samedi, 08 septembre 2007

Là où vont nos pères

aab1988d7b251b923eb7ed4b3fb3c734.jpgUne BD pas comme les autres. D'un auteur australien d'origine malaise.

120 pages silencieuses et oniriques, d'une qualité graphique presque inégalée, racontent l'histoire d'un père de famille migrant dans un pays lointain pour sortir de sa condition. L'histoire éternelle de tous les immigrés.

Sans le moindre texte, Shaun Tan réussit à nous faire percevoir l'étrangeté du monde dans lequel le père débarque (une sorte de New-York), le choc d'une culture inconnue, avec ses langages, ses codes, ses rituels incompréhensibles. Là, tout est différent, les gens ne sont pas hostiles mais il faut parvenir à se faire comprendre... comment trouver du travail, un logement, comment se nourrir dans une société dont les règles vous échappent, où même les animaux de compagnies se comportent de façon curieuse. Malgré tout, malgré son incapacité à communiquer dans le langage de ce nouveau monde (ce qui donne la clé de l'absence de texte de l'album), le père va se débrouiller, faire des rencontres (superbes, et qui sont le prétexte à des images inoubliables), gagner assez d'argent pour faire venir sa famille. La dernière image de l'album conclut merveilleusement cette histoire, intelligente du début à la fin. Les capacités d'adaptation de l'enfance, qui triomphe de tout.

 L'auteur a mis quatre ans pour venir à bout de ce travail de titan. Les dessins sont d'une beauté renversante. Une oeuvre rare, unique.

C'est chez Dargaud, ça s'intitule "Là où vont nos pères", collection Long courrier.

mercredi, 22 novembre 2006

Gash la rage

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Sans s’éloigner de son inspiration manga et de ses thèmes de prédilection, Petelus esquisse une vision minimaliste de l’apocalypse.

Toutes les fins du monde connaissent un climax, un point de non-retour que tout bon sauveur se doit d’anticiper. Toutes les fins du monde sont interrompues dans leur processus. Et pour cause. Mais Gash est un sauveur-en-retard.

Car l'humanité s’est consciencieusement suicidée au long d'un immémorial combat fratricide. La boue engloutit lentement cet interminable amoncellement de cadavres, et la brume achève d’effacer le souvenir des hommes. Les immenses Maurks, des ogres descendus des montagnes, n’ont eu qu’à finir le boulot. Tout est accompli. Le monde est perdu. C’est l’heure que Gash a choisi pour apparaître, lui et sa redoutable épée. A quoi pense Gash ? Est-ce qu’il culpabilise, est-il happé par la folie d’un dernier espoir, la volonté d’en découdre ou par un désir de vengeance ? Personne ne le sait, pas même l’auteur. Tout ce que Petelus connaît de sa créature, c’est qu’elle est née pour se battre contre les Maurks. C’est son seul talent, c’est sa seule fonction, c’est son unique pensée. Alors, Gash se bat. Minimaliste, vous disais-je.

Gash la rage, par Petelus. Onabok éditions. Sur souscription.

Voir aussi chez Hector

 

dimanche, 19 novembre 2006

Les mauvaises gens - Etienne Davodeau

Les Mauges, entre Cholet et Angers, une région vallonnée du Maine-et-Loire, rurale, catholique et ouvrière de l’ouest. Le récit débute dans les années 50.

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Racontée par leur fils, par la grâce d’une BD exemplaire, voici l’histoire de Maurice et Marie-Jo, ouvriers qui s’éveillent à la conscience politique et au combat syndicaliste. Dans un pays extrêmement conservateur et catholique, cela demande du courage, beaucoup de courage.

Dans ce double portrait tendre et respectueux, drôle et souvent émouvant, c’est l’histoire de toute une région, et au-delà, celle d’une France en pleine mutation que l’auteur, Etienne Davodeau, raconte.

Souvenons-nous qu’il y a eu et qu’il existe encore une classe ouvrière, qu’elle est oubliée de la parole politique et récupérée par les plus cyniques. Il y a encore un combat à mener, des conditions de travail à faire évoluer, malgré la marche du monde. Et ce combat, des gens de peu l’ont mené. Ils avaient pourtant beaucoup à perdre. Une leçon.

« Les mauvaises gens » a reçu le prix du public, le prix du scénario, le Grand Prix de la Critique en 2006 à Angoulême, un palmarès rêvé auquel est venu encore s’ajouter le prix France Info 2006.

Je sors de cette lecture avec une pensée en marche, et de l’espoir. C’est assez rare pour que j’aie envie de vous faire partager immédiatement cette impression.