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BD

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    Fête du livre ou salon des éditeurs stéphanois ? J'irai de ci de là, signer sur le stand G15 l'anthologie "Regards sur Roanne" de l'ami Pierre-Julien Brunet entre 1à et 12 heures, rencontrer mes nombreux ami(e)s dessinateur(trice)s et soutenir Laurent Cachard, rue de la République.

    Et puis, retour à la maison pour me remettre à l'ouvrage. "Demain, les origines" progresse, mais je suis encore loin, bien loin, de l'arrivée.

     

  • 3548

    Banniere-Spathul4.jpgA la Droite du Diable est un projet tenu depuis longtemps, souvent remis, repris, toujours conservé par Thibaut et moi comme un rendez-vous important qu'il ne faudrait pas manquer. Les choses auraient pu ainsi traîner et, peut-être, s'éteindre. Mais, bon sang, c'est que j'y tiens, à cette histoire !  2016-2017 ont été des années décisives, avec notre décision commune, le dessinateur et moi, d'en venir à bout, une fois pour toutes. Il faut ajouter l'apport essentiel, au niveau du story-board, d'Olivier Paire, alias Petelus, dessinateur original, ayant créé sa propre maison d'édition pour publier ses récits singuliers. La contribution d'Olivier a été déterminante, elle a donné l'élan nécessaire qui nous permet, aujourd'hui, de proposer notre album à la contribution de souscripteurs, via la plate-forme de financement participatif ULULE.

    L'histoire de A la Droite du Diable est située dans un pays imaginaire d'Europe. Le vieux tyran Spathül vit à l'écart de son propre pays, dans son immense palais construit tout à sa gloire. En apparence, tout semble se dérouler, autour de lui, comme depuis son accession au pouvoir, il y a des années. Spathül mène domestiques et ministres avec dureté. Capricieux, colérique, dépressif, il peut basculer soudainement d'un état euphorique à la fureur meurtrière, et connaît des accès de mélancolie et de désarroi. Le jeune Renzo - protégé par une femme de pouvoir trouble et ambiguë, amie de Spathül : Eva Krant- entre au service du tyran. Elle exige de lui qu'il trahisse son nouveau maître, alors que le garçon a des sentiments partagés sur Spathül. Sentant la fin proche, le tyran lui dicte ses mémoires tandis que chacun s'active pour opérer un basculement politique déjà amorcé en secret.
    On commence le récit avec des anecdotes plutôt grotesques, présentant le régime de Spathül sous un jour particulièrement ubuesque. Petit à petit, comprenant la comédie qui se joue autour de lui, et comme les sentiments de Renzo évoluent, le lecteur pourra ressentir lui aussi, toute l'ambiguïté des relations entre un valet, élevé au rang de confident, et son maître. On dit qu'il n'y a pas de grands hommes pour son majordome ; probable qu'il n'y a pas non plus de monstre pour ceux qui les côtoient. A qui doit-on fidélité ?

    Je vous reparlerai évidemment de ce projet pour en évoquer la genèse et quelques références dont le récit s'est nourri.

  • 3534

    extraitp2.jpgDans quelques jours, je me permettrai de promouvoir un album de BD, financé par une campagne de crow-funding. Dessiné et colorisé par Thibaut Mazoyer, story-boardé par Olivier Paire, c'est un projet assez ancien, basé sur un de mes scénarios. L'album s'intitulera A la Droite du Diable, titre qui fut celui de Mausolées avant que diverses considérations ne me fassent changer d'avis. A la droite du Diable est la chronique, en un album de 52 pages, des derniers jours d'un dictateur, auxquels assiste un candide : Renzo, embauché pour diverses tâches, dont celle d'écrire les authentiques mémoires de Florimont Spathül (le dictateur), sous sa dictée. Une relation étrange se crée entre ces deux hommes, faite de confiance fragile, de trahison assumée, du sentiment partagé de la dérision de la vie. C'est une histoire sombre, grotesque, terrible, drôle, avec complots et intrigues de palais. Je suis très heureux que ce scénario, auquel je tiens particulièrement, trouve enfin sa forme définitive. Les années écoulées avant que le chantier soit enfin pris à bras-le-corps l'ont été pour le bien du projet : entre temps, le trait de Thibaut s'est affirmé, ainsi que la sensibilité de ses couleurs (que nous verrons dans un autre extrait). Son style singulier souligne l'étrangeté de cette histoire. Selon moi, il convient parfaitement. Nous en reparlerons donc.

  • 3513

    Cafe-Touba.jpgBeaucoup la découvriront avec cet album, mais Léah Touitou ne débarque pas de nulle part. A 30 ans juste passés, elle a suivi un parcours personnel, exigeant, exemplaire, une traversée en solitaire avec pour seules armes son talent et son infatigable attention aux autres. Entrée dans le milieu professionnel avec des illustrations, des albums pour enfants, des films d'animation, le mode d'expression qui lui permet le mieux de faire connaître son univers, reste la BD qui lui avait valu d'être publiée dès l'âge de 16 ans. Aujourd'hui la « petite pousse » des éditions Ikon & Imago est devenue une auteure reconnue, éditée par Jarjille, excellente maison aux racines stéphanoises, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Le premier album de ce qui pourrait être un diptyque, voire un triptyque, s'intitule Café Touba. En 2011, Léah imagine et conçoit un parcours artistique en Afrique, dont elle connaît déjà le Cameroun. Cette fois, de nombreux pays de l'ouest du continent seront traversés, chaque escale donnant lieu à des ateliers de dessin, de BD, de fresques, de films d'animation, etc. Pour Léah, tout d'abord, l'odyssée est affaire collective, impensable en solo. Elle se démène, contacte associations, institutions, particuliers et professionnels... Un vif enthousiasme accompagne d'abord « Caravane d'images », le nom de son projet. Beaucoup d'encouragements, de soutiens inconditionnels, d'accolades à la vie à la mort (enfin, j'imagine ce genre de chaleur très superficielle) sauf que, de dizaines d'aventuriers prêts à s'envoler pour l'Afrique, la veille du départ, Léah se retrouve bel et bien seule. Elle ne renonce pas (ce serait mal la connaître) et, la peur au ventre de se lancer dans une telle 'performance', elle atterrit à Dakar, au Sénégal, sa première étape. Son travail sur place, les trajets, les rencontres dans les villages, les écoles, chez l'habitant, loin du Sénégal touristique (et des « mamans cadeaux » européennes qui viennent chercher sur ses plages la chair athlétique des garçons pauvres du pays), est le sujet de ces 110 planches en noir et niveaux de gris. Et c'est un régal, une jubilation, une déambulation étonnée, drôle et tendre, au contact d'inconnus dont on se ferait facilement de grands amis. Léah Touitou restitue la langue, les attitudes, les expressions au plus juste. Elle n'est pas la « toubab », la blanche qui observe et juge, elle est de son temps, notre toubab, elle ne croit pas détenir la vérité occidentale. Pétrie d'auto-dérision, toujours en retrait, simple invitée au service d'un projet, (collectif cette fois : tout le monde, y compris une vieille femme du village, participe à la réalisation d'une fresque élaborée avec les enfants d'une école), elle ne sort de sa réserve que si on la pousse à participer à un jeu ou à une fête. Femme accueillie dans un monde différent, ses hôtes la guident et lui expliquent l'histoire ignorée des Européens, la grande histoire africaine, les puissants et vastes empires d'antan, « Est-ce que, parce que ce n'est pas écrit dans vos livres de blancs, c'est faux ? » Le lecteur partagera quelques leçons de vie aussi, dont chaque vrai voyage intime est prodigue, quand un homme dit, parce que notre voyageuse s'impatiente d'attendre une voiture : « Hé, en Europe vous avez la montre, nous on a le temps » ou quand elle remarque une élève métisse et que le professeur de l'école prononce : « Les enfants métis sont toujours beaux. La preuve que Dieu aime les mélanges ». Les carnets de l'auteure, croquis pris sur le vif, détails annotés à la façon des cahiers d'explorateurs, ponctuent et enrichissent la narration, ne sont jamais gratuits. Vous saisit aussi, au détour d'une anecdote qui trouve sa conclusion à la toute fin de l'album, l'émotion, celle qui étreint, vous noue la gorge soudain, et vous réconcilie avec l'humanité. La BD de Léah Touitou, comme le café Touba du titre, aux grains de café grillés, c'est fort et ça donne de l'énergie pour la journée (au moins).

     

    N.B. : Léah Touitou sera à la médiathèque Tarentaize de Saint-Etienne le 2 juin pour un atelier autour de la BD.

  • Oh my GASH !

    61f3a16875a6f8c0709431c061f81595_original.tif.jpegGash est un projet de série d'animation, inspiré d'une BD du grand Petelus, que j'avais chroniquée ici. Nul doute que le propos minimaliste d'origine s'est quelque peu étoffé et le nombre de protagonistes multiplié pour accoucher d'un argument assez ample pour motiver toute une série.

    Les deux créateurs du projet, Lionel Quéroub et Olivier Paire (alias Petelus), ont bossé comme des dingues pour mener à bien la première phase de réalisation : un appel à financement via la plate-forme Kikstarter. Le lien ICI. Ils ont réussi, pour convaincre leurs futurs fans, à mettre en scène l'univers de la série dans un teaser superbe et alléchant. Cette première étape consiste à financer une véritable bande-annonce, plus riche et longue que ce bref aperçu, un "trailer" nécessaire pour intéresser des producteurs et chaînes de télé, et qui devra déboucher sur le financement (encore une étape de ce long processus), sur le pilote de la série. Nous sommes nombreux à y croire, mais le temps est compté : le financement participatif sera clos le 20 avril. Il est vital pour un tel projet, que le financement débute vite et fort. Bon, si vous ne me trouvez pas, là, dans les tout premiers contributeurs de ce projet magnifique, c'est simplement parce que ma douce est partie ce matin avec ma carte bancaire. Passé ce détail, dès ce ce soir, je participe. Vous me connaissez, n'est-ce pas ? Je ne vous solliciterais pas sur Kronix pour une œuvre dérisoire ou passable. Gash sera un événement dans l'histoire de l'animation hexagonale. Voici l'occasion de participer à l'histoire artistique de notre pays. Rien de moins.

  • 3460

    Dans une semaine exactement, à 20 heures, je serai à la bibliothèque de Lentigny. Interviewé par le complice Olivier Paire, alias Petelus, nous allons évoquer les relations de mon univers avec celui de la BD, mais pas seulement. Je ne sais pas si ce sera instructif, mais je vous promets que ce sera un bon moment.

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  • 3408

    Allez, vite fait, un petit panorama rétrospectif de l'année qui vient de s'évanouir. Elle a existé, c'est ainsi, personne ne pourra nous enlever ce que nous y avons fait, ni nous absoudre de ce que nous n'aurions pas dû y faire. Je vous épargne les soucis que chacun traverse dans sa vie de tous les jours (par contre, je ne vous épargne pas mes réalisations, c’est mon blog, vous êtes assez grands pour passer à autre chose, je vous fais confiance).

    Côté écriture, beaucoup de travail pour pas mal de déception (voire d'ébranlements). Deux pièces de théâtre. L'une, acceptée, mais dont la production est repoussée à une date indéfinie : «  Le sort dans la bouteille » (titre provisoire, je vous rassure). Une autre, née d'une initiative passionnante : « Courage », écrite pour une classe de Seconde au lycée Jean-Puy, à Roanne. Nous verrons cela mis en scène par une professionnelle et interprété par les élèves (et pourquoi pas, aussi, par des profs audacieux) avant la fin de l'année scolaire, logiquement. Il y eut aussi cette belle expérience autour des témoignages des tisserands de Charlieu et environs : « Portraits de Mémoire ». Un site, des photos et vidéos de Marc Bonnetin et des musiques de Jérôme Bodon-Clair. Ajoutons deux scénarios inédits : l'un de Bande-Dessinée, pour l'ami Thibaut Mazoyer en recherche d'éditeur, et un de documentaire : « Joseph Déchelette précurseur de l'archéologie ».

    Hors les romans avortés (il y en a eu deux, abandonnés cette année : « Cryptes » et « Mado »), j'ai achevé deux manuscrits, l'un pour Mnémos, l'autre pour Phébus. Les deux ont été rejetés, ou plutôt... pas acceptés en l'état. Des ratés, quoi. Plus d'un an d'écriture pour rien, si l'on veut voir le verre à moitié vide (ce qui est ma nature, hélas). Tout reprendre, tout refaire, tout reconsidérer, sans garantie de faire mieux. Bon. Encore sous le coup de cette double perplexité de mes éditeurs, je n'ai pas écrit plus d'une page ou deux, depuis.  Ces échecs m'ont atteint plus que je ne saurais le dire, plus que je ne croyais en tout cas. Combien de temps peut-on se prétendre écrivain quand on n'est plus publié ? Dans le même temps, j'ai vu tant d'amis auteurs bien « implantés », réputés, sûrs, dont les manuscrits sont refusés… Je ne me plains donc pas. Je préfère qu'un éditeur me refuse des textes faibles plutôt qu'il les accepte pour de mauvaises raisons (même l'amitié serait une mauvaise raison). Je vais donc tenter de travailler mieux, avec encore plus d'exigence. Dès que je serai remis de ce double uppercut.

    Côté publication, l'année a commencé avec clairons et tambours (en fanfare, quoi), par la sortie de « La vie volée de Martin Sourire » chez Phébus. Réception variable, mais plutôt bonne en général, une presse assez attentive à ce qu'elle considère comme mon deuxième roman (la presse ignore ma veine « imaginaire » et mes romans précédents, éditions trop confidentielles pour lui être parvenues). Des lecteurs nombreux, des retours, des fidélités qui se dessinent. Quelques prix ou sélections, de nombreuses rencontres, de nouvelles librairies qui commencent à s'intéresser à mon travail. Pour la première fois, avec ce titre, des éditions simultanées pour « clubs de lecture » : France-Loisirs, Le Grand livre du Mois… dont des libraires et amis me disent que c'est dévalorisant. C'est possible. Il faut que je vous dise, ici, qu'on ne me demande pas mon avis. Mon éditeur me prévient seulement que mon roman va être publié chez un tel ou un tel, point. Dans le cas contraire, m'y opposerais-je ? Je ne crois pas : je vis toujours le syndrome de l'auteur immensément reconnaissant (et un peu incrédule, même) qu'un éditeur veuille bien dépenser des sommes extravagantes en pariant sur ses écrits. Alors, si l'éditeur peut rentabiliser son investissement, et bien, ma posture d'auteur trop au dessus de la mêlée pour confier ses si belles réalisations aux communs, me paraîtrait à la fois méprisante et vaniteuse.
    2018, année aussi des sorties en poche de deux romans : « L'Affaire des Vivants » et « Les Nefs de Pangée ». Deux versions dont je suis assez fier. La couverture du poche de « L'Affaire des Vivants » enfin, belle ! comme j'aurais souhaité que celle du grand format le fût. Une seconde vie pour ces deux romans. Je n'ai pas encore les chiffres (il faut attendre plus d'un an), mais j'ai vu les livres bien diffusés, longtemps. Notons pour « L'Affaire » une diffusion particulière sous la forme « Mybookbox », une jolie formule et un contact chaleureux avec les inventeurs de cette formule.
    Côté publication, toujours, un grand merci aux Éditions Le Réalgar d'avoir accepté un texte singulier : « Lettre Ouverte à l'autre que j'étais », et aux éditeurs associés pour l'occasion : Mnémos et Les Moutons électriques, d'avoir élevé au statut de préface un article spécialement écrit pour l'occasion de la réédition de « Salammbô » de Flaubert. Une manière de se réapproprier ce monument et de le revendiquer comme l'ancêtre, le précurseur, du genre Fantasy. Vision à laquelle j'adhère totalement, d'où ma participation avec un long texte intitulé : « Salammbô, raté, comme un chef-d’œuvre ». Enfin, une publication confidentielle, prévue en 2017, ne sortira qu'en début de cette année : « Étrangères » aux éditions Les Petits Moulins.

    2017 aura été riche en commandes. Une conférence sur l'histoire de l'Art abstrait : « Retour aux signes » et une « masterclass » autour des scènes de batailles. Beaucoup de travail pour les préparer, je n'ai pas fait les choses à moitié, je vous assure. La récompense étant, par les réactions venues ensuite, de constater qu'on a pu apporter aux autres.

    Et puis un grand nombre de rencontres en librairies, en bibliothèques, dans des classes en collèges ou lycées, ou dans des salons du livre. Cette année, j'ai choisi avec plus de rigueur qu'autrefois ceux auxquels j'étais invité : Salon du livre de mer de Noirmoutiers (pour « Les Nefs de Pangée »), Fête du livre de Saint-Etienne, Salon du livre de Ménétrol et surtout le festival de littérature itinérant « Les Petites Fugues » en Franche-Comté, dont je ne cesse de vanter les mérites autour de moi. Je distingue l'expérience de la rencontre au « Hibou Diplômé », petite librairie de ma région, car elle avait la particularité d'être inspirée par un lecteur. Il se reconnaîtra, qu'il soit ici remercié.

    2018 s'ouvre avec la perspective d'une résidence d'auteur. Dès la semaine prochaine, je serai à Saint-Etienne, par la grâce d'un jury qui m'a proposé. Je ne vous accable pas de mes expressions émues. Sachez seulement que, parmi les membres dudit jury, il y a deux écrivains que je vénère (sans parler d'un éditeur et d'un bibliothécaire bienveillants). Je ne sais pas encore si Kronix sera le relais quotidien de cette expérience prometteuse mais je vous signalerai les rendez-vous publics qui vont ponctuer trois mois d 'installation dans la préfecture de la Loire.

    Assez parlé bilan, l'année 2018 s'ouvre sur de belles promesses. J'essaierai d'en être digne.

    Bonne année à vous aussi.

  • 3229

    Longtemps, chaque évocation du Viet-Cong a été pour moi étrangement imbriquée au souvenir de l’éclaircissement de l'expression « à foison ». Comment expliquer ce rapprochement ? J'ai le souvenir précis du moment où j'ai appris certains mots ou certaines expressions. Pour « à foison », j'étais chez ma grand-mère paternelle. Nous y faisions une halte après l'école, mon frère et moi. J'ai moins de dix ans, peut-être à peine neuf. Elle nous fournit en bandes-dessinées. C'était avant Strange, Marvel et consorts. Nous lisons alors les BD des éditions Monjournal, productions de qualité erratique pleines de Zembla, de Yulma, Akim et autres Blek le roc. Là, il s'agit de G.I. enfoncés dans la jungle dans laquelle se trouvent des 'Viets' "à foison". Ma grand-mère explique, tout en faisant le ménage : « ça veut dire qu'il y en a beaucoup ». Et oui.

  • 3205

    Planche 39.
    Extérieur nuit.
    1- La ruine d'un petit édifice envahi de ronces, au fond du parc. Tout près, le petit véhicule électrique qui a permis le transport. Au centre de la ruine, un puits, la grille qui le ferme est basculée. Renzo et Spathül balancent un cadavre dans le puits.
    2- Spathül se penche pour saisir le corps de la femme, resté par terre. Renzo ne bouge pas.
    3- Spathül : « Bon, alors, tu attends quoi ? »
    4- Renzo est bouleversé. Spathül se redresse, mains sur les hanches : « Quoi ? »
    5- Plan d'ensemble. Le puits, le corps de la femme, Renzo et Spathül. Spathül : « C'est comme ça, il faut t'y faire... » Renzo : « Monsieur... »
    6- Renzo se met à vomir. Spathül : « Eh ! tu me connais maintenant, non ? Tu sais de quoi je suis capable, à force d'écouter mon histoire. Quelle sensiblerie ! »
    7- Renzo, en pleurs : « Je comprends maintenant, ce qui reste, une fois la trace évaporée. » Spathül : « Ah ? »
    8- Renzo : « Je suis maudit ! A cause de vous, je suis maudit. Les mots sont incrustés en moi à jamais. Vous m'avez empoisonné l'esprit. Même si on brûle tout, votre histoire fait partie de ma chair. »
    9- Renzo s'agenouille, en pleurs. Spathül : « Ouais, bon. Aide-moi. »
    10- Renzo : « Non, j'en ai assez, c'est horrible ! » Spathül, se précipitant sur lui : « Hein ? »
    11- Spathül saisit Renzo par le col : « C'est ainsi que ça se termine, mon gars ! J'use le pouvoir jusqu'à sa dernière goutte. Cherche des rebelles autour de toi. Aucun qui me vaille. Je suis le dernier romantique. Aide-moi ou tu les rejoins. »

     

    Extrait du scénario d'une BD en cours de réalisation. Dessins Thibaut Mazoyer.

  • 2794

    Teuk Shadow (2 volumes)
    Petelus
    Ed. Chabert united

    Citons d'abord les accroches qui résument la ligne éditoriale de cette série épatante : « Moustache, ninja et philosophie expéditive. » « Teuk Shadow, les baffes qui font réfléchir. » Tout est dit, mais tentons tout de même de vous situer argument et univers.

    Resize-of-00-Couv.jpgEn prison, Teuk Shadow, « un vieux ninja un peu foutraque », lit Épicure, et s'il veut bien admettre que « La mort ne nous concerne pas. Quand on est là elle n'y est pas ; quand elle est là on n'y est plus », son expérience l'amène cependant à compléter le raisonnement par la notion du seuil entre ces deux pôles ; la BD de Petelus lui donne l'occasion de l'illustrer par l'exemple.
    On ne saurait reprocher à un ninja de s'attendrir sur son passé et sur les temps perdus de la douceur. Il connaît la violence mieux que beaucoup et, pratiquant de haut-vol, sait la nécessité du répit, du contraste, de la douceur pour mieux affronter le temps du combat. La douceur comme but, la douceur pour élargir le seuil qui subsiste, quoi qu'en dise Épicure, entre la vie et la mort, dont il est très douteux qu'elle ne nous concerne pas. Elle concerne en tout cas les victimes de ses anciens compagnons d'armes, elle concerne aussi les traîtres à la nation ninja qui, comme lui, se fondent dans une forêt tropicale du futur qui a englouti des villes entières, pour se venger ou se sauver. Deux autres pôles essentiels qui sont toute la posture et le projet de vie d'un vieux ninja. La mort concerne enfin ses bourreaux et ses adversaires, quand Teuk Shadow referme ses livres (Épicure ou le rappeur Rocé) et s'anime soudain, sabre et poings fulgurants. On retrouve alors le talent de Petelus pour la représentation de la vitesse, de l'énergie, de la violence. N'oublions pas que l'auteur a pratiqué l'animation, et sa science du mouvement en fait un maître des scènes de combat.

    Le ninja est la figure emblématique du Nanar. Petelus connaît du film du ninja tous les procédés et les poncifs, et s'amuse à de rares citations (le pastiche n'est pas sa tasse de thé, il a l'intelligence de ménager ses clins d'œil, ce qui les rend plus savoureux quand on les croise). Seconds couteaux du Bis, héros du Z, les ninjas à moustache, occidentaux égarés parmi une population de guerriers asiatiques (souvent dénigrés mais épices incontournables des productions de Godfrey Ho), sont réhabilités par le savoir-faire unique de Petelus. L'auteur a choisi un élégant gris-crayon (technique qu'on avait déjà vue chez lui, dans Gash la Rage), pour plonger le lecteur dans une jungle pluvieuse et fantomatique qui rappelle celle de Prédator.

    La merde « désigne » tout l'univers du ninja, selon Petelus. Elle est aussi, par les multiples métaphores qu'elle autorise, le mode de l'explication du monde par le vieux ninja. Las de tous les discours (sauf des siens, qu'il aime prononcer pour ses victimes après leur mort, c’est plus prudent), Teuk Shadow hausse les épaules et ferme la porte des toilettes. Il va chier. Les ninjas ne sont pas si différents du commun des mortels.

    Tournesol, le ninja pousse bien mieux, s'élève à partir de la lie des bourreaux pour se tourner vers le soleil. Mais enfin, le soleil, sous la grisaille battante des pages, tarde à venir, on sent que la quête de Teuk Shadow peut se poursuivre longtemps ; pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.


    Un mot sur la politique des éditions Chabert united : Petelus a tiré la conclusion de son observation des mœurs de l'édition bédéesque française. Son univers est trop singulier pour qu'il s'y exprime librement (ou même que ses projets soient validés, déjà). Il a donc décidé de pratiquer le circuit court, à l'imitation de l'agriculture bio, directe du producteur au consommateur, et s'en trouve fort bien ainsi. Au bon endroit et avec un peu de chance, vous pouvez le trouver sur un marché. Sinon, le contact est sur le net, ici.







  • 2679

    Après le retrait des missiles nucléaires à Cuba, l'écrivain Pol Mathil échange avec Che Guevara.

    Le Che : En acceptant le démontage des bases et des fusées, les Russes ont commis une erreur historique.
    Pol Mathil : Et toi, qu'aurais-tu fait à leur place ?
    Le Che : Si les fusées avaient été entre mes mains, elles auraient été tirées et auraient atteint la cible vers laquelle elles ont été orientées. C'est pour cela qu'elles ont été installées ici.
    Pol Mathil : Pourtant, si vous les aviez tirées, la riposte américaine aurait été immédiate et terrible. Cuba aurait été engloutie sous l'océan.
    Le Che : Peut-être. Tel aurait pu être le cours des événements. Mais le but aurait été atteint et l'impérialisme yankee nous aurait accompagnés au fond de l'océan.

    (Extrait traduit de L'intrus. 2007. Pol Mathil)

  • 2531

    affiche-cc.jpgChaque année, je viens, à l'invitation de l'équipe de Marielle, présenter ma "carte blanche". Chaque année, je viens avec un nouveau livre, une brioche aux pralines, un ou des invités, et un ou des kilos en plus.

    Cette année, ce seront trois invités et trois kilos.

    Ce soir, nous évoquerons les ouvrages de la dernière sélection Lettres-Frontière (et incidemment, "L'Affaire des Vivants", qui a le bonheur et le privilège d'en faire partie).

    Demain, c'est l'instant carte blanche avec, cette année, des potes auteur(e)s de BD. Tous issus de cette belle expérience que fut l'association Ikon&Imago, il y a.. hum... Euh... 15 ans !? Bref.

    Léah Touitou, dessinatrice, vidéaste, bédéaste, globe-trotteuse, engagée sans se déclarer telle mais parce que c'est comme ça...

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    Quelqu'un qui va vous donner une pêche formidable. C'est peut-être le point commun de mes trois i

    nvités, parce que Sarujin et Petelus n'engendrent pas spécialement la mélancolie, non plus.

    Petelus, c'est un univers tellement singulier que... je ne saurais pas en parler. Le mieux est que vous veniez vous en faire une idée. J'espère bien, par mes questions, donner un aperçu de l'univers de ce cosplayer, vidéaste, mélomane, lecteur de Nietzsche et fin analyste des absurdités de la société (il en déniche qui m'étaient restées invisibles, c'est dire s'il est fort).

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    Quand à Sarujin, le stéphanois de la bande, il a fait lui aussi ses premières armes dans l'association roannaise, et se consacre désormais à son art. Comme les amis sus-cités, il s'exprime rarement sur son métier, et ce sera l'occasion d'évoquer son travail, de l'illustration pour des jeux, des couvertures de livres, chez Fleurus ou Bordas, la colorisation... J'insère ici un dessin que ce talentueux garçon avait réalisa pour me soutenir, lors de la censure de "J'habitais Roanne" par le Pays Roannais (hebdomadaire local). Une attention qui me touche toujours.

    affiche christian.jpgCe sera donc, samedi matin à 11 heures, une rencontre passionnante, la découverte d'un métier aux multiples surprises (comment modifie-t-on une bulle de manga pour la remplacer par une onomatopée allemande interminable, sans détériorer l'ambiance du dessin original, par exemple).

     

    Venez nombreux, ça en vaut vraiment la peine.

  • 2515

    colporteur2.jpgJe crois que j'avais dit un jour, que je mettrais une planche d'une de mes BD.

    Pas trouvé grand-chose à dire aujourd'hui ; je prends donc ce prétexte pour tenir promesse.

  • Le salon de l'auto (promotion) - 2

    Sur un stand, le jeune homme vend des albums de BD. Toujours intéressé par ce type de publication (souvenirs...), je m'approche. Le produit est flatteur de prime abord (couverture cartonnée, couleurs pétantes...) mais j'ouvre, j'ausculte, et découvre des dessins assez vilains que la colorisation ne parvient pas entièrement à sauver. C’est de la SF dont le scénario, enfin ce que je peux en juger par un examen aussi rapide, ne me semble pas très original. Qui peut publier ça ? Je vois un label d'édition, FTW, je demande à l'intéressé où est cette maison, il m'explique que ça signifie Fuck the World (aha), que c'est lui et des copains qui ont monté ça « parce qu'il en avait marre de bosser pour Dargaud ». Je plisse les yeux, reviens à l'album. Chez Dargaud, un dessin aussi foireux ? Je ne dis rien à ce sujet, lui demande s'il s'en sort ; il me dit que oui, « à peu près ». Je lui souhaite bon courage. Un salon du livre est, avec un festival de cinéma, le genre de lieu où la mythomanie se vautre sur elle-même de la façon la plus indécente.

  • Le tourbillon de la vie

    Ma douce a entrepris de classer notre bibliothèque commune. Après les poches et les documentaires, elle ressort les bandes-dessinées. Je l'entends s'exclamer soudain. Elle m'appelle. Sur l'une des miennes, en page de garde, elle me montre une petite annotation au crayon. J'ai acheté cet album il y a plus de trente ans. Et la libraire... c'était elle.

  • Spathul se confie

     Ce que les gens sont décevants ! La tricherie, la duperie, tout ça ne leur fait ni chaud ni froid s'ils sont persuadés que la situation l'exige, s'ils pensent qu'il vaut mieux un tyran que la délicatesse de la démocratie. Toujours ce fantasme de l'homme providentiel. Je crois que les peuples se fatiguent, qu'à un moment de leur histoire, ils en ont assez qu'on les sollicite pour concevoir leur propre futur, exercice éminemment complexe, angoissant. Alors ils délèguent cette peine à ceux qui en feront quelque chose de compréhensible, d'évident. Cela ressemble à l'attitude des soldats dans la guerre. Plutôt charger, attaquer, foncer, plutôt risquer la mort que d'attendre la fusillade, l'inconnu, l'ennemi embusqué. Tout plutôt que l'angoisse. Et puis la tyrannie donne la sensation d'une certaine égalité pour les plus humbles. Ils se disent que, à partir de là, tout le monde est dans la merde, comme eux. Voilà, les dictatures naissent de prurits insupportables, quand on préfère se gratter au sang plutôt que de subir l'agacement de la démangeaison. Qu'importe ce qui arrivera : ça soulage. C'est assez romantique, en fait, ce désir d'assouvissement d'un besoin, comme la consommation d'une passion, trop puissante pour être retardée.

     

    Extrait d'un scénar de BD en cours. "Renzo et le tyran"

    (et c'est la 1800 ème note)

  • Dans la bulle

    Dans les BD que je lisais, enfant, des personnages criaient parfois : « Au sec ! » et je me demandais ce que cette injonction à se mettre à l'abri pouvait bien signifier. Notamment quand un soldat subissait un bombardement en plein désert. Bref, il m'apparut enfin que « au sec » était suivi de trois petits points et que « au sec... » était la forme interrompue de l'exclamation « Au secours ! », qu'une bombe ou un autre incident brutal avait tronquée. Certaines BD perdirent immédiatement de leur mystère.

  • De Roanne à Lyon

    CabaretPoetique.jpgDemain dimanche, nouvelle actualité, nouveau défi, nouvelle paire de chaussettes. Je serai sur la scène du périscope, à Lyon, à partir de 17 heures, en compagnie de Mariette Navarro, Marlène Tissot (une consoeur chroniqueuse de Vents contraires, d'ailleurs), et Lionel Tran (ouiiii, le Lionel Tran de « une année sans printemps » et « le journal d'un looser » avec Ambre) à l'invitation de Frédérick Houdaer et en partenariat avec l'Université Populaire de Lyon, dans le cadre du Cabaret Poétique. Le Cabaret poétique, c'est une fois par mois, des auteurs, des poètes, accueillis pour lire des extraits de leur travail. Laurent Cachard et Hervé Bougel (et plein d'autres que je ne connais pas, mais je cite les potes, je suis chez moi), ont déjà confié leurs mots au public de ce lieu pas comme les autres, et je suis extrêmement fier de leur succéder. J'ai choisi de lire "Les chants plaintifs", histoire de plomber l'ambiance. Chaque lecture dure 7 minutes. A la huitième, le poète est plongé dans une bassine de colle à rustine. Ça donne une diction assez nerveuse. Je suis heureux comme quand je suis amoureux.

  • Moebius la boucle

    Pour ceux de ma génération, Giraud alias Moebius et vice-versa, est un maître hors-norme, un surdoué en même temps qu'un patriarche. Je viens d'apprendre son décès à l'instant, et j'écris sous le choc, ce qui fait que je suis un peu démuni pour dire tout ce qu'il a pu apporter. Je n'idolâtre personne, ne sacralise aucun artiste, mais quand même, on vient de perdre un sacré bonhomme.

  • La chasse au sujet *

    A présent que « J'habitais Roanne » est achevé, et sans nouvelle de mon éditeur (sinon d'inquiétantes, indirectes), je prends de la distance avec ce livre qui m'a demandé plus d'un an de travail. On est toujours incertain par rapport à ce qu'on vient de finir. Est-ce si intéressant, est-ce que cela valait tous ces efforts ? Probablement non. Et s'il ne paraît pas ? Et bien, ce n'est rien. Je passe à autre chose. C'est tellement plus passionnant d'ouvrir de nouveaux chantiers. Alors, maintenant ? Le travail ne manque pas. Reprendre entièrement ce roman-monstre des mes premières velléités scripturaires, production pourtant encensée par au moins un auteur important et plusieurs bons lecteurs, mais qui méritera une réécriture plus cohérente avec la forme littéraire à laquelle je suis parvenu, 15 ou 20 ans après. Ensuite, un scénario de BD. On s'arrache les cheveux avec Rivera pour trouver un sujet. Rivera avait envie de raconter la conquête du Mexique par Cortés. Le projet m'enthousiasme d'abord, parce que j'avais eu cette envie moi aussi, après la lecture d'une courte BD sur un « Pilote » de ma jeunesse. Je trouve l'angle le plus original, il me semble : donner le point de vue de La Malinche, cette femme incroyable qui a aidé Cortès à renverser un empire aussi vaste et puissant que l'empire romain à son apogée. Et puis, patatras : nous découvrons que le grand Jean-Yves Mitton a eu exactement la même idée et en a fait une série de 7 albums chez Glénat, en 2008. Rideau. Je pense ensuite à un épisode peu connu de la France du Moyen-âge : « la Croisade des enfants ». Vlan : tous les scénaristes étant à l'affût de bons sujets, je découvre une série chez Soleil qui traite du sujet. Bon, pas de panique. Hier, j'ai eu une révélation. Je crois, je crois bien que j'ai trouvé. Compte tenu de la course aux projets qui dans les maisons d'édition, je ne peux vous en dire plus. Vous apprendrez cela en temps et heures. En tout ca,s Rivera et moi travaillons déjà sur un début de série. Je la signe sous pseudo, mais puisque nous sommes ici entre nous, je vous donnerais quelques informations au moment de la sortie.

     

    * prononcer 20 fois très vite.