samedi, 19 avril 2014

Les eaux froides.

Voyageur, ne t'aventure pas dans ces contrées maudites si aucune raison impérieuse ne t'y oblige. Pauvres enfants de Pangée, marcheurs sous le soleil, promeneurs qui lancent leurs chants parmi les vapeurs parfumées que l'humus exhale, combien vous regrettiez la douce haleine de la terre ! [...] Après le calme relatif des longues nuits, un vent pénétrant se levait avec le maigre jour et courait sur les flots noirs à l'assaut de nos ponts. En quelques instants, les cordages et les haubans, les pavois, les lisses, les voiles, les proues et jusqu'aux mécanismes des balistes et des gouvernails, tout se couvrait d'un lourd fourreau de glace, empêchant les manœuvres, ralentissant les mouvements et l'exécution des ordres. La mâture devenait roche et forêt blanche de givre, envahie, recouverte, dévorée par une masse toujours plus épaisse de cristaux piquants qu'il fallait continuellement briser à la hache pour l'en dégager. Tout se faisait dans la peine et la souffrance. Agripper un câble sans protection était comme saisir une barre de métal brûlant. La peau était immédiatement arrachée, la chair crevassée. Nous respirions prudemment, l'air entrait dans la gorge douloureuse et jusqu'à la poitrine avec la force et l'éclat d'une dague. Le froid poussait des larmes aux yeux, larmes qui se figeaient dans l'instant. Le ciel était livide, la mer noire et balancée lente, marbrée de bave blanchâtre.

 

Extrait de Les nefs de Pangée.

vendredi, 18 avril 2014

C'est nerveux

Trois ans. Je sais que ça va passer comme un songe mais pour l'instant, je me promène toute la journée le visage fendu d'un sourire involontaire. Et il m'arrive de brusquement trépigner de joie et d'émettre de petits cris d'exultation. Va savoir pourquoi.

 

Et puis après, j'arrête de vous seriner avec ça.

jeudi, 17 avril 2014

Printanier

Comme je venais de me voir confirmer que, oui, ma mise en disponibilité était actée, je sortis apprendre la nouvelle à ma douce. Dehors, je trouvai un grand soleil frais de printemps et nos hirondelles, enfin arrivées pour bénir à point nommé cette nouvelle vie.

mercredi, 16 avril 2014

Le dernier mot

Pour mon prochain roman, l'éditeur me propose une couverture que je n'aime pas (fade, sans intérêt selon moi). Je dis ma déception et mon embarras à l'éditeur, très embêté lui aussi, mais qui décide de me faire d'autres propositions, malgré les délais réduits. Lors du Salon du livre à Paris, nous nous voyons et mon éditeur, très fier, me montre de nouveaux projets. Cette-fois, nous y sommes ! Je choisis une couverture âpre, sombre, puissante, charnelle, enfin quelque chose qui ressemble à mon livre. Nous concluons là-dessus. Tout le monde est heureux.
Deux semaines après, mon éditeur appelle : rien ne va plus. Les couvertures imprimées ont été mises au pilon. On revient à l'ancienne proposition. Pourquoi ? Les commerciaux à qui l'on a montré la nouvelle mouture se sont récriés. Le lectorat aujourd'hui est essentiellement féminin, et plutôt « mature ». Impossible de vendre à des lectrices un roman avec une couverture aussi forte et dure. Voilà. C’est le règne des commerciaux soumis au diktat des mémères.
Bien sûr, si le livre fait un carton, je renierai absolument ce que je viens d'écrire. Mais quand même...

mardi, 15 avril 2014

Caran, l'ensorceleuse

Voyageur, s'il m'était donné de te montrer les îles Caran dans la lumière exacte où nous les découvrîmes ! C'était le grand jour, l'éblouissement tombé du zénith, vaste clarté à l'aplomb de l'unique. Le monde, l'océan, le soleil, notre mât, l'île majeure et son sommet couronné de nuées de papillons, masses mouvantes, légères et silencieuses comme des nuages, tous alignés dans l'axe du même sortilège. Caran, triangle posé sur la mer, vert et dense comme une émeraude taillée traversée de scintillements, éclats dont la source imperceptible à distance se révèle en approchant, être une multiplication de cascades et de ruissellements d'eau douce. Vision majestueuse qui rassérène le marin, lui dit que le repos est proche, au milieu d'une nature bienveillante et généreuse.

 

Extrait de Les nefs de Pangée

Ecrivains engagés

La grande famille des écrivains qui ne lisent pas menace de créer sa propre formation. Le monde politique tremble.

lundi, 14 avril 2014

Après la tempête

Sous un ciel sans étoiles, flottant sur une mer invisible, Le triomphe de Rama était seul dans la nuit survenue. Nous avions allumé la lanterne de proue et tous les lumignons disponibles, que nous avions suspendus aux lisses. Nous lancions à tour de rôle de longs appels de trompes, à en perdre le souffle. Nos regards désespérés scrutaient les ténèbres complètes autour de nous, espérant un écho, une réponse. Mais pas d'autres lumières, aucun témoignage d'une vie sur l'unique. La plus grande flotte jamais lancée sur les eaux semblait avoir été engloutie. De toutes nos forces, nous résistions à cette idée. Nous étions sur le pont autant de paires d'yeux concentrées au point de faire naître des mirages. Parfois une voix perçait la nuit, poignardait les cœurs : « Là-bas, un fanal ! », nous nous précipitions. Mais il s'agissait d'une étoile brusquement découverte par un caprice de nuage, et nous restions, incertains, voulant croire, à interroger cette flamme vacillante, cette âme bleutée vite estompée. Il n'y eut bien que l'abattement, la consommation ultime de toute énergie, qui nous contraignit à abandonner la veille et à nous effondrer, mon prince et moi, l'un contre l'autre, quelque part sur le navire. Les autres firent de même. Nous avions compté nos morts, estimé le saccage de la tempête sur notre nef. Cela, nous y étions préparés, cela nous pouvions le supporter, mais perdre tous nos pareils dépassait notre capacité à mesurer les contours du malheur.

 

Extrait des "Nefs de Pangée"

dimanche, 13 avril 2014

Shakes pire

Je signe à côté de Lisa Tuttle, célèbre écrivain écossaise dont je vous conseille « Les chambres inquiètes » recueil de nouvelles traduites par Nathalie Serval, chez Dystopia. Bref, je suis donc à côté de cette étonnante personne, dans l'excellente librairie Charybde, à Paris. Poliment, nous échangeons quelques mots. La pauvre me pose une question sur la réflexion borgésienne présente dans « Mausolées » (car l'éditeur a conclu son livre par une phrase de Borges, et j'ai réussi à dire que certains passages du mien pouvaient évoquer la bibliophilie du grand auteur argentin). Inconsciente du danger, Lisa a franchi un seuil. Je me lance dans une explication longue et périlleuse. Après un quart d'heure de massacre de sa langue et de supplice pour elle, Lisa Tuttle me supplie de parler français : elle saura se débrouiller.

vendredi, 11 avril 2014

Le trousseau

La clé pour les tiroirs sous les vitrines
La clé pour la petite vitrine du salon XVIIIe
La clé pour le portail
La clé pour la porte d'entrée
La clé pour les tiroirs du bureau du Rez-de-Chaussée
La clé pour les réserves de l'entresol
Le passe général
La clé pour éclairer les étages
La clé dont je ne me suis jamais servi et que je ne sais plus de quoi qu'est-ce
La clé du couloir
La clé de la chaudière
La clé de la cave

Toutes, déposées sur le bureau de ma chef.
Et moi qui pars, tellement léger soudain.

En (très) bonne compagnie

Serge Lehman, laurent Genefort, SF, littérature

jeudi, 10 avril 2014

La chasse

Bon allez, ce soir, pour des raisons que j'expliquerai un jour, je vous mets juste cette vidéo en ligne. Mon cher Abdel, respect.

mercredi, 09 avril 2014

Relief

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et les cinémas 3D ne marchent pas du tout.

mardi, 08 avril 2014

Comme un mardi

Le jour menaçait de poindre mais Dracula refusait d'aller se coucher. "Pas envie d'aller au pieu", s'excusa-t-il.

lundi, 07 avril 2014

Changez tout

J'ai trouvé ce petit film tellement bien fait et probant que je crois qu'il mérite d'être diffusé le plus largement possible.

 

Bush bée

Tellement difficile, pénible et compliqué d'être un bon peintre, qu'il avait choisi de devenir président des Etats-Unis, ce qui semblait davantage à sa portée.

dimanche, 06 avril 2014

Entre fromage et dessert

Sans doute sous l'influence d'émissions comme « un dîner presque parfait », les repas sont maintenant l'occasion pour chacun de produire une petite prestation, selon ses capacités. Les miennes étant réduites, j’ai cherché dans quelle discipline je serais le plus à l’aise. J’ai écarté d’emblée l’emploi du cor de chasse pour lequel je n’ai aucune disposition, la déclinaison des verbes kalmouks, généralement ennuyeuse, et le modelage de mes propres excréments, pratique originale certes, mais diversement appréciée.

samedi, 05 avril 2014

Fin de semaine

L'homme a fabriqué la science qui lui apprend à relativiser sa propre place et même entame le processus qui le détrônera. L'intelligence artificielle sera l'ultime saut dans le vide pratiqué par cet acrobate de la pensée. Après quoi, l'homme rejoindra le troupeau indistinct des mammifères qu'il aura quitté brièvement, somme toute.

vendredi, 04 avril 2014

What a wonderful world

Et l'autre, là, à la radio, qui explique : « Je suis diplômée... euh... certifiée dans le domaine du coaching et de l'accompagnement en développement personnel. J'ai créé une méthode qui permet de comprendre sa place dans le travail, dans l'entreprise, pour savoir ce qu'on est, comment on peut « danser » ensemble, en quelque sorte. » Mais tu vas la fermer, oui ? Charlatan grassement payée par des boîtes énormes (elle cite Citroën en disant qu'elle ne veut pas citer de référence mais tant pis celle-là m'a échappée, zut, ihi, c’est ballot), pour faire croire à des types qui font un boulot de merde que ce qui leur arrive est trop beau ! Putain mais foutez-moi ça à la benne !

jeudi, 03 avril 2014

La voie verte

Je vis d'étranges et d'intenses moments. Ma vie, notre vie, va bientôt (dans 3 semaines, ou au plus tard dans 3 mois) être complètement bouleversée. L'heure du choix que nous envisagions depuis tant d'années approche. Le bonheur balaye toute inquiétude. Les risques sont calculés, mais on ne peut nier une part d'inconscience. La vie m'a appris une chose : lorsque j'ai fait mes propres choix, sans écouter personne, toujours, j'ai eu raison.

mercredi, 02 avril 2014

La croisière abuse (billet rétro-actif) *

Le personnel philippin, très sympathique. Toi, tu es sur les flots pour en profiter. C'est chouette. Et puis tu apprends que ces gens payés à coups de fronde partent pour neuf mois sans un jour de congés, qu'à la fin des neuf mois ils sont notés et qu'en fonction des notes, ils auront-ou non- droit à un peu de vacances. Il faut le savoir, les pirates n'ont plus besoin d'attaquer, ils sont déjà à bord.

 

* heureusement, Cachard veille au grain. Il y avait eu un problème de mise en ligne. Avec les excuses de la direction.