mercredi, 09 décembre 2009

Cadeau - Roman avorté III

Du lourd. Une envie de me détendre, d'écrire un roman "facile", distrayant, sans prétention. Et puis, rien à faire, je me suis vite lassé de ces petites aventures débiles. L'idée : un Kho-lantha où les candidats affrontent les épreuves d'un univers d'Heroic Fantasy, avec dragons, sorcières, chevaliers, etc. sous l'oeil des caméras. Je n'ai même pas relu tellement c'est bête.

Depuis trois jours, le fleuve charriait des restes de forêt dans un bouillonnement fauve. Ses flots contrariés par les rochers des berges explosaient en vapeurs froides qui trempaient jusqu’à la lumière. Les aventuriers descendirent de chevaux, leur route s’arrêtait là. Encombré de sa lourde hache à double tranchant, l’homme le plus grand s’avança vers le roulement incessant du fleuve. Il tendit l’arme au-dessus, en une passerelle imaginaire : « Ce devait être un gué, ici, paraît-il » Les autres le rejoignirent pour constater.  « Qu’est-ce qu’on fait, Franck ? » Franck observa ses équipiers. Jusqu’à présent, tous avaient suivi ses directives, son charisme naturel. Kamel, avec assez de philosophie et de distance amusée, voire sarcastique ; Marco, très costaud, souple, un corps comme une machine bien huilée, mais un esprit délié, sûr de lui ; Kévin, grande gueule désagréable, toujours geignant, qui avait failli plusieurs fois être éliminé, mais toujours là tout de même ; Sol, le plus âgé du groupe, le plus paumé aussi, le plus faible, mais le plus doux de tous, le plus drôle aussi, malgré ses calembours foireux ; Souad, une grande gueule encore, mais sportive, courageuse, un bon élément, et Lubna enfin, sûrement castée par la production pour constituer le quota poupée de la saison. Un poil plus dangereuse que Souad, parce que troublante, manipulatrice, maintenant par sa seule présence une tension entre les mâles de l’équipe.

mardi, 08 décembre 2009

Cadeau- roman avorté II

Un thème dans lequel je me suis plongé avec enthousiasme, pour admettre au bout de quelques pages, que cela ferait tout juste une bonne nouvelle. L'histoire d'un écrivain mourant qui s'associe à une firme informatique, créatrice du premier logiciel quantique et donc, du premier ordinateur "créatif". L'écrivain se sachant condamné, passe un accord avec l'entreprise pour que Hugo 01 (le nom de l'ordinateur), auquel il a confié intégré tout son savoir, ses souvenirs et l'ensemble de son oeuvre, poursuive son travail et publie ses projets à titre posthume. C'était une façon d'aborder le mystère de l'écriture, et tant de thèmes tournant autour de ce sujet. Celui-ci, j'y reviendrai. Je n'ai pas peur de le livrer ici, parce que cent auteurs écriraient cent romans différents à partir de ce sujet. Le phrasé est celui du "baiser..."

 

On a fini par s'habituer, Hugo-01 a mis tout le monde K.O., toute la production littéraire du monde entier, balayée par la puissance de calcul d'un super ordinateur, ajoutée à la qualité d'écriture et l'ambition des sujets de Lamberto Erco, prix Nobel de littérature. Chaque année, des milliers de pages, une production foisonnante, sur tous les sujets et dans tous les genres, de la comédie à l'essai, du roman à la nouvelle et du scénario de films au livret d'opéra, d'un auteur jamais fatigué, jamais en panne d'inspiration, écrivant à jet continu des monuments de la littérature, traduisant simultanément ses propres ouvrages dans toutes les langues, tous les auteurs ont essayé de lutter et puis l'un après l'autre ils ont déclaré forfait, on pouvait bien regimber sous cet étouffement, tout bien considéré, il suffisait de lire la production de Hugo-01 pour être convaincu que personne ne faisait mieux et ça donnait la rage partout, les auteurs les plus jeunes, explosifs, vindicatifs, y allaient de diatribes en vers libres en configurations nouvelles en formes inédites, tout de suite, dans les minutes qui suivaient leur édition ou leur mise en ligne, Hugo faisait mieux, plus ample, plus riche, plus beau et pour s'amuser (en plus, Hugo a de l'humour) l'ordinateur devançait toutes les formes littéraires, provoquait des avancées incroyables dans les genres, en inventait de nouveaux et même se payait le luxe d'écrire des essais critiques sur sa propre production, des critiques d'une hauteur de vue stupéfiantes, de quoi abattre aussi les universitaires, sans parler de son premier essai philosophique qui a fait l'effet d'une bombe, vous vous en souvenez, quand Hugo a rassemblé et synthétisé les considérants athées chers à Erco et a proposé le cardinalisme, une sorte de physique de la pensée qui a réussi à faire taire momentanément Miguel Onfray, bref personne n'arrivait à suivre, c'était une compétition absurde, on a fini par laisser faire, par abandonner, ce n'est pas noble, c'est affligeant, mais à part quelques auteurs dont les fans assuraient qu'Hugo ne les vaudrait jamais ce que le logiciel a immédiatement contredit en produisant de faux polars, de faux livres de SF, de faux livres érotiques de faux recueils de poésie desdits auteurs, absolument bluffants  les autres ont simplement arrêté d'écrire. Certains se sont suicidés, artistiquement s'entend, en allant cultiver du safran ou des salades, quant à papa, il a juste laissé tomber, pour devenir lecteur de Hugo-01, comme il l'était de Erco, son modèle. Il écrit bien encore un peu, mais plus aucun éditeur ne veut de ce qu'il appelle « mes petites logorrhées », maintenant qu'Hugo-01 est là.

 

 

 

 

lundi, 07 décembre 2009

Cadeau

On fait les cadeaux qu'on peut. Pendant quelques jours, je vais vous livrer ici des débuts de romans abandonnés. Abandonnés parfois presque à terme ou bien avancés, mais dont je n'étais pas satisfait, ou dont l'idée n'était pas assez riche, pas assez ambitieuse ou mal abordées. Il y a certaines choses que je reprendrais peut-être un jour. Voici pour commencer les première phrases de "L'Husine". Retardé, repris malgré tout, puis avorté définitivement à un nombre de pages équivalent au "baiser de la nourrice", et justement... "Le baiser..." est un retour sur l'univers de "L'Husine" deux ou trois ans plus tard, vu sous un autre angle. Et enfin, "ça" a fonctionné.

 

L'Husine. Le froid du petit matin, les loupiotes accrochées au béton. Au milieu de la foule de têtes rases qui avancent, le petit Mido, inquiet mais fier, l'épaule meurtrie par un sac de nourriture trop chargé. La main de son père sur l'autre épaule. La silhouette de son père que Mido vit longtemps massive et altière ; qu'avec le temps il admettrait voûtée et fatiguée.

L'Husine et son goût de fer et de graisse, perceptible dès l’ouverture. Et les portes franchies, cette lumière inhumaine, pesant sur la nuque avec son haleine de bruit, qui écrase et vous dit d'obéir. L'Husine aux dimensions incroyables, qui avale le trop jeune Mido, l'éloigne de son père et le propulse devant une machine formidable. L'homme qui l'accompagne lui apprend que c'est une "pondeuse" –une sorte d'emboutisseuse. Il hurle "pondeuse" la main en porte-voix, pour percer le vacarme de la masse d'acier qui s'abat d'une hauteur de maison. Mido reçoit la première secousse comme un camion vous percute. Les vibrations propagées depuis le sol le tétanisent. Il comprend qu'il lui faudra côtoyer cette bête, composer avec elle, l'apprivoiser. Malgré ses quinze ans, il a pitié des hommes qui travaillent ici, qui circulent négligemment autour de cette mécanique vorace.

dimanche, 06 décembre 2009

Ecrivain ? Pff !

 

Pourquoi mon roman n'avance pas ? Parce que je suis un gros flemmard, voilà. Facilement distrait de ce qui devrait être mon unique but dans la vie. Et dire que je me prétends écrivain ! Des mots que j'ai proférés (par écrit, avec gravité) me reviennent « L'écrivain... Celui qui n’a, pour exprimer le monde qui l’entoure, que le moyen de l’écriture, mais n’ayant que ce moyen, s’y engloutit, s’en vêt et s’y réchauffe, l’affine, le tourmente et l’élève... » Foutaises ! Je suis en colère contre moi. Me voici par exemple, cet après-midi sans entrave, dans la maison silencieuse que les chats n'osent troubler, devant mon ordinateur, avec notes, livres, tout... Et je zappe soudain l'écriture, trouve plus intéressant d'aller fouiner les derniers articles de Mediapart ou du Monde, m'évade un peu en direction des effets spéciaux de 2012, m'égare carrément sur youtube ou dailymotion. Quand je réalise que je suis en train de soupirer devant une vidéo expliquant que les présidents des États-Unis sont des extra-terrestres franc-maçons dont l'aspect reptilien est masqué sous une habile apparence humaine, une grande lassitude s'abat soudain sur mes épaules et je me dis que, tout de même, je devrais me reprendre. N'empêche que trois heures sont passées. La journée s'achève, et mon roman n'a avancé que de deux lignes, même pas bonnes. Écrivain ? Pff !

mardi, 01 décembre 2009

Cerné par la doc

Juste pour le plaisir, et puis parce que ça me fait une note pour pas cher, je copie ci-dessous la liste des documents que j'ai lus, dépouillés, dont j'ai extrait le matériau qui m'intéresse, pour mon roman en cours. Ne sont pas cités ici les petits détails, anecdotes, pris sur le net, les croquis saisis sur mon calepin, et les documents trouvés dans les greniers des particuliers, qu'on ne peut baptiser de bibliographique, et néanmoins fichtrement importants. J'ajoute que cette liste évolue souvent, au hasard des recherches, et quand une précision s'impose dans un domaine quelconque. Une nouvelle quête commence alors. En tout cas, c'est le dernier roman historique que je fais. (les lettres entre parenthèses, sont des notations personnelles, pour m'y retrouver).

(A)- Histoire de la vie privée. 4- De la Révolution à la Grande Guerre. Duby et Ariès (points + édition avec illustrations).
(A2)-Les intellectuels en Europe au XIXè, Christophe Charle (Points)
(B)-Histoire de la politesse de 1789 à nos jours, Frédéric Rouvillois (Champs histoire)
(C)-Les disparus du Littré, Héloïse Neffes (Fayard)
(D)-Histoire de la France rurale. 3- De 1789 à 1914 (Seuil)
(E)-La société française au XIXè. Dupaquier, Kassler. Pluriel (statistiques).
(F)-L'art au XIXème siècle (Hazan)
(G)-A la recherche du temps perdu, Proust.
(H)- La mode au masculin, John Peacock
(I)- Le costume français. (Flammarion)
(J)- Encylopédie illustrée du costume et de la mode (Gründ)
(K)- Trésor de la langue française. Dictionnaire de la langue française du 19è et du 20 è. CNRS Gallimard.
(L)- La France du XIXè siècle. Pierre Albertini. (Les fondamentaux Histoire ; Hachette)
(M)- L'éducation des filles au XIXè siècle. Françoise Mayeur.
(N)- La naissance du monde moderne. C.A. Baily (Monde diplomatique).
(O)- Séduction de la chaussure. (Bibliothèque des arts) voir notes sur calepin moleskine.
(P)- Le vêtement. Piero Ventura.  voir notes sur calepin moleskine.
(Q)- Les costumes régionaux d'autrefois. (Archives et culture). La Loire, p. 94.  voir notes sur calepin moleskine.
(R)- Modes et vêtements. Gallimard découvertes.  voir notes sur calepin moleskine.
(S). Un livre sur les parfums (pas noté la référence. Bravo).  voir notes sur calepin moleskine, page 150.
(T)- La mode illustrée, le journal de la famille. Année 1867, trouvée à la bibli Déchelette (voir calepin moleskine, pages 167, 170, 171).
(U)- Le corps et l'âme, la vie religieuse au XIXème siècle. Odile Arnold. Seuil. L'univers historique.
(V)- Le savoir-faire et le savoir-vivre, guide pratique à l'usage des jeunes filles. Clarisse Juranville. Une mine. Tout y est !
(V2)- Le premier livre des petites filles, par Clarisse Juranville. Librairie Larousse.
(W)- Le dix-neuvième siècle. (1901). Librairie Hachette et compagnie.
(X)- Le pèlerin, 1879 (troisième année). Exemplaires de l'année, reliés.
(Y)- Femmes à la campagne au 19ème siècle, exemples foréziens. Marie-Pierre Souchon.2003. Village de Forez.
(Z)- L'ouvrier. 1864 ; 1870 ; 1871.
(A3)- Veillées villageoises, entretiens sur l'agriculture moderne. 1869. par Neveu-Derootrie. Treizième édition. Librairie de L. Hachette et compagnie.
(B2)- Cosmos. Revue des sciences, 1889.
(C2)- Hortense et Jean-Marie, ouvriers tisseurs, par Danièle Miguet. (les cahiers de fabrique, écomusée du roannais. Octobre 1986).
(C2)- Travail et travailleurs à Roanne au 19ème siècle, par Jean-François Martinon. (les cahiers de fabrique, écomusée du roannais. Décembre 1987).
(D2)- Gens de tissage, hors série édité à l'occasion de l'exposition « Drôle de trame », sous la direction de Philippe Massardier. (les cahiers de fabrique, écomusée du roannais. Novembre 1987).
(E2)- François Arago, son génie et son influence, par A. Audiganne. Deuxième édition « mise au courant des progrès industriels » (sic). CAPELLE, libraire-éditeur, 1870.
(F2)- Mes prisons, Silvio Pellico, suivi de Discours sur les devoirs des hommes, traduction Antoine de Latour. Édition illustrée par Tony Johannot, de 100 beaux dessins (sic). Lebrun, libaire-éditeur. 1870.
(F3)- Lettres du révérend père Lacordaire à des jeunes gens. Deuxième édition. Charles Douniol, 1863.
(G2)- Mariages et noces campagnardes dans les pays ayant formé le département de la Loire. Paul Fortier-Beaulieu. Libraire orientale et américaine. 1937.
(H2) - Revue du Lyonnais » série 3 - n°14 ( 1872 ) » pp.233 à 246. Une visite à l'exposition universelle de Lyon Mlle Adèle Souchier. Bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon.
(I2)- La vie quotidienne en France en 1830. Robert Burnand. Librairie Hachette. 1943.
(J2)- Mgr Dupanloup, un grand évêque. Emile Faguet. Hachette, 1914.
(K2)- Etude critique sur les projets et dessins d'architecture (envoyés à l'expo universelle de Lyon, 1872). C. Jamot; Travail lu à la séance de février 1873 de la société académique d'architecture de Lyon. Impr. Louis Perrin – Lyon, 1873.
(K3)- Dictionnaire historique de Lyon. Béghin, benoît, Corneloup, Thévenon. Ed. Stéphane Baches. Mai 2009.
(L2)- Exposition universelle. Lyon. 1872. Esprits d'un siècle : Lyon 1800 - 1914.

(M2)- Histoire de la conscription. Annie Crépin. Folio Histoire, 2009.

(N2)- Guide Diamant de Lyon. Plan de Jouanne. 1872.

(N3)- Nouveau guide de l'étranger à Lyon. Josserand. 1872

Et j'oubliais : Le journal de Roanne (sur microfilms), années 1870, 1871 et 1872 (en attendant la suite)

 

 

lundi, 12 octobre 2009

Délai de grâce

Sans compromettre la date de sortie de mon dernier roman, j'ai demandé l'autre jour à mon éditeur de me laisser encore un peu de temps.  Il m'a octroyé jusqu'au 15 octobre, pas un jour de plus. C'est que ce texte est relativement frais, pour moi. La première mouture achevée date de janvier de cette année. Je veux dire qu'habituellement, je ne confie au jugement des autres qu'une version amendée un grand nombre de fois, après plusieurs séjours dans les tiroirs et remises en question diverses. Cela peut durer un an, parfois plus. Un travail de l'épreuve au temps, une lente maturation de façon à m'assurer que  je révise l'écriture avec le plus de recul possible. Pour "le Psychopompe", je n'en suis qu'à la troisième ou quatrième version. Le manuscrit, par exemple, n'avait subi l'épreuve de l'oralité (la lecture à haute voix) qu'une seule fois, lors de la première version. Ces jours-ci, ma douce a repris cette lecture sur une nouvelle version, et nous sommes tombés d'accord sur certains aménagements. L'écoute du texte n'est pas un mode nécessaire et suffisant pour corriger, mais il inspire des modifications différentes de celles qu'imposent la lecture silencieuse. On aborde l'écriture d'une autre façon, ce sont d'autres défauts qui apparaissent. Flaubert le savait bien, quand il arpentait son gueuloir. Enfin, après une semaine de perfectionnement, je viens d'adresser l'ultime version à mon éditeur. Je crois que c'est un bon livre, exigeant. Ma douce l'adore. Malgré la vitesse imposée par le "timing" de mon éditeur, je n'ai pas mégoté, j'ai affiné aussi sérieusement que possible ce nouvel opus. J'espère qu'il vous plaira.

 

samedi, 10 octobre 2009

retrouvailles

Ô l'étonnante jubilation de se voir écrivant, ô l'absolu bouleversement de laisser filer les doigts sur le clavier, de reconnaître cet élan. Reprendre l'écriture, enfin !

dimanche, 02 août 2009

Ne pas écrire

J'ai toujours défendu l'idée que, pour écrire (notamment écrire des romans), il ne faut pas attendre d'avoir du plaisir à le faire. C'est-à-dire qu'une certaine exigence de production nécessite une régularité, un labeur, incompatibles avec l'inspiration, l'envie, le désir. Malgré cela, il faut bien admettre que je suis parfois confronté au manque absolu d'envie d'écire. Plus précisément, dans le récit que j'ai mis en chantier, une scène résiste. Une scène de repas à plusieurs voix, sous le regard d'une jeune femme. Impossible de trouver l'angle intéressant, impossible d'écrire deux lignes intelligentes, originales sur ce thème. Impossible pareillement de passer à une autre scène, contrairement à ce que je fais parfois dans de tels cas de blocage. Mon agacement est multiplié par le fait que, comme je le disais dans un billet récent, je n'ai jamais travaillé dans d'aussi bonnes conditions, dans une pièce rien qu'à moi, entouré de livres par centaines, tandis que les vacances me donnent du temps et protégé par la tendresse de ma douce. C'est extrêmement désagréable de se trouver en panne dans un tel contexte.

Même Kronix reste sec, comme vous avez dû le remarquer (non ? Ah.), mais, pardon, c'est un peu moins grave, pour moi. Est-ce par compensation ? J'ai beaucoup lu ces derniers temps, notamment les autres livres sélectionnés pour "lettres frontière". je n'ai pas fini (pas tout reçu), mais "Twist", "laisse les hommes pleurer", "La main de Dieu", et les romans de Claudie Gallay (lu plusieurs dans la foulée, dont l'excellent "L'office des vivants" en attendant "les déferlantes"), m'ont beaucoup impressionné. Je lis aussi "La chambre claire" de Roland Barthes, à cause d'une prochaine lecture en public, avec mes précieux amis Jean Mathieu et Dominique Furnon. J'ai aussi lu récemment "La grande Beune" et "les onze" de Michon. Quelles merveilles !

Je m'occupe, quoi, en attendant que "ça" revienne. Pas facile, des fois...

dimanche, 19 juillet 2009

Au suivant

Mon éditeur vient de me le confirmer : mon prochain roman, "le psychopompe" sortira à la fin de l'année. Quant au "baiser de la nourrice", ma foi, il continue son petit bonhomme de chemin. Je suis invité le 11 septembre à Thonon, pour en parler.

En attendant, j'ai beaucoup de mal à reprendre l'écriture du dernier. Je n'ai pourtant jamais eu de meilleures conditions pour travailler : du temps, un beau bureau, de la documentation à disposition, et l'admiration infatigable d'une femme aimante.

Pas de panique, je sais que ça reviendra. Ma hantise par rapport à ce projet, est de baser ce très long chantier (sûrement plus de deux ans d'écriture), sur une forme vieillie. Ma douce a beau me rassurer, je doute.

La prochaine pièce de théâtre est un projet magnifique dont j'espère avoir l'occasion de vous parler. Car il ne s'agit pas seulement de l'écrire, mais de mêler à son élaboration les comédiens qui vont l'interpréter, et l'expérience de peintres, puisqu'il sera question de l'acte de peindre. Il nous faut un financement minimum, sans lequel rien n'est envisageable. Une récente conversation avec une jeune actrice qui défendait l'idée de la création sans financement, et donc libre, me revient à ce sujet, et j'écris vraiment comme une savatte ce matin.

D'abord, des expériences à "budget zéro", j'en ai pratiqué depuis toujours, je connais, merci, et, justement, je n'ai fait que ça. Bidouiller, "faire avec", trouver des solutions malignes, s'appuyer sur les bonnes volontés, renoncer à certaines idées, j'en ai ma claque. A partir d'un certain niveau d'ambition, je crois qu'il faut de l'argent. Pas des fortunes, je vous rassure -il sera toujours question de se démerder avec des budgets restreints- mais au moins avoir la possibilité de réaliser quelque chose qu'on a conçu avec la perspective d'un certain confort. C'est gratifiant, de parvenir au résultat escompté, c'est gratifiant aussi de pouvoir rémunérer ceux qui travaillent autour de vos idées.

Disant cela, je revendique aussi le statut libertaire et la nécessité d'une culture anticonformiste, pauvre, hirsute, qui survit sous les déchets de l'autre, et qui est le sel de la terre. Celle qui continuera toujours de palpiter, malgré les ors et les ordres. Celle qui n'a pas besoin d'argent. Pratiquons les deux, n'ayons de mépris ni pour l'une ni pour l'autre.

samedi, 06 juin 2009

Depuis le temps

En ce moment, je travaille sur mon prochain roman (enfin, il y a toujours un prochain roman : je les enchaîne infatigablement). La nouveauté pour moi, est qu’il se passe entièrement au 19ème siècle. Disons de 1850 à 1914, en gros. Deux générations, et deux sociétés, l’une rurale, l’autre petite bourgeoisie commerçante de province. Je suis plongé dans de la documentation jusqu’aux oreilles. C’est à la fois très pénible, laborieux, mais c’est évidemment un régal pour l’intellect. J’amasse une quantité d’informations incroyables, depuis le prix du pain, la forme des banquettes de train de deuxième classe, les façons de dire bonjour, les rituels de fiançailles, jusqu’au vocabulaire utilisé alors et disparu ensuite, les courants de pensée, la durée du service militaire, la manière d’imperméabiliser de la toile ou de refroidir un dessert. Grâce à la diligence de ma douce, je dois avoir une douzaine de livres de référence sur la période, étalés autour de mon bureau, je dois en avoir lu des centaines de pages, avoir fait des heures et des heures de journaux microfilmés à la médiathèque, des sondages chez des collectionneurs, des spécialistes dans tel ou tel domaine, en attendant certaines visites de musées… J’arrache le récit à la chair du quotidien. A cause de tout ce travail de documentation, le roman lui-même avance très lentement, en moyenne neuf pages par mois, c’est bien tout. Mais je ne suis pas mécontent du résultat. Parce que l’idée, ayant compulsé tout ça, est de ne pas m’appesantir sur les détails, de ne pas paraître démontrer que j’ai bien fait mes devoirs. L’idée est simplement de plonger le lecteur dans une époque, sans avoir l’air d’y toucher. Je vais donc poursuivre sur cet axe, tranquillement, sans prévoir de date de fin d’écriture (je m’en suis bien fixé une, mais pour une fois, je vais la dépasser allègrement).

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