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kronix

  • 3630

    Causerie sur le thème « mes œuvres favorites »
    Saint-Haon-le Châtel, le samedi 15 juin.

    Il s'agissait de limiter son choix à dix. Je n'y suis pas parvenu. Alors, je me suis dit : « faisons-nous plaisir… » Après un rapide aperçu de l'histoire du livre (car de quoi parle-ton quand on parle de livre ?), je vais proposer un parcours de hasard parmi mes livres aimés.

    Comme on va le voir, un certain goût pour le monumental, en tout cas, en début de "carrière de lecteur" (la faute à Hugo, ça !), et puis, une certaine maturité, une curiosité, des envies d'infimes et d'intime, donnent ce mélange. Mais nous sommes tous lecteurs de cette eau, plus ou moins, n'est-ce pas ? (je veux dire, curieux, infidèles, passants).

    Les livres dont je vais essayer de parler (listés ici sans ordre, qu'importe) :
    Franck Herbert, Dune ; Homère, L'Iliade ; Dante, La divine comédie ; Gilgamesh ; K. Dick, Le maître du Haut-château ; Hugo, La Légende des Siècles ; Flaubert, Salammbô ; Steve Tesich, Karoo ; Laclos, Les liaisons dangereuses ; Auclair et Deschamps, Bran Ruz ; Emmanuel Merle, Dernières paroles de Perceval ; Christian Degoutte, Il y a des abeilles ; Cavanna, Les Russkofs ; Virginia Woolf, Mrs Daloway ; Pierre Michon, Corps du Roi ; Violette Leduc, La main dans le sac ; Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes ; Marguerite Yourcenar, Les Mémoires d'Hadrien ; Eric Chevillard, La Nébuleuse du crabe ; Easton Ellis, Moins que zéro...

    Les livres dont j'aurais aimé parler :
    La femme de sable, Chloé Delaume ; Lydie Salvaire, BW ; Millet, La vie sexuelle de Catherine M ; Pauline Réage, Histoire d'Ô ; Melville, Moby Dock ; Simenon, Des inconnus dans la maison ; Peyo, Le schtroumfissime ; Annie Ernaux, La place ; Antonio Lobo Antunes, Splendeur du Portugal ; Colette, La Maison de Claudine ; Rimbaud, Une saison en Enfer ; Otomo, Akira ; Marcel Marïen, Figure de poupe ; Daniil Harms, Un tigre dans la rue ; Buzatti, le K ; Serge Brussolo, Enfer vertical en approche rapide ; Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave ; André Breton, Nadja ; Howard, Conan ; Burroughs, Tarzan ; La Bible (L'Ecclesiaste) ; tout Rabelais, tout La Fontaine ; Umberto Eco, Le Pendule de Foucault ; Philip Roth, La tache ; Elfried Jelinek, La Pianiste ; Salinger, L'attrape-coeurs ; Henri Alleg, la Question ; Truman Capote, De sang froid ; Céline, Voyage au bout de la nuit ; Leo Perutz, Une nuit sous le pont de pierre ; Eco, Le Pendule de Foucault ; Pirandello, Henri IV ; Ionesco, Le Roi se meurt ; Conrad, au cœur des Ténèbres ; Mc Carthy, L'obscurité du dehors ; Chessex, L'Ogre ; Elfried Jelinek, La Pianiste ; et La Recherche, du petit Marcel, bien sûr…

    Dès que je la reprends, cette liste, je la trouve contestable. Elle change sans arrêt depuis deux semaines (la peur d'oublier un choc esthétique majeur et de devoir embrasser l'ouvrage injustement écarté en lui disant "Je te demande pardon"). J'aimerais vous y voir, tiens.

  • 3629

    La sirène regimbe à pointer la tête hors de l'eau. Car alors, son buste émergé affole le marin, tandis que le bas de son corps excite le requin.

  • 3628

    En préparant une causerie sur "mes livres préférés", j'ai imaginé présenter les ouvrages au hasard, par « passerelles », car m'est venue, dans l'exercice, l'idée que nous recherchons, dans nos lectures, à perpétuer l'éblouissement perdu de la première vraiment importante pour nous, le choc esthétique initial, et que nous prolongeons, au travers des découvertes les plus variées, la lecture d'un immense ouvrage qui serait celui de notre vie. D'où le fait que nous rejetons ou adoptons tel ou tel texte, quelle qu'en soit la nature, parce qu'il est plus ou moins éloigné de ce récit séminal, abordé dans notre préhistoire.

  • 3627

    Sous la houlette du précieux Jean Mathieu, la bibliothèque de Saint-Haon-le-Châtel a imaginé un cycle de causeries intitulé « Mes dix œuvres favorites ». Cette semaine, je serai l'un des orateurs qui se sont succédé, mois après mois depuis janvier, pour exposer et expliciter leur choix. L'an dernier, les « causeurs » présentaient leur musée personnel d’œuvres artistiques (peintures surtout, sculptures et/ou installations parfois). Cette année, il s'agit d'évoquer des livres. La question se pose d'abord de savoir ce qu'est un livre et, si le terme d’œuvres, conservé pour intituler cette nouvelle série, permet d'élargir les choix (par exemple, je vais présenter le cycle de Dune comme un seul ouvrage, bien qu'il soit composé d'une dizaine de « livres »), l'exercice consiste bien sûr à plonger dans la masse des lectures d'une vie pour en extraire les ouvrages marquants. Il faudrait qu'il n'y en ait eu que dix ! C'est infernal, impossible, bouleversant, sans exagérer. Ma liste a changé constamment ; elle risque de se modifier jusqu'à la dernière minute. Dans ceux qui résistent à tous les atermoiements et repentirs, je m'aperçois qu'il y a peu de livres actuels, disons des dix dernières années, comme si les livres qui comptent vraiment pour moi se situaient surtout dans une zone du temps où mon cerveau adolescent recevait mieux leur puissance. Impossible de m'en tenir à dix, disais-je. C'est le paradoxe : si on me demande de choisir un seul livre (la question éternelle de l'île déserte), je crois que je peux le désigner (ne me le demandez pas là, tout de suite), mais dix ? J'admets que je m'en suis trouvé incapable. Il y en aura plus du double, hélas, dont des textes « fondateurs » (textes assez influents pour fonder des civilisations ou témoigner éternellement de leur caractère, comme l'Iliade ou l’Épopée de Gilgamesh). Face à ces monuments, quelle littérature mettre en lumière ? La plus intime, la plus infime, celle des ralliements minuscules, des remuements presque indicibles, la littérature qui, ai-je pu croire en la découvrant, ne parlait qu'à moi seul. Vanité du lecteur. Pour en savoir plus, venez partager ce gentil moment samedi 15 juin, à partir de 17h13 (pourquoi 13 ? : parce qu'un précieux ami m'a dit de l'attendre, il ne peut être au rendez-vous à 17 heures pile, l'heure promue initialement, alors… 17h13).

    Sinon, venez aux rencontres suivantes, basées sur le même exercice :

    6 juillet Bruno DUSSUD, Isabelle et Philippe PRAS
    14 septembre Jeanne PATFOORT et Gisèle LOIRE
    12 octobre Catherine PERARD
    9 novembre Dominique FURNON.

  • 3626

    Harasser, arpenter, vitalité, incandescence, verve, rancune, lapidaire, détresse, blafarde, dépecé, sépales, rêche, safrané, limoneux, alluvions, plantureux, tarissement, corrosif, étayer, empâté, fervent, décanter, galvanisé, poreux, s'égosiller, cantilène, railler… tous ces mots que je n'ai pas utilisés dans mon dernier roman. Quel gâchis !

  • 3625

    Bêche, faux, cisailles, sécateur, taille-haie, tondeuse, plantoir… toute cette ferraille pour vaincre le jardin, cette guerre primitive pour lui faire cracher son tribut. Retourné, rabattu, écrasé, il se rend, de peur que j'exécute ma menace de l'arme chimique.

  • 3624

    Ils n'en sauront pas plus demain, crois-moi. L'expérience est un leurre pour les enracinés.

  • 3623

    Il referma le journal sur un soupir de soulagement : pas question de lui dans les rubriques nécrologiques.

  • 3622

    Je tiens à préciser que je n'ai jamais déclaré : "Si ma notoriété peut servir l'artisanat, c'est une bonne chose". (Le Progrès d'hier). Comment passer pour un trou du cul...

  • 3621

    Le menuisier avait eu tort de négliger la sécurité de sa scie circulaire. Il ne pouvait même pas s'en mordre les doigts, qu'il n'avait plus.

  • 3620

    Lourdes. On se bouscule dans la grotte où la Vierge est apparue, mais on devrait songer que c'est aussi le lieu exact où, aussitôt, elle a disparu.

  • 3619

    Je m'allonge sur l'herbe, je traverse ma cour immaculée, je cueille les roses du jardin, je me dis « quelle vie de luxe ! ». Je passe la tondeuse, je nettoie le gravier blanc, je massacre les pucerons*. Je me dis : « quelle vie de con ! »


    * Méthode perso : chaque tige et bourgeon à la main, éponge, eau et savon de Marseille. Un peu longuette mais radicale et bio.

  • 3618

    Ce matin, j'entre comme apprenti dans une confiserie.

     

    A suivre.

  • 3617

    - Tiens, vous avez mis de la moquette dans votre cuisine ?
    - Non, ce sont les poils de chats, c'est la saison...

  • 3616

    Je marchais avec un bon copain. On se baladait comme ça. Et puis, sur le trottoir, on voit devant nous une énorme crotte de chien. Un truc ignoble. Et j'entends mon pote dire : « Tiens, quel goût ça a ? » Je crois qu'il rigole, je le regarde, mais il a un air sérieux et buté qui me fait soudain douter de son équilibre mental. J'insiste : «Tu déconnes ?» Mais il ne répond pas, il avance comme fasciné, et répète : « Il faut que je sache. » Il se penche vers la matière ignoble répandue par terre, il va le faire, ce con ! je tente de le retenir, je l'engueule, rien n'y fait, je le vois avec horreur plonger ses doigts dans les fèces qui cèdent avec un bruit qui me révulse, il porte ce qu'il vient de cueillir aux lèvres. Je voudrais détourner le regard mais j'assiste au spectacle hallucinant de mon pote qui enfourne un morceau de merde et se met à le mâcher. Là, soudain, il écarquille les yeux comme s'il venait de comprendre son geste. Il me regarde comme cherchant de l'aide. Impuissant, je le vois alors, plié en deux, vomir sur ses chaussures. Je ne sais pas ce qui lui a pris. Il n'est ni plus bête ni moins instruit qu'un autre.
    Ah oui : hier, il a voté RN.

  • 3615

    Invité, avec son organisateur, à parler en public de ma résidence d'auteur à Saint-Etienne en 2018, je découvre que cela devra se faire sous la forme d'un Pecha Kucha (dont je découvre simultanément le principe).

    Voilà, c'est typique de notre société, ça : cette adhésion instantanée aux concepts à la mode, sans qu'on s'interroge sur les raisons qui valent d'adopter une forme plutôt qu'une autre. 5 minutes à deux pour évoquer un temps de rencontres étendu sur trois mois, et le texte qui s'en est inspiré. Bien sûr, que c'est faisable, bien sûr... Des milliers de gens s'apprêtent à voter pour une liste dont ils n'ont pas écouté plus de cinq minutes d'arguments. Et puis, on tente de nous convaincre que personne ne peut être attentif au delà de cette durée.

    Les pecha kucha vont donc se succéder, les paroles et les images vont marteler des raccourcis d'idées, des résumés de vie, pour un public qui attend quoi ? Marre !

    Allez, on a bien mérité le monde dans lequel on patauge.

  • 3614

    Il faisait un temps superbe. J'étendis une couverture sur l'herbe pour que la famille s'y installe, à l'ombre de nos cerisiers. Je surpris l'air inquiet de mon gendre, qui expliqua ses réticences : « Euh… Je ne sais pas, pour le petit, c'est pas prudent. Il risque d'y avoir des insectes, non ? » Je me moquai gentiment de ses craintes en lui affirmant que, si jamais une fourmi audacieuse tentait de s'emparer du petit, je saurais m'interposer. Soudain, un cri nous fit nous retourner : une fourmi était en train de kidnapper mon petit-fils.

  • 3613

    La voix du pilote s'éleva dans le compartiment. Un incident technique risquait d'imposer un atterrissage d'urgence. Il fallait boucler les ceintures et prendre la position de sécurité montrée par l'hôtesse. Il y eut d'abord beaucoup d'agitation parmi les passagers puis, étrangement, flotta une sorte de bourdonnement : des murmures, des paroles chuchotées, chacun appelait un être aimé, un parent, pour tenter un ultime message, au cas où… Ma voisine immédiate était du nombre. Penchée en avant, recroquevillée sur son portable, elle se confiait à un répondeur, des sanglots dans la voix : « Je te demande pardon pour tout le mal que je t'ai fait... » Enfin, après quelques turbulences angoissantes, des cris de désespoir et des silences médusés, l'appareil se stabilisa et un nouveau communiqué venu de la cabine jaillit des haut-parleurs. Le problème était apparemment résolu, la voix du commandant de bord nettement apaisée, et l'hôtesse passait dans les rangs, souriante, pour achever de nous rassurer. Ma voisine serrait son téléphone dans le poing, comme si elle voulait l'écraser. Elle serrait les dents mais je l'entendis nettement souffler : « Et merde... »

    (D'après une idée de Jean-Noël Blanc.)

     

  • 3612

    Est-ce qu'un bon vivant fait un meilleur mourant ?

  • 3611

    Pour le petit fakir, l'histoire de la princesse au petit pois n'était ni drôle ni merveilleuse, mais simplement inconcevable.