jeudi, 28 août 2014

Bénis

Toutes ces langues, le merveilleux apport de toutes ces manières de penser, de toutes ces visions de la vie, ces cultures incroyablement variées, la richesse humaine infinie des parlers et des littératures du monde... Et on nous présente l'épisode de Babel comme une malédiction divine ?

mercredi, 27 août 2014

D'autres que moi

Je leur envie cette légèreté, non pas que l'écriture soit pour eux un produit de l'insouciance, qu'elle ne constitue pas un enjeu, mais elle leur est naturelle, évidente, comme leur est sûrement évident d'être aimés d'une femme. Alors que c'est pour moi un cataclysme, un bouleversement, une stupeur. L'écriture a chez moi cette puissance, elle m'oblige à la vénération, à la prudence, à la lutte et à l'effort. Elle me confronte à la peur de tout perdre.

mardi, 26 août 2014

Exoterrestres

Après cela, ce sera fait et oublié, une fois que nous nous serons dépris du sol, quand le vide nous aura aspirés et qu'un temps vaste ouvert devant nous aura conduit les pas d'autres humains vers des ailleurs tellement phénoménaux que du sol ne subsistera pas même le souvenir. Alors, ce sera oublié, oui, nos cultes et nos élans, nos inquiétudes tournées vers le premier ciel, nos peurs liées à la première terre. Ceux qui suivront seront autre chose, inconnaissables, inconcevables. Différents et neufs, enfin.

Œuvrer

Pas fonder une œuvre maçonnée de pierres inaltérables, mais au moins architecturer brindille après brindille une forme aboutie, quelque chose qui dirait : le sens de son travail était cela, ce qu'il avait à dire c'était cela. Et puis le processus est si laborieux, encore alenti par les effets de la mélancolie et du manque de confiance, que je crains de ne laisser à la fin qu'une ébauche de nid ouvert aux vents, vite désarticulé, réduit à rien avant que de prendre sens.

lundi, 25 août 2014

Marche plus vite, connard !

L’invective est lancée depuis la vitre ouverte d’une voiture qui passe. J’ai le temps de lever le regard et de découvrir un joli minois de jeune femme, hilare, à l’unisson des autres passagers dont je devine la présence à l’arrière, sous la forme d’épaules et de têtes sombres qui tressautent. C’était purement gratuit et inoffensif, bien sûr, et pas dirigé spécialement contre ma petite personne. J’ai pourtant ressenti la brûlure de l’humiliation, quoique brièvement, et j’essaie de me raisonner. Ce n’est rien, c’est idiot, un truc de gamins. N’empêche. Je me demande ce que j’ai fait pour provoquer cette insulte. Et puis je repense au livre que je tiens en main. « Connard » ? Ben oui. Je ne pouvais être qu’un de ces intellectuels, un peu pédé sûrement, un peu marginal, jamais satisfait de rien, un de ceux qui se prennent la tête sur des machineries inutiles, imbus d’eux-mêmes, un de ces intellos qu’on moque à la récré, qu’on évite dans les soirées, à qui on passe la bite au cirage à l’armée. J’ai poursuivi mon chemin en serrant le livre plus fort contre moi.

dimanche, 24 août 2014

Pas à un paradoxe près

La reconnaissance des autres a cet effet imprévu de faire douter de soi, et cela proportionnellement aux louanges accordées.

samedi, 23 août 2014

Sidéral

J'ai vu E.T. l'autre soir à la télé. Ça m'a rappelé qu'un vaisseau spatial avait oublié un extraterrestre dans un pré à côté de chez nous quand j'étais gamin, comme dans le film. Sauf que lui, il ressemblait à une énorme pile de crêpes au fromage. Il avançait par petits sauts. Il essayait de communiquer avec mon frère et moi en émettant de petits cris aigus. Mon frère a découvert un trou dans la pile et a planté une cigarette allumée dedans. L'extraterrestre a éclaté comme n'importe quel crapaud. Bon. Après, je ne sais plus. Je crois qu'on est allé retrouver notre voisin qui trafiquait sa mob.

vendredi, 22 août 2014

Du passé en préparation

Avec toi, ma douce, ces longues journées de la fin de l'été où nous partageons notre amour de la littérature, construisent déjà un passé imprégné de joie.

jeudi, 21 août 2014

Bon de sortie (bis)

Et donc, pour ceux qui l'aurait loupé malgré mon rappel, en ce jour de sortie, le beau billet de monsieur Cachard à propos du livre dont auquel que c'est le mien.

Bon de sortie

Couv_LAFFAIRE.jpgTiens, j'ai un livre qui sort aujourd'hui.

S'il vous procure un peu de plaisir, tant mieux, et profitez-en : je vais travailler silencieusement pendant quelques années à présent.

 

Oh et puis, tiens, cadeau :


podcast

mercredi, 20 août 2014

Les effets

Au bout du compte, nous n'aurons rien produit de durable sinon nos actes de bonté.

mardi, 19 août 2014

Apercevoir les couleurs d'une époque révolue

Je vais avoir un peu de retard sur mes autres lectures, cette année...

La Révolution Française, Furet et Richet
La reine Marie-Antoinette, Pierre de Nolhac
Revue Versalia N° 4 et 9
Le hameau de la Reine, Thierry Deslot
Monsieur Nicolas, Rétif de la Bretonne
Les nuits de Paris, rétif de la Bretonne
Les hommes de la liberté, Claude Manceron (les trois volumes)
Vie et destin de l'architecte de Marie-Antoinette, Patrice Higonnet
Histoire de France, 1789-1815, chez Belin
Origines de la France, Taine
Histoire de France, Michelet
Histoire de la vie privée, de la révolution à la Grande Guerre, Philippe Ariès et Georges Duby
Journal d'une reine, Evelyne Lever
1789, recueil de textes et documents, ministère de l'éducation nationale
Blancs et bleus dans la Vendée déchirée, J-C Martin
De 1789 à 1815, Souvenirs et portraits, Edmond Biré
1789, l'année sans pareille, Michel Winock
Robespierre et la Révolution, C. Marand-Fouquet
La bibliothèque bleue, littérature de colportage, Lise Andries-Geneviève Bollème
La vie quotidienne en France au temps de la Révolution, J-P Bertaud
Histoire et dictionnaire de la Révolution Française, Tulard, Fayard, Fierro
Dix-huitième siècle, A Malet
Mémoires de Mme Campan
Yzernay au cœur de l'histoire, tome 1, G Michel
Revue du souvenir vendéen, N°s 1 ; 241 ; 257
Les insurgés de Dieu, P Poupard
Histoire de Chanteloup-les-bois en Anjou, A H Hérault
La chouannerie et les guerres de Vendée, N Meyer-Sablé
Le cimetière des martyrs d'Yzernay. A H Hérault
Paysans vendéens, Comte de Chabot
Turreau et les colonnes infernales, E Fournier
Les démons de la vertu, E Durand
Sur la Vendée militaire, les textes de Reynald Secher. Il sent le souffre, mais comment en faire l'économie ?

Les conférences d'Henri Guillemin
Voir aussi les mémoires de Brave Langevin (guerre de Vendée)
Lettres ou mémoires du capitaine Bouveray (armée de Mayence)
Le petit Trianon, histoire et description, G Desjardins


Et quelques romans, pour la chair :
Quatre-vingt-Treize, Hugo
Cadio, Sand.
Les Onze, Michon

vendredi, 15 août 2014

Pause

Je pars pendant quelques jours sur la piste des colonnes infernales de Nicolas Haxo. Kronix va se reposer pendant ce temps, je le sais bien, allez, mais il ne faut pas lui en vouloir. Si je ne le nourris plus, le bestiau dépérit. Je reviens. merci de votre patience.

jeudi, 14 août 2014

Près de rentrer

La première critique savante de l'Affaire des vivants fut publiée en septembre de l'année dernière par un lecteur et écrivain de mes amis, Laurent Cachard. A l'époque, discrétion oblige, cette approche anticipée avait contraint son auteur à user de codes : L'A. des V. pour l'Affaire des Vivants, et C.C. pour dire mon nom. Nous sommes aujourd'hui à une semaine de la sortie du livre en librairie et j'avais envie que son article soit, de toute façon, le premier. Mais le magazine PAGE m'a devancé.

11:50 Publié dans actu, Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 13 août 2014

In memoriam

Les gens vivaient, entre la peste, les famines, les interdits, les maladies et les guerres, l'enfer chaque jour. Malgré ça, on les rendait coupables assurément, on leur promettait après la mort, un enfer encore plus terrible. Ils n'ont certainement pu tenir que grâce à la certitude que, bon sang de bonsoir, les temps à venir seraient forcément meilleurs. Et nous voici, à saluer la mémoire de tous les cocus de l'Histoire.

mardi, 12 août 2014

Témoins que rien

Les amis que je connais ne s'enthousiasment généralement pas à la vue d'un couple de témoins de Jéhovah. Au mieux, ils remercient et déclinent toute offre, fut-elle divine ; au pire, ils les envoient se faire bénir ailleurs et claquent la porte. Je ne suis pas d'accord. Quand ces valeureux porteurs de bonne parole débarquent chez moi, c'est la fête. Je les accueille, les enveloppe, les cajole, les invite. Ils entrent, heureux et innocents, peut-être un peu décontenancés par cet enthousiasme inhabituel. Là, je pose une Bible sur la table, et j'attaque par la Genèse. Que pensez-vous du déluge, de la soumission de la femme, de l'interdiction sournoise de Dieu en son jardin, de Sodome et Gomorrhe ? Quelle est cette justice qui avorte des milliers d'enfants innocents, qui éradique une ville entière, etc. ? Je les tiens ainsi jusqu'à ce qu'ils regardent autour d'eux, perdus, cherchant une issue. Je les tiens encore, quand ils se lèvent pour me saluer, me remercier mais il va être l'heure de manger, je les tiens encore sur le seuil, dans la rue, leur propose de revenir c'est dommage on n'a pas fini. Je n'ai malheureusement effectué ce pugilat que trois fois dans ma vie et je manque donc de pratique. Cependant : trois combats, trois KO.

On peut me trouver cruel et peu charitable, et on pourrait soupçonner une intolérance envers les croyants. Ce n'est pas ça. Ce que je déteste, c'est le prosélytisme. Je ne vais pas frapper aux portes pour expliquer que je détiens la vérité ou que l'athéisme est un bienfait. Donc, quand un de ces braves enchristés vient frapper à ma porte, j'estime que la guerre est déclarée, et je lutte avec mes armes. Ite missa est.

lundi, 11 août 2014

Ce qu'on sait déjà

Certaines expériences de physique simple sont à la portée de tous. Il existe des antagonismes dont nous imaginons les effets, par anticipation. Par exemple, la lecture et le bain sont incompatibles, et un livre de Pierre Jourde coule comme n'importe quel Marc Lévy au fond de l'eau, même parfumée, et ses pages collent l'une à l'autre comme n'importe quel papier. Autre exemple : l'électronique audiovisuelle se remet très lentement d'une aspersion de café matinale. Sans l'avoir expérimenté, on le devine. Et en effet. Ensuite, on peut en déduire des statistiques sur la fréquence des accidents domestiques (pourquoi tout ça en l'espace de quelques heures ?) et sur le handicap d'avoir été créé avec deux mains gauches.

samedi, 09 août 2014

Nos futurs et Lucifer Elégie

Paru chez Sang d'Encre, le recueil "Lucifer Elégie" suivi de "Nos Futurs" a inspiré deux rencontres.

La première aura lieu chez l'ami Christian Degoutte, écrivain et poète, chroniqueur et spectateur attentif des éditions de ses compatriotes. Dans cette idée, il invite donc Alain Crozier, pour son récent "Chants d’un oiseau de nuit", à lire des extraits de son travail. Cette lecture croisera celles que je ferai de "Nos futurs", et il se pourrait bien que j'ajoute un court extrait de "L'Affaire des Vivants". Nous disposons d'une demi-heure chacun pour bercer notre auditoire de nos textes.

Cela se déroulera en toute simplicité, dimanche 7 septembre à 18 h à Commelle-Vernay, chez Christian Degoutte, donc, au 19 Impasse des boutons d’or.


La seconde est organisée par la Médiathèque de Roanne. Elle aura lieu vendredi 12 septembre, à 19 heures, en présence de Jackie Platevoet, l'éditrice de Sang d'Encre, et de Corie Bizouard, qui m'a fait le beau cadeau de son travail sur ce recueil. La lecture de mes textes se produira, entourée des œuvres de Corie, et accompagnée par la musique de Jérôme Bodon-Clair.

Je vous espère nombreux.

vendredi, 08 août 2014

Nouvelle - Poisson noir

Il m’avait fallu choisir à l’époque entre ces deux galeristes. C’est idiot, j’aurais pu ne pas le faire, mais je m’y sentais obligé, comme quand un couple d’amis se sépare ; et c’était un peu le cas. Associés d’abord, Marc et D. se disputèrent et Marc créa sa propre galerie, tout près de celle qu’il partageait avec D. auparavant, manifestant ainsi une volonté d’en découdre -par delà la soudaine inimitié- sur le terrain économique. J’étais un ami de longue date de Marc, je choisis de continuer d’exposer chez lui. Mais mon histoire n’est pas celle-ci.

J’ai toujours passé d’agréables moments avec Marc et avec Gaby, son épouse. Ils formaient un couple attentif, accueillant et sûr en affaires ce qui, pour un artiste incessamment en délicatesse avec les forces de l’argent : banques, commerces et fisc, n’est pas négligeable. Les discussions du soir, une fois les matières économiques rapidement passées en revue, s’attardaient sur les autres artistes, l’art en général, la vie et la mort.

Marc perdit son père et nous fûmes quelques semaines sans nous voir. Et puis, Gaby m’appela pour m’inviter chez eux. Elle répondait ainsi aux lettres de sympathie que j’avais adressées à Marc, quelque temps avant. Marc n’allait pas mal ; il se remettait. Il m’apprit que, la veille du décès de son père, il avait fait un rêve où ils étaient ensemble à la pêche, au bord d’une rivière qu’ils fréquentaient pendant son enfance. Le rêve avait basculé dans le cauchemar quand son père saisit quelque chose, et retira de l’eau un lourd poisson informe, monstrueux, à la fois noir et comme cuirassé. Marc se réveilla sur cette vision affreuse qui le laissa angoissé la journée entière. Le soir, on lui apprenait que son père allait très mal. Quand il arriva à l’hôpital, distant d’une centaine de kilomètres, il était trop tard.

La vie reprit son cours. La galerie de Marc proposait infatigablement une demi-douzaine d’expositions par an. De l’extérieur, il semblait que tout allait bien. Même moi, l’un de leurs proches, censément au fait de leur train de vie, j’étais dans l’illusion d’un couple à qui tout réussi, qui voyage et multiplie les bonnes affaires. Ils lancèrent une galerie à New York. Un fétu de paille. Les difficultés commencèrent à se faire sentir ; les artistes eurent de plus en plus de mal à se faire payer. Pour moi, il se trouve que j’étais passé à autre chose et, par chance, je n’exposais plus, ce qui m’évita de me fâcher avec Marc. Il y eut des rumeurs de ruine. Le galeriste voisin et ancien associé, D., se comporta de façon correcte. Il ne jeta pas d’huile sur le feu, énonçait sans amertume des regrets quant à leur mésentente qui avait nui à tous deux, et finirait par emporter le moins pertinent, à savoir Marc.

Un soir, revenant de chez un de ses artistes, Marc manqua un virage et se tua. On parla, compte tenu des problèmes financiers bien connus, de suicide. J’étais persuadé qu’il n’en était rien et, par la suite, j’essayai de protéger Gaby de telles insinuations. Malgré tout, il fallut fermer la galerie et je vins plusieurs fois lui donner un coup de main. Elle était épuisée, effondrée bien sûr, mais Gaby tenait le coup. Je me rendis compte que je n’avais pas mesuré la force de ce petit bout de femme, tant elle vivait dans l’ombre de son mari. Un soir, tandis que nous classions des dessins, je découvris une grande mine de plomb. Gaby était à côté de moi à ce moment. Cela représentait un énorme poisson, monstrueux, difforme et noir, gueule ouverte sur une sorte de cri. Une force terrible. J’en étais abasourdi. Gaby m’expliqua : « C’est ce dessin que Marc est allé chercher le jour de l’accident. »

(d’après une histoire vraie).

jeudi, 07 août 2014

La bombe Brelin

Un soir d'hiver 1853, Camille Brelin fut le premier à tester la bombe du même nom, dans sa cuisine. Le fait que ni les voisins, ni même sa femme qui cousait dans le salon tout près, n'ait entendu la moindre déflagration, explique qu'on n'ait jamais rien su de cette extraordinaire invention.