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Matières à penser

  • 3355

    (Ce billet date de trois ans, je ne sais plus à quelle source j'avais emprunté le sujet de ce récit, j'ignore ce qu'il est advenu des protagonistes, mais compte tenu de l'actualité, j'espère que les choses, aujourd'hui, seraient différentes)

    A 21 ans, il n’est pas impossible qu’une jeune femme un peu paumée, mal dans sa peau, se laisse aller à inviter chez elle un gars rencontré dans un bar. Chez elle, c’est-à-dire l’appartement où elle vit avec son bébé. C’est envisageable. Le gars peut éventuellement envisager, lui, qu’il va se passer des choses, que la soirée n’est pas finie. C’est possible. On ne saurait l’en blâmer. Qu’il s’imagine. C’est-à-dire que cela reste du domaine des projets, des fantasmes. Après un dernier verre, que le type fasse des avances. Bon. OK. Le type a vu tellement de films porno que ça lui semble la seule issue logique. C’est là que le problème se pose. Parce qu’il y a la réalité. La réalité, c’est que la jeune femme se dit « ça suffit ». Merci, au revoir, on n’est pas chez les bonobos. Que le type soit en colère, trouve ça dur, pourquoi pas ? Qu’est-ce que j’aurais fait ? « Je t’envoie des fleurs demain et on en reparle ? » Oui. Je crois que c’est ce que j’aurais fait. Sincèrement. Parce que j’aime qu’on garde une bonne image de moi. On peut envisager les fleurs et une fin de soirée dans un sourire. C’est envisageable.
    Mais le type a frappé, frappé, violé, violé encore, frappé encore et laissé la fille pour morte, le bébé hurlant dans la pièce à côté. Le réflexe d’hommes qui pensent que quelque chose leur est dû, et qu’ils peuvent prendre ce droit si on le leur refuse. Évidemment, quand la jeune femme se rend au commissariat, on prend sa plainte en considération. Non. Je plaisante : on ne prend pas sa plainte en considération. La considération est du domaine de l’envisageable, du domaine de ce qui est possible. On ne prend pas sa plainte en considération, on lui balance qu’elle l’a bien cherché. Ils ont la description du type, le nom de l’agresseur, son numéro de téléphone et le bar où ils se sont rencontrés, mais ils ne feront rien.
    Il y a quelques jours, la jeune femme s’est suicidée. 21 ans. 21 ans. Vingt-et-un ans ! Les policiers vont peut-être prendre sa plainte en considération. Le type va peut-être regretter son geste, et payer d’une manière ou d’une autre. Le bébé grandira et deviendra peut-être un adulte bien dans sa tête. Ce n’est pas impossible. C’est envisageable.

  • 3352

    C'est vrai que j'aime plutôt les femmes féminines. Mais c'est que je n'aime la masculinité, ni chez les femmes, ni chez les hommes.

  • 3349

    Tous ces miracles galactiques, ces forces astronomiques, et nous, malgré la conscience que nous en avons, forcés de descendre les poubelles.

  • 3342

    Ce jour, je file à Saint-Etienne préparer avec les organisateurs la résidence d'auteur que je suis invité à vivre pendant deux mois : janvier et février prochains. Autour de moi, des partenaires, des amis, des connaissances, des écrivains aussi, pour faire de cette expérience une réussite. Impressionnant, agréable, retour dans cette ville que je connus étudiant, puis jeune homme démarrant dans la vie, auprès de sa future ex-femme. Je les vois d'ici, les souvenirs, se bousculer pour exiger que je les traite et les raconte. Mais non, Saint-Etienne ne sera pas le prétexte d'une nostalgie.

     

  • 3335

    Plusieurs lectures récentes m'ont proprement enthousiasmé. Elles sont, je l'avoue, d'auteurs que je connais, personnellement ou plus indirectement, et je ne peux empêcher personne de craindre ici les effets d'un éventuel copinage. Un paramètre qui pourrait également me rendre suspects les hommages des amis écrivains quand ils se fendent d'une chronique sur un de mes textes. Cependant, nous savons les uns et les autres que nous sommes assez idolâtres de la déesse-littérature, pour ne pas abandonner tout esprit critique quand il s'agit d'évoquer des livres d'amis. Il est possible que notre attention soit plus grande à les lire, ou que, pour dire notre plaisir, nous soyons plus gais, mais il est certain que jamais nous ne nous mettrons, ni les uns, ni les autres, à mentir. Autrement dit, ces derniers livres que j'ai aimés, je crois sincèrement en leur valeur, je sais qu'ils apporteront « quelque chose » à leurs lecteurs, je suis persuadé qu'ils sont très bons. Un aspect de cette question est la conséquence de l'amitié en littérature : quand on exerce sa discipline avec une certaine exigence, les relations se font naturellement avec des personnes qui partagent cette exigence. Inévitablement, on se trouve au contact avec des œuvres intéressantes, pour prendre le mot le plus minimal.

    Je vous suggère donc trois belles publications, dans l'ordre de mes découvertes.

    Au toucher, sa peau brille, de Christian Degoutte, dans le numéro de la revue Voleur de feu qui lui est consacré. Dans la veine de Ghost Notes, son opus précédent, une série d'images saisies au passage de ses déambulations, livrées avec amour et scrupule. Rien de nécessairement récent dans les scènes qui ont motivé ces courts textes, aucune apparition spectaculaire ou morbide, ces moments choisis sont restitués par l'écriture après de longs temps de sédimentation intime, quand l'image s'est en quelque sorte révélée à l'auteur, qu'il peut enfin la traduire et lui associer une musique ou une chanson, des morceaux de toutes époques et origines (Schubert, Ionatos, Duke Elington, Louis Sclavis, Bjork, etc.) Je reconnais mon peu de pertinence quand il s'agit de parler de poésie, aussi j'envisage d'interviewer Christian Degoutte sur ces derniers textes. Mon emploi du temps ces dernières semaines ne m'a pas permis d'y parvenir, mais promis, c'est toujours d'actualité. Physiquement, le recueil est un bel objet, au format confortable, et les textes de Christian sont accompagnés par de grandes gravures de Iris Miranda.


    L'autre livre est celui d'une auteure dont on aura pu apprécier les textes précédents parus au Réalgar (ceux que je connais) : Noces incertaines, Chagrins d'argent et Se taire ou pas. Son dernier roman, Bavards comme un Fjord, semble d'ailleurs un prolongement de la réflexion menée par Isabelle Flaten dans l'opus précédent sur la parole empêchée volontairement ou non, les enjeux autour des choses tues, des choses dites, non dites ou mal dites. Je voudrais exprimer ici la constante jubilation procurée par cette lecture. Le cadre exotique pour un latin comme moi (un type qui reste au gîte, un latin de garenne, quoi) : la Norvège, ses paysages (décrits en quelques mots, mais décrits enfin, sensibles : une nouveauté dans mes lectures de cette auteure) et sa communauté, ses relations et coutumes, bien connues par Isabelle Flaten qui a vécu dans le pays ; la finesse de la psychologie des hommes et des femmes (mention spéciale pour la justesse des pensées intimes masculines !) ; la construction du récit qui circule entre les personnages, définit un cercle concentrique de plus en plus serré autour d'un événement marquant (Sigrid, la femme parfaite -et un peu chamboulée affectivement ces derniers temps- pense avoir renversé quelqu'un dans la nuit). Un régal de drôlerie, d'intelligence, d'élégance. Il n'y a bien eu qu'un détail à la fin pour m'inspirer une réserve, mais c'est un ressenti personnel, tout le livre est magistral.


    Le troisième livre, (paru en avril dernier, j'ai du retard) est le premier roman de Maryse Vuillermet : Frontaliers pendulaires, les ouvriers du temps. Cette chercheuse à l'université Lumière Lyon 2, spécialiste de la représentation du travail, notamment ouvrier, dans la littérature romanesque, avait nourri notre imaginaire avec un récit qu'elle range elle-même dans la catégorie de l''autofiction : Naven, en 2010, et avec l'essai suivant, développement de Naven en quelque sorte, mêlant l'autobiographie à la reconstitution du destin des émigrés, immigrés, migrants, qui ont fait sa genèse : Pars ! Travaille !, en 2014. Ici, Maryse Vuillermet n'a pas tenté de s'approprier les arcanes et principes romanesques, et rejoindre ainsi la cohue des romanciers du réel. Elle a inventé ses propres solutions, frisant le documentaire, mêlant dialogues plaisants ou dérangeants et scènes vivement brossées, donnant généreusement à voir, à entendre, à s'inquiéter ou se réjouir. Maryse Vuillermet nous fait vivre chaque enjeu de vie de ses « ouvriers du temps ». Le livre suit plusieurs travailleurs frontaliers de la France vers la Suisse et retour, au cours d'une sorte de synthèse de toutes les journées, de tous les destins sur plusieurs saisons, à la manière dont une Julie Otsuka a pu raconter les trajectoires de ses japonaises dans Certaines n'avaient jamais vu la mer, mais sans le précieux artifice de l'accumulation des anonymats. Ici, chaque personne est nommée, approchée, comprise, chaque destin est inscrit dans son environnement économique, familial, social. Un horloger, un conducteur d'engin, une fille d'immigrés marocains, une épouse et mère de famille, etc. Bien sûr, l'universitaire est là, ses techniques d'investigations apportent tous les éléments qui feraient déjà un essai passionnant, mais ses héros et héroïnes sont vrais, proches, on les aime et les comprend. Les "pendulaires" sont lancés quotidiennement dans une marche quasi hypnotique vers le travail de l'autre côté du pays. Au delà d'une frontière impalpable. Même langue, mêmes paysages, le décalage est léger et pourtant, responsabilité identique, compétence égale, horaires similaires… Les salaires sont multipliés par deux, au bas mot. Qui résisterait ? La puissance d'attraction d'une telle offre commence à produire des effets au-delà des trente kilomètres qui furent la règle, avant Shengen. Certains commencent à se convaincre que, de Nantes ou de Bordeaux, venir chaque jour à Genève, et bien… Pourquoi pas ?
    L'auteure nous décrit, avec une précision de monteur de haute horlogerie, les attentes, les aspirations, les angoisses, liées à la condition des travailleurs « pendulaires ». On apprend des milliers de choses, c’est passionnant. Les descriptions du travail vertigineux des horlogers de luxe, la façon dont l'auteur détaille leur  recherche inconcevable de la perfection,  parviennent à nous faire toucher du doigt l'amour fétichiste que de tels objets peuvent inspirer. Je dois avouer que je comprends à présent qu'on puisse mettre 300 000 euros dans une montre. C'est un des effets imprévus de la lecture du livre de Maryse Vuillermet. Chaque métier est traité avec la même attention scientifique, combinée à une égale affection humaine pour les êtres. Cet équilibre maîtrisé fait de ce texte un récit passionnant, humain et pédagogique à la fois. Bouleversant et riche d'enseignements. Dans les derniers chapitres, le rêve éveillé d'un des protagonistes donne à voir la fin apocalyptique du système. Un avertissement car, nous dit Maryse Vuillermet en épilogue, « l'histoire ne s'arrête jamais ». Au fil des parcours et des portraits, une certaine Suisse est dessinée, peu aimable avec ses immigrés, menaçante même, et c'est peut-être cela qui a compromis l'accès de Frontaliers pendulaires au prix Lettre-Frontières (attribué par des jurés suisses et français). A la lecture d'un livre aussi puissant et nécessaire, on ne peut qu'enrager d'une telle absence. Si c'est le cas, le Prix Lettre-Frontières, pour lequel j'ai une tendresse toute particulière, ne s'est pas grandi à cette occasion.

    Au Toucher sa peau brille, Christian Degoutte. Revue Le voleur de Feu N°7, 2017. 26 pages. 15 €
    Bavards comme un fjord, Isabelle Flaten. Editions Le Réalgar, 2017. 144 pages, 15 €
    Frontaliers pendulaires, les ouvriers du temps, Maryse Vuillermet. La Rumeur libre, 2016. 256 pages, 20 €

  • 3324

    On vient de m'interroger sur la clavette de Donnersberg. J'avoue que c'est une donnée assez lointaine pour moi, mais elle nous a permis dix bonnes minutes de discussion sur la notion de lacune.

  • 3318

    A force de jouer un rôle, la question de la vérité est posée. Dans cette famille de très bons comédiens, personne n'est certain de la sincérité des relations. Quand un membre veut éprouver un sentiment vrai, il l'imite avec assez de talent pour s'en convaincre lui-même. Quelle surprise quand ils découvrent que d'autres familles, des amateurs ceux-là, sont plus doués qu'eux !

  • 3316

    Jouer avec ses doigts dans la lumière pâle du jour, observer les errements d'un papillon, méditer en regardant le balancement des arbres contre le ciel, fixer les motifs changeants et pareils d'un tourbillon dans la rivière. Je ne peux pas affirmer que c'est important, mais ça m'a occupé pas mal d'après-midis dans l'enfance, et il se trouve que beaucoup d'idées que j'exploite aujourd'hui sont nées en de tels moments. De ce point de vue, cette distraction m'a beaucoup plus apporté que nombre d'heures d'école. N'y voyez aucune morale de la paresse. Ça demandait un effort, une attention, un talent peut-être : tous les enfants ont cette capacité à se morfondre dans le vague ; la plupart des adultes qu'ils seront croiront qu'ils se sont ennuyés alors. Ils en déduiront que l'enfance fut un temps long, étiré, parce que perçu par un esprit immature et lent. Alors que leurs cerveaux fonctionnaient à plein régime.

  • 3308

    On le dit en tremblant : « Ça me touche, c'est terrible, je pense beaucoup à elle, tu lui diras bien... » parce que ça ressemble tellement au pire des cauchemars d'un père ou d'une mère. Nous apprenons le suicide du fils d'une amie, ami lui-même, qu'on peut voir dans les films que notre bande réalisait, il y a vingt ans. On riait, on s'amusait, de la simple et futile déconnade. Son visage est encore là, sous un képi emprunté je ne sais où, dans le rôle d'un flic renseignant ses collègues. Il joue avec l'application des amateurs. Comment ça peut se transformer en pleurs, avec les années, les rires de nos jeux ? Quelque chose se pétrifie en nous.
    Je ne sais pas si un homme qui se tue « décide » de partir, ou quelle force mystérieuse le pousse vers la sortie. Et cette énigme insoluble durcit dans les entrailles pour former une peur, et la peur devient une balle de fronde. Lancée avec force par le geste désespéré, elle blesse tous ceux qu'elle a touchés.

  • 3293

    "Le droit des vivants contre l'autorité usurpée des morts. " C'est de Thomas Payne (1737-1809), qui avait solutionné "L'Affaire des Vivants" bien avant que j'existe. Rien à faire, tout a déjà été dit.

  • 3291

    Savoir quelle planète nous laisserons à nos enfants est un enjeu crucial. Que cela ne nous retienne pas, surtout, de nous inquiéter de savoir à quels enfants nous laisserons notre planète. Car la question me paraît de plus en plus légitime...

  • 3289

    La dame, jupe droite bleu marine, barrette dans les cheveux, cherche un livre, ne parvient pas à se décider.

    La libraire : "Tenez, il y a Le lièvre de Patagonie, de Lanzmann"

    La dame : "Trop juif."

    A part ça, tout va bien. Je vous souhaite une bonne journée.

  • 3284

    J'en viens à considérer l'éventail des pensées et conceptions politiques, leur grande variété et leurs divers antagonismes ou symbioses, sous l'angle d'une écologie des opinions. Comme les espèces, qu'elles nous dérangent ou nous réconfortent, nuisibles, domestiques ou sauvages, chacune a sa place, chacune a son utilité. Idée qui a pour effet surtout d'atténuer mes colères et mes révoltes (me rendre mou, diront certains. Probable. Ou tolérant ?)

    Addendum : ce qui implique qu'il y aurait un équilibre écologique des opinions politiques. Éradiquer une pensée, la rendre débile au point qu'elle soit négligeable, serait créer un déséquilibre, comme d'ailleurs, faire d'une opinion la seule qui vaille au détriment de toutes les autres. Je vous livre ça comme ça, à l'épreuve de votre sagacité.

  • 3283

    “Parce que les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois.” ― Jack Kerouac. Mais alors, les sages et les doux, les tranquilles et les paisibles ? Quel dommage de ne pas se pencher sur eux. Quelle limitation du regard ! Quelle mutilation ! Et que ce serait fatiguant de ne côtoyer que les fous furieux. Jeter ainsi à l'abîme de l'indifférence l'essentiel de l'humanité me semble une posture, et cela m'agace. Surtout, l'agacement vient de ce que ceux qui se réclament de cette philosophie, se voient d'emblée du côté des fous furieux cités plus haut. Laissez-moi rire.
    Cela dit, lisez Kerouac, c'est bien, tout de même.

  • 3282

    Quand on marchait dans les prés, les sauterelles faisaient des vagues crépitantes devant nos pas. Le jardin se colorait de papillons, les hirondelles s'alignaient en nombre sur les fils électriques et il y avait des écrevisses dans les rivières. Comme le dit E. G. Robinson dans Soleil vert, en pleurant soudain parce qu'il vient de se repaître d'une tranche de pomme et d'un morceau de viande, mets exceptionnels qu'il n'a pas vus depuis des années : « Comment en est-on arriver là ? » Ben voilà. Nous y sommes.

  • 3277

    Le rapport "léger" à l'amitié, tel qu'on le décrit pour Facebook, ne date pas d'aujourd'hui :

    "Cléon appelle Damis son ami : c'est un homme dont il a fait connaissance il y a vingt-quatre heures ; aussi quelqu'un disait : j'ai fait cette année 364 amis ; il était au 31 décembre."

    C'est signé Louis-Sébastien Mercier, et ça date de 1781.

  • 3272

    Il ne vous aura pas échappé que, contrairement à la hutte primitive ou à la grotte, la maison d'habitation toute en lignes droites, est absolument contraire aux formes de l'homme. Ne cherchez pas plus loin la source de notre mal de vivre.

  • 3269

    Il y a quelques années, une amie perdait son mari. Je le connaissais peu. Pourtant, elle voulut que j'écrive une sorte d'oraison funèbre et que je la lise à l'église. Pour elle, m'expliqua l'ami missionné pour me demander cette faveur, il s'agissait de s'assurer de la qualité de ce qui serait dit et fait pendant la cérémonie. Ce qu'il faut déduire de cette conviction est assez gênant, j'étais très mal à l'aise mais, par respect, et puis parce que ce que je connaissais du défunt me l'avait fait paraître comme une belle personne, j'acceptai. Je lus donc mon texte qui effleurait à peine le portrait du disparu (et pour cause), après les témoignages d'amis plus légitimes pour s'exprimer. Logiquement, je m'étais tenu à des considérations sur le désarroi de ceux qui restent, dédiées à la veuve, que je connaissais mieux. « Tout ce qui peut être dit, tout ce qui peut t'avoir été témoigné de sympathie et de chaleureux soutien, n'empêchera pas les heures muettes à venir, celles où tu te trouveras seule face au vertige du manque et de l'absence. (…) La disparition d'une personne aimée nous confronte à l'incompréhension de ce qui ne sera jamais plus et, pour toi A., pour vous, enfants, parents et amis de B., ainsi que pour tous ceux qui ont connu la sidération du deuil, chaque phrase de chaque journée commence par 'désormais'. » Voyez, des notions de ce calibre. Après l'enterrement, nous nous trouvons quelques uns dans le café du village. Face à moi, un ami du défunt. Furieux. Il me tance. Comment avais-je osé parler au nom des endeuillés légitimes, des vrais amis, de la famille ? Lui, avait veillé son ami, avait suivi son agonie, qui étais-je pour évoquer son chagrin ? Il avait raison, bien entendu. Je tentais de lui dire que je n'aurais jamais osé, de moi-même, prendre la parole pour évoquer le souvenir de B., que c'était une disposition de son épouse, persuadée de bien faire, je n'avais fait que m'exécuter, comment refuser une telle demande ? Mais je sentais que ma parole était embrouillée et peu convaincante car une voix honteuse, au fond de moi, avouait que j'avais été flatté par la requête de la veuve. Et lui, l'ami sincère, l'éploré, l'inconsolable, avait perçu la prétention sous le propos de circonstance.

  • 3260

    Dieu n'a jamais été jeune, il n'a jamais eu peur de la mort. Alors, ses conseils, ses commandements… De quoi je me mêle ?

  • 3259

    Le principe de la valise a tout de même plusieurs siècles, quant à celui de la roue et de sa version réduite, la roulette, il se confond avec les débuts de l'Histoire. Alors comment expliquer qu'il a fallu attendre la fin du XXe siècle pour bénéficier des valises à roulettes ?