jeudi, 24 avril 2014

Barbecue

Promenade dans la campagne. Une chaleur estivale, surprenante pour la saison. Depuis le chemin, je vois sur une terrasse un fauteuil en skaï noir, en plein soleil depuis longtemps semble-t-il. Je me dis que ce genre de revêtement doit être brûlant, ainsi exposé. Je dépasse la terrasse mais j'ai le temps de distinguer un type uniquement vêtu d'un slip de bain sortir sur la terrasse et s'apprêter à s'affaler dans son fauteuil. Je ne peux décemment pas faire les deux pas en arrière qui me permettraient d'assister à la scène intéressante qui va suivre, mais tout de même, tandis que je contourne la maison, j'entends le cri furieux du distrait qui vient de se brûler au troisième degré. Sinon, sur le reste de la balade, rien de spécial à signaler.

mercredi, 23 avril 2014

Pareil, bien au contraire

La superbe chanson de Delpech, J'étais un ange, me touche, je ne l'écoute jamais sans émotion. Cette idée que nous étions ces innocents, gamins, et que l'âge nous a faits mesquins, lâches et égoïstes, est terrible et juste. Et puis, à la réflexion, je me dis : « pas du tout » si je considère le chemin parcouru. Ce demi-siècle d'expérience (on commence à se faire une idée à cet âge-là, je vous assure) me conduit à dire qu'au contraire, j'étais un petit merdeux égoïste et vindicatif, en guerre contre tout et tout le monde et que, maintenant, je suis en paix avec les autres, je suis plus généreux, je me suis amélioré. Et je suis sûr que, comme pour la chanson, tout le monde va se reconnaître dans ce portrait. Ou bien sommes-nous restés les mêmes, et tout est affaire de nuance et de moment.

mardi, 22 avril 2014

Des vivants

Sur les murs de ce musée, la photo du personnel d'une usine des années 20. Curieusement, le groupe s'est figé sous les consignes du photographe devant un coin de fabrique anonyme, plutôt que vers la porte où la marque triomphante auréolerait les employés. Alignés, des ouvrières essentiellement et quelques jeunes gars, encadrés par des messieurs à col de cellulose qui font des balises éclatantes dans le camaïeu sépia. Les cadres ont la mine sévère des professionnels qui se déjugeraient en souriant ; les femmes ont un visage d'une tristesse affreuse. Toute joie s'évapore à les observer l'une après l'autre. Leurs visages sont étrangement asiates, mongols, leur peau cuivrée. Elles sont de contrées ou l'on cuit au soleil pour arracher à la terre de quoi ne pas mourir. Elles sont de la montagne austère, où il n'était pas déjà fréquent de rire. Mais sur la photo, les faces rangées sont plombées par une indifférence à la vie, un accablement définitif. Une humanité qui ne sait que la double malédiction du travail et de la mort, fratrie indissociable. Aucun espoir, jamais, le labeur constamment et la disparition dans les limbes au terme du trajet. Pas étonnant qu'il ait fallu lui promettre le paradis, après, pour enchaîner ce peuple à sa géhenne.

 

(Reprise d'un billet de 2012, avec mes excuses pour les lecteurs fidèles)

lundi, 21 avril 2014

Fin de règne

Et voici la salle à manger du château, déclara le propriétaire qui nous servait de guide, il ajouta d'un ton morne : « vous remarquerez l'exceptionnelle hauteur sous plafond de cette pièce ». Nos regards se levèrent et découvrirent que la salle était dépourvue de toit.

dimanche, 20 avril 2014

Un tri dans la nuit

Ce n'est pas qu'on ne croit plus à l'amour, mais c’est qu'on y a collé tellement de choses et surtout tellement n'importe quoi, qu'on finit par ne plus savoir de quoi l'on parle. C'est comme une bibliothèque monstrueuse où se côtoient le pire et le meilleur sous prétexte qu'il s'agit de livres. Va trouver de la littérature dans  ce fatras, toi.

samedi, 19 avril 2014

Les eaux froides.

Voyageur, ne t'aventure pas dans ces contrées maudites si aucune raison impérieuse ne t'y oblige. Pauvres enfants de Pangée, marcheurs sous le soleil, promeneurs qui lancent leurs chants parmi les vapeurs parfumées que l'humus exhale, combien vous regrettiez la douce haleine de la terre ! [...] Après le calme relatif des longues nuits, un vent pénétrant se levait avec le maigre jour et courait sur les flots noirs à l'assaut de nos ponts. En quelques instants, les cordages et les haubans, les pavois, les lisses, les voiles, les proues et jusqu'aux mécanismes des balistes et des gouvernails, tout se couvrait d'un lourd fourreau de glace, empêchant les manœuvres, ralentissant les mouvements et l'exécution des ordres. La mâture devenait roche et forêt blanche de givre, envahie, recouverte, dévorée par une masse toujours plus épaisse de cristaux piquants qu'il fallait continuellement briser à la hache pour l'en dégager. Tout se faisait dans la peine et la souffrance. Agripper un câble sans protection était comme saisir une barre de métal brûlant. La peau était immédiatement arrachée, la chair crevassée. Nous respirions prudemment, l'air entrait dans la gorge douloureuse et jusqu'à la poitrine avec la force et l'éclat d'une dague. Le froid poussait des larmes aux yeux, larmes qui se figeaient dans l'instant. Le ciel était livide, la mer noire et balancée lente, marbrée de bave blanchâtre.

 

Extrait de Les nefs de Pangée.

vendredi, 18 avril 2014

C'est nerveux

Trois ans. Je sais que ça va passer comme un songe mais pour l'instant, je me promène toute la journée le visage fendu d'un sourire involontaire. Et il m'arrive de brusquement trépigner de joie et d'émettre de petits cris d'exultation. Va savoir pourquoi.

 

Et puis après, j'arrête de vous seriner avec ça.

jeudi, 17 avril 2014

Printanier

Comme je venais de me voir confirmer que, oui, ma mise en disponibilité était actée, je sortis apprendre la nouvelle à ma douce. Dehors, je trouvai un grand soleil frais de printemps et nos hirondelles, enfin arrivées pour bénir à point nommé cette nouvelle vie.

mercredi, 16 avril 2014

Le dernier mot

Pour mon prochain roman, l'éditeur me propose une couverture que je n'aime pas (fade, sans intérêt selon moi). Je dis ma déception et mon embarras à l'éditeur, très embêté lui aussi, mais qui décide de me faire d'autres propositions, malgré les délais réduits. Lors du Salon du livre à Paris, nous nous voyons et mon éditeur, très fier, me montre de nouveaux projets. Cette-fois, nous y sommes ! Je choisis une couverture âpre, sombre, puissante, charnelle, enfin quelque chose qui ressemble à mon livre. Nous concluons là-dessus. Tout le monde est heureux.
Deux semaines après, mon éditeur appelle : rien ne va plus. Les couvertures imprimées ont été mises au pilon. On revient à l'ancienne proposition. Pourquoi ? Les commerciaux à qui l'on a montré la nouvelle mouture se sont récriés. Le lectorat aujourd'hui est essentiellement féminin, et plutôt « mature ». Impossible de vendre à des lectrices un roman avec une couverture aussi forte et dure. Voilà. C’est le règne des commerciaux soumis au diktat des mémères.
Bien sûr, si le livre fait un carton, je renierai absolument ce que je viens d'écrire. Mais quand même...

mardi, 15 avril 2014

Caran, l'ensorceleuse

Voyageur, s'il m'était donné de te montrer les îles Caran dans la lumière exacte où nous les découvrîmes ! C'était le grand jour, l'éblouissement tombé du zénith, vaste clarté à l'aplomb de l'unique. Le monde, l'océan, le soleil, notre mât, l'île majeure et son sommet couronné de nuées de papillons, masses mouvantes, légères et silencieuses comme des nuages, tous alignés dans l'axe du même sortilège. Caran, triangle posé sur la mer, vert et dense comme une émeraude taillée traversée de scintillements, éclats dont la source imperceptible à distance se révèle en approchant, être une multiplication de cascades et de ruissellements d'eau douce. Vision majestueuse qui rassérène le marin, lui dit que le repos est proche, au milieu d'une nature bienveillante et généreuse.

 

Extrait de Les nefs de Pangée

Ecrivains engagés

La grande famille des écrivains qui ne lisent pas menace de créer sa propre formation. Le monde politique tremble.

lundi, 14 avril 2014

Après la tempête

Sous un ciel sans étoiles, flottant sur une mer invisible, Le triomphe de Rama était seul dans la nuit survenue. Nous avions allumé la lanterne de proue et tous les lumignons disponibles, que nous avions suspendus aux lisses. Nous lancions à tour de rôle de longs appels de trompes, à en perdre le souffle. Nos regards désespérés scrutaient les ténèbres complètes autour de nous, espérant un écho, une réponse. Mais pas d'autres lumières, aucun témoignage d'une vie sur l'unique. La plus grande flotte jamais lancée sur les eaux semblait avoir été engloutie. De toutes nos forces, nous résistions à cette idée. Nous étions sur le pont autant de paires d'yeux concentrées au point de faire naître des mirages. Parfois une voix perçait la nuit, poignardait les cœurs : « Là-bas, un fanal ! », nous nous précipitions. Mais il s'agissait d'une étoile brusquement découverte par un caprice de nuage, et nous restions, incertains, voulant croire, à interroger cette flamme vacillante, cette âme bleutée vite estompée. Il n'y eut bien que l'abattement, la consommation ultime de toute énergie, qui nous contraignit à abandonner la veille et à nous effondrer, mon prince et moi, l'un contre l'autre, quelque part sur le navire. Les autres firent de même. Nous avions compté nos morts, estimé le saccage de la tempête sur notre nef. Cela, nous y étions préparés, cela nous pouvions le supporter, mais perdre tous nos pareils dépassait notre capacité à mesurer les contours du malheur.

 

Extrait des "Nefs de Pangée"

dimanche, 13 avril 2014

Shakes pire

Je signe à côté de Lisa Tuttle, célèbre écrivain écossaise dont je vous conseille « Les chambres inquiètes » recueil de nouvelles traduites par Nathalie Serval, chez Dystopia. Bref, je suis donc à côté de cette étonnante personne, dans l'excellente librairie Charybde, à Paris. Poliment, nous échangeons quelques mots. La pauvre me pose une question sur la réflexion borgésienne présente dans « Mausolées » (car l'éditeur a conclu son livre par une phrase de Borges, et j'ai réussi à dire que certains passages du mien pouvaient évoquer la bibliophilie du grand auteur argentin). Inconsciente du danger, Lisa a franchi un seuil. Je me lance dans une explication longue et périlleuse. Après un quart d'heure de massacre de sa langue et de supplice pour elle, Lisa Tuttle me supplie de parler français : elle saura se débrouiller.

vendredi, 11 avril 2014

Le trousseau

La clé pour les tiroirs sous les vitrines
La clé pour la petite vitrine du salon XVIIIe
La clé pour le portail
La clé pour la porte d'entrée
La clé pour les tiroirs du bureau du Rez-de-Chaussée
La clé pour les réserves de l'entresol
Le passe général
La clé pour éclairer les étages
La clé dont je ne me suis jamais servi et que je ne sais plus de quoi qu'est-ce
La clé du couloir
La clé de la chaudière
La clé de la cave

Toutes, déposées sur le bureau de ma chef.
Et moi qui pars, tellement léger soudain.

En (très) bonne compagnie

Serge Lehman, laurent Genefort, SF, littérature

jeudi, 10 avril 2014

La chasse

Bon allez, ce soir, pour des raisons que j'expliquerai un jour, je vous mets juste cette vidéo en ligne. Mon cher Abdel, respect.

mercredi, 09 avril 2014

Relief

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et les cinémas 3D ne marchent pas du tout.

mardi, 08 avril 2014

Comme un mardi

Le jour menaçait de poindre mais Dracula refusait d'aller se coucher. "Pas envie d'aller au pieu", s'excusa-t-il.

lundi, 07 avril 2014

Changez tout

J'ai trouvé ce petit film tellement bien fait et probant que je crois qu'il mérite d'être diffusé le plus largement possible.

 

Bush bée

Tellement difficile, pénible et compliqué d'être un bon peintre, qu'il avait choisi de devenir président des Etats-Unis, ce qui semblait davantage à sa portée.