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dimanche, 23 décembre 2012

Le Radical Hennelier 5

     Je me suis réveillé après un temps incertain, porté par une chanson que je ne connaissais pas, avant de réaliser qu'il s'agissait d'une conversation entre mes parents. Je crois qu'ils se disputaient. Je m'étirai et rangeai mon livre, ils m'entendirent et se turent. Lucas dormait profondément, tête en arrière, bouche béante. Il faisait très chaud, très lourd, et cette fois les fenêtres de la voiture étaient ouvertes en plein. Le paysage avait pris une teinte étrange, métallique. Le ciel était maçonné par un vaste nuage noir, d'un bout à l'autre de l'horizon. Maman m’observait, elle me dit « Il va y avoir de l'orage, c’est pour ça qu'il fait si chaud. » Un gros orage, ajouta papa d'un ton morne. Il roulait toujours aussi doucement. Des voitures nous doublaient très vite. Je n'aime pas les orages. Papa me dit Je sais, maman tendit vers moi sa main pour me rassurer. « On devrait aller plus vite... » Maman eut l'air ennuyée par ma remarque et scruta la réaction de son mari. Lui ne disait rien, restait concentré sur le bout de l'autoroute aspiré par l'horizon, devant nous. Après un temps, papa sur un soupir me dit que nous roulions à 100 et que c'était suffisant, que de toute façon, il ne tenait pas à se faire remarquer. Maman commentait le paysage qui basculait dans des teintes plombées « On dirait qu'il fait nuit à présent ». Lucas dormait toujours. Papa alluma les feux.
    L'orage se déclencha brusquement, averse et foudre. L'autoroute disparut d'un coup derrière un rideau gris homogène, obligeant mon père à ralentir puis à s'arrêter complètement, à l'aveugle. Lucas se réveilla, sonné, comme si on l'avait secoué par le col. Le fracas de la pluie, son interminable mugissement, les fourches électriques, balancées au milieu de ce chaos dans un déchirement de fin du monde, avec les bourrasques de vent, tout cela percutait la tôle à coups de poings et à travers elle, jusqu'à nos cœurs. Papa râlait, maman lui agrippait nerveusement l'épaule « On ne va pas s'en sortir » Dis pas de connerie rétorqua mon père, et cette vulgarité était brutale et inhabituelle, ça ne va pas durer de toute façon, c’est toujours comme ça, il ajouta, pour atténuer son emportement. Il regardait dans le rétroviseur pour s'assurer qu'aucun véhicule n'arrivait, mais tous les automobilistes avaient dû stopper. Impossible de conduire sous un tel déluge. La violence de la tempête imposait le silence dans l'habitacle. La foudre surgissait de l'obscurité, faisait une brèche dans l'averse et sa déflagration toute proche était terrifiante. Maman criait, j'avais la trouille et mon frère n'en menait pas large, je le voyais sur les muscles de son visage défait et enlaidi.

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