Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Ecrire

  • 3312

    Sur les puissantes épaules d'Antoine, les chagrins s'accumulent depuis des âges sans qu'aucun ne cède la place. Ça lui fait une chair de météorite nouée à son ossature de golem. De nombreux deuils lui reviennent et ceux d'ici, les derniers, concentrent les tristesses. Antoine est inconsolable, lui aussi : depuis l'origine, d'une mort fondatrice ; depuis des années, d'un geste inexpiable ; depuis un an, de la disparition de la mère de Mado ; depuis quelques semaines, de la mort du mari de celle-ci, son ami ; et — ce qu'ignorent la plupart de ceux qui le côtoient — depuis quelques jours, de la disparition de sa propre mère, à lui. Il demeure un instant sous la pluie morne. Tétanisé au dessus de ses plantes et du terreau débordant qui a maculé le sable lunaire, il médite. Les inconsolables n'ont pas perdu le fil, ils n'en ont pas fini avec les êtres aimés et leur dialogue s'éternise. Ce n'est pas désespérant, ce n'est pas inutile, ce sont des veilleurs qui veulent ignorer la fermeture imminente des portes des limbes. Par delà la frontière absolue, leurs paroles réchauffent les transis.

     

    Extrait de Les Inconsolables. Roman en cours d'écriture.

  • 3310

    La plate-forme numérique Lectura, qui met en ligne les collections de médiathèques de la région Rhône-Alpes, devient Lectura+.

    Le "+" signifiant que cette version nouvelle offre plus de contenus, plus de possibilités, d'accès aux documents, etc. Parmi les "plus" du site, il y a les Flashbacks du patrimoine. "Un regard des écrivains d'aujourd'hui sur le patrimoine d'hier". C'est ainsi que j'ai l"honneur de me trouver en compagnie de gens que j'admire : Lionel Bourg, Alexis Jenni, Emmanuelle Pagano... Chacun de nous s'est vu proposer un document patrimonial et a eu pour mission de s'en inspirer pour écrire un texte, mis en voix par des comédien(ne)s, et en ligne par le site.

    A 18h30 ce jeudi, la médiathèque de Roanne inaugure les nouvelles fonctionnalités de Lectura + et je serai là pour répondre à quelques questions, préparées par les complices de l'ARALD.

    C'est en tout cas un moment que je vous invite à partager. L'entrée est libre.

  • 3309

    Enfin, il peut parler, c'est tellement précieux. Mado l'écoute, ils sont debout sous les fragments d'ombre que procure le bignonia, le soleil remue dans son creuset assez de feu pour bientôt verser de la lumière fondue sur le jardin, Antoine n'en a cure, il n'y tient plus, c'est une légende longtemps contenue qu'il lui est urgent de livrer. On ne sait jamais, un jour, un auditeur pourrait lui expliquer cette tragédie des origines, lui dire enfin pourquoi. Nous élaborons les plus belles constructions de pensée pour trouver un sens à ce fatras que sont les drames, et le fatras résiste à toute logique. Le malheur surgit et l'on croit d'abord voir, sous l'effet de la révolte qu'il inspire, une compréhension se dessiner. Et puis, c'est l'abattement devant ce qui, définitivement, n'a pas même la clarté d'une farce. Depuis son incarcération, Antoine suit une psychanalyse. Des années de confidences qui soulagent sur le moment, mais aucun progrès. Il est toujours sous anti-dépresseurs, toujours inconsolable. Alors il saisit chaque occasion de bénéficier d'une oreille bienveillante. Mado écoute l'histoire de la mort du fils d'Antoine. Son premier enfant.

     

    Extrait. Les inconsolables. Roman en cours d'écriture.

  • 3304

    Pardon pour ces trois semaines d'absence. Kronix va reprendre son rythme quotidien. Et, pour aujourd'hui, un extrait d'un roman en cours d'écriture. Les Inconsolables.

     

     Il n'y aura pas de cerises cette année, elles gisent éparpillées dans l'herbe, vertes et avortées, minuscules sous la coupe du feuillage haché précocement. Ils parlent de cela, tous les deux. La grêle tant redoutée, Antoine l'a bien connue. Le gel qui vient de faire des ravages, il sait comment cela fonctionne, il en a vu de bien pires. Car il y a eu 1956, aux Janots. L'hiver terrible. Une leçon de choses qu'aucun paysan du coin n'est près d'oublier. Antoine avait douze ans. Au mois de janvier, son père rentrait des travaux en sueur : il faisait une chaleur anormale. Le fils voyait son inquiétude manifeste. « On va le payer, disait Marius, une douceur comme ça maintenant, on va la payer, je te le dis... » Une telle météo tourneboulait la végétation, la montée de sève était commencée beaucoup trop tôt. Il suffirait d'une forte gelée là-dessus… En février, la catastrophe tant redoutée se produisit. Un froid inhumain s'abattit brusquement. Le jour clair et l'air coupant, les oiseaux transis s'arrondissaient en pommes, plumage gonflé pour se protéger, ils tombaient des arbres comme des fruits, épuisés par le froid et la faim. Les chats opportunistes se gavaient de ces offrandes. La chaleur des poêles semblait avalée par les murs des maisons, l'urine gelait dans les pots de chambre, la terre résonnait sous la semelle, dure comme du fer. Les nuits étaient nettes, « ciel serein » se lamentait Marius, en prononçant « séraing ». Il scrutait la profusion d'étoiles sur le fond noir impeccable en hochant la tête, car ce beau spectacle promet des aubes mortelles. Partout, le froid cristallisa la sève prématurée des plants de vigne, fit éclater la lignite comme explosent des veines de chair, et anéantit tout espoir de récolte. Les Cervin ne produisaient que des raisins, un peu pour le vin, l'essentiel dédié à la table : grenache, chasselas, muscat de Hambourg ; et puis des variétés qui n'existent plus : admirable, dattier de Beyrouth… Février les gava de gel jusqu'à la racine. Presque pas de récolte, les pieds tués. Il fallait tout arracher. Pour la première fois, le petit Antoine vit ses parents, médusés, assis sous le tilleul de la cour. Regards effrayants, au-delà de la panique. Morts au dedans comme leurs ceps. « Qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'on va manger... »

     

  • Conte horrifique

    Nous, nous étions accoutumés à leurs silhouettes sombres aux contours incertains, mais nos invités hurlaient de peur quand ils voyaient les Autres s'accroupir silencieusement sur la table, dans le salon, sur un meuble, puis, avec une lenteur qui leur était propre, s'allonger démesurément pour s'élargir en taches contre le plafond ou sur le plancher avant de disparaître. Rares étaient les amis qui, comme nous, continuaient imperturbablement à grignoter leurs cacahuètes en évoquant leur journée de travail.

  • 3270

    Recueillir la parole de l'autre, la parole qui l'écorche et le délivre, y être fidèle malgré la conversion nécessaire qui amènera à la littérature. C'est ça. Et il n'existe aucune formule. Je navigue aujourd'hui bien loin de mes rassurants rivages fictionnels.

  • 3263

    Lire la suite

  • 3235

    Pour écrire sur les blessures des autres
    Pas le choix : retourner la plume contre soi.

  • 3231

    Avril sous les cris d'hirondelles, avait éclairé le jardin de promesses, les cerisiers coiffés de fleurs, les muguets en avance, les bosquets criblés de bourgeons, tout resplendissait. Et puis le gel franc en deux aubes, et puis la grêle d'un soir, avaient abattu ces plaisirs à venir. Il n'y aurait pas de cerises cette année, elles étaient éparpillées dans l'herbe, vertes et avortées, minuscules, sous la coupe du feuillage haché prématurément. Mai venu claironna un solo cuivré de thermidor cette année-là. On ne travaillait dehors qu'à la fraîche, on préférait à midi manger dans la pénombre des maisons mais on dînait dans le jardin bien sûr, on s'attardait avec les amis dans l'obscurité en riant, on laissait le soir mourir sur les épaules, on ne se couvrait pas. Les nuits furent clémentes. Mado et Léo, quand ils étaient seuls, s'offraient des heures également alanguies, leurs paroles, voix feutrées sous les arbres, tournées vers le couchant. Voix assourdies au point que les verdiers excités submergeaient leur échange. « On est heureux » se disaient-ils. La phrase revenait souvent, et souvent après un long silence, pas pour le rompre car ils n'en étaient nullement gênés, mais comme une réponse à leur bonheur incrédule. Ils se faisaient un devoir de se rappeler combien était précieux leur mode de vie. Ils vivaient dans le luxe de ceux qui ont renoncé à l'abondance pour savourer le temps.

     

    Extrait de Mado. Roman en cours d'écriture.

  • 3228

    Dans le jardin, autour d'eux, la terre berçait le flanc de fantômes légers. La bonne vieille chienne des parents de Mado, ronde, sédentaire, polissonne, riante, gourmande, un peu veule, amicale avec les chats domestiques, achevée par dose létale, endormie soulagée du mal qui l'étouffait. Couchée sous la bignone, mufle tourné vers la maison et vers l'ouest, vers la Loire, une perspective où porte le regard, comme un lointain désirable à hauteur de truffe. La bonne vieille chatte des parents de Mado, mécanique alentie jusqu'à l'enrayement final, trouvée endormie pour toujours, en rond dans une corbeille. Ensevelie au plus près de sa vieille copine, dans la posture que la mort imprima. Les deux très gros et très vieux chats de Mado, dont elle ne supporterait pas de raconter la fin, présents quelque part sous les lilas, en des places choisies, tombes aplanies, invisibles au regard, inoubliables pourtant.

     

    Extrait de Mado. Roman. Écriture en cours.

  • 3224

    S'effacent les signes sur le clavier, érodés par l'infatigable épreuve de la saisie. Les lettres devenues indiscernables, les touches usées jusqu'à l'abstraction, les mots nés de cette fragmentation partis ailleurs, sur l'écran ou dans le papier, échange naturel, un évanouissement sous mes doigts pour une apparition sous les yeux d'un autre, un peu de matière plastique pour un peu de lecture. Le troc digital à la source des textes.

  • 3221

    Comment dit-on à son père : « maman est morte » ? On le dit ainsi, sur le ton qu'on voudra, il n'y a pas de bonne manière, il n'y en a pas de mauvaise. Les existences, dans cette histoire, éprouvent les drames en mode mineur. « Oh, elle est morte ? » Mado expliqua, ses paroles lui semblèrent étranges, elles décrivaient une scène à laquelle elle ne comprenait toujours rien, à laquelle il lui semblait n'avoir peut-être pas assisté. Le père ne réagit pas tout de suite. Son visage s'inclina, ses mains sur la couverture firent un geste de fatalité. Les pleurs viendraient plus tard, toute lumière éteinte. L'encombrement du souffle retint d'éventuelles effusions. Le père observa la salle où il passait ses journées, la télévision qui palpitait devant lui, l'obscurité triomphante du soir par les fenêtres. Il pensa Cette fois, c'est mon tour. Il commença à mesurer l'écrasante solitude qui saisit les derniers vivants. Il vécut un an après ce jour.

     

    Extrait de Mado. Roman en cours d'écriture.

  • 3218

    Je n'ai jamais connu le vertige de la page blanche, jusqu'à aujourd'hui. Je n'arrive pas à écrire en ce moment. Mes incipit s'exténuent après quelques pages. Expérience plus étrange qu'angoissante. Une des causes de cette impuissance réside dans la pratique de l'écriture elle-même. Pendant des mois, j'ai produit des textes dans le cadre d'un travail de rencontres, d'interviews, que je devais écrire assez vite. Des formes plus proches de l'article de magazine que du processus littéraire comme je l'entends quand j'entreprends un roman. Pour résumer, je crois que j'ai pris de mauvais habitudes. Par « mauvaises habitudes », je veux dire syntaxe peu imaginative, vocabulaire courant, moindre souci de la musicalité des phrases. Non par paresse, mais parce que ce mode sobre et lisible, direct, était le plus approprié aux contraintes objectives. Aujourd'hui, après l'équivalent de la production d'un court roman, décliné en portraits, en articles de fond, en pédagogie de l'histoire économique, élaborer un récit au fil de phrases dont chacune porte sa propre mélodie, son rythme, dont chaque mot est mesuré à l'aune double du sens et de la musicalité, est un exercice à réinventer. J'ai l'impression de repartir de rien. C'est extrêmement pénible. La solution, pensé-je : relire mes stylistes favoris. Réapprendre. Reconquérir le terrain perdu. Et se résoudre à éviter d'en perdre désormais.

  • 3215

    Bras repliés, songes, vertèbres soudées, pelures de craie, menthe, sabre, organdi, jade, solstice, poterne, calice, nourrague, pestilence, murailles, jacinthe, antimoine, acrotère, aiguière de vermeil, samba, labile, forceps, émonder, colibri, pente, négligente manière, parade, ombre salie de neige, génuflexion, sabir, orgues basaltiques, délire, taillis d'aiguilles pourpres. La palette des encres, l'encre chatoyante des mots sous le doigt de l'écrivant, L'ivoire des canines refermées sur la nuit, le soubresaut. La terre appuyée sous le talon. Une tache solaire, la main retournée, une cavité moulée dans l'épaisseur de l'âme, un tranchant d'obsidienne et le cœur sur les braises, une lampe sous la main, des cris, des balades, une gelée, un matin les pieds dans l'eau froide, la peau hérissée de bleu, un geste bleu, le spectre des doigts sur le mur, le jeu des rayons sur la pierre, le givre sur le verre, la pâleur du gisant, les phalanges repliées sur un insecte, des marbres étoilés, une figure dressée contre le ciel, un bras, une boucle, des miroirs, un drap, une peur, un pas sur le seuil, la nuit ouverte et franche, l'ombre de mon salut avalée par une flaque, le fantôme surgi de la bouche, un frisson, le bois, l'odeur de la cire, le parfum du lin, la joue tiède, les rideaux, les persiennes fermées, les jouets sous le lit. Les récits, les luttes, les agneaux égorgés. L'empreinte de la semelle sur la terre appuyée. Le temps entravé qui rampe sur le parquet.

     

    Et pas un chapeau de vendu.

  • 3214

    À l'écart de la nausée, les exilés se reconnaissent et survivent, dressent l'un pour l'autre des étais de sourires et de complicité, des contreforts de calme et de travail silencieux. Ce n'est pas qu'ils sont meilleurs, les exilés, ce n'est pas qu'ils sont plus forts ou plus perspicaces, mais une vie pareille à celle des autres leur est interdite. À la réflexion, elle leur serait permise qu'ils y renonceraient. Ils vont comme ça, à côté du monde. Leurs jours ont, par leur seule volonté, une régularité qui semble la suspension éternelle du temps, sur l'Olympe. Ce sont des dieux anonymes qui devront mourir et se sont fait à l'idée.

     

    Début de "Mado", roman. Écriture en cours.

  • 3205

    Planche 39.
    Extérieur nuit.
    1- La ruine d'un petit édifice envahi de ronces, au fond du parc. Tout près, le petit véhicule électrique qui a permis le transport. Au centre de la ruine, un puits, la grille qui le ferme est basculée. Renzo et Spathül balancent un cadavre dans le puits.
    2- Spathül se penche pour saisir le corps de la femme, resté par terre. Renzo ne bouge pas.
    3- Spathül : « Bon, alors, tu attends quoi ? »
    4- Renzo est bouleversé. Spathül se redresse, mains sur les hanches : « Quoi ? »
    5- Plan d'ensemble. Le puits, le corps de la femme, Renzo et Spathül. Spathül : « C'est comme ça, il faut t'y faire... » Renzo : « Monsieur... »
    6- Renzo se met à vomir. Spathül : « Eh ! tu me connais maintenant, non ? Tu sais de quoi je suis capable, à force d'écouter mon histoire. Quelle sensiblerie ! »
    7- Renzo, en pleurs : « Je comprends maintenant, ce qui reste, une fois la trace évaporée. » Spathül : « Ah ? »
    8- Renzo : « Je suis maudit ! A cause de vous, je suis maudit. Les mots sont incrustés en moi à jamais. Vous m'avez empoisonné l'esprit. Même si on brûle tout, votre histoire fait partie de ma chair. »
    9- Renzo s'agenouille, en pleurs. Spathül : « Ouais, bon. Aide-moi. »
    10- Renzo : « Non, j'en ai assez, c'est horrible ! » Spathül, se précipitant sur lui : « Hein ? »
    11- Spathül saisit Renzo par le col : « C'est ainsi que ça se termine, mon gars ! J'use le pouvoir jusqu'à sa dernière goutte. Cherche des rebelles autour de toi. Aucun qui me vaille. Je suis le dernier romantique. Aide-moi ou tu les rejoins. »

     

    Extrait du scénario d'une BD en cours de réalisation. Dessins Thibaut Mazoyer.

  • 3204

    "La vie volée de Martin Sourire" sur RCF, en compagnie de Jacques Plaine et Jean-Claude Duverger

    L'émission "A plus d'un titre" est à écouter ICI.

     

     

  • 3202

    Il y a un moment, dans l'écriture d'un livre, où vous comprenez enfin ce que vous êtes en train de faire, révélation plus ou moins tardive selon l'entreprise. Pas : quel est le sujet de votre roman, cela vous êtes censé le savoir, tout de même. Plutôt : De quoi je parle, au fond, qu'est-ce qui, viscéralement, m'a imposé de rester autant de temps concentré et isolé, à la recherche d'un rythme et d'une justesse d'expression, qu'est-ce que je cherche à travers mon texte ? Et ce n'est pas forcément clair à l'amorce du travail. On peut même postuler que l'écriture d'un livre a pour but premier de révéler aux yeux de son auteur, les raisons qui ont poussé à l'entreprendre.
    Le moment que j'évoque se manifeste par une sensation particulière, une émotion assez indescriptible. Pour moi, elle est similaire à une autre sensation, guère plus commode à exprimer, qui naissait, à l'époque où je dessinais ou peignais des portraits d'après nature (jamais d'après photo, cet expédient vulgaire), quand, la personne en face de moi, je voyais, trait après trait ou coup de pinceau après coup de pinceau, s'affirmer une ressemblance. Le visage qui apparaissait sur la toile ou le papier, était bien celui de mon modèle. J'y étais. Je ne savais jamais par quel détour ce petit miracle se produisait mais c'était ainsi : j'avais saisi et traduit cet étrange motif qui crée l'illusion de la ressemblance. Cela venait brusquement, au hasard d'un trait anodin, par surprise. Soudain, quelque chose s'était éclairci. Je savais que, désormais, je passais d'un autre côté de la réalisation. C'est ainsi que, dans la pratique de l'écriture, à des moments variables dans la construction d'un récit, je perçois avec étonnement (et quelle satisfaction!) que « j'y suis ». Tout devient net, tout prend sens : les phrases qui m'ont amené à ce point, les prolongements que ce basculement implique, ce que sera le roman achevé.
    La difficulté réelle se situe par conséquent au début de l'écriture d'un roman. Quand rien n'est fixé, que tout menace de se dérober à tout moment, que le sens ne s'est pas encore affirmé, quand rien n'est évident. Il y a quelque chose d'absurde d'entreprendre l'écriture avec le secret espoir qu'un but s'annonce. Vous pouvez travailler des mois, peut-être des années, avant que se manifeste la sensation évoquée plus haut. Et il y a cette hantise : est-ce que vous y parviendrez ? Ainsi, il m'est arrivé d'aller jusqu'au bout d'un texte, de travailler plus d'un an sur un roman, de poser le point final, sans avoir connu cette grâce (et dans l'état d'incertitude que vous pouvez deviner). Assez logiquement, il se trouve que ces romans-là ne provoquent qu'une réaction embarrassée de ma première lectrice, augure du refus de mes éditeurs. J'espère sincèrement que les autres écrivains ne connaissent pas ces affres et entrevoient clairement dès l'origine, l'ensemble de ce qu'ils ont entrepris de créer. Je crois avoir une bonne notion des sentiments de Sisyphe, quand il appuie ses mains contre la pierre, s'arc-boute et  pousse son rocher, au pied de la pente incessante.

     

    Peut-être parlerons-nous de cela, à partir de 16h30, avec Jacques Plaine, à la Librairie de Paris, à Saint-Etienne...

  • 3201

    Comment écrit-on un roman ? Comment ose-t-on commencer, par quels mots, par quelle scène et sous quel angle ? C'est toujours difficile, et de plus en plus difficile avec le temps, malgré l'expérience. Paradoxalement. Parce que chaque roman est un prototype. Comme l'amour vrai se réinvente et ne connaît que des premières fois.

  • 3200

    Grand rendez-vous pour moi, vendredi 14 avril, à la libraire de Paris, à Saint-Etienne, (6, rue Michel Rondet).

    D'abord, avec une rencontre autour de mes livres, animée par Jacques Plaine, à 16h30 (une des rares fois où j'aurai l'occasion de m'exprimer sur mon travail d'écriture, de mettre en perspective les thèmes, expliquer les passerelles entre les textes, etc. Je vois ça comme un beau cadeau, cette chance d'évoquer assez longuement parcours et choix) puis, à 18h30, l'enregistrement public de l'émission « A plus d'un titre » (RCF), en compagnie de Jacques Plaine, toujours, et de Jean-Claude Duverger, cette fois autour de mon dernier roman « La Vie volée de Martin Sourire », paru chez Phébus cette année.

    N'hésitez pas à venir goûter au lieu, à la parole bienveillante de ce grand amoureux de la littérature qu'est Jacques Plaine.