Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Matières à penser

  • 3722

    La poste a inventé un nouveau truc, ça s'appelle « service facteur » et ça se passe comme ça : Le facteur sonne à ta porte. Tu sors (enfin moi en général, quand le facteur sonne, je sors). Vous vous saluez. Il a une lettre dans une main et son portable dans l'autre. Embarrassé et fatigué par la connerie de ce monde, espérant tacitement ta sympathie, il t'explique le principe du « Service Facteur », d'ailleurs certifié par une étiquette qui reprend l'expression, sur l'enveloppe qu'il tient. « Je vous donne ce pli en personne et je dois vous lire le texte qui s'affiche sur mon écran. » Déjà ricanant, je l'encourage à officier. Le pauvre me lit alors quelques lignes insignifiantes, immédiatement oubliées, où il devait être question, je crois, de l'importance du contenu de la lettre. J'éclate de rire devant l’innocuité d'une telle opération, pensée quelque part par des pros du marketing, bien aware, bien start-up nation. Je signe sur l'écran pour confirmer que le héraut a bien délivré son message essentiel. Le facteur reçoit en sus l'expression de toute ma compassion pour cette mission débile. Il approuve, remercie de ma compréhension, nous ricanons tous les deux. Il repart, soulagé d'avoir dépassé le ridicule de l'épreuve. La lettre est restée sur la table quelques jours avant d'être jetée.

  • 3720

    Un mois pour réagir à un décès et rédiger le brouillon d'une lettre de condoléances acceptable. Sa sincérité n'est pas atténuée pourtant. J'hésite encore un temps. L'inquiétude de se croire indécent, impoli. Un long temps : un mois supplémentaire. S'ajoute alors la possible indélicatesse du retard. Et puis le partage du chagrin emporte la décision et t'oblige. Quelques minutes tendues pour coucher noir sur blanc tes mots, être sûr qu'ils conviennent. C’est fait. La lettre existe, pèse sur son papier. Nouvelle étape, pas moindre : oser la poster.

  • 3705

    La colère nous épuise. La nôtre et celle des autres. On aspire à une paix qu'on se refuse soi-même, qu'on n'obtiendra que par extrême lassitude, au bout de nos révoltes. Il s'agira donc d'un abandon, d'une défaite, et voilà qui nous met encore en rage. Vivants ?

  • 3703

    Je marche dans la rue. J'entends derrière moi une voix de femme : « Allez, on marche. Allez ma petite ! » que je comprends comme les encouragements d'une mère à sa fille. La voix approche, et toujours : « Allez, Maria, marche ! Ne traîne pas. Il faut pas s'écouter si on veut avancer dans la vie. C'est dur mais c'est comme ça. Allez ! » La voici à ma hauteur ; elle me dépasse vivement. Elle est seule. Une petite bonne femme seule, dans un vieux manteau gris, gestes saccadés, à qui l'on a dit que, si elle avait perdu dans l'existence jusque là, si elle était au chômage, si on l'avait battue, si elle s'était retrouvée à la rue, c'était par manque de volonté. Alors, elle s'assène à elle-même les mots de sa malédiction. Ils ont gagné, les salauds.

  • 3701

    On m'a traité de réac, de trotskyste, de syndicaliste, de laxiste, de philosophe, on m'a même traité d'écrivain. Quel sérieux on m'a prêté !

  • 3698

    Le paon chamarré au milieu des modestes poules. Superbe, bien sûr, mais complètement à côté de la plaque.

  • 3697

    Je sais de quoi serait composé mon enfer. On me repasserait pour l'éternité l'interminable cortège de mes heures improductives, de mes paresses stériles, et je devrais méditer sur tout ce que j'aurais pu faire plutôt que de glander ainsi. Et ma honte ne s'émousserait que très loin, au bout du spectacle. Trouverais-je une consolation dans la nombreuse compagnie de mes contemporains ?

  • 3694

    Et si Ulysse tardait à rentrer parce qu'il avait peur de coucher avec sa femme ? Le lit conjugal, ultime épreuve de l'Odyssée, menace de nouveau naufrage, irrémédiable celui-là.

  • 3691

    Le salon du livre de Saint-Etienne s'appelle "La Fête du livre". Réjouissons-nous donc, même si c'est dur à prononcer (joui-sson-nou-donc).

    J'y suis invité et, joie supplémentaire, sur le stand de la librairie "Le Quartier Latin", au côté de Jean-Noël Blanc. J'y défendrai les couleurs de mon petit dernier "Mines, rives et Minotaure", coédité par Le Réalgar et la Ville de Saint-Etienne. Un texte inspiré par mon séjour (une résidence d'auteur), de plusieurs mois dans ladite cité.

    Il sera justement question des relations entre Saint-Etienne et l'écriture lors d'une table ronde, en compagnie de l'excellent Lionel Bourg et d'autres auteurs (non moins excellents sans doute, mais dont je n'ai hélas rien lu) : Pierre Mazet, Grégory Mazenod et Jean-Louis Pichon. Nous tenterons de cerner les conditions par lesquelles Saint-Etienne est une ville romanesque. Pour cela, c'est la prestigieuse Ecole nationale Supérieure d'architecture de Saint-Etienne qui nous accueillera (et je m'aperçois qu'il vaudrait mieux que je commence à songer à y dire des choses intelligentes). Samedi 19, à 11h30.

    Et, en dehors des interviews sur RCF et France Bleue, on pourra me retrouver au Musée de la Mine pour une lecture-déambulation-rencontre, le samedi à 14 heures, et le dimanche à 10 heures.

    Le reste du temps, dès vendredi 15 heures, je serai, gentil et patient, sur le stand du Quartier Latin, pour signer des livres, comme il se doit, et ce, jusqu'au dimanche 18 heures (ou jusqu'à ce qu'on me dise "faut y aller maintenant, hein ?").

    Enfin, comme j'aurai un peu de temps vendredi, je compte bien rendre une petite visite au salon des éditeurs, une sorte de méga-off, à la bourse du travail.

  • 3690

    Quelles odyssées barbares j'ai traversées, dans les branches des arbres ! Subsistait, muselée au fond du cœur, la lucidité de l'enfant qu'un goûter attend, bien au chaud. Adulte, point de goûter ; que la sinistre patience des factures. Les odyssées n'en sont pas devenues impossibles, leur cours a seulement plus de prix.

  • 3689

    "On baptise le petit, vous venez ?" Bôh oui, tiens, on aime bien faire plaisir. Mais faut pas pousser : écouter une prière contre la GPA et la PMA qui "menacent dangereusement notre civilisation" là, c'est trop. L'église était pleine de nuques inclinées, à l'unisson du chant, là-bas, qui maudit et condamne. On est sortis. La nausée, quoi.

  • 3685

    Il avait cultivé son dégoût des autres pour lui permettre d'oublier que tout avait commencé par le dégoût de lui-même.

  • 3680

    Au bout du discours de Zemmour, il y a les camps, comme il y eut les camps au bout des mots de Drumont, antisémite notoire. Anticipant sur cette perspective menaçante, j'avais écrit « Demain les Origines » dont un des axes narratifs est un génocide des musulmans sur plusieurs continents. Un roman assez monstrueux dont le seul premier volume est plus massif que « Les Nefs de Pangée ». La première lectrice de chez Mnémos, qui l'a eu en charge, n'est pas convaincue. Le verdict du directeur de publication suivra sans doute son avis. Ce long travail va donc rester s'empoussiérer dans les boîtes noires de mon bureau. Je ne proposerai pas ce texte à un autre éditeur, parce qu'il est spécialement dédié à Mnémos (« Demain... » faisant surtout le lien entre « Mausolées » et « Les Nefs », parus chez eux). D'une certaine façon, il y avait une urgence à publier ce livre, non que j'espère le moins du monde que ses imprécations changent quoi que ce soit, mais une petite vanité au fond de moi insistait : j'avais entrevu le futur et la publication du roman le certifierait.
    Dans le domaine de l'imaginaire, mon terrain serait celui de la Fantasy, paraît-il. On m'encourage à m'y consacrer. Pourquoi pas ? Tout genre est potentiellement politique, universel, porteur d'engagements et d'idées. Mais pour tout dire, en ce moment, pas le goût...

  • 3674

    Et si le mouvement des gilets jaunes était l'un des derniers soubresauts de l'ère automobile ?

  • 3673

    Si seulement ne pas penser comme les autres était gage d'originalité !

  • 3672

    Obésité, sédentarité, signes de notre déchéance, et de l'épanouissement de Bouddha.

  • 3667

    Prenez deux personnages historiques (Cortés et Moctezuma, par exemple). Appuyez-vous sur les éléments disparates ou contradictoires que l'Histoire vous apporte, mettez-les en situation et assistez à ce petit miracle : les mystères de leurs actes, la folie de leurs gestes, les énigmes qu'ils laissent, sont soudain résolus par les acteurs de papier que votre imagination a fait vivre.

  • 3665

    Ô mon âme, protège-moi de la sale énergie du cynisme.

  • 3661

    Je n'avais pas assez bu à leur coupe, je n'étais pas rassasié. Mes enfants, adultes, très adultes, trop adultes, un peu vieux, me manquent. Ou me manque surtout leur enfance, et sa puissante liqueur.

  • 3654

    On n'est pas surpris que l'assassiné, sur scène, se relève pour saluer son public. C’est ce qu'a fait l'acteur Jésus, en fait. Mais lui, pardon, quel succès !