mardi, 03 novembre 2009

Quand deux écrivains...

Cet écrivain me reconnaît.

- Eh ! T’as vu ta chemise ?

 

- Eh ! T’as lu ton livre ?

 

(très inspiré de Chevillard, avec mes excuses)

 

dimanche, 25 octobre 2009

Mais pas méchant

M. : Par exemple, tu me diras pas, Picasso c'est pas beau, quoi.

C. : Compliqué, le beau. Parlons de ce que tu connais, plutôt. Picasso disait toujours qu'à 14 ans, il savait peindre comme Raphaël, et qu'il a mis toute une vie de travail pour tenter de peindre comme un enfant...

M. : et c'est qui, Raphaël ?

C. : Ah. Tu ne connais pas ? Et bien, c'est l'un des plus grands peintres de la Renaissance, avec Léonard de Vinci ou Michel Ange.

M. : Michel Ange, ça me dit quelque chose.

C. : Bon. Je disais, pour Picasso, en fait, à 14 ans, il peignait vraiment comme Raphaël, c'était incroyable. Il faut voir ses premiers dessins, ses premiers tableaux, c'est éblouissant de maturité et de...

M. : Et il est mort ?

C. : Picasso ? Oui. Il est mort.

M.: Et l'autre, Raphaël ?

C. : Mais, tu as écouté ? C'est un peintre de la Renaissance. Bien sûr qu'il est mort.

M. : ...

C. : Quand on parle de la Renaissance... La Renaissance, c'était il y a plus de cinq cents ans, alors oui, il est mort, Raphaël.

M.: J'y connais rien, moi. Mais en tout cas, y'a plus de vrais peintres.

dimanche, 18 octobre 2009

Tous les miracles

Il y a Tristan, qui vient d'arriver, sous le regard grave et éperdu d'amour de ses parents,

Juste avant est parue Enya, fille d'une femme qui fut ma compagne et dont j'ai le bonheur d'avoir conservé l'amitié,

Entre les deux il y a eu Kyara, fille de la fille d'une amie,

Depuis, il y a eu probablement des milliers, peut-être des centaines de milliers d'enfants, peut-être des millions. La vie est une avalanche permanente. Cependant, autour de chacun, c'est l'éternel émerveillement, l'identique incrédulité, partagée depuis l'aube des temps. Et ce miracle est l'apanage des humains, seuls authentiques démiurges.

samedi, 17 octobre 2009

Mamy flingueuse

La gamine –dix-sept ans, MP3, baladeur, chewing gum, paillettes et déhanché de Starac- se fait bousculer dans le car par une vieille dame et son bagage. La gamine ne rétorque pas mais fait une moue de mépris, la vieille s’agace « ces jeunes… », la fille prend la mouche et se met à rabrouer l’aïeule « Oh ça va la vieille si t’es pas heureuse… » Et là, là ! La vieille lui balance une bordée d’insultes terribles, de trouvailles façon Audiard, une logorrhée d’humiliations inédites, qui mettent K.O. la pauvre jeune fille, et tout l’auditoire, estomaqué. Après quoi, cette extraordinaire Carmen Cru descend tranquillement à l’arrêt. Un silence de mort règne dans l’autobus.

vendredi, 16 octobre 2009

Les héritiers

J’ai toujours stimulé chez mes enfants, le goût pour la curiosité philosophique, scientifique, l’intérêt pour les autres ; et leur ai vanté le mérite du bien, de la sobriété, de la dignité, la satisfaction de l’effort long et secret, la vacuité des possessions et la vanité des apparences. Et dire qu’il suffit d’un président de la république pour mettre à bas tout ce travail.

lundi, 28 septembre 2009

Ne te retourne pas

On ne devrait pas se retourner sur son passé. On ne devrait pas, c’est connu. Je devrais le savoir, moi, lecteur sourcilleux de la Bible, qui sait l’exemple mythique de la femme de Lot, tournée vers ses regrets, la vie confortable qu’elle abandonne au feu divin, et qui soudain est changée en statue de sel. Je le savais.

Quand nous étions enfants, nous passions une grande partie de nos vacances à la campagne, dans une ferme des environs. Un couple de paysans et leur unique garçon, de l’âge intermédiaire entre mon frère et moi, nous y accueillaient. Cela dura des années. Est-ce que je m’y ennuyais ? Sans doute, mais de l’ennui de l’enfance, peuplé de méditations et de rêves. Une époque propice à l’imaginaire, en fait. Je ne goûtais guère les jeux de notre nouvel ami et de mon frère, devenus inséparables, et le père de famille avait autre chose à faire. Restait à me réfugier auprès de la mère de famille, dans la cuisine, avec mes cahiers que je remplissais d’aventures puériles, à grands coups de stylos et de vraisemblance approximative. La dame était gentille avec moi, elle faisait de bons gâteaux. Les vacances passaient ainsi dans une solitude protégée et doucement moquée.

Nous fûmes un jour trop grands, décidément, pour retourner à la ferme. Il se passa d’autres jeux, des voyages, il se passa une enfance, puis une vie de jeune adulte, il se passa peut-être trente-cinq ans. J’envisageais parfois d’appeler, de revenir sur ces lieux, de reprendre contact. Mais, au fond de moi, je savais bien qu’il ne faut pas, que les traces du passé sont dépouillées de magie, qu’elles sont inertes et muettes, sinon décevantes. Je vis un jour le père de famille, presque identique à celui que j’avais connu dans la montagne. Il était attablé dans une cafétéria, rouge et massif, souriant timidement. Il n’était plus paysan, il travaillait à l’usine, en ville. Je le saluai, nous n’échangeâmes pas plus de deux phrases. Aussi désarmés l’un que l’autre par ce surgissement incongru de temps révolus. Nous ne nous aimions pas beaucoup, l’un et l’autre. J’appris sa mort plus tard.

J’attendis d’avoir 49 ans, pas moins, pour téléphoner à Madame D. J’en formais le projet depuis des semaines, en parlais à ma douce de temps à autre. Un jour, je me décidai. Sa voix, identique, pas étonnée : « Christian ? Il faudra venir un de ces dimanches…  M. sera là » M. est le fils unique, resté célibataire, vivant avec elle. La date fut convenue. Je raccrochai, regrettant déjà mon geste, comprenant pourquoi je ne l’avais pas accompli depuis tout ce temps : c’est que j’en savais la nocivité.

Nous voici, ma douce et moi, installés devant une tasse de café et une part de tarte. Contrairement à l’usage, je n’ai rien apporté. J’aurais pu, mais ce manquement signifiait que l’on ne resterait pas, que je n’étais que de passage, et que, probablement, je ne reviendrais jamais. Je demande ce qu’ils font l’un et l’autre, les fait parler un peu du jour d’aujourd’hui, du temps qu’y est plus comme il était. Les questions et les réponses s’enchaînent, superficielles. Madame D. demande ce que je fais, ce que ma compagne fait, nous le lui disons, elle résume : « chacun fait comme il peut. » et quand je parle du travail actuel de mon frère (un mandat d’élu), que je vois avant tout comme une façon d’œuvrer pour les autres, madame D. avance sa main au dessus de la table, fait un geste sordide en frottant de son pouce l’index et le majeur, et souligne d’un sourire entendu « ça rapporte, ça ». Au bord de la nausée, je subis encore deux ou trois assertions sur les gitans et les étrangers qui sont trop nombreux, et puis nous partons, retrouver le présent qui s’est bien débrouillé sans nous.

Dans la voiture, ma douce me demande si je suis déçu. Je lui dis que non. Un temps de silence et j’ajoute : « Je savais. »

samedi, 12 septembre 2009

Ivre de colère

Depuis quelques mois, j'habite à une vingtaine de kilomètres de mon travail, j'ai donc opté -cohérence morale oblige- pour les transports en commun. Chaque matin, je me rends à pieds vers mon arrêt de bus, je m'installe confortablement parmi les gamins qui vont à l'école, stupéfaits et silencieux, et je bouquine ainsi une petite demi-heure jusqu'au terminus.

La société, toujours très protectrice, a décidé d'empêcher le chauffeur, suspect comme tous les chauffeurs de bus d'être secrètement alcoolique, de conduire en état d'ébriété. C'est fort bien. Il doit donc, chaque jour de travail, souffler dans un appareil qui détecte un taux d'alcoolémie trop important et bloque alors le démarrage du bus. Trop d'alcool : plus de car. Nous voici rassurés.

Un jour de cet été, le chauffeur est arrivé très en retard (c'était le bus du soir, celui qui me ramène dans mes pénates), il était furieux. C'est qu'il avait laissé, pendant la pause, l'alcootest derrière la vitre du bus. Le soleil a chauffé, chauffé, et a bousillé le subtil mécanisme. Le pauvre employé a eu beau souffler, souffler, déclarer main sur le coeur à la machine butée qu'il n'avait rien consommé, qu'il était réputé comme un modèle de sobriété, rien n'y a fait, le bus est resté imperturbablement aux ordres du petit bidule de plastique noir, qui ne voulait rien savoir. Il a fallu en appeler au "central", une équipe de techniciens est venu résoudre le souci, radicalement.

Depuis, je crois que le truc est carrément débranché. Le chauffeur roule en sifflotant, et nous, derrière, nous vivons dans la peur.

mercredi, 10 juin 2009

Méchant

L'autre jour, je me moquais de Maxence Fermine, enfin surtout de sa prose, lourde à force d'effets visant la légèreté la plus démonstrative. Or, je découvre que Neige, le livre qui m'a justement inspiré cet agacement, fut sélectionné en son temps (1999) pour le prix lettres-frontière. Me voici donc, moi, moqueur condescendant, ramené à la réalité et à la modestie. Il faut bien croire que "Neige" est riche de certaines qualités, que sa musique ronronnante est autre chose qu'une mièvre berceuse. Il faut bien croire. Ou sinon, que vaut ma propre sélection ?

Dans quelques jours, quand je serai installé dans mon nouveau chez-moi, je tenterai de prendre un peu de temps pour acheter et lire "Il y a des abeilles" de Christian Degoutte, dans sa nouvelle édition bilingue français et allemand. Voilà de la littérature, de la vraie. Disponible par le net (sinon, où voudriez-vous trouver telle rareté ?) : http://precarreditions.hautetfort.com...

dimanche, 07 juin 2009

La croix en bannière

Arborer le petit autocollant de la croix-rouge, quand on a donné, je dois dire que ça m’agace un peu. Le conserver comme une médaille pendant plus d’une semaine, je dois dire que ça reste pour moi, d’une indécence telle, qu’elle me laisse coi.

jeudi, 04 juin 2009

Exercices de style

J’ai découvert récemment (mais on m’a forcé, monsieur le juge), l’écriture de Maxence Fermine. C’est à fourguer avec Christian Bobin et Paolo Coehlo, et à jeter à la fosse. Ces auteurs roublards qui entretiennent leur lectorat (malheureusement essentiellement féminin), dans l’illusion que la poésie est une forme lénifiante, molle, esthétisante, ponctuée de « vérités » et de pensées faussement profondes, m’agacent à un point. C’est surtout insupportablement bête. Tiens, je vous en fais une ? Une phrase à la Bobin : « Elle séjournait près des vivants, la pensée toujours à fleur de lumière, comme une onde qui passe, et ses mains avaient la douceur de l’aube ». Une minute chrono, pas compliqué. Voilà. Du Fermine ? Allez : « Yushô quittait la maison familiale au matin. Le père le reverrait le soir. « Où vas-tu, mon fils ? » lui disait-il, « tu sais bien », répondait Yushô avec un sourire, « le vent m’appelle, et je dois lui répondre. » Ainsi, chaque jour, le jeune peintre marchait jusqu’au sommet de la colline, pour répondre à la question du vent. Là, ses lèvres échappaient des mots de la couleur de l’automne, des phrases mélodieuses comme un chant de Geisha. Et le vent, apaisé, souriait. » Obligé de faire plus d’une phrase, Maxence, est verbeux, il lui faut vingt pages pour ne pas dire ce qu’il a à dire (je suppose qu’il cherche en même temps). Et le mec est capable de vous pondre toute un livre comme ça, de cette sorte de litanie dénervée, qui se veut philosophique. M’agace, m’agace…

Par contre, parmi mes récentes lectures, il y avait le dernier Michon « les Onze ». Et dire qu’il n’est toujours pas dans le Robert des noms propres.

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