mercredi, 22 octobre 2014

L'affect du livre à Saint-Etienne - 2

La tente est déjà bondée, mais c'est une illusion d'optique, les jours suivants, elle concentrera largement plus du double de visiteurs, contenant ou contenu, je ne sais lequel offre le plus d'élasticité. En attendant, je fais connaissance avec l'équipe de Lune et l'autre, cette librairie qui a cité « L'Affaire des Vivants » comme son coup de cœur de la rentrée. Avis collectif de toute l'équipe. Des gens biens, donc. La charmante responsable, qui a confirmé son choix devant les caméras de France 3 il y a peu, et ses complices, autant de personnes précieuses dont je suis obligé soudain de taire les noms parce que l'un d'entre eux m'échappe et je ne voudrais pas faire d'impair, avec mes excuses. L'ambiance est bonne, on me propose du café, ça change de Besançon. De façon générale, d'ailleurs, l'accueil, le personnel, les bénévoles, tous seront aux petits soins. On m'a placé entre Claudie Gallay et Serge Joncour. Je rappelle à Claudie qu'on se connaît déjà. Ah bon ? s'étonne poliment Claudie. Pas grave. J'achète le dernier livre de chacun. Pas par politesse, mais par goût de la découverte.
La librairie s'est donné la peine de chercher mes titres précédents. C'est heureux car, pendant ces trois jours, tous les  livres susciteront la curiosité du public et seront achetés dans des proportions évidemment différentes. Je ne vends pas de « La Joyeuse » à des mineures, ni de « Baiser de la Nourrice » aux femmes enceintes, aux personnes cardiaques et plus généralement aux lectrices qui ont des maris costauds.
La journée s'achève sur un bilan plutôt positif. Je retourne à l'Hôtel, en prenant l'ascenseur cette fois. A Besançon, j'avais été surpris par la voix extraordinairement sensuelle de la cabine, chaude à rendre fou, capable de débraguetter n'importe quel gars un peu sensible. Ici, pas de ça mon ami, c'est une voix de colonel en retraite qui déclare depuis son cercueil : « Etage Principal ». Je demande ma clé tandis qu'un client avise l'ordinateur qui « Hélas monsieur » ne marche toujours pas. La chambre est bien. Enfin, pas mal. En tout cas, la porte ferme quand on insiste, et puis la douche envoie de l'eau, même si elle hésite, elle propose de vous infliger de cruelles brûlures ou de vous figer le sang par le froid. Je choisis un peu le froid, un peu le chaud, un peu le froid. C'est fatiguant. Epuisé, j'appelle ma douce qui me lit le superbe article de Jean-Claude Lebrun. Je suis ravi, c'est un texte impeccable, tout ou presque y est dit. Ma douce conclut en expliquant que, par contre, il y a grève et que, donc, personne n'a pu lire ce magnifique hommage. Chaud, froid, je suis blindé, pas de problème. On m'attend à l'accueil, me prévient-on. J'arrive.
J'ai le grand bonheur de découvrir là Cédric Fernandez, un grand pote dessinateur aujourd'hui publié chez Glénat, complice depuis des années, avec qui je conçois des BD invendables, ce qui ne nous a curieusement jamais découragés. Je suis d'autant plus heureux que sa présence signifie que je vais rejoindre, malgré mon grand âge, la bande de dessinateurs, agrégés au staf de « Des bulles et des Hommes », librairie spécialisée dans la BD. Heureux parce que, entre nous, je préfère cent fois la compagnie des dessineux que celle des écrivains. Avec eux, on se marre vraiment. En plus, une loi de cette discipline dit que, sur dix dessinateurs de BD dans le monde, sept sont de la région roannaise, ne contestez pas, c'est statistique, c'est ainsi, ça surprend au départ, mais c'est un principe naturel et que voulez-vous.
J'ai donc la vraie joie de retrouver mes compatriotes, Steve, Maud, Olivier et Cédric, le lendemain, je n'aurais qu'un peu de temps pour saluer Guillaume et Franck, la suite de la caravane. Et puis je découvre Ismaïl, publié chez Glénat également. Un jeune homme précieux. Mais tous le sont, bien entendu. Je dis seulement que c'est bon d'en découvrir constamment de nouveaux.
La soirée s'achève tard, il fait chaud dehors, c'est l'été en octobre, je me suis habillé en fonction. Le colonel râle « deuxième étage », je donne un coup d'épaule dans ma porte, je fais ce que j'ai à faire (oui, bon) et je me couche, pas mécontent de ma journée. Des beuglements avinés montent de la rue, c'est la poésie urbaine, la vie des grandes villes, les alcooliques sont résistants, ils vocalisent en se relayant jusqu'à trois heures du matin. Là, impossible de se rendormir. Je compte les heures, essaye tous les trucs pour trouver le sommeil, sans succès. Demain, je dois rencontrer Alexis Jenni. Je vais être bien. Sur l'écran de télé que je me suis résigné à allumer, les Simpson dialoguent avec Katsumi qui fait la gueule, un débat sérieux s'envenime, qu'est-ce que je fais là déjà ? Qu'est-ce que j'ai écrit ? On parle de quoi, demain. Comment je vais faire, comment je vais faire, comment je vais...

mardi, 21 octobre 2014

L'affect du livre à Saint-Etienne - 1

J'étais encore dans le souvenir si bon de la rencontre de la veille, avec Laurent Cachard, à la librairie Le Tramway, à qui je réitère mes remerciements ici. Départ pour la suite de mes pérégrinations, à la Fête du livre de Saint-Etienne. Train plutôt calme, lecture des premiers chapitres d'un manuscrit du même Laurent, rassuré par le plaisir que j'y prends. J'ai en main le portable que ma douce m'a confié en pleurant comme si j'allais me sacrifier dans quelque tranchée. Tentative d'envoyer un SMS pour dire à l'auteur que tout se passe bien, je réussis à taper « chapitre » je réussis à basculer en mode chiffre et exécute magistralement un « 3 » pour préciser où j'en suis. Impossible de revenir en mode lettres pour expliquer que, jusque là, tout va bien, obligé d'éteindre ce foutu machin, de rallumer, etc. Enfin, je parviens à écrire « c'est que du bon » encore que, sans apostrophe. Bref.

D'autres auteurs comme moi sont pris en charge à la gare où nous arrivons, tous jeunes, minces et beaux. Pas commencer à faire des complexes. La ville brûle sous un été impossible, la rencontre de la veille, le manuscrit, tout ça, je vais bien, je souris. Je remonte une bretelle qui glisse. Après les petits calages administratifs faits à l'accueil VIP, à l'hôtel de ville (oui, je suis à présent un VIP, le badge en témoigne), j'entraîne ma grosse valise à l'hôtel, quelques rues plus loin. L'entrée est vide, c'est que la réception est perchée trois étages plus haut. Situation inédite que je n'ai pas anticipée et qui m'a donc valu de négliger l'ascenseur pour grimper jusque là. Je transpire, pas le temps de me changer, de prendre une douche, je vais puer, tant pis. L'hôtel est étrange, on sent une trop longue pratique, une routine épuisée. J'avise un ordinateur qui me permettra de répondre à mes mails, ce soir, j'apprends « hélas monsieur » qu'il ne fonctionne pas.
Le premier rendez-vous est un repas organisé au lycée dit du Portail Rouge, que je connais bien : c'était l'internat d'une des périodes assez absurdes de ma vie. J'y ai participé aux plus somptueuses batailles de polochon dont un surveillant puisse avoir le douloureux souvenir. Je dois intervenir dans un collège privé et les deux personnes qui m'accueillent avec de larges sourires, sont la documentaliste d'origine roannaise et la professeure de Français et de Latin (« ah bon, il y a encore des élèves qui veulent apprendre le Latin ? » « De plus en plus » me révèle Emilie, la professeure. Ce qui m'inquiète un peu, au fond). Nous nous installons à une table où nos noms sont déjà inscrits. Un chevalet annonce que François Bégaudeau est attendu face à moi. Tandis que nous devisons tous trois puis que commencent les discours, une dame aux cheveux blancs vient s'asseoir là. Je renonce à serrer la main de la dame en m'exclamant « salut François » et finis mon assiette de légumes. Le célèbre auteur de l'oubliable Entre les murs n'apparaîtra pas.
Déplacement automobile jusqu'au collège, une salle avec grande figure de la vierge ; nous y sommes ; les enfants arrivent. Ce sont les 4ème, les classes fushia, beige et vert, redécoupées en deux groupes pour l'occasion. « L'Affaire des Vivants » aux mains d'élèves de 4e, d'un collège privé qui plus est ? Oui, le choix s'est fait au cours d'une réunion, il fallait faire vite. Mes hôtesses sont un peu désolées. Je suppose qu'après lecture, les yeux écarquillés d'effroi, elles ont tenté de limiter les dégâts. Les enfants sont sages, ils lèvent le doigt pour énoncer les questions écrites sur des feuilles qu'ils tiennent fébrilement. Une question, je commence à répondre, une forêt de doigts se lève aussitôt. J'explique que je suis du genre à développer mes réponses et qu'il leur faudra subir ma logorrhée jusqu'à la lie avant d'envisager de poursuivre la liste sur laquelle leurs regards sont arrimés. Je les comprends : s'ils lèvent les yeux, ils ont le choix entre un barbu à bretelles et une grande vierge en faux vitrail.
Deux séances d'une heure se succèdent ainsi, avec les mêmes questions (les mêmes réponses ou pas loin), les mêmes enfants sages, très sages, pas du genre à provoquer une monumentale bataille de polochons comme leur aïeul, enfin je ne sais pas. Les enfants demandent : « Etiez-vous un bon élève ? », je réponds immédiatement « Une autre question ? », ce qui les laisse de marbre. Je remonte une bretelle qui glisse.
La documentaliste me dépose vers le centre. Je trouve facilement mon stand où les libraires de Lune et l'autre m'attendent, avec la suite de mes aventures.

lundi, 20 octobre 2014

Dans l'Huma

Je ne me permettrais pas de le faire autrement, mais il se trouve que ce superbe article de Jean-Claude Lebrun n'est pas paru, pour cause de grève dans la presse, pile ce jour-là. On me dit qu'il n'y a aucune chance pour que le papier soir re-publié. Je le mets donc en ligne. Sinon, vraiment, ce serait gâcher.

Lire donc L'épopée industrielle, par Jean-Claude Lebrun, dans l'Humanité du 17 octobre.

Sur les rails

Un résumé de la belle rencontre au Tramway, à Lyon, voulue et organisée par Laurent Cachard, écrivain et néanmoins ami, dont je suis actuellement en train de lire le dernier opus, en avant-avant-première. Et ça se passe très bien.

RencontreTramway_O-Rocken.jpgIl existe un enregistrement de la rencontre du 16 octobre mais il était trop lourd pour une mise en ligne. Je peux l'adresser à qui voudra, il suffit de m'en faire la demande en commentaire de ce billet ou par mail pour ceux qui ont mon contact.

Merci aux libraires du Tramway et à Laurent de cet accueil exceptionnel. Soirée parfaite. Un moment de bonheur. L'occasion aussi de rencontrer les nombreux amis de Laurent (assez nombreux pour faire l'essentiel du public), de voir ainsi se confirmer l'aura de bienveillance du bonhomme.

Vraiment, si toutes les rencontres étaient de cette qualité...

 (La photo est d'Olivier Rocken, un ami de Laurent, justement. Avec mes remerciements)

 

dimanche, 19 octobre 2014

En attendant

Godot chante généralement en Anglais. Godot est extrêmement talentueux, Godot est un bosseur infatigable, et c'est la moindre de ses qualités. En ce moment-même, Godot s'empare d'une série de textes dont Kronix a dévoilé quelques extraits. Godot mitonne ce que je serais tenté d'appeler un bijou, une perle, une merveille. L'élaboration d'un album est un long long voyage, un périple, une odyssée. Un autre partenaire rejoint l'aventure et va apporter la magie de ses images. Au terme de tout ça, je suis très confiant, je suis sûr qu'on va vous épater. Vous l'avez compris, Voir Grandir sera le beau projet de 2015, après Pasiphaé et avant Les Nefs de Pangée, autant de façon pour moi d'aborder l'écriture, et de rencontrer des gens de qualité. Je vous tiens au courant, bien sûr, d'ici la fin de l'année je pense, un site dédié vous contera les escales de cette grande traversée.

samedi, 18 octobre 2014

Les images autour de soi

Des joues creuses, l'ivoire des canines refermées sur la nuit, le soubresaut. La terre appuyée sous le talon. Une tache solaire, la main retournée, une cavité moulée dans l'épaisseur de l'âme, un tranchant d'obsidienne et le cœur sur les braises, une lampe sous la main, des cris, des balades, une gelée, un matin les pieds dans l'eau froide, la peau hérissée de bleu, un geste bleu, le spectre des doigts sur le mur, le jeu des rayons sur la pierre, le givre sur le verre, la pâleur du gisant, les phalanges repliées sur un insecte, des marbres étoilés, une figure dressée contre le ciel, un bras, une boucle, des miroirs, un drap, une peur, un pas sur le seuil, la nuit ouverte et franche, l'ombre de mon salut avalée par une flaque, le fantôme surgi de la bouche, un frisson, le bois, l'odeur de la cire, le parfum du lin, la joue tiède, les rideaux, les persiennes fermées, les jouets sous le lit. Les petits soldats éblouis sur le parquet, les récits, les luttes, les agneaux égorgés, dévorés par l'éclat du jour. Le temps. L'empreinte de la semelle sur la terre appuyée. Le temps entravé qui rampe sur le parquet.

vendredi, 17 octobre 2014

A Saint-Etienne

Un point pour information de mes présences et absences pendant les trois jours de la Fête.

Je suis accueilli sur le stand de la librairie LUNE ET L'AUTRE
Elle se situe sous la Grande Librairie, Place de l'Hôtel de Ville. C'est le STAND G4

On m'y verra peu VENDREDI 17 OCTOBRE, puisque j'arrive en fin de matinée et interviens en milieu scolaire en début d'après-midi, mais je serai de retour sur le stand vers 17 heures.

SAMEDI 18 octobre, si je ne suis pas sur le stand, vous pourrez me retrouver Salle Lamberton, à l'Hôtel de Ville de Saint-Etienne pour une rencontre intitulée : De quelques auteurs rhône-alpins, de 11h30 à 12h30. Et devinez avec qui je partage ce beau moment ? Avec Alexis Jenni, les amis, ce qui va me permettre de lui dire mon admiration pour "L'Art français de la guerre", enfin en théorie, parce que ma timidité va sûrement me réduire à lui dire bonjour, ça va ?

DIMANCHE 19 OCTOBRE, je m'échapperai un temps de la librairie (où un service d'ordre est prévu pour canaliser la foule) et me rendrai Kiosque Massenet, Place Jean Jaurès, pour une interview de France Bleu Saint-Étienne Loire, de 12h à 12h30. Avec moi, l'écrivaine Béatrice Tracol.

Ensuite, de 14h30 à 16h ce même dimanche, je me joins à d'autres auteurs, dont Janine Boissard, pour discuter, débattre, rêver autour du thème "L'esprit des lieux". Ce sera Salle Aristide Briand, à l'Hôtel de Ville.

A part ces exercices de pure auto satisfaction, je vous attends sur le stand de la librairie Lune et l'autre, qui a défendu mon livre comme un de ses coups de cœur de la rentrée.

jeudi, 16 octobre 2014

Frères humains

Ce texte archi-célèbre, qu'il faut veiller à transmettre, toujours. La ballade des pendus, ou "L'Epitaphe", c'est de François Villon, ça n'a que cinq siècles après tout.


podcast

Cette monodie désespérée n'a rien à voir, bien entendu, avec le bonheur d'être reçu ce soir à la librairie du Tramway, à Lyon, et d'être cuisiné par mon ami et néanmoins passionnant auteur, Laurent Cachard. C'est à partir de 19 heures. Entrée et sortie sont libres.

mercredi, 15 octobre 2014

Demain, à 19 heures

Rencontre_Tramway.jpgGrâce à l'ami Laurent Cachard qui, de son côté sort en ce moment une trilogie théâtrale incontournable pour parler de l'absurdité délétère du milieu du travail, j'ai le grand honneur d'être invité dans sa librairie préférée.

 

C'est jeudi 16 octobre, l'entrée est libre, comme la sortie. Il y aura des petits fours et de la musique, Laurent et moi prévoyons de faire en sorte de ne pas vous ennuyer, au contraire. Aucune raison de ne pas venir, donc.

mardi, 14 octobre 2014

Dans les yeux

Elle me parle
je ne comprends rien.
Son décolleté est assourdissant.

lundi, 13 octobre 2014

Les goûts et les couleurs

Une petite faim
Oh, un restau !
On regarde la carte, on lit :
« Salade bleu marine »
On repart.

Plus faim.

dimanche, 12 octobre 2014

Astrophysique

Sur la piste aux étoiles
la chute du funambule
produit un trou noir

samedi, 11 octobre 2014

Le 11

Il y a six mois, je déposai sur le bureau de mes supérieurs les clés de mon travail et partis. Six mois déjà. Je savais, nous savions ma douce et moi, que tout cela passerait très vite. Plus que deux ans et six mois à présent pour consolider mon entrée dans le milieu littéraire, pour produire encore et trouver de quoi survivre. Je savais, nous savions que ça irait vite mais là, c'est le passage de la foudre. Qui laisse abasourdi et interroge sur la réalité de ce qui vient de se produire. Et cela risque de se résumer à ça, au terme des trois ans : Nous étions heureux ? C'était bien ? C'était quand ? C'est fini ?

vendredi, 10 octobre 2014

La sanction des artifices

Dans le roman sur lequel je travaille (encore situé dans l'Histoire), je vais me permettre de faire ce que je m'étais plus ou moins interdit dans "L'Affaire..." : mettre en scène des personnages ayant existé. Ce seront des personnages secondaires, mais tout de même, il faut que je me fasse une opinion sur Marie-Antoinette, son architecte, Louis XVI, etc. Comment faire ? Car je m'étais jusque là censuré en arguant qu'il est impossible et prétentieux de croire qu'on peut le moins du monde accéder à la vérité d'une époque, surtout si elle est lointaine (même proche, même une génération, et encore dans notre propre archéologie : suis-je vraiment sûr de ma façon de penser quand j'avais douze ans ?). En fait, la solution que j'ai adoptée est que tous les personnages du roman -et ce que nous pouvons savoir de leurs pensées et réactions- seront passés par le filtre du regard d'un personnage qui lui, est fictif.
Je crois que ça se tient.

jeudi, 09 octobre 2014

Le piège

Accablé de prix célébrant son écriture chantournée et laborieuse, loué pour l'apparente moralité de ses propos et l'élévation de ses thèmes, cerné par de vieux érudits satisfaits de voir en lui le dernier représentant d'une veine romanesque vouée à disparaître, l'écrivain sauta sur la table du salon du livre et se mit à hurler : « Je ne suis pas mort ! »

mercredi, 08 octobre 2014

Cause et effets

La France est le pays développé où l'espoir en l'avenir est le plus bas, statistiquement. C'est aussi celui qui, proportionnellement, compte le plus d'athées.

C'est qu'on a appris ne pas croire aux contes fées, je suppose.

mardi, 07 octobre 2014

Voir Grandir

On n'évite pas les ombres, quand le soleil est bas, on n'évite pas les ténèbres des gouffres. Y'a pas que des saillies, il y a des abysses, de mauvais précipices. Des fois ça grouille et tu es pris de doute. Est-ce bien là que je vis, à ça qu'on me destine ? Des fois, le soleil est plus fort et l'ombre plus opaque. Alors mon doux péril, ma ressemblance, le froid t'enveloppe, alors la peur applique sur ta nuque la mouillure de ses lèvres. Ce n'est pas que l'on soit mauvais. C'est qu'on est bête. C'est que la clarté sur nos têtes allonge sur la terre de noirs épouvantails. Et pour quelques uns, les silhouettes étendues sont un désir de cadavre. Il faudra faire avec. Les ombres t'accompagnent, elles font des grimaces qui ne te ressemblent pas. C'est pourtant toi, petit, crois-moi, c'est pourtant nous, tout aussi bien. Il faudra faire avec.

lundi, 06 octobre 2014

Le dernier de la classe

On punit le cancre en le laissant à l'arrière du groupe, de façon à ce qu'il ait peu de chances de trouver une rose des sables, dans la partie désertique où la classe se dirigeait à présent. Il ignorait tant de choses, le cancre ; mais il savait qu'on abordait ici un champ de mines. Il se retint d'y faire la moindre allusion.

dimanche, 05 octobre 2014

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était

Entre les rayons, soudain, il remarque que tous les paquets de lessive sont rectangulaires. Quoi ? Plus de barils de lessive ? Plus cette amusante forme cylindrique avec sa poignée plastique ? Mais pourquoi, pourquoi ? Il s'adresse aux clients indifférents : « Mais vous réalisez que jamais vos enfants ne connaîtront cette forme particulière, cette invite, cette évocation de la colonne dorique, du tronc de mélèze, du tonneau des Danaïdes ? Vous vous rendez compte que quelque chose a été perdu, là, que nous ne retrouverons jamais ? » Il hurle, s'agenouille, bras en croix : « Pourquoi ? » Un vigile vient lui demander de se calmer, mais il déchire ses vêtements, se roule par terre, se couvre de cendres (car, opportunément, il en restait un petit tas, sous un rayonnage) « Ô désastre, Ô Apocalypse ! » Le vigile appelle à l'aide, des renforts viennent et emmènent l'exalté. Une caissière témoigne à une cliente, on voit de plus en plus de cas comme celui-ci, la nostalgie des choses disparues, la marche irrémédiable du temps, l'évidence que rien ne sera plus comme avant. La cliente hoche la tête, elle comprend. Elle-même, quand elle a appris qu'il n'y aurait plus jamais « Au Théâtre ce soir » et « La Piste aux étoiles », a connu une crise semblable, alors... Dehors, le client ne se calme pas, il ameute la population, inconsciente de son drame. On l'abat et tout rentre dans l'ordre. La caissière émet un soupir.

samedi, 04 octobre 2014

Je l'ai sur le bout de la langue, pourtant

Huit mois entiers. C'est le record de durée d'une grève de la faim. Qui s'achève hélas de façon un peu pathétique quand l'impétrant, interrogé, admet ne plus se souvenir de quoi il retourne. Et meurt.