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dimanche, 12 février 2017

Contes horrifiques

Il reposa la demande de rançon et commença à se taillader les bras avec un cutter. Qu'est-ce qu'ils vont pas chercher, se dit-il, et il comptait scrupuleusement le nombre voulu de petites coupures.

lundi, 16 janvier 2017

Contes horrifiques

Le gouvernement ordonna d'aménager dans tous les appartements, même les plus exigus, un placard suffisant pour qu'un homme puisse y tenir debout. Des schémas normés avaient été transmis aux propriétaires. Des inspecteurs vinrent vérifier la bonne exécution de la loi. Ils venaient, mesuraient, validaient, puis posaient une serrure sur la porte, qu'ils refermaient avant de repartir sans un mot. Depuis, chacun devait supporter la présence du placard. Probablement vide, oui, mais comment savoir ? Mieux valait faire attention à ce qu'on disait.

dimanche, 15 janvier 2017

Contes horrifiques

Des satellites ont percuté la terre, l'un après l'autre. Puis les avions sont tombés d'un seul coup, disent les infos. Nous  apprenons alors que les nuages sont comme écrasés, ramenés vers le sol. Nous sortons pour assister au phénomène. Un crépitement submerge le pays. Un bruit de grêle causé par la chute de tous les oiseaux du ciel au même instant, et leur dégringolade parmi les branches, pour ceux qui étaient à la cime des arbres. D'ailleurs, la crête des peupliers fléchit, les pylônes électriques craquent depuis leur sommet, le toit des maisons explose.
Nous courons nous mettre à l'abri dans la cave.
Là, nous sentons sous les pieds une poussée, une remontée de terre irrépressible.

lundi, 19 décembre 2016

Contes horrifiques

Le directeur les accueillit avec chaleur, sans adresser le moindre reproche à ce petit garçon turbulent et rebelle. C'était la quatrième fois que ses parents exaspérés le ramenaient au centre aéré. L'enfant n'avait pas su leur faire comprendre qu'ici, les animateurs se transformaient vraiment en loups-garous la nuit venue, et qu'il ne devait qu'à ses fugues d'être encore en vie après deux semaines de ce régime.

samedi, 17 décembre 2016

Contes horrifiques

Il était moins étonné qu'il aurait dû. Le fait que sa grand-mère, morte l'avant-veille, entre chez lui, vienne tranquillement s'installer à sa place habituelle, devant son programme télé favori, n'était finalement que la suite logique de ce jour où il lui avait offert des roses. C'était il y a des années, et le bouquet était toujours là, resplendissant, couleur des pétales inaltérée, tiges saines et rigides.

vendredi, 16 décembre 2016

Contes horrifiques

Monsieur F. part au travail, prend sa voiture comme chaque matin. Son voisin d'en face est déjà parti, il est tôt, pourtant... Dans la maison du bas de la rue, la famille D. se précipite dans son gros 4x4. Le père de famille engueule les enfants qui traînent. Sa femme affolée échappe un sac dont le contenu se répand sur le trottoir. Elle ne prend pas la peine de ramasser, s'engouffre dans la voiture qui démarre en trombe et file sans s'arrêter au stop. Monsieur F. se dirige vers le centre ville où se trouve son bureau. Dans sa file, il est seul. L'autre côté est comble, on se klaxonne, on s'insulte. Des voitures tentent même d'emprunter sa voie pour doubler. Les magasins sont fermés. Une femme prend des fruits dans l'étal renversé d'une épicerie abandonnée. Monsieur F. commence à angoisser. Un flic qui tente d'organiser la circulation le voit, seul, sur sa voie. Monsieur F. descend la vitre pour demander ce qui se passe mais le flic ne lui laisse pas le temps de l'interroger : « Qu'est-ce que vous foutez là, vous ? Dégagez, dégagez ! » Monsieur F., désarçonné, arrive à son bureau. Madame D., sa secrétaire, est là. Enfin, quelque chose de normal, se dit Monsieur F. Alors, Madame D., soulagée, se précipite sur lui : « J'étais sûre que tu viendrais quand même. » Et elle l'embrasse avec une fougue étonnante. Comme si sa dernière heure avait sonné.

jeudi, 15 décembre 2016

Contes horrifiques

Quand sa moissonneuse éructa, émit ce hurlement de métal inouï, le paysan se dit que sa journée allait s'arrêter là. Un tel bruit qu'il lui avait semblé entendre les rouages craquer, l'arbre d'entraînement et les bielles et toute la mécanique se désarticuler. Il descendit de son tracteur, calculant déjà les ennuis qui suivraient. Entre les dents de la machine, dans la mâchoire atroce, il devina un corps. Pas de sang, mais une chair bleuie par la mastication de la ferraille. Parmi le fatras de membres et de muscles déchirés, deux yeux intacts le fixaient. Il rampait pour les rejoindre quand la machine se remit en marche.

mardi, 13 décembre 2016

Contes horrifiques

Ce matin-là, impossible de nouer sa cravate. Il ne savait plus faire. D'ailleurs, il ne parvenait pas à relier ce rituel avec la logique qui l'imposait. Ce devait être pour aller au travail, mais de quel travail s'agissait-il ? Et puis, maintenant qu'il se regardait dans la glace, il lui fallut admettre qu'il ne se reconnaissait pas.

mardi, 06 décembre 2016

Contes horrifiques

Tina redoutait de sortir de la station d'essence après son travail de nuit. Parking désert, route peu fréquentée, des champs au-delà. Personne en vue, mais la crainte de trouver un déséquilibré dans ce lieu isolé l'obsédait. Elle acheta un petit pistolet de défense. Une nuit, elle remarqua en partant, une silhouette d'homme qui semblait l'attendre près de sa voiture. Elle se mit à crier, sortit son arme et prévint qu'elle allait tirer s'il ne s'éloignait pas. L'homme fit un geste qu'elle interpréta comme une menace et elle fit feu. Il porta la main à son front et s'enfuit en gémissant. Elle se précipita vers sa voiture et démarra, complètement paniquée. Le lendemain, les gouttes de sang sur le parking, leur sillage qui disparaissait dans les champs, lui prouvèrent qu'elle n'avait pas rêvé. Elle renonça à appeler la police, nettoya les taches à grande eau. Tina craignait chaque jour que la police débarque, elle lisait le journal en se mordant les lèvres, écoutait distraitement les clients. Mais personne ne lui demanda de compte. Elle quitta ce travail, sa faible rémunération et ses mauvais souvenirs.

Un an plus tard, aux jurés qui devaient statuer sur le sort du meurtrier de Tina, un expert, schéma à l'appui, montra comment une balle perdue fichée dans son crâne provoquait chez le sujet des crises de schizophrénie aiguës.

lundi, 05 décembre 2016

Contes horrifiques

Dans le miroir du coiffeur, elle eut le temps de le voir empoigner les ciseaux et les plonger à la verticale au sommet de son crâne.

jeudi, 14 juillet 2016

Contes horrifiques

Il avait bien perçu, dans la voix de sa mère, une intonation étrange, comme si elle s'adressait à quelqu'un d'autre. Puis elle lui fit une remarque sur une femme qu'il ne connaissait pas, à propos d'une ville qu'il aurait traversée avec cette femme-là, alors qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Quand le téléphone sonna, il crut trouver une diversion à son malaise grandissant, mais à l'autre bout du fil, une voix masculine inconnue lui souhaita un joyeux anniversaire en l'appelant Terrence. Ce n'était ni son nom, ni son anniversaire. Et là, il réalisa qu'il discutait dans une langue mystérieuse qu'il semblait soudain maîtriser parfaitement. Il y eut un énorme bruit de déflagration dehors et sa mère en tremblant s'exclama dans cette langue inconnue : « Mon dieu, qu'allons-nous devenir ?»

samedi, 02 juillet 2016

Contes horrifiques

Elle est dans une cabine d'ascenseur à l'arrêt, dont les portes refusent de se refermer. Elle tape sur le clavier en vain. L'ascenseur reste ouvert sur un couloir dont on ne voit -la caméra étant en hauteur- qu'un trapèze lumineux. La vidéo muette déroule froidement ces cinq minutes de la vie de la jeune femme. Cinq minutes pendant lesquelles elle s'agite, passe une tête dans le couloir, rentre, n'ose sortir, tente de se cacher dans un angle, essaye encore de faire repartir l'ascenseur. Manifestement, il y a quelqu'un dans le couloir, que la caméra ne peut pas voir. Enfin, elle tente une sortie, on la voit debout dans le couloir, s'adressant à une personne, hors-champ. Elle est, buste en avant, à faire des gestes dont on pourrait penser qu'ils sont de négociation. Et puis, ses mains en s'agitant, prennent un angle bizarre, comme si elles étaient montées à l'envers sur les poignets. Les portes de l'ascenseur se referment sur cette image dérangeante.

On a retrouvé son corps nu dans un réservoir, au sommet de l'hôtel. Parce que tout le monde se plaignait du goût ignoble de l'eau.

L'affaire date de quelques années, reste inexpliquée, et la vidéo est visible quelque part sur le net, pour ceux qui n'ont pas peur des insomnies.

mercredi, 29 juin 2016

Contes horrifiques

Insensiblement, la couleur du ciel changea. Le bleu presque blanc de la canicule vira à l'outremer et à l'indigo, par place. Chaque aube trouvait le jour plus dilué, et le fond de la nuit rongeait sa voûte comme une lèpre. Un jour -mais était-ce encore un jour ?- le soleil déroula sa course sur une étoffe de nuit éclaboussée d'étoiles minuscules. Ses rayons ne réchauffaient plus rien. Le crépuscule fut d'un noir mat et sans astres. Le soleil ne reparut pas. Il se fit un froid sidéral. Ne restait plus qu'à compter les minutes qui nous séparaient de la pétrification. Nous nous serrâmes dans les bras les uns des autres, sans prendre garde à qui nous embrassions ainsi. Il n'y eut plus de bien ni de mal. Nos regards échangés se muèrent en vitrail.

jeudi, 31 décembre 2015

Contes horrifiques

Dire qu'au début, il avait été réticent ! Maintenant, être aussi bien payé pour appeler un nom sur une liste et harceler son interlocuteur jusqu'à le pousser au suicide lui causait une telle jubilation qu'il se demandait bien quel autre métier il aurait pu faire.
Un jour, son téléphone sonna.

mercredi, 30 décembre 2015

2746

Il s'était adapté à la lente transformation sans y prendre garde. C’est le regard effaré d'un voisin venu le saluer qui lui fit réaliser combien il était anormal que ses auriculaires fussent devenus les doigts opposables de ses mains.

dimanche, 27 décembre 2015

Contes horrifiques

Là où je travaillais, le salon XVIIIe expose deux beaux portraits au pastel d'époque, du jeune couple qui avait fait construire cet hôtel particulier, transformé en musée. Je faisais alors des visites pour les scolaires. Dans une classe un peu bruyante, je remarquai un petit garçon qui suivait mes explications avec attention mais restait collé aux jupes d'une des accompagnatrices. Arrivé au salon, il avait lâché la main de la dame pour s'arrêter au seuil de la pièce. L'accompagnatrice s'était penchée sur lui pour qu'il s'explique, il avait murmuré à son oreille et elle s'était relevée, bouche béante, hochant la tête. La visite s'achevait, j'étais intrigué par le manège du gamin et allais demander ce qui se passait. L'enfant était vite reparti et la dame m'expliqua : « Il m'a dit que les gens sur les portraits n'étaient pas contents. Je lui ai demandé pourquoi. Il m'a répondu qu'ils n'étaient pas contents parce qu'ils n'avaient jamais pu habiter leur maison et que de voir tant de personnes chez eux, ça les énervait ». Je sentis un frisson involontaire le long de mon échine : en effet, Claude Valence de Minardière et son épouse ont émigré, sans avoir pu s'installer dans leur hôtel, juste achevé... en 1789.

vendredi, 25 décembre 2015

Contes horrifiques

Vérification faite, ce n'était pas un problème d'accrochage. Le câble qui tenait le lustre, penchait. De plus en plus. En même temps que le locataire ressentait un malaise plus fort à déambuler dans la maison. Il constata aussi que l'eau dans son verre était inclinée. Il prit son niveau à bulle qui lui confirma que le sol avait une pente légère, d'où sa bizarre impression de déséquilibre quand il allait d'une pièce à l'autre. Depuis l'extérieur, tout semblait pourtant normal. Il tendit un fil à plomb dans la rue. Le fil présenta le même angle léger par rapport au sol. Les verticales du paysage étaient donc faussées. Que faire ? Car il semblait être le seul à avoir découvert que le monde entier basculait.

jeudi, 24 décembre 2015

Contes horrifiques

Dans la forêt, son chien avait été attaqué par une bête. Le chasseur s'était rendu à la ferme la plus proche. Une femme l'avait accueilli. « Il les aime pas », avait-elle dit simplement, en découvrant le chien blessé qu'il portait. Pendant qu'ils pansaient les morsures, la femme jetait des coups d'œil inquiets par la fenêtre de la cuisine. Il y eut un bruit dehors, vers une remise. « Vaudrait mieux que vous restiez là pour cette nuit », dit-elle au chasseur, tandis que s'élevait dans le soir une longue plainte inhumaine, faite de pleurs et de cris de gorge de bête.

mercredi, 23 décembre 2015

Contes horrifiques

Ils sont plusieurs gamins qui, comme à l'habitude, crachent à leurs pieds. Les longs jets de salive sont éjectés au rythme de leur échange : une phrase/un crachat ; un silence prolongé/un crachat plus réduit ; une exclamation/une expectoration glaireuse. Je ne les observe pas vraiment, mais les raclements de gorge, reniflements, éjections diverses perturbent ma lecture. Je m'apprête à partir quand j'entends soudain un cri. Je lève le regard. Le cercle s'est élargi autour d'un des gamins, paralysé. Un arc épais et luisant relie sa bouche à la terre. Anormalement épais, l'arc. Ce n'est pas de la salive, c'est un mucus dégénéré, rosâtre, qui paraît s'épaissir de seconde en seconde, comme aspirant sa matière depuis la bouche ouverte de son géniteur. Le gamin est livide, comme s'il venait d'accoucher par en haut d'une partie de ses viscères. C'est l'effet que le spectacle produit aussi sur ses camarades, effarés, déjà deux pas en retrait. Aucun n'est tenté de rire. Moi non plus. Je cherche du regard quelque secours, mais il n'y a personne dans le petit square où nous sommes. Le gamin fait un geste malhabile pour tenter de détacher la déjection qui maintenant enfle et déforme ses lèvres dans un O d'étonnement. La sécrétion, comme animée, ne cède pas, semble au contraire attirer le garçon vers le sol, vers le bulbe grumeleux qui l'enracine. Les doigts du malheureux s'empêtrent dans la viscosité des glaires, étirent pour s'en défaire cette matière écœurante, mais ne font qu'en augmenter le volume et l'épaisseur. Il veut crier mais la déjection maladive l'étouffe, sursaute dans l'effort comme une larve. Il vomit, la larve s'empiffre de cette nouvelle abondance et se colore maintenant d'orange, grossit encore, fait fléchir le jeune corps et le met à genoux. Enfin, la victime bascule vers l'avant et tombe, la face dans la fange palpitante qui entreprend de le dévorer. Les autres s'enfuient en hurlant. Sur le trottoir, la flaque huileuse achève de dissoudre le garçon et prend bientôt une teinte grise et mate, durcit finalement au point de ressembler tout-à-fait au ciment des trottoirs. Après quelques minutes de soleil caniculaire, il n'y paraît plus. Je reviens à ma lecture dans le silence retrouvé, ravalant une furieuse envie de cracher par terre, à mon tour.

 

 

(Bon d'accord, c'est une redite, mais en plus de cinq ans, vous avez pu l'oublier...)

mardi, 22 décembre 2015

Contes horrifiques

J'étais petit, on me demanda de descendre chercher des pommes de terre à la cave. L'escalier qui y menait s'ouvrait au fond de la cour, protégé par un mur. C'était la nuit. La lumière n'éclairait que les premières marches, et il fallait descendre dans le noir pour actionner l'interrupteur de la cave proprement dite. Je m'approchai de l'escalier. En contrebas, face à moi, dans l'obscurité totale, deux petits yeux rouges me défiaient. Je remontai pour dire que je n'avais pas trouvé les pommes de terre, en essayant de cacher ma panique. Je n'ai jamais su ce que c'était, mais c'était bel et bien là.