mercredi, 04 juin 2008

La peur

Savez-vous qu'on commande de plus en plus souvent "Mein Kampf" dans les librairies ?

Personne n'en parle, n'est-ce pas ?

 Puisqu'on parle de peur, un petit rendez-vous : un apéro-philo, le 6 juin à 19h00 à Saint-Haon le Châtel (Loire), au "passage secret", lieu délicieux et propice.

dimanche, 16 décembre 2007

Résistances

Michel Onfray illustre la force des micro-résistances par le principe de Gulliver, c'est -à-dire qu'un lilliputien ne peut rien, tout seul, contre le géant (comprenez l'ultralibéralisme), mais des milliers de lilliputiens, tenant chacun un lien, réussissent à l'immobiliser -ensuite, les négociations peuvent commencer, au moins. Dans une magnifique magnifique magnifique BD de Deschamps et Auclair, racontant l'histoire de la ville d'Ys : Bran Ruz, le même principe était imagé par la parabole de la pierre sur le chemin : "Vous n'êtes déjà plus seuls ! Et lorsque vous sentirez venir le doute et le découragement, regardez seulement les pierres du chemin. D'habitude, elles courbent peureusement le dos sous la roue de la charrette, et pourtant une seule, relevant la tête, suffit à endommager la maudite roue de cette maudite charrette, parfois même à la briser... Alors, dix, cent, mille, des milliers de pierres relevant la tête..." La sagesse populaire a choisi une autre image : "les petits ruisseaux font de grandes rivières". Ne croyons pas que nous ne pouvons rien faire, à notre échelle, pour améliorer le monde. Le pouvoir, c'est nous qui l'avons.

Des exemples ? Philippe Caza (oui, le dessinateur de BD), régulièrement et souvent avec humour, envoie depuis des années, sous forme de lettre ouverte adressée par courriel à ses contacts, de multiples éléments de réflexion sur l'écologie, des revues de presse, des liens sur des sites pointus. Il oeuvre pour constituer un réseau pensant autrement. Dans ma petite ville, il y a 3 ou 4 mois, s'est ouvert un "café associatif" entrepote, versé dans le réseau solidaire, et dont les adhérents ont des tarifs privilégiés sur des produits bio locaux (réseau sans lequel les agriculteurs bio ne survivraient pas ou mal). Autre exemple, dont j'étudie l'acuité de regard en ce moment-même, la revue et le site l'âge de faire, multiplient les conseils, font le point des initiatives, analysent et dissèquent les attitudes politiques des uns et des autres, bref, font oeuvre citoyenne aussi.

On pourra penser que tout ça n'est pas exempt de naïveté, mais cette forme d'écologie militante a finalement toujours été en avance, a seulement eu le tort d'avoir raison trop tôt. Les oreilles de Gulliver étaient trop éloignées de la voix des lilliputiens qui lui criaient d'arrêter de massacrer tout ce qui l'entourait, que ça finirait mal.

Selon moi (ceux qui me connaissent savent mon désenchantement), il est déjà trop tard. le point de non-retour est dépassé. Ce qui n'empêche que, pour l'honneur, il faut se battre.

"Que dites-vous, c'est inutile ? Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès ! Non, non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile." je ne mets pas la référence, j'espère que vous avez reconnu.

vendredi, 14 décembre 2007

Bien punis !

La municipalité de la ville qui m'accueille depuis l'enfance multiplie les chantiers et, conséquemment, les visites de chantier. Pas seulement les visites techniques, mais les visites « touristiques ». Les habitants sont invités à venir constater l'évolution des travaux, la justesse des choix urbanistiques et le bon emploi fait de l'argent des contribuables. Des centaines de personnes eurent ainsi l'occasion de parcourir, bottés et casqués, les excavations d'un futur grand complexe cinématographique ou l'élévation d'un nouvel immense centre hospitalier. Mais le nombre des demandes, déjà impressionnant, a été décuplé ces derniers jours. Le quidam trépigne en effet de visiter le chantier... du futur centre pénitentiaire.

On pourrait gloser longtemps sur ce brusque engouement et ses raisons. Pour moi, une phrase retenue par un agent qui a reçu une demande d'inscription aux visites, résume bien l'état d'esprit des futurs visiteurs : « Il paraît qu'on va mettre la télé dans la prison ? ».

Voilà. Le brave administré veut seulement vérifier que son argent ne va pas servir à construire de trop belles cages, trop spacieuses, trop luxueuses. Il veut être sûr qu'on construira des cellules petites, sombres, incommodes, sans télé, humiliantes. Il veut s'assurer enfin que le condamné sera bien puni, comme il le mérite. Tandis que la municipalité bénit en souriant ce voyeurisme pervers, cette bassesse de misère célinienne...

Badinter avait dit là-dessus qu'il s'était longtemps confronté à ce problème : le grand public n'admet pas que la qualité de vie d'un prisonnier soit supérieure à celle des plus miséreux de la société. Vu le paupérisme terrifiant des couches les plus basses du système, on devine que la présence d'une télévision, d'un peu de chauffage, d'eau courante et de toilettes, parait le comble du laxisme à certains.

La qualité d'une société se juge à l'état de ses prisons. Pas de doute.

jeudi, 13 décembre 2007

Classer les galaxies

Un bon niveau d'anglais, des yeux, et une liaison adsl, c'est tout ce qu'il vous faut pour participer à ce projet :

http://galaxyzoo.org/

Il s'agit simplement d'aider les astronomes à classifier quelques millions de galaxies. l'oeil humain étant plus performant que l'ordinateur pour distinguer rapidement une galaxie en spirale d'un amas stellaire, les astronomes (pas assez nombreux) font appel à tous les internautes intéressés. Le web comme ça, j'aime vraiment.

Et à part ça, bon anniversaire ma puce.

mardi, 11 décembre 2007

Noël quand même

Pourquoi est-ce que Noël, parmi le fatras consumériste des fêtes à répétition, conserve encore de sa magie ? Pour moi, en tout cas. Je ne prends l'occasion de la fête des mères que pour offrir à la mienne quelque chose qui lui manque, je dédaigne carrément la fête des grand-mères et il ne faut pas compter sur moi pour un brusque élan de romantisme le jour de la Saint-Valentin, quant à Halloween....

Noël résiste à la putasserie commerciale (bien que l'on en connaisse, pour ce qui est de l'aspect visuel, les racines américano-cocacoliennes). Une aura subsiste qui me fait savourer encore la décoration du sapin et le repas de famille. Sans doute que j'en garde personnellement de bons souvenirs d'enfance, peut-être aussi que les images de nos enfants, déballant des cartons plus grands qu'eux, submergés de papiers cadeaux multicolores, restent au fond de moi comme un exemple que le bonheur parfait est possible. Peut-être enfin que, contrairement aux autres fêtes -et habituellement pour l'instant- Noël se célèbre dans le froid. Par contraste, la chaleur du foyer, l'imagerie des décors portés vers l'incandescence : bougies, or, rouge, paillettes, étoiles... en font un moment singulier, où le sentiment du clan s'exacerbe. En tout cas, quoi qu'en disent beaucoup de mes potes, c'est une fête que j'adore. Je refuse de nier le plaisir que j'ai à la partager.

Un ami me confia un jour que le rituel obligé du repas, des cadeaux et du décorum gnagnan suivi avec bonhomie par tous, dans un élan de beauferie généralisée, l'insupportait. Avec d'autres amis partageant cette réaction, ils décidèrent de célébrer Noël le 3 janvier, pour marquer leur désaccord. C'était un ami dont la fréquentation m'était agréable. Je n'osai lui dire que je trouvais très con de s'imposer ainsi de nouvelles contraintes, et que fêter de façon décalée, c'était tout de même fêter. Je voyais dans leur décision collective, une manière de se distinguer à bon compte et en somme, l'expression d'un mépris pour les autres qui, comme moi, masse abrutie par la société de consommation, se prêtent docilement au jeu du rendez-vous festif institutionnalisé.

Je l'ai un peu perdu de vue, pour d'autres raisons, et je me demande si, cette année, il va fêter Noël le 27 décembre, par exemple. Se casser la tête pour des trucs comme ça...

dimanche, 02 décembre 2007

Temps immémoriaux

 Difficile de déterminer quel atavisme prévaut dans la construction de notre propre psychologie et des choix qu'elle engendre. J'explique. Je considère souvent les actes, les arts, les grandes questions de l'existence, à l'aune de temps immémoriaux, dans une fourchette de cinq à cinquante mille ans. Ma première préoccupation est de comprendre si cette disposition à ne voir la vie que comme une agitation dérisoire au regard de l'éternité est originelle et m'a inspiré mon amour pour la préhistoire et les vastes échelles géologiques, ou si ma précoce fréquentation de sites préhistoriques, de terrains renfermant des fossiles, m'a apporté cette distanciation millénaire. Je ne peux pas répondre, d'où l'intérêt de la question. Seules les questions des civilisations demeurent, leurs réponses sont effacées (ne vous emballez pas sur cette dernière phrase -si vous l'avez lue- elle est absolument inintelligente, n'a aucun sens, bien qu'elle semble en avoir, c'est mon côté Christian-Bobin-pour-rire).

Quoi qu'il en soit, en prenant pour mesure de telles ères temporelles, la plupart des actes des hommes semblent vains, l'art n'en parlons pas (bon ou mauvais, avant-gardiste ou suiviste, deux-mille saisons qui passent mettent tout le monde à égalité), et finalement, à la réflexion, la seule entreprise qui signe la réussite des hommes à travers le temps, c'est leur procréation.

vendredi, 30 novembre 2007

Travailleurs sociaux en prison

Extrait d'un communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme :

Paris, le jeudi 22 novembre - Chaque soir, sur la place du colonel Fabien dans le 19ème arrondissement à Paris et à proximité, apparaissent quelques centaines de personnes principalement originaires d’Afghanistan, d’Iran et d’Irak.

Elles viennent chercher quelques nourritures de subsistance et un hébergement d’urgence, en attendant pour la plupart de trouver une route qui les amène enfin en Angleterre. C’est comme cela depuis la fermeture de Sangatte en 2002, et particulièrement depuis plus d’un an.

Dans cette cour des miracles d’un autre siècle, village éphémère quotidien de deux heures, l’action des équipes de France Terre d’Asile, en plein accord avec les services de l’Etat, consiste à repérer les probables mineurs ou personnes en état d’extrême vulnérabilité, à les mettre en urgence à l’abri, à leur donner une information sur le droit d’asile et à les mettre en garde sur les risques du passage vers l’Angleterre.

Une gageure dans la plupart des cas, mais qui permet à un cinquième de cette population de s’inscrire dans une démarche de protection en France.

Les autres, les acteurs institutionnels et associatifs le savent, repartent par le biais de multiples réseaux, où les plus forts font régner la loi des seigneurs de la misère.

En somme, le travail social réalisé à cet endroit est un pis allé à la définition cohérente d’une politique publique d’accueil et de protection, voire, si l’on épouse ce point de vue, de sécurité publique. Mais nous l’assumons.

Ainsi, quelques milliers de personnes ont transité par cette place depuis l’hiver dernier. Elles ont passé des dizaines de frontières, séjourné pour certaines d’entre elles dans les madrasas au Pakistan ou ailleurs, servi d’interprètes aux forces françaises stationnées en Afghanistan, été interpellées par la plupart des polices d’Europe, ont parfois été détenues dans les prisons européennes, iraniennes, turques. La plupart vivent dans des conditions inhumaines d’expédients divers. Sans autorisation de séjour, sans droits. Et cela dure, et rien ne change.

C’est dans ce contexte que le Parquet de Boulogne-sur-Mer a décidé, le lundi 19 novembre 2007, d’interpeller, au petit matin à Paris, deux de nos intervenantes sociales. Comme dans les fictions, pour juguler le crime, il fallait bien une arrestation à domicile, une perquisition et un transfert menotté vers Calais.


Le délit supposé : complicité d’aide au séjour irrégulier en bande organisée. Rien que cela. La faute de nos salariées ? Avoir transgressé la frontière très ténue entre engagement professionnel et personnel en transmettant leur numéro de portable privé à certains jeunes Afghans, pris en charge par notre organisation et qui semblent impliqués dans une affaire d’aide au séjour irrégulier. Leur avoir remis une carte à l’entête de France Terre d’Asile, sans autre valeur que symbolique, attestant que ces personnes faisaient l’objet d’un suivi social dans nos services.

mardi, 27 novembre 2007

Rouge Sève

"Rouge sève", est le titre du reportage-photo de Christian Verdet, fait au Liban l'an dernier.

Christian donnera à cette occasion, ce soir, une conférence à la Maison de l'étudiant à Roanne, 12, avenue de Paris.

1372d3a06d78a2e15158be315e0909f0.jpgAu passage, Christian m'a envoyé cette photo de Moâ, un portrait en lecteur et non, je ne suis pas hydrocéphale, merci.

lundi, 26 novembre 2007

on a perdu la lune

Plaçant un commentaire sur le blog de Finis Africae (un billet génial, je vous le conseille), je me suis souvenu de cette info.

D'une certaine façon, la perte de documents aussi importants me rassure. C'est qu'il existe un peu partout des documentalistes médiocres, donc probablement aussi dans les ministères de l'intérieur du monde entier, qui ne sauraient pas retrouver les listes des opposants politiques, si une dictature potentielle les exigeait. (je ne suis pas sûr d'avoir été très clair sur ce coup-là).

Pour me faire mieux comprendre, cet extrait d'un écrit plus ancien :

"Il y a eu cette notion que je m'appliquais à défendre, sans véritable conviction : le monde serait pire sans les médiocres. A me frotter à l'énergie inépuisable de mes frères, considérant qu'elle leur permettait de négliger leurs enfants, de partir plus loin en vacances, d'acheter de plus grandes piscines et de manger moins gras, je me suis d'abord laissé convaincre que le bilan de l'efficacité était négatif à l'échelle individuelle. Reporté à l'échelle des nations, la compétence comporte des dangers d'une autre nature. Elle permet de distinguer avec plus de netteté ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ; elle permet d'isoler les éléments improductifs, les tarés et les feignants, elle détermine des talents, des aptitudes et des assuétudes, elle remarque les gènes positifs, les races supérieures. Elle fait le tri dans l'énorme matériau humain. La compétence et l'efficacité sans frein mènent tout droit aux camps de la mort.

Heureusement, les faibles, les maladroits, peuvent à tout moment faire capoter le grand projet des forts. Heureusement, l'humanité a sa réserve naturelle de médiocres qui la retient de foncer dans le mur avec le moteur surpuissant que ses éléments les plus intelligents ont su lui construire."

Oui, je meuble si ça me chante.

samedi, 17 novembre 2007

Toute proche

Elle est passée tout près, a emporté le frère d'un ami. Hier. Elle nous entoure. La mort. Elle est partout ; parfois plus manifeste et jamais épuisée. Sur les fresques des églises, en partie effacée, la camarde entraîne le bourgeois et ravit l'enfant au berceau, elle est aveugle et ricane. "C'est injuste", me disait P. hier. Pas plus que la vie n'est juste. L'une et l'autre n'ont aucun sens, ne disent rien du monde, ne donnent aucune clé. Nous sommes seuls toujours, côtoyant ces deux forces sans repos. Parfois, l'on peut croire que l'une l'a emporté sur l'autre, mais c'est une vue de l'esprit. Me revient souvent la phrase terrible de Beckett dans "en attendant Godot", qui résume exactement et complètement ce que je pense de tout cela : "(les femmes) accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c'est la nuit à nouveau."

Voilà pourquoi je vous somme d'être heureux, le temps de cette brève brillance du jour.

 

Toutes les notes