mardi, 03 juillet 2007

L'ermite 25

Les méditations de l'ermite sont accueillies (et reprennent depuis le début) sur ce site, où l'ascète sera seul, assez logiquement, et ses pensées non parasitées par d'autres infos.

lundi, 02 juillet 2007

L'ermite 24

 

J'étais croyant, je crois. Ha. C'était pendant l'enfance, puis encore assez tard. Je me suis débarrassé de l'idée de Dieu facilement, mais lentement, tranquillement, sans révolte. Ce fut un constat. Il me fallut quelque discussion avec des amis, du temps de ma vie mondaine, pour saisir toute la mécanique de mes désillusions à l'oeuvre. Comment et quand suis-je passé de cet enfant rongé par la culpabilité et exalté par le sacrifice, à cet homme épanoui, serein devant la perspective de la mort ?

Sans que je puisse établir une chronologie, je me souviens que la lecture complète de la Bible fut une révélation. OU bien une contre-révélation. Non pas que je fus atterré par les massacres, les incestes, les trahisons et la bénédiction de Dieu sur toute cette misère. Non, ce qui me causa le plus irréversible électrochoc fut de découvrir la nature particulièrement humaine de Dieu. Pour moi qui, à l'époque, commençait à écrire de déjà larges romans, le (voire les) caractère de Dieu était à l'évidence humain, schyzoïde, paranoïaque, jaloux, psychotique, inconstant, manipulateur... Bref, une espèce d'enfoiré de petit chef vert de fiel, prêt aux pires saloperies, et totalement injuste. Un père qui martyrise ses enfants. Un salaud, quoi. Il me vint à l'idée que je lisais une oeuvre manifestement humaine, récit mal bricolé à plusieurs mains où le héros, selon les auteurs qui s'étaient passés le relais, changeait de nature et de mental. De quoi rigoler devant la grossièreté des ficelles dramatiques. Jeune romancier, j'énumérais les retournements mal fichus, les résolutions cousues de fil blanc, les dialogues contradictoires... Un vrai contre-exemple de la qualité narrative.

Parallèlement, il y eut le catéchisme, et son enseignement, dont il ne fallait pas être bien futé pour découvrir qu'aucun adulte en prière le dimanche, ne l'appliquait. Ce Dieu là ne me convenait pas, j'en fabriquais un, plus droit, plus juste, plus honnête, moins sujet aux revirements caractériels. Je dus bien vivre quelques années avec cette fiction. Jusqu'à ce que je réalise qu'elle rejoignait l'idée que la lecture de la Bible avait fait naître : tout cela, toutes ces histoires, tout ce qu'on racontait, étaient un pur produit de cerveaux humains, rien de divin dans ce fatras. Dieu -je l'avais prouvé en m'en fabriquant un sur mesure- était un artefact, un concept, un outil pour expliquer l'inexplicable. Et basta.

dimanche, 01 juillet 2007

L'ermite 23

 

Les mots parfois se dénouent du fil de mes rêveries éveillées. Ils s'embrouillent et rient, cavalent sans maître. Hérisson, paravent, souci, corsage, améthyste, tempête, martyr, collage, saveur, pourrissement, éviter, vanille, paramètre et billot. Je les vois comme des cailloux poussés sur la pente, libres et prédestinés, faire leur route sans choisir de chemin. C'est un amusement d'observer leur déambulation. Parfois, mon cerveau délivre tant de mots assoiffés de voyage, qu'il me semble sentir physiquement, le déversement de leurs unités nerveuses. Et craindre la disparition du peu de savoir qu'il me reste.

samedi, 30 juin 2007

l'ermite 22

Dans l'absence construite en moi et autour de moi, le temps dans le coma me délivre de l'ennui. Je n'ai connu l'ennui qu'à l'époque de mes agissements, aux temps des certitudes et du commerce avec autrui. L'ennui naissait dans l'envie d'être plus tard, plus loin, en tout cas pas à cet endroit à cet instant, ou dans le désir informulé d'être un autre.

Je fus longtemps persuadé que l'ennui engendra Dieu. C'est dans la contemplation des pâturages parsemés entre le Tigre et l'Euphrate, que les premiers éleveurs eurent le temps d'imaginer une intelligence plus élevée que la leur, qui leur expliquait jusqu'à la nature de leur ennui.

Ici, au coeur de ma thébaïde, je ne m'ennuie jamais. Le vide que ma pose ascétique a généré, s'emplit à chaque respiration de l'idée du vide. C'est une matière à penser incroyablement nourrissante.

 

vendredi, 29 juin 2007

L'ermite 21

 

Abstrait du temps. La trajectoire des astres est un songe. J'oscille entre la fixité de l'éternité et la fugacité mobile de la vie. Ne suis ni l'un ni l'autre. Atome d'un poids de monde, vibrion désamarré. On ne me trouvera sous l'oculaire d'aucune recherche, dans le précipité d'aucun tube, je ne suis même pas une conjecture mathématique. Je ne suis même pas. Plus indéterminé et inconcevable qu'un objet quantique. Aucun calcul ne parvient à définir l'idée que je suis, et la place que je tiens.

jeudi, 28 juin 2007

L'ermite 20

 

Il y a eu cette notion que je m'appliquais à défendre, sans véritable conviction : le monde serait pire sans les médiocres. A me frotter à l'énergie inépuisable de mes frères, considérant qu'elle leur permettait de négliger leurs enfants, de partir plus loin en vacances, d'acheter de plus grandes piscines et de manger moins gras, je me suis d'abord laissé convaincre que le bilan de l'efficacité était négatif à l'échelle individuelle. Reporté à l'échelle des nations, la compétence comporte des dangers d'une autre nature. Elle permet de distinguer avec plus de netteté ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ; elle permet d'isoler les éléments improductifs, les tarés et les faignants, elle détermine des talents, les aptitudes et les assuétudes, elle remarque les gènes positifs, les races supérieures. Elle fait le tri dans l'énorme matériau humain. La compétence et l'efficacité sans frein mènent tout droit aux camps de la mort.

Heureusement, les faibles, les maladroits, peuvent à tout moment faire capoter le grand complot des puissants. Heureusement, l'humanité a sa réserve naturelle de médiocres qui la retient de foncer dans le mur, avec le moteur surpuissant que ses éléments les plus intelligents ont su lui construire.

mercredi, 27 juin 2007

L'ermite 19

Tu te souviens ? Les mots fascinants de Qohélet. Vanité des vanités, tout est vanité. Toutes les paroles sont usées, personne ne peut plus parler, l'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit et l'oreille n'est pas saturée de ce qu'elle entend. Ce qui fut, cela sera, ce qui s'est fait se refera et il n'y a rien de nouveau sous le soleil ! Avec le temps, la litanie du texte ressassé pour le plaisir des mots, a pris force de pensée. C'est ainsi que, petit à petit, le commerce du monde s'est détaché de moi. C'est ainsi que les paroles des autres m'ont paru un écho des miennes ; que les lâchetés, les peurs, les rages et les élans des autres m'ont semblé un réemploi des miens. C'est ainsi que l'intérêt de les écouter s'est amenuisé, est devenu encombrant, inutile enfin. Ils ressentaient tous ensemble, l'éventail des humeurs que je connaissais bien. Aucune expérience qui soit neuve, inédite, rien d'inexprimable au point que je ne sache le saisir. Oui. C'est ainsi que m'est venue l'idée de la solitude absolue. Puisque l'humanité entière, c'est moi.

mardi, 26 juin 2007

L'ermite 18

Quatorzième jour

 

Je voulais des coupes de framboises. Des hanaps de fruits écrasés. Je désirais la sueur qui couvre le dos de ses racines froides. Je voulais aspirer des litres de soleil.

Est-ce que ? Je me suis condamné. Est-ce que désormais le soleil, pour moi... ? Est-ce que ? Me suis-je condamné à redouter la brûlure du jour ? Ma saison maintenant et pour toujours est un automne sans lumière. Pas le saisissement de l'hiver, mais cette lente agonie des pluies usantes.

Si je devais, un jour, pouvoir détacher mes os de ma gangue de schiste, je crois qu'il me serait impossible de franchir le seuil de mon antre noir. Et bien, il se trouve que je souris à cette idée.

lundi, 25 juin 2007

L'ermite 17

 

Je voulais dire. Toute la paix est sous les arbres. Eparpillée, parsemée, la sueur du ciel inonde tes cheveux. Et je t’aime je te respire contre moi entière, fondue. Je voulais.

dimanche, 24 juin 2007

L'ermite 16

 

Jour ?

 

Le tombeau où je dors, assis, indolent. Le crâne soudé au torse, membres durcis, sang coagulé, mâchoires figées sur des chicots rompus. Le filet d’air qui sinue dans ma bouche ne déplie pas mes poumons ramassés. D’immenses. De. Je voul

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