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lundi, 27 juillet 2015

2572

Certains sont de calcaire,
l'usage les arrondit.
D'autres sont de silex,
les coups affûtent leurs arêtes.
De calcaire, de silex, qu'importe, ils se réduisent tous à l'épreuve du temps.

dimanche, 26 juillet 2015

2571

Nous rentrions tout à l'heure, ma douce et moi. France Musique (d'ailleurs, était-ce France Musique?) rediffusait une émission sur Charles Trénet. Un morceau s'achève et puis, l'animateur interroge l'invité qui parle avec science et humour de cette vieille idole. On n'ose plus se regarder, ma douce et moi : c'est Cabu. Cabu en vie, qui évoque les chansons du fou chantant. C'est tellement simple qu'on se demande comment tout ça a pu être rejeté dans une autre vie, et que cette autre vie est finie. Bref, on a pleuré pendant quelques kilomètres.

samedi, 25 juillet 2015

2570

Quand on écrit, bien sûr, le retour des lecteurs est essentiel, mais la cerise sur le gâteau, le jugement qui sait émousser les doutes, c'est celui de ses pairs, et notamment d'auteurs qu'on admire. Après Daniel Arsand, Laurent Cachard, Christian Degoutte, Maryse Vuillermet, Clément Bénech, Alice Ferney et Lionel Duroy, ce sont les mots d'Axel Kahn que je découvre, sur son blog, à propos de "L'Affaire des Vivants". C'est aussi un peu plus de pression pour "La Grande Sauvage". Je crois aussi que Laurent connaît M. Kahn et je suppose qu'il fut mon héraut en l'occurrence.

Extrait : " Plus encore que l’histoire fort bien troussée, quoique parfois un peu “à la manière de “, c’est le style éblouissant qui mérite vraiment que tous ceux qui aiment la littérature, ses images, sa musique et sa langue, lisent cet ouvrage sans tarder. Une vraie découverte littéraire."

Si on m'avait dit qu'un jour...

2569

Plonger dans l'Histoire.
Des temps où la vie humaine se moissonne sans émois.
L'erreur est de croire ces temps révolus.
Alors que c'est le lieu qui a changé.
Sinon, vu de l'espace,
c'est incessamment que la vie humaine se moissonne sans émois.

vendredi, 24 juillet 2015

2568

Dans « J'habitais Roanne », j'évoquais le Landi, manifestation gymnastique à laquelle, petits écoliers de l'école primaire, nous étions contraints de participer, en short bleu et T-shirt blanc, à la fin de l'année. A l'époque, je n'avais pas pu déterminer l'origine du mot (je ne savais pas chercher, je n'avais pas les outils et surtout, je n'avais pas pris le temps, pour un détail aussi anodin dans mon récit). Maintenant, je sais (l'expérience vient à bout de pas mal de petites gênes comme ça) et je vous livre le résultat de mes recherches. Je ne suis pas mécontent, parce que vous ne trouverez nulle part de définition aussi complète et pardon pour ce petit moment d'auto-satisfaction.

Le landi (ou lendit) : Foire créée au 9e siècle, que Charlemagne avait établie à Aix-la-Chapelle. Elle se déroulait au début de l'été. A l'origine, c'était là que les facultés achetaient les parchemins nécessaires au travail de l'année suivante. Dans les archives du collège Louis le Grand on explique que le recteur allait faire la visite des parchemins, à la foire du Landi, qui avait lieu le premier lundi après la Saint-Barnabé, dans la campagne, entre Saint-Denis et le village de la Chapelle. Défense était faite aux marchands de vendre au public avant que le recteur eût fait ses provisions de parchemins. Il partait de la place de Sainte-Geneviève escorté des régents et d'un grand nombre d'écoliers à cheval. Les graves désordres qui se commettaient pendant cette fête provoquèrent plusieurs arrêts du parlement ; ils ne cessèrent néanmoins qu'après que Charles le Chauve eut transféré cette foire célèbre, du milieu de la plaine, à la ville même de Saint-Denis, en 1444. En 1763, le chef-lieu de l'Université ayant été fixé au collège de Louis-le-Grand, tout le parchemin qui entrait dans Paris était porté dans une salle de cette maison, pour y recevoir le timbre du recteur.
Les troubles de la ligue et l'invention du papier amenèrent l'abolition du Landi. Le nom, toutefois, en resta, et on appelait ainsi le congé que donnait le recteur, le lundi après la Saint-Barnabé.
Mercier, témoin du XVIIIe siècle, raconte la procession carnavalesque des professeurs, montés sur un char et chahutés par leurs élèves, sans risque pour eux d'être punis. C'est la fin de l'école, on se soulage des tensions de l'année.
Le nom viendrait de lundi par corruption. C'était pour les écoliers le lundi par excellence. On apprend aussi que c'était aussi le nom qu'on donne à « l'honoraire » (une sorte de prime) donné par les écoliers à leur maître à ce moment de l'année.
On la trouve citée par Catherine de Médicis dans ses lettres (vol. 10). La régente écrit au prévôt des marchands pour qu'il surveille la vente des chevaux. Et par Mercier dans son Tableau de Paris (vol. VIII) Le Littré apporte des précisions ainsi que « Origine et formation de la langue française » de A.  de Chevalet, (1872, vol. 2.)

jeudi, 23 juillet 2015

2567

Quand grand-père formula pour la dernière fois son désir urgent de faire l'amour à sa femme, la famille réunie à table écarquilla les yeux. Père nous ordonna de finir la soupe, Mère s'empressa de faire du bruit en changeant les assiettes, et oncle Albert demanda à grand-mère si elle avait bien pris son laxatif, cela dans le seul but d'effacer le sourire béat apparu sur le visage de l'aïeule.

mercredi, 22 juillet 2015

2566

Dans sa précipitation, il n'avait pas lu correctement le sujet du concours. Face à tous ces appareils à détecter les tremblements de terre apportés par les candidats, et malgré les consolations du jury qui estimaient son invention « très originale », il se rendit bien compte qu'on se moquait de sa machine à détester les tremblements de terre.

mardi, 21 juillet 2015

2565

Nous étions perdus. La chambre d'hôte que nous cherchions nous semblait avoir été subtilisée, tant nous étions passés de fois par l'unique chemin où, bon sang de bois elle devait bien être, selon les données concordantes d'internet, de la propriétaire par téléphone, des panneaux de signalisation et de la carte déployée sur les genoux et reprise sans cesse. De guerre lasse, l'heure avançant, l'ombre vite versée dans les replis de ce coin d'Auvergne gagnant sur nous, nous obliquâmes « pour voir », sur une route encore plus douteuse que les précédentes. La route s'engagea d'abord entre des talus proprement fauchés, puis s'inclina un peu avant de franchement descendre en fond de vallon. La pente forte obligeait le nez de la voiture à plonger devant et l'on distinguait au fond, dans un trou vers quoi la spirale de la route nous conduisait inexorablement, cinq ou six maisons tachées d'obscurité, ramassées en un groupe frileux. Nous descendions, le goudron laissa bientôt place à de la terre et des caillasses. Il était évident que personne ne serait venu établir une chambre d'hôte dans un tel entonnoir. Impossible de faire demi-tour, il fallait aller jusqu'en bas dans l'espoir de trouver un terrain où manœuvrer. Les abords du chemin n'étaient plus fauchés, de grands arbres stériles griffaient les pentes escarpées, des carcasses de voitures achevaient de disparaître sous les ronces et les orties. Le groupe de maisons approchait, nous nous enfoncions à chaque mètre dans une pénombre plus épaisse. Nous évitions de nous regarder, mais plus que le seul agacement de s'être à nouveau perdus, nous ressentions l'impression incroyable, irrationnelle, d'être en terre hostile. Nos rires inquiets ne pouvaient cacher la peur qui nous gagnait. Il nous fallut bien dépasser dans un virage les abords de la première maison. Pierres noires, toit de lauzes et planches grises, prés abandonnés, une vieille voiture abandonnée encore, aucun signe de vie. Pas une poule qui s'affaire. Pas de place pour remonter... la voiture descendait toujours, comme une fourmi suit inévitablement telle pente préparée par son prédateur. A l'approche d'une seconde maison, un misérable jardin, au dessus de nous. Et dans le jardin, une lourde femme, sans âge, vêtue de paquets marron indistincts, la chevelure noire que le vent généré dans ce cul-de-sac ne parvenait pas à remuer. Elle nous regardait, visage impassible, bras pesant sur les flancs, nous observait sans doute depuis l'amorce de notre descente. Évidemment, je pensais à Delivrance depuis un moment, et le regard à peine croisé de cette femme, son regard sans expression, impénétrable, me fit vraiment réaliser qu'il y a des endroits en France, des coins tellement reculés et durs, que personne n'y vient jamais, peut-être même pas le courrier et encore moins les gendarmes, des coins dont on peut éventuellement ne jamais ressortir -et qui saurait que nous étions là ? Les vraies zones de non-droit ne sont pas dans les banlieues soumises aux mafias, mais bien, j'en suis sûr à présent, au fond des gorges sombres de la campagne la plus négligée, éloignées de toute attention des médias, dépourvues du moindre intérêt économique, et où ne subsistent qu'une ou deux créatures floues, plantées comme des pierres au croisement des chemins, et qui patientent. La voiture parvient enfin au bout du cul-de-sac, où je trouve enfin assez de place pour tourner. Là-bas, la femme ne nous a pas quitté des yeux. Elle ne cherche aucune contenance, demeure bras inactifs, visage neutre, à observer la manœuvre, et de même suit notre ascension et notre retour vers le ciel, là-haut, qui a gardé la lumière du jour tandis qu'ici, la nuit se rencogne aux coteaux et fait déjà son nid. Pendant la montée, à l'intérieur d'une des carcasses abandonnées, je surprends un mouvement indistinct. Et je vois une forme s'immobiliser entre les orties. Le cœur étreint par une peur sans nom, je passe le virage suivant en faisant déraisonnablement ronfler le moteur, pour couvrir une affreuse plainte qui monte avec nous, un cri surgi d'une gorge impossible et qui s'achève sur une sorte de sanglot.

lundi, 20 juillet 2015

2564

Le chasseur montre sa galerie de trophées à un ami. Le visiteur s'étonne : là, entre le phacochère et le buffle, ne serait-ce pas ce bon vieux Charles-Geoffroy, philatéliste à ses heures et sympathique amateur de whisky avec qui il était tellement agréable de converser ? Le chasseur s'approche, regarde mieux. Ah mais oui bon sang, que fait-il là ? Et le voici hélant sa femme. Marie-Edmonde, Marie-Edmonde ! Vous avez encore mélangé vos trophées avec les miens !

dimanche, 19 juillet 2015

2563

Immobile au bord du temps qui s'écoule,
l'écrivain voit les pages qu'il n'écrit pas s'accumuler.
C'est autant que les lecteurs n'auront pas à souffrir,
c'est autant que le néant, de toute façon, n'emportera pas finalement.

samedi, 18 juillet 2015

2562

Vacances, canicule... je laisse à d'autres le soin de se fendre d'un texte.

Ici, une critique assez riche et soignée de "Mausolées", paru en 2013 chez Mnémos. Et qui n'est pas disponible autrement que sous le format "Calameo" (si on peut parler de format, disons : sous cette application seulement).

vendredi, 17 juillet 2015

2561

Grâce à ma veille informatique, je découvre ce blog gourmand où l'auteure associe un livre et une recette. Le 3 juillet, le livre c'était "L'Affaire des vivants" et la recette, le faisan au cidre et aux pommes. Plutôt un plat automnal, mais pas de raison de se priver. Merci, chère lectrice que je ne connais pas (mais qui connaît Saint-Haon, apparemment, ce qui nous fait un autre savoureux point commun) et au plaisir de partager une table, un jour.

jeudi, 16 juillet 2015

2560

Glané chez Mercier, toujours :

" Le 3 août 1670, le nommé François Sarrazin, natif de Caen, en Normandie, âgé de vingt-deux ans (…), attaqua l'hostie, l'épée à la main, au moment que le prêtre la levait, dans l'église Notre-Dame, à l'hôtel de la Ste Vierge. En voulant percer ladite hostie immédiatement après la consécration, il blessa de deux coups le Prêtre, qui prit la fuite ; mais ses blessures ne furent pas dangereuses.
Aussi-tôt, toutes les messes cessèrent ; on dépouilla les autels de leurs ornements ; l'église fut fermée jusqu'au jour de la réconciliation.
Le 5 Août, François Sarrazin fit amende honorable, ayant un écriteau devant et derrière portant ces mots, sacrilège impie. On lui coupa le poing, et il fut brûlé vif en place de Grève, il ne donna aucun témoignage de repentir ni de regret de mourir. "

2559

Glané dans mes recherches :

"J'entre dans la petite Eglise de Saint-Pierre-aux-Bœufs, qui fut profanée en 1503, par un jeune homme d'Abbeville. Il arracha l'hostie des mains du Prêtre, en s'écriant ; quoi ! toujours cette folie ? Ce jeune homme étoit instruit, entendoit très-bien Homere, Cicéron & Virgile ; il fut brûlé vif pour réparation."

(L-S Mercier. Tableau de Paris, tome 1. 1781)

2558

- Arrête de lire, tout le temps, comme ça !
- Alors quoi ? Tu voudrais que j'écrive ?

mercredi, 15 juillet 2015

2557

Il y a cette sensation qui se produit quand le roman prend corps. On est loin du but, bien sûr, mais on sait que le récit se tient, qu'il a désormais son rythme propre, qu'il « ressemble à quelque chose ». D'une certaine façon, le roman, au stade où vous êtes, vous apaise et vous fait comprendre qu'il est définitivement sur les rails. Elle est complexe à définir, cette impression, elle est assez semblable à celle que j'avais lorsque je faisais le portrait de quelqu'un, jadis, du temps où je croyais faire ma vie dans le dessin et la peinture. C'était le moment assez magique où, les traits de modèle devant moi se multipliant, commençait à s'affirmer une ressemblance. Un tressaillement me parcourait, je savais que j'y étais. Quoiqu'il arrive, mon dessin serait bel et bien le portrait de la personne que j'avais devant moi.  Il faut dire aussi que c'était à chaque fois un émerveillement. Malgré l'entraînement que j'avais, quand je commençais mon dessin, je n'étais jamais sûr d'accéder à cet instant décisif (et il m'est arrivé d'échouer). Aujourd'hui, transposé au roman, je peux dire que c’est la même sensation. Quand j'entame le chantier, que je pose les premières lignes, il n'est pas certain que je parvienne au terme d'un travail aussi énorme. Et puis, donc, il y a ce moment, très étrange, très particulier, où je sais qu'il trouvera son achèvement.
C'était hier, pour « La Grande Sauvage ».

mardi, 14 juillet 2015

2556

Du temps, qu'enfant, je côtoyais les bêtes, j'avais des vaches pour amies. Maintenant je les évite, comme on se tient à l'écart de brutes inquiétantes. S'exiler des hommes comporte un risque similaire de ne plus les connaître, de les penser potentiellement hostiles, tandis qu'on pourrait encore vivre ensemble en bonne intelligence.

lundi, 13 juillet 2015

2555

Soudain, il décida d'arrêter de trimer comme ça sans savoir pourquoi, il se redressa en hurlant « ça suffit !", mais les chaînes le ramenèrent sur son banc de rameur, et ses collègues galériens le regardèrent avec un mélange d'étonnement et d'effroi.

dimanche, 12 juillet 2015

2554

Autour de la table, des écrivains. A côté de moi, un poète, dramaturge, renommé dans la région, peut-être même dans les régions voisines. Je connais son travail, il a tout mon respect.

Mais, bon sang, ça fait partie du statut, la mauvaise humeur ?

En fin de journée, le même se met à sourire. Démasqué, c’est le plus agréable des hommes. On aurait pu commencer par là.

samedi, 11 juillet 2015

2553

Il vient sans cesse le même constat à nos oreilles : « le monde va mal ». Certes, mais quelle bouche le prononce ? Un coup d'œil dans le miroir nous renseigne : c'est la nôtre.