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Cinéma

  • 3361

    Ces jours-ci, ma douce classe et répertorie de vieilles publications trouvées dans la maison. Un régal car l'opération met au jour des raretés, comme un exemplaire des fables de Fong Siue-Fong illustrées de superbes gravures sur bois, des livres pour enfants d'après guerre et des revues pour la jeunesse du même tonneau. En 1954, l'hebdomadaire Mireille aidait les parents de jeunes filles à les préparer à la vie future. C'était chaque semaine des patrons de couture ou de tricots, des conseils culinaires, des jeux, des concours de photos de bébés, des petites chroniques historiques, des récits édifiants, comme Mademoiselle ci-devant, qui racontait en bandes-dessinées (de bonne qualité) les mésaventures de la fille du vendéen Henri de La Rochejaquelein, aux prises avec les barbares révolutionnaires. Chaque semaine, Les conseils de Tante Chiffon, toujours en bandes-dessinées, apportaient leurs bienfaits à leurs jeunes lectrices : se tenir bien, être ponctuelles, propres, etc. Je note, dans le numéro 41 du 11 novembre 1954, un épisode donnant l'attitude à avoir avec son institutrice « tout à fait digne d'intérêt ». On y trouve ce conseil savoureux : « Vous devez veiller à ce que les domestiques considèrent votre institutrice comme une amie, voire un membre de votre famille. » Ce qui donne une idée du public concerné par la publication (sauf qu'en l'occurrence, la revue était reçue dans une maison d'ouvriers, même pas chrétiens, donc assez laxistes sur les lectures de leur fille unique – la maman de ma douce – ou bien s'agissait-il seulement d'acheter un joli patron de robe). Dans ce même numéro, une rubrique « cinéma », fait connaître l'avis d'un(e) certain(e) Marijac sur le film Les Temps modernes de Chaplin. Je ne résiste pas à l'envie de la reproduire in extenso :
    « Charlot nous revient, mais je crois que ses films sont maintenant un peu dépassés. Tant que le mime reste l'amuseur bon enfant, le film est drôle ; lorsqu'il veut être philosophe, le film devient puéril. Le fait de représenter le directeur de l'usine sous les traits d'un monsieur qui ne sait dire que « plus vite » en se contentant de lire les dernières aventures de Tarzan, est d'une vérité et d'un goût un peu simplistes. Le mystère du génie de Charlot est un peu comme celui de Picasso. Il faut d'abord y croire. »

  • 2825

    Télérama disait du film « comment un tournage aussi épique appuyé par un casting  irréprochable, a-t-il pu aboutir à cette œuvre enflée et grotesque ? ce pourrait être mystérieux, si on oubliait que la mise en scène a été confiée à l’un des réalisateurs les plus confits et les plus fades d’Hollywood… » Quant aux inrockuptibles, ils dénonçaient : « Un monumental pudding, un nanard vertigineux, un ratage grandiose ! » Il fallait donc une sacrée dose de culot pour oser afficher au dos de la jaquette du DVD : « Epique », « Mystérieux » « Irréprochable » (Télérama) « Monumental », « Vertigineux », « Gandiose ! » (Les inrocks).

  • 2753

    « Vous n'allez pas faire ça ? » dit-il, horrifié, mais le scénariste ne se donna pas la peine de répondre, il frappa sur son clavier et écrivit une histoire de jumelles amnésiques tenancières de bordel nazi, car il n'avait aucun scrupule. « Et peut-être même qu'il y aura des ninjas » fit-il, impitoyable, avant d'être secoué d'un énorme rire démoniaque.

  • 2539

    Alexandre.jpegHier, revu « Alexandre le Bienheureux » d'Yves Robert, avec Philippe Noiret. Voici un film daté, dont les intérieurs sentent le studio de Billancourt, dont certains gags sont mous et l'interprétation pas toujours parfaite, cependant... Je l'ai revu avec beaucoup de  plaisir et d'émotion. Parce que ce film m'a sauvé la vie.
    J'avais 14 ans, peut-être, j'étais pensionnaire dans une institution religieuse, on m'imposait des mathématiques ad nauseam, moi qui ne rêvais que d'art et de littérature, je ne comprenais pas le monde du travail et des adultes que je voyais arriver sur moi, non comme une promesse d'avenir, mais comme un train.
    Et puis, un jour, un type qui passait avec son projecteur, nous montra ce conte innocent. Je ne sais pas si nos curés apprécièrent l'apologie de la paresse et du temps long que prônait le film, en tout cas, ce fut pour moi une révélation. Quelqu'un d'autre, quelque part, pensait comme moi !
    Ce que je devinais du monde, le désir que j'avais de me placer dans une lumière toute bonne et désinvolte, tandis que je voyais les adultes pliés sous des contraintes qui les faisaient renâcler à longueur de journée, se trouvait soudain confirmé par l'autorité dune œuvre cinématographique. C'est ainsi que je comprenais la vie, elle pouvait être douce à qui choisissait de ne pas se vautrer dans l'obscure fatalité du labeur. L'exemple d'Alexandre me donna confiance, me rendit moins amer, moins suspicieux envers la nature humaine. Je n'étais plus seul. On pourrait estimer que son message m'a maintenu dans une sensualité puérile, a retardé ma maturité, c’est le contraire : il m'a fait mûrir, a dégagé la place où je savais pouvoir me redresser.
    Bien sûr, tant d'autres films, plus importants filmiquement, mieux achevés et plus riches, m'ont apporté beaucoup, mais « Alexandre le bienheureux » est le seul qui aie su me dire que je n'étais pas une sous-merde vouée au désespoir pour le reste de mes jours. Voilà. De malheureux, j'étais passé à potentiellement bienheureux. Merci, monsieur Robert.

  • Kinétoscope

    Dans un grand musée, choisir une vaste salle bourrée de peintures, et courir très vite en clignant des yeux entre chaque tableau. Cela reproduit de façon étonnante les effets du cinéma. Les toiles se fondent dans un mouvement, bataillent et se heurtent, s'épousent, dialoguent. C'est très beau. Enfin, je suis certain que ce serait très beau. Mais on ne me laisse jamais faire.

  • Bonus

    Pour ceux qui sont allés jusqu'au dernier chapitre de "L'Affaire des Vivants", cette séquence incroyable du film "J'Accuse" d'Abel Gance (version 1918). La scène du champ de bataille.

  • Encore une histoire de poils

    Hercules, the Rock, YakOn apprend que tel acteur d'un récent film hollywoodien est affublé d'une fausse barbe réalisée en poils de testicules de yak. Cette information cocasse mérite cependant d'être complétée par la manière dont le précieux postiche a été collecté. Je voulais ici rendre hommage à Everett Wood, jeune stagiaire sur le film, qui devait arracher par touffes lesdits poils pendant le sommeil de l'animal. Everett avait été sélectionné pour son aptitude à la course. Car le yak est sensible et vindicatif.

  • Grave E.T.

    En dehors de l'exploit technique, j'ai aimé dans Gravity, une notion induite simple : nous sommes des terriens, et nos racines sont là. On peut toujours délirer sur les voyages intersidéraux, les exoplanètes et autres terraformations, n'empêche qu'on est de là, et que c’est là, sur notre grain de sable, que nous sommes condamnés à vivre, et pas ailleurs. Faut se faire à l'idée. Et en assumer les conséquences : prendre grand soin de la maison, parce qu'on n'a nulle part où aller.

  • X Men

    - Ah, professeur Xavier, j'étais sûr...
     
    - ... qu'on se retrouverait. Evidemment.
     
    - Vous savez que je prépare...
     
    - ... un attentat contre la NASA, oui.
     
    - Finalement, la téléptahie, ça ne vous sert qu'à...
     
    - ... finir les phrases des autres. C'est énervant, hein ?

  • Au temps de la pelloche

    (Note écrite en 2007, apparemment disparue de Kronix, et retrouvée pendant une période d'oisiveté)

     

    J'apprends avec une grande déception que l'excellent cinéma national du Tadjikistan, qui nous a fait découvrir entre autres l'univers du cinéaste Radjila Vorliadek (auteur notamment du célèbre "Jiihla tvldrskovist miahilioskorsk", sorti en France -après un problème de traduction- sous le titre "le retour des palombes avec un sourire peint sur la tête"), non content d'envahir nos écrans, est aussi une industrie qui spolie les plus démunis.
    En effet, la fabrication des pellicules, et particulièrement l'opération de densification des flocules, est confiée à de petits lapons sous-alimentés.
    Des enfants de moins de 6 ans travaillent dans des conditions indignes, pendant plus de douze heures, sans interruptions. Leur "rémunération", si on peut la nommer ainsi, est de moins de 1 dollar pour cent mètres de pellicule. Un petit lapon en fabrique en moyenne 60 à 70 mètres par jour. A ce rythme un jeune garçon ne pourra se payer son premier renne qu'au bout de 220 ans !
    Quand on sait que le renne, animal emblématique de ce pays, participe au rituel nuptial des lapons, car il est la monture avec laquelle le jeune lapon va enlever sa jeune lapone pour convoler en justes noces, on mesure l'ampleur de la catastrophe culturelle et identitaire que peut causer cette pratique.
    Ne permettons pas qu'un tel esclavagisme perdure ! Luttons contre l'exploitation des petits lapons !
    Envoyez vos protestations à l'ambassade du Tadjikistan, dès que vous en aurez trouvé l'adresse !

  • C'te misère...

    C'est pas possible. Mais enfin nom d'un chien, c’est pas vrai ! ? Je vais tout de même pas me mettre à chialer devant « Les Misérables », non ? si ? Oh et pis merde, allez.

  • Note 1770

    Etait-ce la tonsure du bidasse ? L'accoutumance à l'humour de chambrée ? Ce film, vu entre camarades de régiment, m'avait fait éclater de rire. J'en avais mal aux côtes, j'avais été asphyxié de rigolade pendant toute la projection. A la première perm', je me hâte d'emmener ma fiancée de l'époque voir ce bijou. Et je me retrouve, consterné, devant un film indigent, stupide, grossier, affligeant, insupportable. Je n'ai jamais aussi bien ressenti et compris le phénomène d'abrutissement généré par un groupe.

  • L'Eternel retour

    - Et là, l'un d'eux se dresse et dit : non ! Plus jamais cet esclavage !
    - Oui, c’est pas mal. C'est pas déjà le scénario de Planète des singes, origine ?
    - Non
    - De Spartacus, alors ?
    - Non
    - Django, Amistad ?
    - No
    - Quilombo ?
    - Je ne crois pas
    - I, Robot ?
    - Non voyons
    - Les Misérables ?
    - Mais non enfin : c’est le scénario des Dix Commandements.
    - Ah oui, je savais que ça me disait quelque chose...

  • Cinoche


    Raquel Welch se faisait enlever par un ptérodactyle. A l'inverse de mes camarades, je voulais bien croire au ptérodactyle, mais pas qu'une femme puisse être aussi belle.

  • Des ombres sur l'écran

    A la fin de ce film étrange sur les fantômes, le générique listait les noms des acteurs défunts. Par ordre d'apparition.

  • Top Chef

    J'ignorais que Francis Ford Coppola était un fin gourmet capable de venir à bout des recettes les plus sophistiquées. Et maintenant que je le sais, que puis-je faire de cette information ? Si : refuser de l'inviter même s'il insiste (je vais rester un moment près du téléphone, au cas où).

  • Recours aux forêts

    N'en a pas fini avec la tentation de s'abstenir de lire de nouveaux auteurs, s'abstenir d'écouter de la musique actuelle, d'aller voir des artistes contemporains et des films récents et de rester connecté à l'actualité. Parce que, à un certain moment, le cerveau se fatigue de n'être que médiocrement stimulé, ou découvre que toute cette soif de culture contribue, paradoxalement, à l'engourdir. Alors, reprendre les livres et les musiques, reconsidérer les œuvres qui nous ont déjà émerveillés, et celles-là seulement. Quant à l'actualité, son triste bégaiement rabâché par les échotiers assoupis, quelle nécessité ?

    Et puis, soudain, une invention hallucinante, un livre remarquable, une musique inouïe, un tableau bouleversant... C'est désespérant, ce déferlement incessant de merveilles.

  • Parenté

    Qui vois-je, sur une branche de mon arbre généalogique ? Richard Gere ! Mais tu vas descendre de là, oui ?

  • Sont forts, ces ricains.

    Avec ce judoka qui se bat contre des pingouins je croyais qu'on avait touché le fond, et puis j'ai vu « Air Force One », avec Harrison Ford...

  • Avantage à l'amour.

    Ce qui m'émerveille depuis disons une bonne vingtaine d'années (je lance ce chiffre, il a ses raisons, mais trop longues ici à détailler), c'est la bienveillance des gens que j'ai rencontrés. Leur gentillesse à mon égard, leur générosité et leur faculté à pardonner mes petitesses et mes duretés. Tout cet amour m'a rendu meilleur, je l'espère, je le crois. En cela, il y a un peu de moi dans l'Ernest de mon dernier roman. On s'évertue aussi par la grâce de la douceur versée par les autres, sur nos têtes bénies. Élevés par une telle offrande, le moins que l'on puisse faire, c'est d'en redistribuer à son tour. Dans « Tree of Life », Malick montre un dinosaure qui renonce à dévorer sa proie et s'éloigne. Peut-être esquisse-t-il cette idée, que la douceur des caresses est née loin dans des temps immémoriaux, mais que son héritage se transmet depuis et se poursuit, jusqu'à la fin des temps. Comme des milliards d'autres, me voici un passeur de cette compassion héréditaire. Elle équilibre la cruauté du monde. Il ne faut pas négliger la force de notre bienveillance.