée comme son père avant elle. L'ordre des choses depuis toujours. La continuité. La superbe Martine se considère comme la seule héroïne du jour. Son devoir accompli, elle incline un front ostensiblement modeste et regagne sa place auprès de son copain qui avait cru bon tout-à-l'heure de leur asséner le poème de Auden, piqué sans imagination au film Quatre mariages et un enterrement. Ce crétin avait lu la traduction française à toute vitesse comme pour s'en débarrasser (Arrêtezlespendules,euh,coupezletéléphone, Empêchezlechiend’aboyerpour,euh,l’osquejeluidonne...), essayant de compenser sa diction désastreuse par des mimiques de circonstance. C'était affligeant. Personne n'avait songé à demander à Mina si elle voulait dire un mot pour sa mère. Qu'aurait-elle pu dire, la pauvre fille ? Quelle noblesse de sentiment pouvait-elle exprimer après la si émouvante allocution de sa sœur qui parlait si bien ? La cérémonie prend fin, les gens sortent, oncles et tantes, quelques amis, on s'embrasse sur le parvis, c'est étroit, on se frôle, on encombre comme on peut, la lumière est étrange, il pleut encore et le soleil embrase l'averse et les pierres, et plaque des triangles de clarté sur les fronts, on plisse les yeux, on sourit involontairement au triomphe d'or qui inonde les marches. L'ex mari de Mina est là, il l'embrasse, embrasse ses enfants, dit des mots de consolation à leur fille, furieuse de l'humiliation qu'elle vient de vivre par procuration. Puis il va offrir ses condoléances réglementaires au reste de la famille avant de saluer et de repartir. Il n'a pas beaucoup de temps. Le travail... À part ça, ça va ? Mina opine et rassure, ça va, alors que tout va mal. Puis elle va embrasser sa sœur et la remercie d'avoir si bien parlé. C'est son rôle depuis toujours. Elle n'en est plus à une blessure près. Martine sourit et accepte ses compliments avec ce qui pourrait faire croire à de la timidité. Mina scrute froidement ce visage de femme gagnante, cette allure de chef d'entreprise qui a pris sur son temps pour faire ce qui devait être fait, tout va bien pour elle. Son discours était un enjeu du même ordre qu'une présentation de projet à des cadres, ou le prologue d'un séminaire. Mina n'est même pas sûre que sa sœur mesure le mal qu'elle vient de lui faire. Elle se dit qu'après tout, pour être cruelle à ce point, sa sœur doit être très bête.

  • 3153

    Le projet "Merveilleux Flaubert" s'étoffe. Les deux tomes prévus initialement (soit : rééditions luxueuses de Salammbô et de Voyages en Orient), seront enrichis d'une post-face de Frédéric Weil et... d'une (longue) préface de ma pomme ! Je suis très heureux et flatté (ne le cachons pas), de cette décision des éditeurs. Frédéric m'avait juste demandé un texte sur ma passion bien connue du Roman carthaginois du grand Gustave. J'y suis allé un peu fort, sans doute. Enfin, j'ai tenté d'amorcer quelques pistes originales (je crois), et donc, me voici catapulté préfacier de Salammbô, ça alors ! j'en suis tout retourné. N'hésitez pas à partager, et à participer à ce beau projet. Si le nombre de souscripteurs dépasse les 30, un nouveau volume s'ajoutera aux deux précédents : La Légende de Saint-Julien L'Hospitalier. L'un des Trois contes. Récit puissant, émouvant, dont le finale vous hante longtemps (et là, rassurez-vous, je n'ai pas fait de préface)

  • 3147

    Ce sable qui est comme rien, et qui durera plus que nous.

  • 3141

    Chers amis, électeurs de droite,

    j'ai de la peine pour vous, je vous assure, sans la moindre ironie. Je me mets à votre place. Votre candidat relégué au troisième rang, conspué et déjà promis à la défaite, ou à une victoire guère reluisante. Vous enragez, ça se comprend. Surtout j'imagine le désarroi de ceux parmi vous qui sont obligés, depuis qu'il a gagné les primaires, de le supporter alors qu'ils savent bien que leur champion est un menteur.
    Vous supportez très mal qu'on puisse acculer 2F à répondre aux interrogations légitimes que le public se pose. Au passage, il n'y a qu'en France qu'on s'en offusque. Il n'y a qu'en France que des journalistes applaudissent à la fin d'une conférence de presse où ils se sont fait copieusement insulter (alors qu'ils ont été plus que sympas, ont posé des questions insipides, sauf Mediapart, et n'ont pas osé évoquer l'affaire de la Revue des deux mondes, ou réagi quand 2F a dit avoir fait des conférences bénévoles en Russie -hein, quoi ? Bénévoles ? 2F fait du bénévolat ? Sans contrepartie ? Oho...).
    Ne confondez pas la demande d'explications avec un harcèlement, un complot médiatico-politique. Quand 2F affirme, des sanglots dans la voix, pour expliquer ses erreurs et ses omissions, que tout ça lui est tombé dessus comme la foudre, sachez que c'est un mensonge. Le Canard rappelle dans ses colonnes, cette semaine, qu'il a interrogé 2 F dès le 27 novembre 2016, pour lui demander de réagir sur les éléments que ses enquêteurs avaient découverts. Découverts en travaillant sur les documents disponibles auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Nul besoin de complot, d'infos descendues de Bercy ou d'ailleurs. Tout était disponible aux esprits curieux. Je le rappelle ici parce que vous n'êtes pas forcément abonnés au Canard, et les autres journalistes en parlent peu. Vous devriez d'ailleurs lire ce journal plus souvent. Je vous assure que ça cogne tous azimuts et que Hollande en prend régulièrement pour son grade. Vous vous régaleriez. Le procès "uniquement à charge" dénoncé par 2F est une plaisanterie : il a refusé de répondre jusqu'à y être contraint.
    Ne tapez pas sur la presse, ne hurlez pas au complot. Ce qui se passe est le signe d'une démocratie qui fonctionne. La semaine dernière, Eva Joly expliquait comment, quand elle s'est présentée pour les Présidentielles, elle a appris que des journalistes étaient allés enquêter sur elle dans son pays d'origine, en Norvège, pour voir si par hasard, elle avait bien payé ses impôts. Elle ne s'en offusque pas. Elle a estimé normal d'être ainsi mise à l'épreuve des faits, parce que la fonction qu'elle visait réclame d'être irréprochable, comme le disait justement 2F. Considérez honnêtement la défense de votre champion et concluez vous-mêmes. Pourquoi entamer cette démarche de procès en incompétence pour le Parquet national financier, si ce n'est pour gagner du temps, parce que 2F sait que de ce côté-là, la partie est perdue ? Son attitude et cette manœuvre panique effacent les derniers doutes sur sa culpabilité.
    C'est malheureux. J'en suis triste pour vous et, croyez-moi, j'en suis triste pour nous, électeurs de gauche. Parce que nous détestons (là, je suis certain de parler au nom de tous), ne pas pouvoir débattre des idées et des choix de société à l'occasion d'un tel rendez-vous. Nous n'avons aucun intérêt à nous trouver en face de celui qui risque de ne s'avérer que comme une minable crapule. C'est indigne. Parce que la focalisation sur cette affaire n'empêche pas seulement d'exposer son programme, mais par effet-miroir, étouffe le(s) nôtre(s). Et nous savons bien qui en profite vraiment, n'est-ce pas ? Et ce n'est pas la gauche.

  • 3136

    Gustave Flaubert, à un éditeur qui voulait absolument illustrer Salammbô : "Vous voulez que le premier imbécile venu dessine ce que je me suis tué à ne pas montrer ?"

  • 3133

    Permettez que j'utilise mon blog pour remercier un ami discret et généreux qui nous a, ma douce et moi, tout aussi généreusement et discrètement, abonnés au Canard enchaîné. Depuis plus d'un an (il a reconduit l'abonnement en 2017) nous nous régalons donc des trouvailles du palmipède, mais dans le dernier numéro, pardon, la jubilation est à son comble ! L'affaire Pénélope inspire nos journalistes et chaque papier est une mine de franche rigolade. Faut bien rire, hélas, de cette sinistre danse au milieu des marécages politiques (de peur qu'on ait à en pleurer, comme disait l'autre).

  • 3122

    Appréciation de monsieur Humbert, au sujet de son élève de 5e D, un certain Marcel Proust. Premier trimestre : « Cet élève fera beaucoup mieux quand il se laissera moins entraîner par son imagination déréglée ». Au deuxième trimestre : « Bon élève, absent et malade depuis la fin de janvier. » troisième trimestre : « A le plus vif désir de bien faire, mais se laisse trop entraîner par son imagination" (l'expression "peu ordinaire" qui suit est barrée).
    Appréciation de M. Darlu, en philosophie, 6 ans plus tard : « Travaille autant que sa santé le lui permet. » Au deuxième trimestre, le même : « Beaucoup de facilité et de goût. Travaille autant que sa santé le lui permet. »

  • 3115

    Dans son journal, un ami écrit qu'il aimerait que, le jour venu, ce soit un homme qui lui ferme les yeux. Il en cite quelques uns, et mon nom apparaît alors. Je me découvre perplexe avant d'être honoré puis tout à fait ému. C'est ainsi qu'un autre ami m'a demandé que je lise un poème de Lamartine au dessus de sa tombe, le jour de son inhumation. Je ne sais si je mérite une telle confiance, mais elle atteste d'une amitié qui est née et se prolonge -voilà ce qui est doux- dans le partage du meilleur de la vie.

  • 3114

    Je devais être en troisième. Notre gentille prof de Français nous annonça que nous allions étudier Le Père Goriot et demanda si un élève connaissait ce roman et pouvait en faire un rapide résumé, ou en introduire la lecture pour ses camarades. Je voulus bien et entrepris de raconter l'histoire. Pendant mon discours, je surprenais l'expression peinée de ma professeure, peinée mais encourageante, disant « oui, oui » à chaque phrase. Quand j'eus fini, elle prit la parole pour corriger mes éventuelles erreurs et amener le résumé vers un point de concordance ente nos deux visions. Effort remarquable, car elle n'avait pas osé m'interrompre tandis que j'exposais avec assurance l'argument et les moments clés de Raboliot.