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Travaux en cours

  • 3202

    Il y a un moment, dans l'écriture d'un livre, où vous comprenez enfin ce que vous êtes en train de faire, révélation plus ou moins tardive selon l'entreprise. Pas : quel est le sujet de votre roman, cela vous êtes censé le savoir, tout de même. Plutôt : De quoi je parle, au fond, qu'est-ce qui, viscéralement, m'a imposé de rester autant de temps concentré et isolé, à la recherche d'un rythme et d'une justesse d'expression, qu'est-ce que je cherche à travers mon texte ? Et ce n'est pas forcément clair à l'amorce du travail. On peut même postuler que l'écriture d'un livre a pour but premier de révéler aux yeux de son auteur, les raisons qui ont poussé à l'entreprendre.
    Le moment que j'évoque se manifeste par une sensation particulière, une émotion assez indescriptible. Pour moi, elle est similaire à une autre sensation, guère plus commode à exprimer, qui naissait, à l'époque où je dessinais ou peignais des portraits d'après nature (jamais d'après photo, cet expédient vulgaire), quand, la personne en face de moi, je voyais, trait après trait ou coup de pinceau après coup de pinceau, s'affirmer une ressemblance. Le visage qui apparaissait sur la toile ou le papier, était bien celui de mon modèle. J'y étais. Je ne savais jamais par quel détour ce petit miracle se produisait mais c'était ainsi : j'avais saisi et traduit cet étrange motif qui crée l'illusion de la ressemblance. Cela venait brusquement, au hasard d'un trait anodin, par surprise. Soudain, quelque chose s'était éclairci. Je savais que, désormais, je passais d'un autre côté de la réalisation. C'est ainsi que, dans la pratique de l'écriture, à des moments variables dans la construction d'un récit, je perçois avec étonnement (et quelle satisfaction!) que « j'y suis ». Tout devient net, tout prend sens : les phrases qui m'ont amené à ce point, les prolongements que ce basculement implique, ce que sera le roman achevé.
    La difficulté réelle se situe par conséquent au début de l'écriture d'un roman. Quand rien n'est fixé, que tout menace de se dérober à tout moment, que le sens ne s'est pas encore affirmé, quand rien n'est évident. Il y a quelque chose d'absurde d'entreprendre l'écriture avec le secret espoir qu'un but s'annonce. Vous pouvez travailler des mois, peut-être des années, avant que se manifeste la sensation évoquée plus haut. Et il y a cette hantise : est-ce que vous y parviendrez ? Ainsi, il m'est arrivé d'aller jusqu'au bout d'un texte, de travailler plus d'un an sur un roman, de poser le point final, sans avoir connu cette grâce (et dans l'état d'incertitude que vous pouvez deviner). Assez logiquement, il se trouve que ces romans-là ne provoquent qu'une réaction embarrassée de ma première lectrice, augure du refus de mes éditeurs. J'espère sincèrement que les autres écrivains ne connaissent pas ces affres et entrevoient clairement dès l'origine, l'ensemble de ce qu'ils ont entrepris de créer. Je crois avoir une bonne notion des sentiments de Sisyphe, quand il appuie ses mains contre la pierre, s'arc-boute et  pousse son rocher, au pied de la pente incessante.

     

    Peut-être parlerons-nous de cela, à partir de 16h30, avec Jacques Plaine, à la Librairie de Paris, à Saint-Etienne...

  • 3199

    Il y aura donc toujours d'autres matins. C'est incompréhensible, c'est impardonnable. Rien ne devrait survivre à la mort des innocents. Il nous faut apprendre l'indifférence de l'univers. L'apprendre c'est-à-dire l'éprouver dans sa chair par la blessure fondatrice de l'injustice. C'est le prix.

     

    Extrait de "Le Radical Hennelier" manuscrit en cours de lecture chez Mnémos. (Suspense...)

  • 3191

    Il suffisait d'adresser une prière et puis, bon, soit tout s'arrangeait et merci Seigneur, soit ça allait de mal en pis et c’est qu'on avait mal fait quelque chose. Ce n'était jamais de la faute de l’Église ou du curé. Jamais la faute de Dieu. En fait, je me demande si vraiment les gens ont cru en Dieu un jour. Je me demande. Parce qu'on est bien vite prêt à l'absoudre, nous, les hommes. Comme s'il ne comptait pas ou pas plus qu'un enfant. Tiens, voilà, c'est ça : on s'adressait à Dieu comme on tente d'apaiser un enfant capricieux. « Si tu es gentil, tu auras droit à ça... » Je te construirai une chapelle, je partirai en croisade, je quitterai ma maison pour te servir. Marchandages sordides. Bien sûr, on lui donnait du « Mon Père qui êtes aux cieux », on le redoutait, mais quelque part, loin dans les ténèbres de l'âme, on rusait, on se le conciliait, on trichait, on espérait s'en faire un complice ou s'en rendre maître. Comme on discipline un enfant. Évidemment, on n'irait pas construire de chapelle, et on ne mènerait une croisade que parce que les terres traversées étaient riches. On n'y croyait pas vraiment. Sinon, s'il fallait y croire, alors, tous promis à l'enfer, pas assez d'indulgence pour tout le monde. Le moindre geste était douteux, la moindre pensée était suspecte, le péché est dans notre nature. Les prêtres ont une formule pour ça : la chair peccamineuse. Oui. Impossible d'y échapper. Cela nous est consubstantiel. Donc, quand ça échouait du côté du gamin caractériel tout auréolé de voie lactée, à qui s'adresser ? Au vrai pouvoir, au vrai mystère qui hante les nuits depuis que la mémoire est mémoire. Ce qui persiste à la lisière, au seuil compris entre Dieu et la vieille Nature. Ce qui était là avant Lui, avant les clergés et les cantiques. C'est là, entre chien et loup ou bien sous la clarté lunaire, aux franges des brumes des marais ou dans l'ombre des forêts. Rien n'est sûr, tout devient possible. Quand sourdent les idées emmêlées, à peine revenues des rêves, là où la terre se confond avec l'eau, là où les résolutions naissent des limbes, là où les pensées prennent un tour étonnant. Là où Dieu s'absente.

     

    Extrait de "Le sort dans la bouteille". Théâtre. Écriture en cours.

  • 3162

    Le 28 février au soir, à Romorantin, plus de quarante personnes s'étaient déplacées pour découvrir mon travail. C’est beaucoup, pour un auteur inconnu et pour une ville de 15000 habitants (19000 ! corrige l'adjointe à la culture, avant que d'autres habitants me confirment la baisse de la population suite au départ de l'usine Matra. Wikipédia, que j'appelle en juge de paix, compte 17459 en regroupant Romorantin et Lanthenay. Restons-en là), et l'on doit cette sorte de succès à l'entregent de François Frapier, comédien réputé et célèbre figure locale, et au travail de fond de l'équipe de la bibliothèque conduite par Guillaume Georges, son directeur (Guillaume étant le prénom). Découverte opérée par la lecture d'une dizaine d'extraits, choisis principalement dans les romans. Troublant, d'écouter la voix de François prononcer la monodie sordide du « Baiser de la Nourrice » ou les anathèmes du « Psychopompe ». Textes revenus de ces lointains (il y a 8 ans seulement) où j'écrivais sans savoir que je serai publié un jour. Ente chaque, j'ai pu situer le contexte, décrire  l'objectif, raconter les aléas de l'écriture de ces romans.
    Je ne viens plus sur Kronix relater les rencontres en médiathèque ou librairie. Non que cela m’indiffère ou m'ennuie, mais elles commencent à être nombreuses et décrire chacune serait redondant, tout de même. Ici, il s'agissait pour les organisateurs et pour François, qui fut à l'origine du projet, de tenter de dessiner les contours de mon univers, de mes thèmes, de jeter des passerelles entre mes livres. C'était inédit, c'est marquant pour moi. Qu'on ait pu s'adonner à cet exercice, faire l'effort de se plonger dans ma production romanesque, est une grande source d'émotion.
    Je tenais par ce court rappel à remercier ceux qui ont mis en place de rendez-vous. Au passage, comment dire mon admiration pour Guillaume, qui avait lu tous mes livres (hors Les Nefs, par manque de temps, ce que je conçois aisément) et en parlait savamment ? Avec ce petit mot, au moins. Et puis, il y a les promesses d'autres invitations à « Romo ». Et la perspective d'un nouveau projet avec François. De l'écriture théâtrale cette fois. Mais c’est une autre histoire.

  • 3158

    Tsilla s'effondre, ses épaules se voûtent, sa tête pend sur sa poitrine, elle s'étrécit et s'amincit davantage à chaque minute, vidée exsangue ainsi que l'avait énoncé son cauchemar, tu te souviens, et sa main est trop loin pour que je la saisisse. Impuissance révoltante. Le futur est une vieille idée qui unissait nos cœurs. Ce que nous avons perdu, ma sœur, mon amie, ma tendresse, mon ennemie, ma potence et mon berceau de bras, ce que nous avons perdu n'a pas de nom. La bouche de Tsilla que je ne vois plus, bée sans haleine, ente ses dents coulent des insultes adressées aux leurres du monde. Quelles promesses ont été tenues me dit-elle, qui m'a offert ce cadeau dérisoire de la vie ?

     

    Extrait de"Le radical Hennelier". Écriture en cours.

  • 3153

    Le projet "Merveilleux Flaubert" s'étoffe. Les deux tomes prévus initialement (soit : rééditions luxueuses de Salammbô et de Voyages en Orient), seront enrichis d'une post-face de Frédéric Weil et... d'une (longue) préface de ma pomme ! Je suis très heureux et flatté (ne le cachons pas), de cette décision des éditeurs. Frédéric m'avait juste demandé un texte sur ma passion bien connue du Roman carthaginois du grand Gustave. J'y suis allé un peu fort, sans doute. Enfin, j'ai tenté d'amorcer quelques pistes originales (je crois), et donc, me voici catapulté préfacier de Salammbô, ça alors ! j'en suis tout retourné. N'hésitez pas à partager, et à participer à ce beau projet. Si le nombre de souscripteurs dépasse les 30, un nouveau volume s'ajoutera aux deux précédents : La Légende de Saint-Julien L'Hospitalier. L'un des Trois contes. Récit puissant, émouvant, dont le finale vous hante longtemps (et là, rassurez-vous, je n'ai pas fait de préface)

  • 3134

    Lors d'une de nos premières longues discussions hors de nos rapports éditeur/auteur, Frédéric Weil (béni soit son nom) et moi étions tombés d'accord sur le fait que le premier roman de Fantasy au monde est français. Oui, parfaitement : c'est le Salammbô de Flaubert (1862). A l'époque, j'avais le projet d'un roman placé sous l'héritage assumé de ce grand ancêtre. C'était lors de la sortie de Mausolées, en 2013. Frédéric m'écoutait évoquer les grandes batailles, la sauvagerie, le baroque, le luxe barbare, je lui racontais les paysages, les senteurs, les couleurs… je lui vendais un péplum sur les eaux et sur la terre. Les Nefs de Pangée commençaient à appareiller dans nos esprits. Frédéric me dit alors son intention de publier Salammbô sous cet angle : rappeler ce que le genre lui doit, et donc le proposer aux lecteurs de Fantasy. C'est chose faite aujourd'hui. Le livre va exister, grâce à un financement participatif. (Vous pouvez vous aussi rejoindre les contributeurs) Il ne sera pas publié seul. Les Moutons électriques et Mnémos ont ajouté au roman Le voyage en Orient, célèbre récit qui inspira à Flaubert les premières pages de Salammbô (avant qu'il se décide à retourner en Afrique, plus précisément en Tunisie, dans les paysages qui virent se dérouler la Révolte des Mercenaires). De plus, sera édité un opuscule où plusieurs auteurs doivent évoquer leur rapport au roman épique de Flaubert. Et vous savez quoi ? On m'a demandé d'en être. Bon. Mon roman en cours va donc prendre un peu de retard. Pas grave, c'est pour Mnémos, il me pardonnera.

  • 3126

    Dans le cadre du projet "Portraits de Mémoire", s'essayer à la chanson "engagée" (référence aux grèves de 1927 dans la région de Charlieu) :

    L'enragé

    T'as retroussé les manches
    T'as pas boudé l'ouvrage
    Mais t'allais pas dimanche
    Remercier les nuages.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    Que tu sois à l'usine
    Ou que ton atelier
    Soit près de ta cuisine
    Courbé sur le métier.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    Jaurès aux ouvriers,
    Le prêtr' aux paysans
    L'écrivain Louis Mercier
    Écartelait vos rangs

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    On baissait ton salaire
    Et le barèm' au mètre.
    Conserver ta misère
    Était bon pour tes maîtres.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    T'as posé les outils
    Arrêté les métiers
    De Roanne ou de Thizy
    De Charlieu tu clamais

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    On a vu dans l'Huma
    Ton combat partagé.
    Des curés ou de toi
    Qui était enragé ?

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    T'as retroussé les manches
    T'as pas boudé l'ouvrage
    Mais t'allais pas dimanche
    Remercier les nuages.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants
    (bis)

  • 3125

    Laisser un personnage suivre sa voie est souvent un bon moyen de faire avancer l'intrigue. Je ne fais pas de plan, et j'abandonne la plupart des décisions à mes héros. Le principe est de me surprendre moi-même, d'ajouter un jeu supplémentaire à la seule ambition du récit et au plaisir de manier la langue. Mais, depuis deux jours, j'ai un jeune garçon de onze ans, bloqué sur la terrasse d'un bâtiment, des gardes qui grimpent les escaliers pour le rejoindre et aucune aide extérieure possible. Comme lui, je suis cerné.
    Si quelqu'un a une idée géniale, je promets de le faire figurer dans les remerciements.

  • 3100

    "D'autres blindés approchent en grondant. Bimech sursaute et frémit. Ils sont nombreux, redoutables. Ce n'est pas rien, la réplique peut nous atteindre mortellement, nous le savons tous, nous partageons cette crainte. Bimech improvise et nous suivons ces gestes. Il fracture l'angle d'un bâtiment qui jouxte le plan incliné où s'avancent les véhicules. Il a raison. Nous l'aidons. Par nous, Bimech apprend instantanément à plonger ses membres au défaut de la structure, ainsi les racines des arbres s'immiscent dans la fêlure et l'élargissent, ainsi le lierre mène à la ruine les palais immortels, par Bimech, la sape du végétal est imitée et multipliée. Le béton craque, les fissures jettent des foudres noires le long de la façade. Les verticales vacillent. Sur un dernier effort, un pan du bâtiment bascule et s'effondre sur la route, pulvérisant les manèges pimpants et les parades dérisoires, écrasant le premier blindé dont la carcasse condamne l'accès à la colonne qu'il précédait. Au milieu du chaos et des geysers de poussière, les canons des suivants se redressent, des mitrailleuses crépitent aussitôt, si nombreuses qu'il est impossible de les éviter. Les balles entament profondément la masse élastique et dense qui nous soutient, le gel absorbe le choc de la pénétration mais l'acier s'enfonce loin, menace, vient affleurer nos corps embarqués. Bimech esquive, saisit des plaques de blindés démembrés qui étoilent le champ de bataille, des dizaines de pseudopodes les rapprochent comme des boucliers autour du ventre où nous sommes confinés, pour nous protéger du harcèlement des balles. Bâtiments, éboulis, obstacles de hasard, tout s'interpose, le haut de Bimech adroitement se déforme et s'étire, devient goutte, devient fil, s'insinue et contourne, serpente, est insaisissable, les obus se perdent, les impacts font exploser les immeubles ou s'abîment très loin, Bimech surgit alors, se cristallise, s'épaissit, s'arrondit et fonce, renverse un char, une auto mitrailleuse, déchire un soldat, en écrase un autre, s'amincit de nouveau pour égarer un tir, puis s'épaissit, se renforce et, puissant, soulève une machine, l'envoie percuter un groupe qui s'enfuit. Bimech se propage, abonde, devient mille, ses bras aux chairs de nacre sont partout dans la ville, l'ennemi effrayé disparaît dans les ruines, et le sang des soldats retombe au sol, en bruine. Le massacre achevé, le dernier homme succombe, un silence étonnant sur la ville retombe. Tout se fige et attend, la mort plane dans l'air. Qui croyait vaincre l'ogre au jour de sa colère ?"

     

    Le Radical Hennelier - Reboot. Écriture en cours (ça va bien, psychologiquement, je me soigne)

  • 3094

    Je ne peux pas vous raconter, mais en ce moment, j'écris des scènes vraiment dingues et je me régale. Autrement, je lis « L'hippocampe atrabilaire » de Laurent Cachard, chez E/O. Je me régale aussi, et ça, je pourrais vous raconter (vais me gêner, tiens).

  • 3077

    Un nouveau portrait et une nouvelle chanson : "La ville étonnée" sur le site "portraits de Mémoire(s)", la démarche entreprise sur la communauté de Communes Charlieu-Belmont.
    Avec un texte de Jérôme expliquant la démarche de la composition musicale et le texte de la chanson (pour l'entonner avec nous, sous la douche ou au bureau, préparez vos aigus).
    Bonne écoute, les amis.

  • 3074

    Les navetiers


    Des hommes autour de lui
    L'enfant le voit, il se dit :
    « Des géants, mon pèr' est le plus grand »
    Dans l'usine, on le reçoit
    Dans l'usine, il se tient là
    Et ses yeux contemplent le spectacle
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers

    Sérieux, les hommes s'échin'
    Aux rouages des machin'
    La vapeur entraîne l'atelier
    Les parfums du bois coupé
    L'odeur du métal tourné
    Les barr' tintent, les courroies animent
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers

    Là on donn' des coups de scie
    On frai-se le fer ici
    Le chêne et l'acier sont mariés
    Son pèr' en riant lui dit :
    « Prends les commandes, vas-y ! »
    Il montr' à son fils ce qu'est le métier
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers


    L'enfant saisit les manett'
    Il ébauche une navett'
    Tant d'étap' encor' sont à venir
    Dans l'usine qu'il visite
    Son papa, tout, lui explique
    Il se souviendra que son pèr' était
    Un navetier
    Un navetier
    Un navetier

     

    Paroles d'une chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3073

    Partir en vélo,
    chercher du boulot

    Je fais ni une ni deux, la jupe ramenée, sur la selle installée.
    Sur les chemins de campagne, mon vélo accroche la lumière dans ses rayons de fer.
    Je suis gamine encore,
    et mes lèvres retiennent une pâquerette.
    J'appuie sur les pédales, je vais à ma façon,
    les grillons ouvrent des yeux ronds,
    les garçons me saluent au passage.
    Je pars en vélo, chercher du boulot.

    Je vais et un et deux, la jupe ramenée, sur la selle installée.
    Dans les rues par la cité, mon vélo accroche la lumière dans ses rayons de fer.
    Je suis gamine encore,
    et mes lèvres chantonnent un p'tit air de musette.
    J'ai juste quatorze ans, je vais sur les chemins,
    Y'aura pas d'école demain.
    Mon père m'a dit : « ma fille sage
    Tu prends ton vélo, chercher du boulot. »

    Nous sommes bientôt deux, les jupes ramenées, sur nos selles installées.
    Puis trois, puis une troupe, nos vélos accrochent la lumière dans leurs rayons de fer.
    Toutes gamines encore.
    Il y a dans nos têtes un petit air de fête.
    Bien fort sur les pédales, plus vit' que les garçons,
    On frappe aux portes des patrons,
    Ils disent « oui, c'est de votre âge ».
    On allait très tôt, trouver du boulot.
    On allait très tôt, trouver du boulot.

    Paroles de chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3072

    La ville étonnée

    Le gosier de la rue éructait ses syllabes. Dans la cour de la ferme, jappaient les mécaniques. C'était pour le passant la rengaine des jours.
    L'orchestre des métiers.
    De la ville et des champs, la parole au labeur. Des hommes et des femmes, le pouls pris au poignet. C'était un rock alerte, c'était une berceuse.
    La chorale des métiers.
    Elle charriait des bonheurs, elle apaisait le soir. La marche, à l'écouter, accélérait son rythme. Les enfants, tout petits, apprenaient son refrain.
    La valse des métiers.
    Les départs et les crises ont suspendu le chant. Le tempo ralenti, le bruit s'est assoupi. Les rues n'ont plus vibré aux cadences des fils.
    Les métiers se sont tus.

    Elle vit encore ici, au détour d'une rue, elle perce des usines, elle glisse sous la porte. Elle envoie sa chanson sous la pente des sheds. Elle entonne un refrain, elle respire, elle reprend, elle n'a jamais cessé. Elle était un murmure, elle était un écho, aujourd'hui elle souffle, elle est une fanfare. Elle a changé le son de la ville étonnée.
    C'est la voix des métiers.

     

    Paroles de chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3062

    Si le silence des espaces infinis effrayait Blaise Pascal, les abysses où les âmes sont précipitées jusqu'à l'heure lointaine du jugement nous sont plus familières (sans que cette proximité les rende moins angoissantes). Elles sont annoncées par la vérité tangible des cimetières. On s'y connecte paresseusement à la fin d'un lent naufrage initié dès l'enterrement, la chair corrompue est digérée par les vies minuscules qui s'en repaissent, les sucs formés se mêlent aux racines, s'y diluent, le corps ainsi préparé circule et s'enfonce par degrés comme un fluide entre les interstices des roches, pour sourdre au plafond de l'antre dantesque où ce vieux Lucifer, patient voisin du dessous, nous attend.

     

    Le Promeneur quantique. En cours d'écriture.

  • 3055

    Le travail que nous avons déjà effectué, Jérôme, Marc et moi, pour « Portraits de Mémoire(s) » a de quoi nous rendre heureux. Multiples rencontres, quelques chansons produites, beaucoup de sourires, d'attention, et de relais. Il se passe quelque chose autour de ce projet (qui n'est plus un projet, donc). Je note cependant une inquiétude. La mienne, bien sûr (qui d'autre s’inquiéterait quand une démarche rencontre le succès et l'estime ?) J'écris en ce moment, presque à la chaîne, des biographies croisées, des récits de vie, je synthétise des témoignages. Je dois en être à 15 ou 16 articles (mis en ligne ou en passe de l'être), et je crains au final d'affadir la forme stylistique que j'ai mis tant d'années à mettre (à peu près) au point - la peur de prendre de mauvaises habitudes, si je résume. De plus, le roman que je suis en train d'écrire pour Mnémos prend la forme d'un long monologue d'un garçon de dix ans. Ce n'est pas pauvre, quoiqu'il existe une sorte de réduction contrainte, c'est un exercice intéressant (comment habiter une pensée pertinente, dépourvue de beaucoup de mes propres références ?) mais cela risque de me conforter dans un mode de récit plus spontané. Voilà ce qui m'inquiète.
    Il ne faudra donc pas être surpris de trouver dans le roman qui suivra, écrit pour Phébus, une inspiration poétique, riche, sophistiquée, extrêmement littéraire, frisant la sur-écriture. On écrit souvent en réaction au livre précédent.

  • 3027

    Quand j'écrivais pour moi, abandonner un roman dont je voyais qu'il ne menait nulle part ou que l'angle choisi n'était pas le bon, n'était pas très grave. Cela m'est arrivé trois fois. Je m'en voulais, j'avais perdu du temps mais après tout, personne n'attendait rien de moi, qu'importait. Prendre cette décision aujourd'hui, alors que j'ai la confiance d'un éditeur (de deux éditeurs pour mes romans en fait, mais l'histoire ici ne concerne que l'un d'eux), n'est pas sans conséquences. Je viens d'écrire à mon directeur d'édition et à mon éditrice que je renonce au roman que je leur avais promis, dont je leur avais présenté les arcanes en avril, et qu'ils avaient accepté. Je devais rendre ma copie l'en prochain en février. Pour la première fois de ma vie d'auteur, je ne pourrai pas tenir parole. Le premier tiers du livre, remanié, réécrit, repensé, rien à faire, l'impasse. Rien ne fonctionne, c'est laborieux, compliqué, et surtout, surtout, mauvais signe : je m'y ennuie terriblement. Il faut avoir le courage de ne pas s'acharner. Bien sûr, j'ai d'autres flèches dans mon carquois, des projets menés assez loin, mis de côté pour me consacrer aux autres projets de romans. J'en ai deux, justement, qui me semblent une base correcte pour amorcer un nouveau chantier. Il faut seulement que j'assimile cet échec, que j'attende les mots de l'équipe éditoriale, mais j'ai confiance en eux comme, j'espère, ils ont confiance en moi. Malgré tout.

  • 3016

    Charlieu, Portraits de Mémoire, Chavassieux, Bonnetin, Bodon-ClairSamedi et dimanche, les 17et 18 septembre, de nombreuses personnes avaient bravé une météo peu amène pour visiter les sites charliendins à l'occasion des Journées du Patrimoine. L'équipe de « Portraits de Mémoire(s) » était invitée à participer à l'événement. Nous avions improvisé un assez joli stand dans la salle capitulaire de l'abbaye de Charlieu. Panneaux avec extraits du site internet, photos de marc Bonnetin, vidéo d'un maquette de chanson sur une musique de Jérôme Bodon-Clair, présence des auteurs… Nous avons pu expliquer notre démarche à une centaine de personnes. Des contacts nombreux, des anecdotes prometteuses, des encouragements, des réactions positives, des personnalités passionnantes… Le coup d'accélérateur dont le projet avait besoin.
    Merci à l'équipe de l'abbaye de Charlieu pour son accueil diligent et chaleureux, merci à la communauté de communes pour la réalisation du stand, merci à la société des Amis des Arts de Charlieu pour son invitation.

    Bonnetin, Chavassieux, Bodon-Clair, Portraits de Mémoire

     

     

    Photos Delphine Faquin.

  • 3015

    Aujourd'hui et demain, vous pouvez venir rencontrer les auteurs du projet « Portraits de Mémoire(s) », à l'abbaye de Charlieu (Loire), dans le cadre des Journées du Patrimoine ; Entrée libre.
    Marc Bonnetin, Jérôme Bodon-Clair et moi serons à votre disposition pour expliquer, raconter, montrer notre travail, ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Venez, venez ! Pour ceux qui sont loin, n'hésitez pas à visiter notre site internet, qui s'étoffe généreusement, semaine après semaine.
    Portraits de Mémoire(s) c'est la conservation de la mémoire industrielle de la communauté de communes, des lieux et des gens qui en ont fait l'histoire, par le biais de chansons originales.
    Abbaye de Charlieu, samedi et dimanche, de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30.