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Matières à penser

  • 3540

    A la vitesse de la lumière, une connerie met plus de 100 000 ans pour parvenir à l'autre bout de la galaxie.

    Ça fout le vertige.

  • 3517

    Dans la presse, je m'arrête sur une photo des manifestations, à Gaza. On y voit un très jeune garçon, armé d'une fronde. Un jeune garçon et sa fronde, face à un adversaire puissant et lourdement armé, ça ne vous rappelle rien ? Quel retournement !

  • 3510

    J'avais relié dans une note précédente, un heureux événement futur avec la joie de voir une hirondelle revenue chez nous. Quelques jours plus tard, l'hirondelle solitaire a disparu et aucune autre ne l'a relayée. Cette fois, les nids partiellement désertés l'an dernier vont rester définitivement vides. Nous ne ressentirons plus ce bonheur d'attendre nos migratrices, de les accueillir, de suivre leurs manèges au dessus du toit, d'écouter les nichées affamées. C'est fini. Voilà, mon futur petit-fils, je ne pourrais pas te les montrer, je ne pourrais pas t'apprendre cette histoire de voyageuses infatigables. Ton monde n'est pas encore né que déjà il s'endeuille. Que te dire  ? Pour toi, nous allons nous efforcer de croire qu'il est encore possible de le sauver. Il le faut bien. Sinon, c'est la sinistre perspective décrite dans 'Mausolées', qui s'ouvre. Un temps où, les hirondelles ayant disparu, le son rendu par l'arc d'Ulysse devient incompréhensible et donc, où toute l'Odyssée à sa suite est menacée d'obsolescence. J'écrivais cela dans les années 95 en imaginant un tel futur dans un siècle. Et nous y sommes déjà. Merde  !

  • 3499

    On s'effraie de la pertinence des algorithmes qui surveillent nos moindres choix sur internet et en déduisent nos psychologies avec une acuité vertigineuse et, conséquemment, influencent nos votes et trient les publicités qui s'affichent sur nos écrans. Un exemple récent me dit qu'il faut relativiser : une publicité ciblée, envoyée sur mon adresse mail, me vante l'incontournable match de je ne sais quelles équipes dans je ne sais quelle discipline. Après plus de vingt ans à traîner mes clics sur le net, une telle méconnaissance de mes intérêts par des ordinateurs extrêmement pointus, est plutôt rassurante. Ils sont nuls, qu'on se le dise.

  • 3495

    Avant-hier, comme nous nous promenions avec ma fille sur la voie spécialement dédiée aux marcheurs et cyclistes, tout près de chez nous, un trait fulgurant a traversé le ciel. La première hirondelle. Elle est allée se poser au faîte du toit, comme une note sur la portée de l’antenne. Ce qu’elle fait chaque fois, celle-là, et criaille en espérant les retardataires. Nous, nous avons le temps. Le printemps n’est pas si vaste, l’été pas si lointain. Que le temps s’attarde et traîne, c’est bien. L’impatience pourtant vient agacer les heures, parce que ma fille, pour la première fois, arrondit devant elle son ventre. Nous marchons côté à côte sur ce chemin. Au bout, méditent tous les printemps impensables encore.

  • 3488

    [Nous continuons d'évoquer les crassiers de Saint-Etienne] ... On a beaucoup glosé sur ces monts artificiels, on les a affublés de tous les noms, de tous les symboles, dans une revue exhaustive d'allusions et de métaphores, mamelles de Saint-Etienne, montagnes noires, rouges, de sueur, de souffrances, tripes de grand-père... on a prêté à leurs fumerolles des vertus médicinales, on les a fouillés à la recherche du réalgar, sublimation rouge sombre de l'arsenic, ou de l'orpiment, que l'intervention du soufre porte à l'or et à l'orange. Ceux de Michon, les plus spectaculaires, sont devenus un emblème, une double icône, un équivalent jumeau de la solitaire tour Eiffel — sauf que... je ne crois pas qu'on recherche des appartements avec vue sur les crassiers. Comme sur les volcans qui surgissent de l'océan, des essences pionnières ont commencé à coloniser leurs flancs nus. Aujourd'hui, les crassiers sont investis par les acacias et les bouleaux, ils prennent des allures de dômes naturels, présents depuis toujours. Les sommets sont encore vierges, à cause de la chaleur qui règne là dedans et se réduit d'année en année.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3485

    Solitaire d'Eparre ou jumeaux de Michon, ils sont nés récemment, dans les dernières décennies d'exploitation, quand fut abandonné le comblement des galeries par foudroyage, opérations menées par les ouvriers de la nuit, ceux qui, plus ou moins exclus de la geste chevaleresque des mines, n'extrayaient ni ne piquaient, mais prenaient d'énormes risques en démontant les étançons de métal ou de bois trop éloignés du front de taille, provoquant des éboulements volontaires et contrôlés (car un trop grand vide derrière les mineurs et c'était la menace d'un écroulement, par effet mécanique des masses en équilibre). On échangea cette technique périlleuse du foudroyage par une simple et continue éjection des caillasses superflues et donc, ce que nous voyons là, grisâtre et blond, rouille et sable, ces pentes hérissées de forêt neuve, ne sont rien de mieux qu'une poubelle, un rejet, un amoncellement d'encombrants que les clapseuses n'avaient pas choisi de conserver. La bonne houille, le gras, le schlamm, elles les gardaient, les restes de schiste et de grès grimpaient à dos de ruban mécanique, rejoignaient là-haut le mâchefer et les scories de la centrale électrique dite de Basses-ville, tout près. (Et, me dis-je, si l'on avait conservé le procédé sommaire du comblement, si le crassier principal de Michon n'avait pas poussé ses cent mètres dans le ciel, accolé à son comparse de soixante mètres comme Khéops l'est à Mykérinos ? Considérant avec les techniciens des risques, que le sol se stabilise et donc, par cet armistice, augurant l'oubli progressif des sapes anciennes, la ville aurait eu une chance de négliger le passé. Réflexion idiote, pardon, ce qui demeure ne se négocie pas.)

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • Nouvelle chronique des Nefs de Pangée

    ... Et celle-ci est une des plus riches qui aient été écrites sur ce roman, publié il y a presque deux ans (ce qui commence à faire une petite longévité dans le milieu des littératures de l'imaginaire). Un article riche et sans complaisance, car l'auteur relève les défauts qu'il a perçus. Sur le blog de Tom Vipraine, Monde imaginaire, j'ai eu le plaisir de voir explorés et approfondis des aspects jamais abordés. Il y a notamment cette notion de la continuité et de la discontinuité des deux univers qui s'affrontent : le continent unique et l'océan unique, et les figures mythiques du Léviathan et du Béhémoth. Presque toutes les références y sont, dans un louable effort d'analyse littéraire du texte. Quelle jubilation pour un auteur d'être ainsi "travaillé". Je vous laisse en compagnie de cette longue et passionnante chronique.

  • 3466

    Il est double, ce vertige, il tient du physique et du mental, d'enfouissements concrets et psychologiques, ou quadruple si l'on veut, puisque les deux états dudit vertige sont redoublés par l'existence de deux réseaux relégués. Ceux que mes camarades stéphanois, pourtant du cru, élevés ici, sûrement nourris de mythes locaux où la mine se taillait la part belle et où la mémoire du Furan et de ses crues se transmettait, ceux donc que mes camarades ignoraient ou dont ils ne parlaient jamais. Cette innocence est corrélée au présent de la ville, car toute ville se conjugue au présent, en surface, existe sans que soit nécessaire de s'occuper de ce qui gît, sous elle. Est-ce à dire que les villes mentent, qu'elles cachent leurs secrets, tendent une peau maquillée sur une chair remuante qui patiente ? Qu'est-ce que c'est que ce passé enfoui ou ce potentiel d'avenir que l'habitant, plus ou moins conscient, se permet de négliger ? La Mère-rivière à laquelle la ville doit d'exister, rien de moins, circule là dessous et l'on n'est pas près de la remettre au jour, quant au passé minier sur quoi je vais d'abord m'attarder, lui aussi reste tapi, et pour de légitimes raisons : place aux vivants et à demain. C'est terminé, tout cela, enterré pour de bon, et ce ne sont pas quelques roulements d'épaule du sol ou le précieux travail des érudits, historiens amateurs ou professionnels, ce ne sont pas non plus les collections, les restes dont on retarde le délabrement, qui vont imposer l'archéologie ouvrière aux hommes de demain. C'est un dilemme, ça. L'histoire minière, ouvrière, politique, fait partie de l'identité de Saint-Etienne. Cela ancre et élève, pourtant une tentation existe d'en faire le deuil, pour avancer. Comment faire ? « Comment s'extirper de ce XIXe » questionne Lionel Bourg. Laisser parler ce passé comme un vieux qui radote, le laisser s'éteindre comme se refroidissent inéluctablement les crassiers ? ou aller au charbon (c'était tentant...), remuer les souvenirs, insister, présenter la facture, en tirer des exemples pour l'avenir ? À cela, la terre donne sa réponse. Boulangée par les hommes depuis le XIIIe siècle, elle a de ces mouvements d'humeur qui forcent l'intérêt. Quant au Furan, génération après génération recouvert, honni, sali et maltraité, régénéré mais enterré toujours, il attend le bon vouloir des hommes pour retrouver une fonction, n'être plus seulement un courant souterrain, contraint, négligé, mais un élément essentiel pour penser la ville de demain.

     

    A Propos de Saint-Etienne. Écriture en cours

  • 3463

    Pour un romancier, l'histoire de Jésus peut-elle être autre chose que celle de l'absence d'un père, et de la création d'un père de substitution, qui s'appelle Dieu ?

  • 3457

    Lancé dans un récit (de prospective, anticipation, SF... comme vous voudrez), déroulant un futur sur plusieurs millénaires, je suis contraint de m'arrêter et de tout remettre en question à cause de nouvelles données scientifiques. Certaines échéances catastrophiques, que, lors de l'écriture de Mausolées (1995, mais publié en 2013), je plaçais à un siècle, semblent se profiler à moins de trente ans. Il devient de plus en plus délicat de faire correspondre la chronologie de mon vieux roman (chronologie cachée, à l'époque : les points de repères étaient volontairement laissés dans le flou) avec le calendrier plus vaste du récit que j'entreprends. Ah, c'est inconfortable, la SF ! Je comprends que des auteurs amoureux de l'imaginaire, emmènent leurs lecteurs dans d'autres mondes, créent un moyen-âge fantastique ou n'importe quelle société débarrassée des cadres de la nôtre, passée ou présente. De même, le roman historique a bien des atouts, car le passé est acquis ; ou encore le roman contemporain, qui est en droit de se concentrer sur les affres des personnages, sans s'inquiéter de déployer un arsenal de contexte, puisque le contexte est celui des lecteurs.
    Ce qui est compliqué, c’est la confusion (entretenue, par moi notamment, c’est bien fait), entre contes futurs et divination. Nous ne sommes pas des prophètes, mais aucun auteur du genre ne reniera la bête fierté d'avoir décrit les phénomènes à venir.


  • 3442

    Vous passerez chez le coiffeur, n'est-ce pas ? Vous vous habillerez correctement. Il vaudrait mieux mettre une cravate. Et être bien rasé, aussi, ça compte. Voilà. Vous vous assiérez bien droit. Regardez bien votre interlocuteur dans les yeux. C'est votre futur employeur, il faut que vous lui inspiriez confiance. Un contact franc, direct. Poli, attention. Et puis parlez doucement. Pas trop. Pas trop et pas trop doucement. Juste assez vite. Des mots choisis. Soyez calme, c'est rassurant, quelqu'un de calme. Enfin, surtout, surtout : soyez vous-même.

  • 3440

    Et voilà, je me suis encore "accroché" avec un membre de la rédaction du Pays Roannais (l'hebdomadaire local). Cette fois, avec le rédacteur en chef (je monte en grade). Je suis encore bon pour des années de disparition dans ce journal, moi. C'est ennuyeux, ils étaient les rares, dans leurs pages, à se faire l'écho de l'actualité littéraire, grâce au concours d'un libraire et ami. Si l'on ajoute que le bulletin municipal de ma ville natale considère qu'avec "le nouveau format du magazine nous réalisons moins d'articles sur des livres" (en fait, plus du tout), la disparition du magazine "La muse" qui relayait autant que possible l'info culturelle, la part donnée de façon générale à la culture devient famélique, et, pour moi, quasiment réduite à néant.

    Pour Pierre-Olivier Vérot, avec qui je viens d'échanger des considérations réciproques sur la notion de mépris, je fais partie de ces maudits intellos que les journaux "du peuple" dégoûteraient. Cette antienne un peu rance, resservie à l'envi par Zemmour et consorts, a donc ses affidés près de chez moi. Comme disait (de mémoire) un auteur qui, par ses prises de position, devraient plaire à ce rédacteur en chef : Renaud Camus, la littérature est un lieu de tranquillité, puisqu'il bénéficie du mépris général. Je savoure assez moyennement cette tranquillité, au niveau local (côté national, pas à me plaindre). Me voici donc relégué parmi les intellectuels ennemis du peuple, dont le rédacteur en chef serait, je suppose, un représentant. Si je ne suis pas "du peuple", que suis-je ? Il doit m'imaginer installé dans ma tour d'ivoire, détaché des réalités, condescendant parfois à me préoccuper d'affaires humaines qui sentent trop la sueur à mon goût. C'est amusant. J'aimerais assez qu'on compare nos revenus, pour voir qui est le plus "peuple" des deux... Si c'est un critère, bien entendu, et j'admets qu'il n'est pas suffisant. C'est, au fond, la même discussion qui m'avait valu une première période de boycott dans ces colonnes : j'avais été révulsé par l'idée, défendue par un journaliste du même journal, que la presse "doit donner à son public ce qu'il veut". Voilà ce que je considère, moi, comme du mépris.

    Et dire que j'ai le pus grand respect pour les journalistes qui y travaillent. Mais je suppose que ça les dépasse, ce genre de nuances.

  • 3439

    Mis au défi de mettre au point une utopie qui fonctionne, les élèves de l'atelier que je suis venu « animer » (l'atelier) trouve de suite la solution : prendre tout l'argent disponible et le redistribuer de façon égale à tout le monde. Je rappelle ma demande : une utopie « qui fonctionne », et on n'a qu'une heure devant nous, pas le temps de rigoler, soyons sérieux. Non mais !

  • 3438

    Je lui adresse une nouvelle récemment publiée et qu'elle a inspirée. Elle m'écrit : « Je ne savais pas que tu avais remarqué tout ce qu'il s'était passé, que tu avais pu ressentir de façon aussi juste ma douleur, ma rage, ma colère contre ma sœur, contre mes parents, contre moi-même, contre ma vie. Si seulement j'avais su cela à ce moment ! J'ai perdu tant d'années à espérer être aimée... Même si cela a ravivé une vieille blessure, ton texte m'a fait du bien. » Nos vieilles batailles, les cicatrices de ces drames moindres et pourtant essentiels... Ma petite maîtrise des mots enfin capable de les soigner. Souviens-toi, je travaillais, ensommeillé, dès l'aube, sur un oreiller de pages, et tu n'y prenais pas garde, tu te moquais, tu négligeais... Tu aurais dû prêter un peu d'attention à l'œuvre au blanc sur quoi j'étais penché, tu aurais dû surveiller les arcanes de mes alchimies. Car le philtre qui vient d'apaiser ton mal, c'est là que je le préparais.

  • 3428

    Seuls visiteurs sûrement depuis des lustres, nous entrons chez ce petit homme solitaire. Connaissant notre amour des livres, il a décidé de nous montrer sa bibliothèque. Une bibliothèque exclusivement consacrée aux sciences, dans tous les domaines. Ma douce et moi nous frottons les mains par anticipation depuis que l'invitation a été lancée : cela fait quarante ans de professorat, que notre hôte achète régulièrement des ouvrages sur la biologie, l'astronomie, la physique, la géologie, les mathématiques, la paléontologie. Quelle merveille ce doit être !
    Nous voici dans le salon comble de rayonnages. Nous ne voyons d'abord qu'une invraisemblable collection de peluches. Les rayons sont encombrés d'oursons musiciens, plâtriers, garçons de café ou docteurs, un orang-outang est juché sur l'ordinateur et une énorme girafe encombre le passage. Les livres ? Oui, on les devine derrière les bibelots, rendus inaccessibles par un peuple de douceur figée.
    Le célibataire nous apprend qu'il s'agit d'une collection achetée pour sa défunte mère. Ce n'est pas une bibliothèque, mais deux mausolées imbriqués que nous regardons, voués aux deux amours de son existence, sa maman et la science. Et l'une des deux a submergé l'autre, l'a confinée, masquée, réduite. Le petit homme n'est pas malheureux, non, il a concilié ces deux dévorations et y a consacré sa vie. L'appariement insolite des deux collections, tellement opposées dans leur caractère, entre érudition pointue et décoration poussiéreuse, forme le manifeste d'une solitude irréparable.

  • 3427

    Première rencontre avec des élèves de 1ère, dans le cadre de ma résidence. Nous parlons utopie, puisqu'ils ont étudié ce sujet et que certains de mes livres en explorent des aspects. Le paradoxe de l'utopie est qu'elle n'a pas de lieu, et pourtant… Me promenant autour de cette idée, il me vient à l'esprit qu'il a existé récemment une petite communauté, tentant de faire vivre une utopie : la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Pas mécontent d'avoir su relier un thème millénaire avec notre actualité, je poursuis ma démonstration, que la professeure interrompt. Elle demande aux élèves (car, plus exercée que moi, elle a lu les regards perplexes des enfants) : ça vous dit quelque chose, Notre-Dame-des-Landes ? Moues d'incompréhension. Aucun des élèves présents n'en a entendu parler. Je ne juge pas, je suis seulement abasourdi. Nous ne vivons pas exactement dans le même pays, me dis-je. Je demande alors ce qui, dans l'actualité, a retenu leur attention. En gros : que savez-vous du monde qui vous entoure ? Regards et silences. Après réflexion, une élève témoigne enfin. Il y a bien cette histoire de Trump qui menace la Corée… (je ne suis pas sûr qu'elle précise « Corée du nord »). Bon. OK. Sur le chemin du retour, je me demandais, moi, à leur âge, soit 16-17 ans, ce que je savais du monde qui m'entourait. Honnêtement, je ne sais plus. Il est bien possible que j'en savais autant qu'eux, ou aussi peu.

  • 3422

    Sur les tombes, entre les deux dates, la minuscule césure qui contient pourtant toute la vie.

  • 3420

    Je ne suis pas certain qu'une déduction fine s'en suive, mais je remarque que nous sommes passés du format réduit du codex, à celui d'écran de plus en plus larges, de plus en plus vastes, colorés, tonitruants, de plus en plus nets... Ce qui m'inspire cette réflexion (grossière, j'avais prévenu) : notre intellect s'est accoutumé à un appétit de vision pour compenser l'anorexie textuelle, oublie ainsi combien l'infime est le germe de l'illimité.
    Et puis encore, toujours à gros traits : du relief, de la couleur, la précision de l'image, du son amplifié, une débauche technologique pour reproduire le réel contre nos murs, mieux qu'aucun peintre de Salon n'a jamais su le faire. Par l'introduction des tableaux animés dans nos maisons, nous nous sommes tous embourgeoisés. Les revenus modestes s'autorisent ainsi ce que leurs pareils de jadis ne pouvaient imaginer : l'exacte même image qui s'agite dans les riches intérieurs, est pendue à leur cimaise. Ce qui nous fait à tous une belle jambe.

  • 3415

    « La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter. » (Aldous Huxley)