Facile
le fer de machette
contre la chair
le fer coupe la peau
d'abord
elle n'a pas crié
pas là
elle a crié avant
beaucoup
elle a dit
une balle
elle a demandé
une balle plutôt
un autre genre de fer
qui fait une mort plus vite
ils lui ont dit
pas toi
le fer de la machette suffit
d'abord la peau donc
on soulève encore la machette
elle retombe
la chair s'ouvre nette
blanche
pas encore rouge
le sang gicle après seulement
on soulève la machette
elle retombe
taille l'os
elle hurle
elle hurle
on soulève la machette
c'est difficile cette-fois
le fer s'est coincé dans l'os
le fer brille un instant dans l'air
il retombe
coupe l'os
le bras se détache
il est tiré jeté vers un chien qui attend
elle râle doucement
vomit
on soulève la machette
elle retombe
coupe la peau de la cuisse
on soulève la machette
elle retombe
la chair de la cuisse
pas bien coupée
on soulève la machette
elle retombe
la chair de la cuisse partagée
comme un filet de poisson
on soulève la machette
elle retombe
l'os de l'articulation
elle hurle hurle hurle
le chien est parti avec le morceau de bras
on soulève la machette
elle retombe
l'os résiste
on soulève la machette
elle retombe
c'est fatigant
cet os qui tient
on soulève la machette
elle retombe
l'os claque sous le fer
il a dû céder
elle s'évanouit
on vérifie si l'os est bien cassé
pas encore
on soulève la machette
elle retombe
la jambe tient encore avec un peu de muscle
on soulève la machette
elle retombe
le muscle fendu vomit son sang
la cuisse roule dans le sable enfin
on pousse un ouf de délivrance
de travail pénible
mais ce n'est pas fini
on soulève la machette
elle retombe
une épaule
la chair tout de suite coupée
on y va de toutes ses forces
on soulève la machette
elle retombe
l'os coince le fer
encore
on peste
travail mal fait
il fait chaud
elle se réveille
elle hurle
gigote
on soulève la machette
elle retombe
la gorge
nette tranchée franc
on soulève la machette
il faut finir le travail
elle retombe
le bras défait
envoyé loin
la gorge ouverte
dégueule
le sang
Plus que huit cent mille.
(texte publié dans la revue "Le chasse-patate" il y a quelques années)
Commentaires
n'y a-t-il pas plutôt 20 ans ?
texte magnifique sur une abominable réalité, tapie comme une menace permanente sous le vernis de la plupart des sociétés !
Apologue pour les végétariens...