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kronix

  • 3726

    Je retrouve un beau stylo-plume, cadeau qu'on me fit à l'époque où je couvrais des pages d'annotations quotidiennes. Je le nettoie longuement, il est grippé, encroûté de vieille encre noire. J'insère une cartouche neuve. Une cartouche d'encre bleue. Coups de griffes, traits pointillés, sinuosités hésitantes, marques vides… Enfin, le stylo veut bien rendre avec régularité ce que j'ai à exprimer. C'est de l'inquiétude, d'abord, pour mes enfants, pour ma douce, pour les miens. Les mots s'alignent, noircis par la cartouche précédente, enténébrés par les souvenirs du temps du journal manuscrit. Le bleu n'ose pas, ne se manifeste pas tout de suite car le noir est fort, il l'emporte sur des pages et des pages. Et puis, tandis que progresse l'effet apaisant de l'écriture sur les tourments de la vie, l'encre s'éclaircit, le noir s'adoucit, s'atténue, laisse la place. L'opération clarifie, et l'humeur, et les signes. Voici à présent l'encre bleue sans scorie, débarrassée de ses noirceurs. Et moi, de même, gagné par la souplesse de l'azur révélé.

  • 3725

    « Tiens, la première neige », soupire le cocaïnomane en reniflant.

  • 3724

    La rivière a coulé. Coulé corps et biens dans les abysses. Ne reste qu'un lit sec. Quelle tempête l'a donc emportée ?

  • 3723

    Ses disciples avaient remarqué que Mahomet revenait parfois, très irrité, à sa tente. Aucun n’osa confier que les énervements suivaient les moments où le prophète s’isolait pour satisfaire un besoin naturel, et que cette foutue colombe venait lui chuchoter des trucs à l’oreille. Les sourates qu’il dictait ensuite étaient d’une férocité effrayante.

  • 3722

    La poste a inventé un nouveau truc, ça s'appelle « service facteur » et ça se passe comme ça : Le facteur sonne à ta porte. Tu sors (enfin moi en général, quand le facteur sonne, je sors). Vous vous saluez. Il a une lettre dans une main et son portable dans l'autre. Embarrassé et fatigué par la connerie de ce monde, espérant tacitement ta sympathie, il t'explique le principe du « Service Facteur », d'ailleurs certifié par une étiquette qui reprend l'expression, sur l'enveloppe qu'il tient. « Je vous donne ce pli en personne et je dois vous lire le texte qui s'affiche sur mon écran. » Déjà ricanant, je l'encourage à officier. Le pauvre me lit alors quelques lignes insignifiantes, immédiatement oubliées, où il devait être question, je crois, de l'importance du contenu de la lettre. J'éclate de rire devant l’innocuité d'une telle opération, pensée quelque part par des pros du marketing, bien aware, bien start-up nation. Je signe sur l'écran pour confirmer que le héraut a bien délivré son message essentiel. Le facteur reçoit en sus l'expression de toute ma compassion pour cette mission débile. Il approuve, remercie de ma compréhension, nous ricanons tous les deux. Il repart, soulagé d'avoir dépassé le ridicule de l'épreuve. La lettre est restée sur la table quelques jours avant d'être jetée.

  • 3721

    Le crocodile, gueule fermée, dents serrées, sa fermeture à glissière toute prête pour le sac à main qu'il deviendra.

  • 3720

    Un mois pour réagir à un décès et rédiger le brouillon d'une lettre de condoléances acceptable. Sa sincérité n'est pas atténuée pourtant. J'hésite encore un temps. L'inquiétude de se croire indécent, impoli. Un long temps : un mois supplémentaire. S'ajoute alors la possible indélicatesse du retard. Et puis le partage du chagrin emporte la décision et t'oblige. Quelques minutes tendues pour coucher noir sur blanc tes mots, être sûr qu'ils conviennent. C’est fait. La lettre existe, pèse sur son papier. Nouvelle étape, pas moindre : oser la poster.

  • 3719

    Il y a comme ça, une dizaine de personnes qui s'escriment depuis plus d'un an sur un de mes textes. Un inédit, inspiré d'un crime sordide du XIXe, en Sologne. Le metteur en scène, François Frapier, me tient régulièrement au courant de l'avancée du travail, des lectures, reprises et choix. On s'achemine vers une création théâtrale complète, l'an prochain. Pour l'instant, je ne sais de l'interprétation de mon texte, que ce que François a bien voulu m'en dévoiler. L'autre soir, au téléphone, tandis qu'il préparait sa troupe à prononcer haut et fort la pièce sous la forme d'une lecture, j'ai entendu des voix d'hommes et de femmes, s'exclamer dans la bonne humeur, pour que j'écoute, au-delà de mon interlocuteur privilégié, leur appétit, leur énergie, leur entrain à s'approprier les mots que je leur ai confiés (leur reconnaissance ?). J'apprends maintenant que la première lecture s'est très bien passé. Ma reconnaissance éternelle aux amateurs qui veulent bien plonger sur une si longue période au cœur d'une seule œuvre ; ma reconnaissance aux professionnels qui endossent un tel chantier… Je pense ici aux metteurs en scène et, simultanément, aux éditeurs. Mon éditeur qui me dit, quand je le remercie, pour atténuer son mérite : « Tu sais, Christian, je suis grassement payé pour ça. » Je suis éperdu d'amitié pour les engagements des uns et des autres.

  • 3718

    Il fut convaincu que la meilleure technique de drague était de devenir un puissant homme politique ou une grande star de cinéma. Enfin, c'était la théorie. La mise en pratique dépassa de loin sa patience et il se résolut au viol, certes moins glamour, mais plus dans ses capacités.

  • 3717

    Ce soir-là, ils avaient appris que Donald Trump viendrait dans la région pour inaugurer l'extension du golf voulu par le président de l'agglomération. Celui-là même qui, descendant du curé d'Ars, avait une parenté avec le chanteur Vianey. Ils s'engageaient solennellement à déféquer nuitamment dans les trous dudit golf. Il avait été aussi question de location de manteau de fourrure, viatique nécessaire à dépasser les files d'attente d'un fameux pâtissier. Et de pas mal d'autres choses compliquées à cerner. Enfin, le réveil du lendemain matin avait été un peu difficile.

  • 3716

    Il est très rare (circonstances plutôt qu'indifférence) que j'anime un rencontre autour d'un livre. Celui-ci est très particulier. Il s'agit d'une anthologie. Une savoureuse et riche recension des écrivains (morts ou vivants), qui ont écrit sur ma bonne ville, Roanne. Des surprises : Laurence Sterne, David Ponsonby (compositeur élève de Nadia Boulanger), de grands noms (Tournier, Sabatier, Saint-Exupéry, Barbara, Arsand, Ponge...), des oubliés (Montforez, Mercier...) et d'actuels, dont l'excellent Christian Degoutte que j'ai évoqué sur ce blog nombre de fois.

    Pierre-Julien Brunet a accompli un travail assez incroyable. Je lui ferai dire l'origine, les recherches, la réalisation, la récompense enfin, la publication de "Regards d'écrivains". Son complice Dom Thoral, sera là pour parler de son regard de photographe sur la ville. On va se régaler, je vous le dis. C'est ce soir, à 18 heures, au Jardin de Papier, rue Maréchal Foch, à Roanne, justement.

    Affiche_RencontreDedicace_Brunet_22nov2019.jpg

  • 3715

    Quand tu écris, parfois, une certaine dynamique du récit contamine la syntaxe ou la ponctuation, et tu mets en place naturellement une forme singulière. Aucune volonté de révolutionner quoi que ce soit, simplement la ponctuation que tu as imaginée est enclose dans ton projet littéraire. Et puis, vient le temps fatidique où ton travail va passer sous les fourches caudines du correcteur ou de la correctrice. Là, c'est autre chose, il faut réguler, édicter tes propres lois, celles, inconscientes, intuitives, que tu as utilisées -et générées- dans le même temps. Et donc, ton éditeur te demande de poser noir sur blanc tes propres règles. Pourquoi, par exemple, n'utilises-tu pas toujours la forme [: "] ? Exercice salutaire. Ce qui donne, pour "Noir Canicule", le prochain :

    On mettra deux points ouvrez les guillemets [ : " " ] seulement quand la phrase qui précède la réplique contient une expression, un mot, un verbe, induisant l'idée de prise de parole directe ('une voix les stoppa' ; 'elle ajouta' ; 'la main ponctuait chaque mot' ; 'prendre à témoin')

    Attention à certains cas, comme p.5 du manuscrit. ' Il grogna pour faire comprendre sans le dire "Qu'est-ce que t'en sais" ' Je ne mets pas [ : ] avant les guillemets, malgré le verbe 'dire', parce que le personnage ne 'dit' pas ce qui suit. Il n'y a pas de prise de parole.

    La réplique s'achève par [."] quand la phrase qui la suit contient une expression, un mot, un verbe, induisant l'idée de prise de parole effectuée. ex. : [' "on va pouvoir y aller." Sa voix avait arpenté la gorge...' ]

    Enfin, il y a des cas où les paroles, les répliques, sont incluses dans le récit, sans s'en distinguer. Laisser ainsi, SVP. L'idée est celle d'une certaine distance de narration. Les phrases entre guillemets "sonnent", prennent un relief qui, dans les cas où je les ai retirés, nuiraient au rythme et à l'atmosphère que j'ai souhaité créer.

    Il reste la problématique des majuscules en début de phrase entre guillemets, que je laisse à l'appréciation du correcteur ou de la correctrice.

     

    Voilà, c'était un bref passage en coulisses. Merci de votre attention.

  • 3714

    Les livres commencés s'accumulent. Les notes sur les carnets sont poussives. L'écran ne s'allume plus que pour de vagues enquêtes… Des périodes qu'on aimerait ne pas traverser ou mieux : ne pas connaître. Dont l'expérience récurrente assure pourtant qu'elles sont, à terme, fécondes. Patienter, lové dans les sombres draps de la mélancolie. Patienter. Et, comme disait Paul (merci à Françoise pour ce rappel) :
    « Ces jours qui te semblent vides
    Et perdus pour l’univers
    Ont des racines avides
    Qui travaillent les déserts
    [...]
    Patient, patience,
    Patience dans l’azur!
    Chaque atome de silence
    Est la chance d’un fruit mûr!"

  • 3713

    La chasse au naturel exige réflexes et patience, quand l'animal fugitif s'est caché et surgissant soudain, revient au galop.

  • 3712

    Le chef pirate avait enterré le trésor. Que son équipage avait aussitôt remonté au jour. Par mesure de rétorsion, le chef enterra l'équipage, cette fois. Qui ne reçut aucun secours du trésor, cet ingrat. Indifférent au sort de ceux qui l'avaient aidé, le trésor se blottit contre le cou du pirate en ronronnant. C'était un joli trésor aux petites oreilles rondes et au poil soyeux. Le chef pirate décida de l'appeler désormais « ma crotte », de façon à ce que ne se reproduise plus ce genre de malentendu, à l'avenir. Et il l'enterra pour de bon.

    (Les blogueurs sont des extraterrestres comme les autres, il faut leur accorder d'être parfois fatigués, le lundi).

  • 3711

    « Et le prix Maurice Chamois de Boïeldieu est attribué à… (suspense, silence attentif de l'assemblée) Josiane Chamois de Boïeldieu ! » (Brouhaha, applaudissements clairsemés).

  • 3710

    Vous pouvez me retrouver aujourd'hui, au salon du livre de Chazelles sur Lyon, à partir de 10 heures. Je serai sur le stand de la librairie "Le sens des mots". Ce salon est le point d'orgue d'un événement plus long, une "Fête du livre" commencée le 7 novembre. Alors, festoyons et lisons !

    C'est à la "Chapellerie".

    A vous voir.

  • Nouvelle critique des Nefs de Pangée

    Jolie recension des Nefs de Pangée sur le site "Présences d'esprits" (qui est aussi une importante revue, dans le domaine). Justement, l'auteure (une certaine Marie Renée Lestoquoy) en a, de l'esprit. Je lie sa chronique bienveillante. C'est par .

    Un roman qui a plus de 4 ans, qui continue d'exister, d'être partagé et commenté... On va pas se plaindre, hein ?

  • 3708

    Courageux celui qui captura le tigre pour l'anniversaire du maharadja. Héroïques ceux à qui incomba de l'emballer dans du papier cadeau.

  • 3707

    Je demande à la pharmacienne des suppositoires contre la chute des météorites. Elle s'étonne : « Des suppositoires ? La chute des météorites ?
    - Oui.
    - Qu'est-ce que vous me chantez ? » ricane-t-elle.
    Je lui désigne alors la publicité qui nous surplombe et vante l'efficacité d'un anneau qu'on enfile à je ne sais quel doigt et est censé anéantir les ronflements. Je lui retourne sa protestation : « Qu'est-ce que vous me chantez ? »