dimanche, 27 juillet 2014

Préhistoire

Travaillant sur la période révolutionnaire, je découvre au fil de mes recherches que je fouille incidemment les vestiges du passé des protagonistes de mon « Affaire des Vivants », située un siècle plus tard. Ce qui les explique, en fin de compte, et que j'ignorais moi-même. C'est troublant.

Et, une fois de plus, le bonheur incroyable de disposer d'une bonne bibliothèque domestique. Dans la minute, une vingtaine de livres, présents, dociles, offerts, sur le sujet. Une bénédiction.

vendredi, 25 juillet 2014

La raison du plus fort

Cela faisait plus d'une heure que le gringalet contredisait le colosse accoudé au comptoir, avec un aplomb et une condescendance agaçants. Quand soudain, le géant se répandit en larmes en disant "Oui, j'ai tort, c'est vrai, tu as raison !", les clients du café eurent collectivement une sorte de soupir dans lequel on pouvait deviner un vague regret.

jeudi, 24 juillet 2014

Cela dit, sans prétention aucune

C’est un mystère, ça, tout de même. Comment, dans un cerveau à peu près normé tel que le mien, peuvent s’échapper des formes qui me dépassent, qui m’enseignent des idées, neuves pour moi-même ? S’il y a une réponse, je serais tenté de la trouver tout simplement dans le temps de maturation extraordinaire qu’est celui d’un texte littéraire. A force de se pencher sur chaque virgule, de réfléchir à l’attitude du moindre personnage, d’entrer dans sa vie et dans ses émotions, à force de revenir et revenir sur une idée, jour et nuit (blanche), des heures et des heures sur une phrase parfois, sur une bribe, un embryon d’idée qui vient de nous traverser, il me semble que nous finissons par produire une pensée plus élaborée que celle qui, d’habitude, nous sert à communiquer avec les autres. C’est peut-être pour cela aussi, qu’un auteur n’a pas toujours les clés pour expliquer son œuvre. Parce qu’elle est issue d’un autre, meilleur que lui-même.

mercredi, 23 juillet 2014

Questions de temps

Il fait chaud ou il fait froid, ou il fait lourd. Quel besoin avons-nous de consulter le thermomètre ou le baromètre ou un outil de cette nature pour connaître la température ou la pression atmosphérique, c'est-à-dire combien il fait chaud, combien il fait lourd ? C’est humain, sans doute.

Comme cette histoire de température ressentie : comment s'y prend-on ? On fait un sondage ? Monsieur Machin, pour vous, là, il fait combien ? Madame Truc, à votre avis ? Y a-t-il un outil scientifique de mesure du ressenti ?

mardi, 22 juillet 2014

A l'origine

Kronix est en vacances. Il ressort les bains de soleil et aère les fonds de tiroir.


Il ne vous aura pas échappé que, contrairement à la hutte primitive ou à la grotte, la maison d'habitation toute en lignes droites, est absolument contraire aux formes de l'homme. Ne cherchez pas plus loin la source de notre mal de vivre.

lundi, 21 juillet 2014

Coup de tête

Kronix est en vacances. Il ressort les bains de soleil et aère les fonds de tiroir.


La première tentative pour jouer simultanément au même endroit avec le même orchestre : le chant des partisans, ça plane pour moi, l'allegro de la neuvième de Beethoven, un menuet de Lulli et Night Train de Glass, se solda par un échec. Quand l'émeute fut calmée, on interrogea les organisateurs pour savoir ce qu'ils avaient voulu tenter là. Aucun ne sut expliquer ce qui les avait poussés à vouloir pareille expérience. A peine l'un d'entre eux crut-il se rappeler que, le jour de la mise au point du programme, ils avaient un peu bu, mais c'est tout.

dimanche, 20 juillet 2014

Zoo

Kronix est en vacances. Il ressort les bains de soleil et aère les fonds de tiroir.

Si cela faisait rire les enfants, les parents trouvaient très pénibles les efforts de l'éléphant pour se déconstiper avec sa trompe.

samedi, 19 juillet 2014

Le grand jeu

Kronix est en vacances. Il ressort les bains de soleil et aère les fonds de tiroir.

 

Faute de moyen, le directeur du parc avait dû renoncer au Grand-Huit pour se payer tout de même un Grand-Cinq, mais il projetait déjà la construction d'un Grand-Six pour la saison prochaine.

jeudi, 17 juillet 2014

Polysémie

Le travail sur Pasiphaé est lancé, concrètement cette fois. Décors et costumes sont en cours de conception, le choix des comédiens sera confirmé en septembre et les répétitions pourront commencer à la fin de l'année pour les premières représentations en janvier 2015.
C'est un étrange destin pour cette pièce, déjà vieille de quatre ans, dont l'écriture était alors imprégnée de l'écho du ou des printemps arabes, avec cet enthousiasme iréniste que fait naître toute aspiration populaire à plus de liberté, à plus de jeunesse, à plus d'oxygène. Puis sont survenues, plus proches, les manifestations « pour tous », le fourre-tout des bonnets rouges, etc. Un questionnement sur la légitimité des populations à réclamer tout et n'importe quoi, a peu à peu corrompu les teintes de mon tableau. Une autre lecture s'impose. Et je m'aperçois avec satisfaction que la pièce autorise de telles nuances, que le propos est entre les mains du metteur en scène qui pourra, selon le moment, la synthèse qu'il aura faite de l'histoire récente, traduire un sentiment actuel sur les revendications populaires. Aucune raison que ce ne soit plus le cas dans dix, ou vingt ans. Ce qui signifie, en ce qui me concerne, qu'au moins un des aspects de la pièce est réussi.

mercredi, 16 juillet 2014

Aperçu

"Ce n'est que cela, c’est cela tout de même, les dorures, c'est cela, des mots lui reviennent, qui disent l'endroit, les tapisseries, les meubles, les tentures, c'est cela mais est-ce bien ce grand pan à motifs de soldats qui s'enlacent, une tapisserie ? est-ce bien cette énorme image de roi juché en haut d'un escalier au milieu d'une foule chahutée de couleurs, un tableau ? Les échos de ses pas dans le palais, plus loin, le silence des lieux, le frottement de ses semelles sur le parquet, les vitres brisées, le vent qui entre. Personne. Et puis quelques fantômes dépoudrés, sans livrées, mal réveillés, blafards."

 

Le reste, ce qui précède, ce qui suit, dans cinq ans. Ehé.

mardi, 15 juillet 2014

Le temps trouvé

Quand j'ai quitté mon emploi, je pensais que j'aurai enfin du temps pour écrire. Je me trompais : j'ai enfin du temps pour ne pas écrire. C'est-à-dire du temps où rêver l'écriture.

lundi, 14 juillet 2014

Punctum

Je n'aime pas l'histoire, je déteste le travail de la phase documentaire, je dois surmonter une paresse énorme pour compulser les dizaines d'ouvrages nécessaires pour me faire une petite idée du temps que j'explore. Moi, tout ce que je veux, bon sang, c'est écrire. Pourquoi alors une telle entreprise ? Peut-être que je sais ce qui se profile là-bas, au terme de la recherche : un plaisir démultiplié de me coltiner à une langue, un monde, un ailleurs qui m'oblige à penser, écrire de façon neuve. Oui, je suppose que c'est cela, l'enjeu véritable.

dimanche, 13 juillet 2014

Au fond

On a beau s'être déjà tenu maintes fois, bras ballants, devant un rectangle creusé dans la terre, on ressent comme neuve l'impression que c'est tout de même vertigineux, la somme de toutes ces années, résumée à une caisse de bois. C'est de cela dont nous sommes inconsolables.

samedi, 12 juillet 2014

Homme et humus

L’homme s’est longtemps considéré -étant seul juge- comme l’aboutissement de la création, et les mots témoignent de cette ambition. Revenons dans le passé lointain pour dépoussiérer la racine indo-européenne Ghiom, la terre. Les Grecs y puisent le mot khtôn de même sens, qu’on retrouvera dans chtonien et autochtone. Les latins fabriquent un « homo », littéralement « né de la terre » (idem pour l’Adam hébreu, issu également du sol), dont on retrouve la facture terrienne dans l’humus et aussi, souvenons-nous en, dans l’humilité. Le genre humain, lui, est entièrement représenté, le savez-vous, quand vous dites ou écrivez « on ». Car dans « on » il y a l’ « homme ».
Grecs et latins ont puisé dans le Ghiom indo-européen (terre), leur khtôn et homo (voir plus haut). La logique inverse est possible : le Wiro indo-européen qui désigne l’homme en tant que principe masculin, a abouti au world anglais et au welt allemand : le monde. Il reste encore un peu de l’humain wiro dans le werewolf (le loup-garou anglais), dans la virilité, la virago et même la vertu (du latin virtus, courage, force). Enfin, une autre racine : Ner, le guerrier, a donné les préfixes andro et anthro, et les prénoms André (viril) et Alexandre (qui protège les hommes).

vendredi, 11 juillet 2014

Panique

Et d'ailleurs, comment on commence un roman, comment ça s'écrit, qu'est-ce qu'il faut faire ? C'est la première fois que je ne suis plus dans l'évidence de l'écriture, de la première phrase qui entraîne toutes les autres. C'est la première fois que je connais l'impuissance. C'est très désagréable.

jeudi, 10 juillet 2014

La langue du temps

J'ai commencé un voyage vers le XVIIIe siècle. Cadre d'un nouveau roman qui, comme « L'Affaire des vivants » (ou comme le livre tant attendu de certain confrère), va me demander quelques années de travail. Bien sûr, j'aimerais que d'autres romans soient publiés entre ces deux ouvrages pour ne pas être catalogué comme romancier « historique » mais, vous savez, les lois de l'édition...
En attendant, j'ai imaginé approcher de ce passé par le seul moteur de la langue, des mots qui servaient à dire le monde à l'époque. Déjà, des petits bijoux s'exhaussent de la terre que je refouille. Quant au sujet, il est trop tôt pour l'évoquer, mais je peux vous assurer que jamais la Révolution française n'aura été décrite de cette manière. Le meilleur moyen d'être sûr de parvenir au bout d'une machine de cette ampleur, est encore d'être excité par l'enjeu littéraire qui l'a inspirée. C'est le cas. Dans un an, pas avant, je vous donnerai quelques clés de ce nouvel opus.

mercredi, 09 juillet 2014

Dans la nuit

Viens que je te console, viens contre moi, ma douce. Ma douce orpheline.

mardi, 08 juillet 2014

Son battement noir

Son battement noir circule dans la maison. Son battement noir réveille des échos de chagrin. Elle plane encore, patiente, se mêle de nos vies. Attend son heure. Fait lâcher prise, lentement. Sûrement.

lundi, 07 juillet 2014

Gavé

Tout était prêt. J'avais posé mes pieds sur un bras du canapé, ma nuque sur l'autre, enlevé mes lunettes. J'allais digérer pépère la superbe formule assiette végétarienne+nan boli+boisson au choix du restau pakistanais où un végétarien comme moi peut manger à sa faim et au delà, quand soudain, j'ai réalisé que je n'avais pas fait de billet pour Kronix hier (actualité oblige, je vous en parlerai plus tard) et que je risquais, si je me laissais aller, de récidiver aujourd'hui. Alors, c'est bien parce que c'est vous, je me suis relevé de mon canapé, de l'atmosphère douillette et quiète du salon, pour venir écrire ces quelques mots. Vous pouvez trouver le sujet du jour un peu léger, mais je vous prie de considérer l'effort consenti.

samedi, 05 juillet 2014

La Joyeuse - Extrait

"D'un mouvement de hanche, Shamat vient à toi et ton sexe en elle plonge. Elle se poignarde l'entrecuisse d'un coup de bassin, avale de tout son corps ton pieu meurtrier, obscur. Tu comprends que sous toi la chair est femelle, trouée, coupée en deux et qu'elle te veut enfoncé au terme, au plus profond, au creux de viscères accueillantes comme la mort. Tu découvres la mort. Elle est dans ce vertige, là-bas, dans cette tombe noire où ta verge est plantée."

Dire que "La Joyeuse", parue ces jours au Réalgar, est une histoire de fesses, est un peu restrictif mais enfin, indubitablement, il y en a.

Dans "L'Epopée de Gilgamesh", Shamat, la Joyeuse, prêtresse d'Ishtar, est envoyée à la rencontre du brutal Enkidu pour le civiliser par le sexe. Sept jours et sept nuits au bord du fleuve, et le triomphe des femmes qui humanisent pas l'amour. C'est cet épisode que "La Joyeuse" raconte.