vendredi, 21 décembre 2012

Le Radical Hennelier 3

     Papa a donné le signal du départ. Maman a écrasé sa cigarette en disant qu'elle devait aller au petit coin. J'ai rappelé que ce n'était pas indiqué, mais j'avais repéré l'endroit. Je la guidai par la main, enveloppé de son parfum de vanille et de cigarette légère. Papa et Lucas se dirigeaient vers l'extérieur. Avant d'entrer de son côté, elle me désigna la porte d'en face, pour les garçons « Et toi, tu n'as pas envie ? » Peut-être, oui. Je tournai les talons pour aller de mon côté, mais maman me retint et saisit mon menton entre ses doigts. Elle se pencha vers moi, ses boucles rousses glissèrent dans le même mouvement, ses lèvres maquillées se contractèrent et elle me regarda fixement de ses yeux verts. Il y eut une lumière passagère, comme un nuage qui s'écarte du soleil, et ses cheveux et ses yeux furent baignés de bonne clarté. Je vis alors combien elle était belle. Et puis elle soupira et se redressa en me flattant l'épaule « Allez, va ». Et elle poussa la porte des toilettes pour dames, signalées par un bout de papier scotché dessus.
    Quand je suis passé par le hall pour retourner sur le parking, des touristes avec un accent de pays de l'est se bousculaient vers les souvenirs. Ils étaient nombreux, beaucoup d'hommes habillés de sombre et une femme de temps en temps, vêtue d'un costume folklorique rouge à fleurs et coiffée d'un fichu. L'une d'elles était en position de prière devant une effigie gonflable du pape. Dehors, les voitures affluaient, et on entendait l'autoroute gronder sous la charge du trafic. La chaleur formait une nappe épaisse autour du moindre geste. Toute cette agitation agaçait mon père, je le voyais bien. Lui et Lucas me regardaient avancer dans leur direction avec un air stupide. « Et ta mère ? » grogna papa. J'ai fait un geste d'impuissance. Lucas a dit alors : « la voilà. » Je me suis retourné, elle sortait de la station en accélérant le pas. Comme elle approchait, je vis qu'elle était pâle. Elle s'excusa en essayant un sourire misérable « je suis un peu malade ». Papa ne répondit rien. Nous rejoignîmes la route.

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Commentaires

je ferais la chasse aux "et" bien trop nombreux souvent dispensables pour rendre aux autres "et" leur juste valeur

exemples : et saisit / et elle me regarda / et puis / et elle poussa / et une femme / et on entendait (catégorie dispensable)

mon avis, bien évidemment !

Écrit par : La Nouille Martienne | vendredi, 21 décembre 2012

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Je ne suis pas maladroit au point d'être inconscient de mes effets. Entre le dispensable et le musical, je choisis le musical. Lire "De si jolis chevaux" de Mac Carthy, par exemple. L'échange est intéressant en tout cas, merci.

Écrit par : Christian | vendredi, 21 décembre 2012

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