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  • A la manière de

    Récemment, un précieux ami m'adressait un florilège d'exercices où il s'était amusé à des pastiches littéraires sur notre actualité. Le résultat m'a assez amusé et intrigué pour me joindre à lui, et je vous propose, aujourd'hui et pendant quelques jours, de petits textes "à la manière de". On commence par Hugo, noblesse oblige.

    "Des abîmes où l'obscure terreur vit naître sa puissance, le virus couronné déploya ses prodiges. Il embrassa l'Asie, déposa sur l'innocente Afrique ses lèvres vénéneuses, submergea la Perse et l'Arabie, étendit ses noirs effarements sur les populations d'Europe et, contre l'Amérique, précipita sa sombre vague. Dieu voyait ce mal coucher les créatures, et lui-même pleura, à ce que dirent les anges."

     

    Demain : Céline.

  • 3767

    Besoin d'espace ?

    "D'Amprosy pendant dix jours, puis de Benter, abordé sans que rien ne distingue ce pays du précédent, les étendues sans limites vibraient et jouaient comme roule et s'étale l'océan sous le ciel. Les contours d'une montagne qui émergeait sur l'écran du ciel n'étaient pas modifiés par la progression de la marche, après plus d'une semaine. L'horizon intact s'associait aux étoiles ou à l'aube. Il était inatteignable. Les orages s'y acheminaient avec une mollesse d'obèses ; on les distinguait à la limite du perceptible, naître dans un lointain aux profondeurs de songe, s'amonceler en bleuissant, devenir masses et colonnes tandis que la cape du ciel jetait sa transparence sans accidents, sur le reste du monde. Là-bas, dans une parcelle exiguë du pays gagnée par l'obscurité, des régions entières fondaient sous l'écroulement noir des nuages, et les éclairs s'agitaient, muets, tonitruances étouffées par les immenses distances qui les séparaient de la caravane. Les voyageurs assistaient à ces cataclysmes avec la candeur tranquille du spectateur qui voit des massacres sur la scène, sans craindre d'être atteint. L'enfant inspirait l'espace dont l'air parcourait, en accélérant, les plats abîmes, il s'enivrait d'immensité."

     

    "Sans titre" roman en cours d'écriture.

  • 3759

    Récemment un journaliste relevait que trois ans séparaient la sortie de « Noir Canicule » de celle de mon précédent roman, « La Vie volée de Martin Sourire ». C'est vrai. On pourrait croire à de la paresse, une suspension dans l'écriture, un manque d'inspiration. Rien de tel, et vous allez comprendre. Rappelons d'abord que quelques réalisations sont venues rompre ce long silence : La parution de « Rives, Mines et Minotaure », au Réalgar, suite à une résidence à Saint-Etienne ; la pièce « Le sort dans la bouteille » créée cette année par la troupe 360 degrés ; ajoutons ce qui va être réalisé et a été écrit pendant ce laps : la nouvelle version de la pièce « Peindre » pour la compagnie NU ; les scénarios pour Cédric Fernandez, qui seront publiés chez Glénat ; des albums pour le dessinateur Sarujin ; quelques petites chansons pour une amie...
    Surtout, ce qui m'a pas mal occupé pendant ces trois ans de relatif silence éditorial, a été l'écriture de pas moins de quatre romans : « Le Radical Hennelier » et « Demain les origines » pour Mnémos ; « Mado » et « Les inconsolables » pour Phébus. Quatre romans, dont un, énorme, de presque 700 pages. Tous refusés. Oui. Autant dire que ce temps, s'il a pu paraître long à certains lecteurs (je n'ai pas eu de plainte, mais imaginons), m'a semblé, à moi, un interminable calvaire. J'en étais à m'interroger sur le statut d'écrivain que je revendique (car un écrivain qu'on ne publie pas est-il encore digne de ce titre ?). Les amis, je peux vous dire que ça a été une dure épreuve à négocier, cette série de refus. Je commençais à croire que je ne serais plus jamais publié. A peine cicatrisé, je ne peux même pas être sûr que « Noir Canicule » est le signe d'un retour à l'édition régulière. Enfin, c'est une sorte de reprise. D'autres manuscrits sont en cours ou déjà envoyés.
    Ceci pour anticiper sur la question traditionnelle : « Et le prochain ? » Ben, j'en sais rien. Je sais ce que je fais ; j'ignore ce qu'on fera de ce que je fais.

  • 3756

    Une des toutes premières critiques à propos de "Noir Canicule" me fait vraiment chaud au cœur. Sur le blog de cannetille, la lectrice qui a parfaitement compris le sens et les thèmes du livre. J'en suis tout chamboulé.

    Elle écrit : "Cette canicule a au final des accents vaguement apocalyptiques, ressentis dans leur chair et dans leur âme par des personnages atteints dans leur intégrité et leurs fondamentaux. Elle est la représentation au sens propre de leur surchauffe personnelle, dans un monde qui doute et se sent à la dérive, vers un inconnu inquiétant et dangereux. 
    Etrange et dérangeant, voici un livre dont on sort pas indemne et qui laisse des questions plein la tête, tant cette histoire reflète le mal-être d'une société de plus en plus sujette à la peur, rationnelle ou non, de ne pas maîtriser son avenir."

    En plus, elle ne divulgâche pas. Merci, chère lectrice inconnue.

  • 3752

    Hier soir, nous célébrions l'ouverture d'un chantier d'importance qui va, Cédric Fernandez (au dessin), Franck Perrot (à la couleur) et moi (au scénario), nous embarquer pour une collaboration de deux ans, au bas mot : la réalisation, pour Glénat, d'une BD en deux volumes sur la conquête du Mexique par Hernan Cortés. Un projet lancé il y a une dizaine d'années sous l'impulsion de Cédric, et qui a mis tout ce temps pour trouver un éditeur.
    Hier, avant de déboucher le champagne, tandis que je transférais de la documentation sur mon ordinateur, Cédric et moi nous amusions du nombre de fichiers contenus dans le dossier qui, par thésaurisation, résume notre collaboration : 11 titres. Et tous d'un bon niveau, je vous assure. De la piraterie fantaisiste à l'adaptation littéraire, d'un récit d'histoire contemporaine à un drame shakespearien ayant pour cadre la Scandinavie du VIIIe siècle en passant par la mythologie grecque, nous avons exploré tous les thèmes qui nous interpellaient. Le plus étonnant, encore, est la durée que l'ensemble symbolise : une vingtaine d'années. Dire que nous sommes têtus serait un euphémisme, vous l'avez compris, mais est-ce bien cet entêtement qui s'est révélé payant ? En partie seulement : le facteur déterminant est que Cédric et Franck assurent depuis pas mal d'années des réalisations qui font des succès de librairie (Saint-Exupéry, Les forêts d'Opale, Les Faucheurs de vent, bientôt Notre-Dame de Paris) et que les éditeurs leur font confiance, désormais. Je ne suis donc qu'un invité, reconnaissant de la chance qui lui échoie. Sans Cédric, je sais que j'aurais pu m'échiner encore des années sans le moindre résultat. L'aventure commence donc, et nous entrevoyons l'énormité du défi. La reconstitution d'une histoire aussi exotique et lointaine, la richesse graphique que nous voulons atteindre, l'ambition du récit, nous font considérer ce diptyque comme un enjeu particulier. Pour le reste, si vous lisez ce billet comme un hommage à mon ami dessinateur qui a si fidèlement tenté de me faire intégrer ce milieu pendant tout ce temps sans rien lâcher, vous avez raison.

  • 3750

    « Le sort dans la bouteille » est une commande, une pièce écrite à l'origine pour être interprétée par un seul comédien : François Frapier (qui fut naguère, un exceptionnel Dédale, dans « Pasiphaé »). J'avais imaginé pour lui un personnage, mauvais et impatient, houspillant le public qui ne s'installe pas assez vite, et presque pressé d'en finir. François aurait interprété tous les rôles, commentant les faits et les actes, et sommant le public d'approuver ou de protester.
    L'histoire qui inspire ce spectacle est bien connue des romorantinais. C'est un fait-divers de la fin du XIXe siècle, en Sologne : l'assassinat d'une pauvre vieille par sa fille et son gendre, paysans convaincus de se débarrasser du sort qui s'acharne sur eux, en la faisant brûler vive comme une sorcière. Les deux finiront décapités, sur la guillotine installée devant l'hôtel de ville de Romorantin.
    La très belle idée de François a été de chambouler le parti pris initial. Il a confié « Le sort dans la bouteille » aux élèves de son « atelier 360 degrés ». Deux poignées de personnalités, un concentré de jubilation et de curiosité, qu'il a emmené dans ce projet pendant plus d'un an. D'abord, il les a invités à considérer le texte comme une matière à creuser, à malaxer, à domestiquer, à s'en servir aussi de malle au trésor : allez y chercher des pépites, des colliers, des masques, y fouiller les intentions, les mots, les cris, les éclats et les ombres. Une démarche déstabilisante pour qui aborderait le théâtre de façon conventionnelle : distribution des rôles, apprentissage, exploration des personnages, costumes et décors... Là, les comédiens, tous amateurs, ont d’abord dû errer dans l'épaisseur du verbe, comme s'y baignant, s'y égarant parfois. Période difficile, m'ont-ils confié. Difficulté voulue par le metteur en scène. Et puis, lentement, la pièce a émergé, récit choral, voix dépliées, reprises, personnages échangés, prières, colères, peurs, haines, cocasseries et drames… les comédiens se sont appropriés les mots.
    J'étais récemment invité à la première représentation du texte, une forme hybride entre interprétation et lecture, une forme vivante, en voie d'achèvement. Expérience passionnante. On ne voit plus tel ou tel, tous les personnages sont comme fragmentés et se reconstituent sous nos yeux, par la magie de l'incarnation à plusieurs.
    La salle de la MJC était pleine, la chaleur vite étouffante. L'idée de faire brûler une mèche de cheveux dans un des rares moments « mis-en-scène » de la pièce (un rituel de sorcellerie dans la pénombre), a coloré le moment d'une âpreté bienvenue, tout à fait cohérente avec le propos.
    Pour le reste, la troupe s'est démenée, s'est amusée, a capté l'attention et suscité les réactions espérées, rires déployés ou gorge nouée. C'était bien. Et prometteur, car ce n'est qu'une étape : l'expérience sera poursuivie jusqu'à effacement du texte, appropriation et incarnation. Au delà d'une simple interprétation, grâce au travail en profondeur entrepris par François et sa troupe.
    Vous pensez bien que, pour un auteur, assister à cette ré-génération, ressemble à une déclaration d'amour. Et comme chaque fois qu'on a dit m'aimer, j'ai d'abord été incrédule, avant d'être soulevé de reconnaissance.
    Merci François, merci les amis.

  • 3746

    Tu abordes le roman comme le sculpteur sa pierre. Tu n'as pas fait de maquette d'argile, tout est dans le burin. Et vas-y que tu cognes jusqu'à ce que la forme, enfin, émerge. Ensuite, c'est trop tard, tu ne tailleras pas davantage : le nez est trop court, les jambes mal proportionnées, le marbre avait des défauts. Tant pis. Déjà, un autre bloc se présente et tu empoignes l'outil.

  • 3745

    Comme aux petits dieux, il faut aux auteurs des croyants pour exister. Quand la foi des orants s'éteint, le petit dieu s'étiole et glisse vers l'état de vestige qu'on visitera peut-être un jour.

  • 3743

    La littérature vomit les tièdes.

  • 3734

    « J'ai fait venir une clim' pour mon bureau, dit-elle en se forçant à rire. Sauf que j'ai passé toute ma journée en rendez-vous extérieurs et je me sens crade. Gluante. En plus, ça encombre. Maintenant, si je mets l'appareil en route, je vais prendre froid. — C'est absurde, dit Nicolas après un temps. Tout ce qu'on fait est absurde. — Je ne crois pas. — Non, bien sûr, parce que tu fais des choses importantes. » Elle émit un gloussement. « Ça va, me cherche pas. Fait trop chaud. — Un boulot qui mérite qu'on travaille au frais. — Si tu veux. — On a vraiment eu peur pour Pierre. Maman était... — Tu as assuré. Merci. » Elle avait perçu le reproche sous la phrase, il le savait. Il lui était reconnaissant de ne pas s'être offusquée, de ne pas avoir bondi sur cette pique. Il avait été injuste. « Une épreuve, souffla Nicolas. J'ai trouvé ce que c’est, cette canicule. Une ordalie. — Une ordalie ? — Une brûlure qu'on s'infligeait pour prouver sa bonne foi. Si la brûlure guérissait dans un court délai, c'est que Dieu attestait de ton innocence. — C'est débile. — C'était la vérité d'une époque. Elle était indiscutable. Nos morts sont indiscutables. La canicule est indiscutable. Le fait que nous y soyons tous pour quelque chose est indiscutable. — Tu plaisantes ? C'est discutable. Tu vas pas me ressortir tes histoires de réchauffement climatique ? — Non, rassure-toi. C'est ma vérité, ce n'est que ma vérité indiscutable. — Indiscutable. — Comme les appareils qui rafraîchissent et contribuent au réchauffement, comme tous ces objets… » Il se tut. Livia marmonnait un air à la mode. Elle lui laissait la parole ; cela lui arrivait parfois. Elle avait envie de quelqu'un en veine de bavardage, ce soir. Nicolas tombait pile. « Tu te rends compte qu'ils ont tous un nom ?, reprit-il vivement, comme inspiré. Tout porte un nom, c'est effrayant. Les objets que l'on nomme. Cette manie de définir la moindre chose. » La frappe sur le clavier avait repris, elle n'était déjà plus là. « Rien n'échappe à notre frénésie de taxonomie. On définit tout, jusqu'au cloaque du moindre insecte, la substance du moindre microbe, jusqu'au fragment le plus infime du temps. C'est une façon d'assécher le monde. Et on n'a qu'un nom pour la canicule. Alors que ceux qui ont succombé à l'ordalie... — Dis-donc, ça cognait à Roanne... — La confusion de cadavres comme disait Flaubert, tous ces anonymes. Et tous ceux des siècles à venir. La foule est innommable. — Dieu est innommable. » Il grogna. Elle aurait toujours le dernier mot.

     

    Noir canicule. Extrait. Sortie en mars, chez Phébus.

  • 3731

    "Nos rêves ne sont pas de valeurs égales. Il en est de plus marquants que d'autres, révélés aux portes du jour, qui bouleversent l'âme au point de sembler dignes d'être relatés. Celui que fit l'enfant était très singulier. Agréable, solaire, il le déposa aux marges du réveil en lui laissant une impression durable d'intense bonheur. Les anciens parlèrent plus tard d'extase, et ses parents, à qui il se confia d'abord, en furent assez éblouis pour y voir un signe. Ce qui augmenta leur intérêt, c'était le visage éclairé de leur petit, son sourire habité par une joie inexprimable. Ils furent convaincus qu'une chose extraordinaire s'était passée dans la nuit. "

    Voilà, ça commencerait comme ça. Ça n'a ni titre, ni forme établie, je sais seulement que, depuis quelques jours, la merveilleuse sensation d'être obsédé par le besoin de raconter cette histoire, me sort du lit (sauf coup de froid impromptu) et me maintient éveillé tard le soir. J'ai tellement attendu de revivre cet état que je désespérais de le recouvrer jamais. C'est parti !

  • 3726

    Je retrouve un beau stylo-plume, cadeau qu'on me fit à l'époque où je couvrais des pages d'annotations quotidiennes. Je le nettoie longuement, il est grippé, encroûté de vieille encre noire. J'insère une cartouche neuve. Une cartouche d'encre bleue. Coups de griffes, traits pointillés, sinuosités hésitantes, marques vides… Enfin, le stylo veut bien rendre avec régularité ce que j'ai à exprimer. C'est de l'inquiétude, d'abord, pour mes enfants, pour ma douce, pour les miens. Les mots s'alignent, noircis par la cartouche précédente, enténébrés par les souvenirs du temps du journal manuscrit. Le bleu n'ose pas, ne se manifeste pas tout de suite car le noir est fort, il l'emporte sur des pages et des pages. Et puis, tandis que progresse l'effet apaisant de l'écriture sur les tourments de la vie, l'encre s'éclaircit, le noir s'adoucit, s'atténue, laisse la place. L'opération clarifie, et l'humeur, et les signes. Voici à présent l'encre bleue sans scorie, débarrassée de ses noirceurs. Et moi, de même, gagné par la souplesse de l'azur révélé.

  • 3715

    Quand tu écris, parfois, une certaine dynamique du récit contamine la syntaxe ou la ponctuation, et tu mets en place naturellement une forme singulière. Aucune volonté de révolutionner quoi que ce soit, simplement la ponctuation que tu as imaginée est enclose dans ton projet littéraire. Et puis, vient le temps fatidique où ton travail va passer sous les fourches caudines du correcteur ou de la correctrice. Là, c'est autre chose, il faut réguler, édicter tes propres lois, celles, inconscientes, intuitives, que tu as utilisées -et générées- dans le même temps. Et donc, ton éditeur te demande de poser noir sur blanc tes propres règles. Pourquoi, par exemple, n'utilises-tu pas toujours la forme [: "] ? Exercice salutaire. Ce qui donne, pour "Noir Canicule", le prochain :

    On mettra deux points ouvrez les guillemets [ : " " ] seulement quand la phrase qui précède la réplique contient une expression, un mot, un verbe, induisant l'idée de prise de parole directe ('une voix les stoppa' ; 'elle ajouta' ; 'la main ponctuait chaque mot' ; 'prendre à témoin')

    Attention à certains cas, comme p.5 du manuscrit. ' Il grogna pour faire comprendre sans le dire "Qu'est-ce que t'en sais" ' Je ne mets pas [ : ] avant les guillemets, malgré le verbe 'dire', parce que le personnage ne 'dit' pas ce qui suit. Il n'y a pas de prise de parole.

    La réplique s'achève par [."] quand la phrase qui la suit contient une expression, un mot, un verbe, induisant l'idée de prise de parole effectuée. ex. : [' "on va pouvoir y aller." Sa voix avait arpenté la gorge...' ]

    Enfin, il y a des cas où les paroles, les répliques, sont incluses dans le récit, sans s'en distinguer. Laisser ainsi, SVP. L'idée est celle d'une certaine distance de narration. Les phrases entre guillemets "sonnent", prennent un relief qui, dans les cas où je les ai retirés, nuiraient au rythme et à l'atmosphère que j'ai souhaité créer.

    Il reste la problématique des majuscules en début de phrase entre guillemets, que je laisse à l'appréciation du correcteur ou de la correctrice.

     

    Voilà, c'était un bref passage en coulisses. Merci de votre attention.

  • 3697

    Je sais de quoi serait composé mon enfer. On me repasserait pour l'éternité l'interminable cortège de mes heures improductives, de mes paresses stériles, et je devrais méditer sur tout ce que j'aurais pu faire plutôt que de glander ainsi. Et ma honte ne s'émousserait que très loin, au bout du spectacle. Trouverais-je une consolation dans la nombreuse compagnie de mes contemporains ?

  • 3696

    « Je crois en revanche que vous êtes, Christian, un conteur et que le genre qui vous va à la perfection n’est pas la science-fiction mais bien la fantasy. Je sais votre attachement à la SF, mais votre vision du monde, cette vision grand angle et ce goût de l’envol, la fantasy peut le porter. Et c’est le pari que vous aviez réussi avec les Nefs. (…) il vous reste un territoire à explorer, qui n’est ni de la SF ni du roman historique mais la rencontre d’une vision politique et d’un souffle historique. La fantasy. Soyez le conteur que vous pouvez être, revenez avec douceur et simplicité aux personnages en prise avec l’histoire, racontez-nous des contrées nouvelles que le temps n’a su dater mais qui sauront, par leur intemporalité, nous parler, aujourd’hui, dans cette ère troublée dans laquelle nous entrons. La fantasy française a besoin de souffle, soyez-en le vent. » Comment mon éditrice use de diplomatie pour me refuser avec élégance un manuscrit de SF… Nous avons toujours eu, elle et moi, des rapports d'honnêteté, des rapports parfois tendus, certes, mais francs (ceci expliquant cela).

  • 3691

    Le salon du livre de Saint-Etienne s'appelle "La Fête du livre". Réjouissons-nous donc, même si c'est dur à prononcer (joui-sson-nou-donc).

    J'y suis invité et, joie supplémentaire, sur le stand de la librairie "Le Quartier Latin", au côté de Jean-Noël Blanc. J'y défendrai les couleurs de mon petit dernier "Mines, rives et Minotaure", coédité par Le Réalgar et la Ville de Saint-Etienne. Un texte inspiré par mon séjour (une résidence d'auteur), de plusieurs mois dans ladite cité.

    Il sera justement question des relations entre Saint-Etienne et l'écriture lors d'une table ronde, en compagnie de l'excellent Lionel Bourg et d'autres auteurs (non moins excellents sans doute, mais dont je n'ai hélas rien lu) : Pierre Mazet, Grégory Mazenod et Jean-Louis Pichon. Nous tenterons de cerner les conditions par lesquelles Saint-Etienne est une ville romanesque. Pour cela, c'est la prestigieuse Ecole nationale Supérieure d'architecture de Saint-Etienne qui nous accueillera (et je m'aperçois qu'il vaudrait mieux que je commence à songer à y dire des choses intelligentes). Samedi 19, à 11h30.

    Et, en dehors des interviews sur RCF et France Bleue, on pourra me retrouver au Musée de la Mine pour une lecture-déambulation-rencontre, le samedi à 14 heures, et le dimanche à 10 heures.

    Le reste du temps, dès vendredi 15 heures, je serai, gentil et patient, sur le stand du Quartier Latin, pour signer des livres, comme il se doit, et ce, jusqu'au dimanche 18 heures (ou jusqu'à ce qu'on me dise "faut y aller maintenant, hein ?").

    Enfin, comme j'aurai un peu de temps vendredi, je compte bien rendre une petite visite au salon des éditeurs, une sorte de méga-off, à la bourse du travail.

  • 3686

    J'ai fait l'expérience de me lire. On se relit beaucoup, on ne se lit pas vraiment. Il faut pour cet exercice une distance que le travail empêche. Il faut une attitude détachée de certains enjeux, une posture de quidam qui ouvre un bouquin et espère passer un bon moment, tout simplement. J'ai donc lu « Les Nefs » et « Martin Sourire ». J'en conclus, chers lecteurs, que vous avez bien du mérite.

  • 3667

    Prenez deux personnages historiques (Cortés et Moctezuma, par exemple). Appuyez-vous sur les éléments disparates ou contradictoires que l'Histoire vous apporte, mettez-les en situation et assistez à ce petit miracle : les mystères de leurs actes, la folie de leurs gestes, les énigmes qu'ils laissent, sont soudain résolus par les acteurs de papier que votre imagination a fait vivre.

  • 3647

    Le mal qu'il a fait l'accompagne depuis l'origine et personne n'a le pouvoir de lui ôter ses propres chaînes. Il soulève la visière de sa casquette et que voit-il ? rien à l'horizon que la disgrâce des jours à venir. Qu'y faire ? Il a tué. On ne lui a reconnu aucune circonstance atténuante et les habitants d'ici, tout ignorants qu'ils sont des faits et des causes, ne lui en concèdent pas davantage que le tribunal qui le condamna il y a près d'un quart de siècle. Antoine ne demande pas qu'on l'absolve ; il aimerait seulement qu'on ne le résume pas à ce moment de jadis, de poudre et de stupeur. S'il revient éternellement à l'ébranlement de cette seconde vertigineuse, s'il s'y voit, retrouve le moindre détail, une énigme demeure. Qui était celui qui appuya sur la gâchette, qu'il n'avait jamais été jusque là ; qu'il ne serait jamais plus ? Or, c'est à cet homme-là que le jugement avait été rendu. C'est cet homme-là qui était la cause de la perpétuité des regards. Tout le monde semblait mieux savoir qu'Antoine la nature de celui qui avait commis le crime.

     

    Les inconsolables. Extrait.

  • 3635

    Allez, mon cher Pourbus, reviens, approche, viens me confier ta voix. Tu vas respirer, aimer et douter à nouveau, nous allons retrouver la scène. Nous allons dialoguer ensemble. Il y aura des âmes nouvelles penchées vers toi, tu diras plus nettement qui tu es, tu seras moins haut mais plus touchant. Tu seras plus près de ce que nous sommes, différents de qui nous étions il y a huit ans, quand l'écriture nous a mis au feu tous les deux, la première fois.
    « Peindre » sera une autre pièce, une autre expérience. Et elle sera meilleure, d'une certaine façon.
    La Compagnie NU se remet à l'ouvrage. Quelque chose en nous se ravive.