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mardi, 05 juillet 2016

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"L'enfant avait marché dans la poussière au milieu d'un vaste désert rouge. Il avait croisé des gens qui ne lui parlaient pas, tous étaient couverts de poussière. Tellement couverts de poussière qu'ils semblaient des statues en marche. Marche lente, un pas, puis un autre. Ils semblaient avoir marché depuis un autre temps, depuis d'autres générations, une préhistoire commencée avant l'horizon. Ils étaient nombreux, avançaient par petits groupes dispersés. L'enfant en avait croisés tellement et depuis si longtemps qu'il n'y prêtait plus attention. La nuit ne tombait pas et ça n'étonnait pas l'enfant parce qu'avant d'arriver dans ce grand désert rouge, quand il était encore dans son pays, il s'endormait avant que la nuit tombe et il s'éveillait quand le soleil était déjà haut. Alors, il n'avait toujours connu que le jour. Ceux qu'il croisait venaient de la nuit, il le sentait bien. Il le voyait dans leurs regards. Au milieu de leur visage de latérite, leurs yeux ressemblaient à des galets noirs qui brillent. Brillent de fatigue et d'épouvante. Un jour – mais « un jour » ne veut rien dire ici – un enfant de son âge s'arrêta. Ses yeux de galets noirs fixés sur les siens. « D'où viens-tu ? » dit l'enfant couvert de poussière. L'enfant lui montra la direction de l'horizon, là d'où il venait. Et l'enfant rouge aux yeux noirs reprit sa route sans un mot, il allait dans la direction indiquée par l'enfant. L'enfant le vit s'éloigner. Il savait qu'ils ne se reverraient plus. Ce n'était pas grave et pourtant, cette image de l'enfant, de dos, maigre et couvert de poussière, qui reprenait sa marche obstinée, l'emplit d'une tristesse insupportable. Alors, l'enfant tourna les talons, se joignit à l'interminable colonne des voyageurs et marcha comme eux, à pas lents. La poussière soulevée le recouvrit. Il y avait un voile obscur au dessus du paysage, posé sur l'horizon."

 

Minotaure (extrait).

Cette pièce qui ne sera peut-être jamais jouée.

Commentaires

J'étais gaie ce matin et maintenant après avoir lu ça je suis triste à mourir. Le soleil est tombé.

Écrit par : une lectrice infidèle | mardi, 05 juillet 2016

Ah ben non, faut pas ! Je m'en veux, du coup. Tout va bien, je vous assure. Retrouvez le sourire s'il vous plaît.

Écrit par : Christian | mardi, 05 juillet 2016

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