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Homo provincialus

Nous nous faisions la réflexion l'autre soir, ma douce et moi, que nous avions beaucoup d'amis homo. Ou plutôt, beaucoup d'amis dont nous SAVONS, nous, qu'ils le sont. C'est-à-dire qu'ils ne se risquent pas à en faire état autrement qu'avec des amis sûrs. Est-ce parce que nous fréquentons un milieu où la permission d'avouer cette orientation est moins dangereuse, en tout cas, c'est ainsi, parmi nos meilleurs amis, beaucoup sont des homos masculins (je n'ai eu qu'une amie lesbienne, ou m'avouant qu'elle l'était. Je reprends et souligne le terme : "avouer", il n'est pas là par facilité d'expression).

Ce que nous retirons des années au contact de ces copains, seuls ou en couple (seuls, souvent), c'est l'extrême difficulté qu'il ont à vivre tranquillement et au grand jour leur histoire. Leurs histoires d'amour, singulièrement. Impossible, dans notre petite ville, et a fortiori dans les villages alentour, de se promener main dans la main avec un partenaire du même sexe. S'embrasser est évidemment inimaginable. Dire qu'un tel couple risque la lapidation est à peine une formulation en l'air.

Il leur faut donc se cacher, se retrouver enfin libres dans une grande ville, un quartier "spécialisé", ou simplement dans l'intimité. Au XXIème siècle, dans notre société occidentale soi-disant libérée...

En province, tout devient compliqué : trouver un appartement, marcher dans la rue, aller chez le médecin, négocier un achat... le regard en-dessous des gens bien-pensants suffit à dissuader les courages les plus déterminés. Comment s'étonner ensuite d'un phénomène de ghetto, genre quartier du marais, où les hétéros deviennent les intrus ? (sans pour autant risquer l'agression physique, d'ailleurs).

Ce que j'ai pu connaître de plus proche de ce qu'un homo peut ressentir, quant à moi, est ce que j'ai vécu lorsque, me promenant dans un marché aux bestiaux, au fond de la campagne la plus reculée, je marchai main dans la main avec ma compagne de l'époque, maghrébine. La haine n'a rien de subjectif ou de fantasmatique, je vous assure : elle se propage autour des regards sous la forme tangible d'ondes vénéneuses. Elle vous taillade le coeur plusieurs fois par minute. Elle vous renvoie au jour, plus renseigné que la veille sur la méchanceté des hommes.

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