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Exposition Yves Paoli à Roanne

Petite respiration dans la marche promotionnelle du Baiser. Ce soir, dans la Galerie Pikinasso, à Roanne, Yves Paoli présente une quarantaine de toiles. Paoli est un artiste exigent, discret, qui a toujours vécu de sa peinture, l'heureux homme. Un livre lui a été consacré il y a quelques années, et c'est une figure singulière de l'art. Il reste attaché au support de la toile, à l'abstraction, et ses oeuvres sont de la pensée en couleurs.

Pao (ses amis l'appellent comme ça) m'a demandé de lui écrire un texte, pour cette exposition intitulée "D'un atelier à l'autre". Car il s'agit d'une presque-rétrospective de son travail sur plusieurs années, qui l'ont vu changer de ville et, donc, d'atelier. J'en ai écrit plusieurs. Je ne vous dévoilerai pas celui qu'il a choisi (il faudait venir pour ça, à Roanne), mais ceux dont il n'a pas voulu (ce qui ne veut pas dire que c'est du rebut à jeter, je crois). Voici le premier :

"Cher visiteur. Entre les deux dimensions de la toile, le savais-tu ? Vivent repliées des mémoires de voyages.

Comme la Joconde qui regardait la Loire depuis les fenêtres d'Amboise, respirait encore les effluves de l'Arno, ainsi les œuvres d'Yves Paoli exposées ici conservent le souvenir d'autres horizons. Car elles ont traversé des lumières et des jours pour venir jusqu'à toi, et le voyage n'est pas achevé. Toute œuvre est émigrée, tout art est exilé et cherche refuge. D'un atelier à l'autre, d'un regard à un autre regard, d'une ville à une autre ville.

Ce tableau que tu admires, c'est un passant venu à ta rencontre, déjà tourné vers les lointains, mais qui s'est arrêté là pour te parler. Visiteur, frère migrant, tu es invité à partager cette pause. L'œuvre de Paoli te suggère de laisser tes valises ici, maintenant. De t'appuyer un temps contre l'opacité tendre de ses noirs ou le chatoiement de ses rouges. Tu es arrivé, repose-toi, souris, prends ton temps.

Écoute les couleurs parler de leur traversée, des paysages qu'elles ont parcourus et dont elles ont capturé la lumière, dont elles ont saisi quelque géométrie. Retiens d'elles la leçon que tu veux. Comme ce jour que tel ami, revenu de pays inouïs, te disait ses émerveillements, et que tu voyageais à ton tour, sans bouger de ta chaise. Ainsi te parlent les tableaux d'Yves Paoli.

D'un atelier à l'autre, il y a la force gravitaire des toiles, l'univers tournant dont elles sont l'axe. La dernière invention de ces temps de la fin, où le mouvement désespéré des astres et des hommes se précipite et se concentre."

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