lundi, 12 octobre 2009

Délai de grâce

Sans compromettre la date de sortie de mon dernier roman, j'ai demandé l'autre jour à mon éditeur de me laisser encore un peu de temps.  Il m'a octroyé jusqu'au 15 octobre, pas un jour de plus. C'est que ce texte est relativement frais, pour moi. La première mouture achevée date de janvier de cette année. Je veux dire qu'habituellement, je ne confie au jugement des autres qu'une version amendée un grand nombre de fois, après plusieurs séjours dans les tiroirs et remises en question diverses. Cela peut durer un an, parfois plus. Un travail de l'épreuve au temps, une lente maturation de façon à m'assurer que  je révise l'écriture avec le plus de recul possible. Pour "le Psychopompe", je n'en suis qu'à la troisième ou quatrième version. Le manuscrit, par exemple, n'avait subi l'épreuve de l'oralité (la lecture à haute voix) qu'une seule fois, lors de la première version. Ces jours-ci, ma douce a repris cette lecture sur une nouvelle version, et nous sommes tombés d'accord sur certains aménagements. L'écoute du texte n'est pas un mode nécessaire et suffisant pour corriger, mais il inspire des modifications différentes de celles qu'imposent la lecture silencieuse. On aborde l'écriture d'une autre façon, ce sont d'autres défauts qui apparaissent. Flaubert le savait bien, quand il arpentait son gueuloir. Enfin, après une semaine de perfectionnement, je viens d'adresser l'ultime version à mon éditeur. Je crois que c'est un bon livre, exigeant. Ma douce l'adore. Malgré la vitesse imposée par le "timing" de mon éditeur, je n'ai pas mégoté, j'ai affiné aussi sérieusement que possible ce nouvel opus. J'espère qu'il vous plaira.

 

samedi, 10 octobre 2009

retrouvailles

Ô l'étonnante jubilation de se voir écrivant, ô l'absolu bouleversement de laisser filer les doigts sur le clavier, de reconnaître cet élan. Reprendre l'écriture, enfin !

dimanche, 02 août 2009

Ne pas écrire

J'ai toujours défendu l'idée que, pour écrire (notamment écrire des romans), il ne faut pas attendre d'avoir du plaisir à le faire. C'est-à-dire qu'une certaine exigence de production nécessite une régularité, un labeur, incompatibles avec l'inspiration, l'envie, le désir. Malgré cela, il faut bien admettre que je suis parfois confronté au manque absolu d'envie d'écire. Plus précisément, dans le récit que j'ai mis en chantier, une scène résiste. Une scène de repas à plusieurs voix, sous le regard d'une jeune femme. Impossible de trouver l'angle intéressant, impossible d'écrire deux lignes intelligentes, originales sur ce thème. Impossible pareillement de passer à une autre scène, contrairement à ce que je fais parfois dans de tels cas de blocage. Mon agacement est multiplié par le fait que, comme je le disais dans un billet récent, je n'ai jamais travaillé dans d'aussi bonnes conditions, dans une pièce rien qu'à moi, entouré de livres par centaines, tandis que les vacances me donnent du temps et protégé par la tendresse de ma douce. C'est extrêmement désagréable de se trouver en panne dans un tel contexte.

Même Kronix reste sec, comme vous avez dû le remarquer (non ? Ah.), mais, pardon, c'est un peu moins grave, pour moi. Est-ce par compensation ? J'ai beaucoup lu ces derniers temps, notamment les autres livres sélectionnés pour "lettres frontière". je n'ai pas fini (pas tout reçu), mais "Twist", "laisse les hommes pleurer", "La main de Dieu", et les romans de Claudie Gallay (lu plusieurs dans la foulée, dont l'excellent "L'office des vivants" en attendant "les déferlantes"), m'ont beaucoup impressionné. Je lis aussi "La chambre claire" de Roland Barthes, à cause d'une prochaine lecture en public, avec mes précieux amis Jean Mathieu et Dominique Furnon. J'ai aussi lu récemment "La grande Beune" et "les onze" de Michon. Quelles merveilles !

Je m'occupe, quoi, en attendant que "ça" revienne. Pas facile, des fois...

dimanche, 19 juillet 2009

Au suivant

Mon éditeur vient de me le confirmer : mon prochain roman, "le psychopompe" sortira à la fin de l'année. Quant au "baiser de la nourrice", ma foi, il continue son petit bonhomme de chemin. Je suis invité le 11 septembre à Thonon, pour en parler.

En attendant, j'ai beaucoup de mal à reprendre l'écriture du dernier. Je n'ai pourtant jamais eu de meilleures conditions pour travailler : du temps, un beau bureau, de la documentation à disposition, et l'admiration infatigable d'une femme aimante.

Pas de panique, je sais que ça reviendra. Ma hantise par rapport à ce projet, est de baser ce très long chantier (sûrement plus de deux ans d'écriture), sur une forme vieillie. Ma douce a beau me rassurer, je doute.

La prochaine pièce de théâtre est un projet magnifique dont j'espère avoir l'occasion de vous parler. Car il ne s'agit pas seulement de l'écrire, mais de mêler à son élaboration les comédiens qui vont l'interpréter, et l'expérience de peintres, puisqu'il sera question de l'acte de peindre. Il nous faut un financement minimum, sans lequel rien n'est envisageable. Une récente conversation avec une jeune actrice qui défendait l'idée de la création sans financement, et donc libre, me revient à ce sujet, et j'écris vraiment comme une savatte ce matin.

D'abord, des expériences à "budget zéro", j'en ai pratiqué depuis toujours, je connais, merci, et, justement, je n'ai fait que ça. Bidouiller, "faire avec", trouver des solutions malignes, s'appuyer sur les bonnes volontés, renoncer à certaines idées, j'en ai ma claque. A partir d'un certain niveau d'ambition, je crois qu'il faut de l'argent. Pas des fortunes, je vous rassure -il sera toujours question de se démerder avec des budgets restreints- mais au moins avoir la possibilité de réaliser quelque chose qu'on a conçu avec la perspective d'un certain confort. C'est gratifiant, de parvenir au résultat escompté, c'est gratifiant aussi de pouvoir rémunérer ceux qui travaillent autour de vos idées.

Disant cela, je revendique aussi le statut libertaire et la nécessité d'une culture anticonformiste, pauvre, hirsute, qui survit sous les déchets de l'autre, et qui est le sel de la terre. Celle qui continuera toujours de palpiter, malgré les ors et les ordres. Celle qui n'a pas besoin d'argent. Pratiquons les deux, n'ayons de mépris ni pour l'une ni pour l'autre.

samedi, 06 juin 2009

Depuis le temps

En ce moment, je travaille sur mon prochain roman (enfin, il y a toujours un prochain roman : je les enchaîne infatigablement). La nouveauté pour moi, est qu’il se passe entièrement au 19ème siècle. Disons de 1850 à 1914, en gros. Deux générations, et deux sociétés, l’une rurale, l’autre petite bourgeoisie commerçante de province. Je suis plongé dans de la documentation jusqu’aux oreilles. C’est à la fois très pénible, laborieux, mais c’est évidemment un régal pour l’intellect. J’amasse une quantité d’informations incroyables, depuis le prix du pain, la forme des banquettes de train de deuxième classe, les façons de dire bonjour, les rituels de fiançailles, jusqu’au vocabulaire utilisé alors et disparu ensuite, les courants de pensée, la durée du service militaire, la manière d’imperméabiliser de la toile ou de refroidir un dessert. Grâce à la diligence de ma douce, je dois avoir une douzaine de livres de référence sur la période, étalés autour de mon bureau, je dois en avoir lu des centaines de pages, avoir fait des heures et des heures de journaux microfilmés à la médiathèque, des sondages chez des collectionneurs, des spécialistes dans tel ou tel domaine, en attendant certaines visites de musées… J’arrache le récit à la chair du quotidien. A cause de tout ce travail de documentation, le roman lui-même avance très lentement, en moyenne neuf pages par mois, c’est bien tout. Mais je ne suis pas mécontent du résultat. Parce que l’idée, ayant compulsé tout ça, est de ne pas m’appesantir sur les détails, de ne pas paraître démontrer que j’ai bien fait mes devoirs. L’idée est simplement de plonger le lecteur dans une époque, sans avoir l’air d’y toucher. Je vais donc poursuivre sur cet axe, tranquillement, sans prévoir de date de fin d’écriture (je m’en suis bien fixé une, mais pour une fois, je vais la dépasser allègrement).

dimanche, 24 mai 2009

Sous les voûtes

Une vingtaine de courageux ont assisté à la lecture de "Ermite" hier. C'est le double de ce que je pensais. Donc, très bien. D'abord nous avons commencé avec quarante minutes de retard. A cette heure de la nuit, chaque minute compte. Commencer la lecture d'un texte aussi ardu à 0h 40 était un obstacle pour beaucoup. Nous avons lu dans le noir, comme convenu, avec nos seules lampes de poche et la ponctuation, sous les voûtes de ce beau lieu, de quelques lumignons. Peu de gens se sont endormis. Nous étions quatre : Jean, Dominique, Julien (qu'ils soient remerciés ici, à nouveau, pour leur gentillesse et leur enthousiasme) et moi. La variété des voix a permis de maintenir un minimum d'attention.

Cette lecture à haute voix m'a permis d'y voir plus clair dans les défauts de ce texte. Il me semble que son architecture souffre d'un manque de ligne de force. Il faudrait que je le reconstruise autour d'un axe dramatique, quelque chose de récurrent. Je crois aussi que certains passages enfoncent des portes ouvertes ou, en tout cas, n'apportent rien de vraiment fort et original. On pourrait s'attendre à ce qu'un ascète, reclus dans la nuit d'une grotte, refusant de se nourrir, explore des pensées surprenantes, aborde des terrains inédits. S'il y a de tels moments, ils sont trop rares, à mon goût. Je regrette d'avoir eu la prétention de proposer ce texte à Jean. Il n'était pas abouti. Dire que certaine auditrice ont pris le travail ce matin, dès sept heures... franchement, je me demande si cela en valait la peine. C'est comme ça.

lundi, 04 mai 2009

Vagissant

"Vagissant"... ce mot singulier est dit quatre ou cinq fois dans "le rire du limule". Ce qui m'a valu deux réactions amusées de spectateurs, cette semaine. L'un, un ami, me disait "tu l'aimes bien ce mot", en sous-entendant que j'aurais pu ne pas prendre garde de sa multiple occurence. C'est bien mal me connaître. L'autre, une figure importante de la culture à Roanne, a avoué s'être amusée avec son mari, sur la route du retour, à employer vagissant à tout propos "tu ne trouves pas que la route est vagissante ?", "c'était une soirée vagissante", etc. Humour dont je suis assez client d'ailleurs. Elle avait gardé l'impression que j'avais exagéré l'emploi de ce mot. Je profite de Kronix pour éclaircir ce point. Le mot est placé dans la bouche de lucifer (et de ses diverses incarnations), de la même façon que revient dans la bouche d'un accusé, le mot "innocent". Dans "je n'étais que vagissant", il y a le même caractère d'étonnement et de désarroi que dans le "Je suis innocent", que clame le suspect. La répétition me semble alors logique.

Demain, je vous parle du mot "poireaux", dans ma liste de courses du 20 avril 2009. Tant qu'à parler de trucs intéressants... 

samedi, 02 mai 2009

Des nouvelles du baiser

Pendant ce temps, "le baiser de la nourrice" fait son petit bonhomme de chemin. Il est dans la dernière ligne droite pour la sélection Lettres-Frontière. Un prix prestigieux, attribué à cinq finalistes sur 300 romans, choisis par deux jurys, l'un suisse roman, l'autre rhônalpin. Après une première liste d'une trentaine d'ouvrages, nous sommes maintenant une dizaine, retenus par chaque jury. L'étape qui suit, et qui est en cours actuellement, est organisée de sorte que le jury suisse travaille sur la sélection française, et vice-versa. Parmi les sélectionnés, je suis très fier et flatté d'être en compagnie d'un autre roannais, Daniel Arsand. La collection "les soeurs océanes" où je suis publié, avait déjà été primée il y a deux ans, avec l'excellent et terrible "Cyclope" de Catherine Dessales, livre que je vous conseille.

Au-delà de mon cas personnel, ce qui me plait, c'est le principe d'une sélection de cinq ouvrages, plutôt qu'un prix attribué à un seul. Je crois en effet, qu'à ce niveau-là, aucun livre n'est assurément meilleur qu'un autre. Ils ont tous leurs qualités. Conserver cinq auteurs limite l'arbitraire qui prévaut habituellement dans ce genre de couronnement littéraire.

Résultat le 4 juin. Je vous tiens au courant, bien sûr.

jeudi, 30 avril 2009

Le silence du limule

Et bien voilà. Le rideau est refermé. Nous sommes "après". On peut dire honnêtement que, à l'échelle de notre petite ville, "le rire du limule" a été un succès. En tout cas, une expérience marquante pour tous ceux qui y ont participé. Pour moi, d'abord, l'émotion de voir des hommes et des femmes s'échiner pendant des mois pour apprendre, porter, réinventer les mots écrits dans la solitude de mon bureau. Pour tous, la fierté d'avoir accompli quelque chose de différent.

limule3.jpgJe ne cesse depuis des jours de remercier celles et ceux qui ont permis ce miracle. Bernard, qui est à l'origine concrète du projet, et qui en a trouvé le financement, François, qui a mis en scène, (qui a dû convaincre parfois), qui a travaillé le texte d'une manière extraordinairement intelligente, Jérôme et son complice Benoît, qui ont additionné leur talent pour fabriquer une ambiance et un caractère à l'ensemble de la pièce, par le son et la musique, Marc qui, en plus de signer l'affiche et les photos d'ambiance s'est révélé un acteur solide, capable de créer le lien de tout un spectacle par sa présence, et la finesse de son interprétation, Dominique, qui a créé un parcours lumineux minimaliste mais élégant, et tous les comédiens, impliqués et tremblants, sincères, vibrants, qui ont tenu jusqu'au bout, malgré les obligations familiales et professionnelles : Brigitte, Nathalie, Sandrine, Tatiana, Virginie, Jean-Michel, Marc, Nicolas, Patrick, Renaud, tous éblouissants... et débordant de bonheur et d'énergie au final.

 Et la Ville de Roanne, bien sûr, sans laquelle rien n'aurait été possible, comme on dit.

Et permettez-moi une pensée pour ma douce, toujours pas remise de l'émotion générée par l'aventure.

limule7.jpg

Les photos d'illustration sont de mon vieux pote Christian.

 

En haut : Jean-Michel, Nicolas et Renaud.

 

En bas : Patrick, Tatiana et Virginie.

 

Lire aussi le billet de Jérôme alias Godot :

http://jeromebodonclair.wordpress.com/

(billet du 26 avril, soit le lendemain de la représentation. C'est que jérôme n'est pas un feignant, lui).

samedi, 28 mars 2009

Reviens

Vous aurez peut-être remarqué, mais il m'arrive de laisser des petits mots sur Kronix, ces jours-ci. Il se trouve que mon dernier roman bafouille et patine. Il se trouve que je m'agace et désespère d'y voir clair dans cette saga sur deux générations au XIXème siècle, mêlant vie paysanne et bourgeoise, guerre et paix, moeurs familiales et industrie. Il se trouve que, parfois, j'abandonne mes documents historiques, pour vous retrouver un peu et glisser là mes pensées matinales (donc pas profondes, nous sommes d'accord).

Il se trouve surtout que je n'ai rien de plus à dire. Pfff.

 

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