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HighFlight-Parachute8-1024x862.jpgFranz Reichelt, vous le connaissez, c’est ce pauvre diable qui obtint l'autorisation de se jeter du premier étage de la tour Eiffel, en 1912, pour tester son parachute. L'enjeu est important, à l'époque, pour les premiers aviateurs qui n'ont aucune possibilité de s'en sortir quand leur appareil se vautre, ce qui est fréquent. Reichelt est resté célèbre parce que les actualités cinématographiques Pathé ont immortalisé le moment dramatique, et grotesque à la fois, de son saut dans le vide et de son atterrissage fatal. En repensant aux images de ce reportage, il m'est apparu un détail qui, à ma connaissance, n'a jamais été relevé. J'ai visionné à nouveau le fameux document et pu vérifier mon intuition. Voici : le reportage Pathé est composé de trois plans (je ne compte pas ceux qui suivent l'accident), un plan préalable, qui présente l'inventeur au sol avant son essai, un deuxième est pris sur la plate-forme. On le voit, perché sur un échafaudage précaire fait d'une chaise, d'une table et d'un tabouret, ausculter son parachute, vérifier les plis, hésiter à sauter. Il y a un témoin frigorifié (on est en février) et un assistant à côté de lui, dont on ne sait s'il l'encourage ou s'il tente de le raisonner. La caméra tourne sur son axe pour légèrement 'panoter' à gauche et capter l'essor de l'aéronaute. Reichelt saute. La suite de la chute est enregistrée par la troisième caméra, un plan réalisé depuis le bas de la tour, assez loin. Revoyez ces images. Rien ne vous frappe ?
Ce dernier plan, c'est la preuve d'un cynisme absolu. Deux caméras, en 1912, c'est à peu près tout le matériel que les actualités Pathé pouvaient engager sur un seul événement, à Paris. Les cameramen ont donc fait le choix suivant : l'un filmerait le départ du saut, l'autre, la fin. Revoyez le plan. La deuxième équipe a cadré le bas de la tour, dans l'axe. Si, comme il l'espérait, Reichelt avait pu ralentir sa chute, le vol plané ne se serait sans doute pas fait en ligne droite. Les caméras sur pied étant peu mobiles, il aurait donc fallu prévoir un plan plus large, si possible de biais, pour être sûr de tout capter. Or, les reporters ont parié sur la chute sans rémission, verticale et franche, et ont placé leur objectif en fonction de cette hypothèse. Ils ne se faisaient aucune illusion sur l'issue de l'expérience. Imaginez les caméras de télévision de la première mission Apollo, tournée obstinément vers le sol avec un objectif grand angle, en attendant l'échec inéluctable de l'envol. Reichelt aurait dû observer les choix de prises de vue des cadreurs, pour mieux calculer ses chances.

 

 

 

 

 

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