vendredi, 04 janvier 2013
Le Radical Hennelier 17
Les autres enfants. Tous atteints. Tous de mon âge à peu près. Nous sommes une quinzaine, garçons et filles, avec une majorité de filles. Aucun jeu dans la pièce où je suis accueilli, des affiches aux murs, des posters de beaux paysages et d'animaux mignons, de gros coussins au sol, des baies vitrées qui donnent sur une forêt où circulent des paons majestueux, et toute la pièce baigne dans un son mat, reposant. Les assistants d'Hennelier sont avec nous, se relaient constamment. Hommes et femmes agréables, calmes, voix douces. Pas de musique, curieusement. On me dit que certaines mièvreries de supermarché avaient provoqué des énervements inquiétants ; on a renoncé. Tant mieux. Hennelier me présente aux autres, qui sont là depuis parfois un an. Certains n'ont pas revu leurs parents. Ici, on ne révèle pas les degrés de chacun, les médecins et psy qui nous suivent ont estimé que c'était mieux ainsi. Pourtant, dès que j'entre dans la salle, je sais. Deux filles et deux garçons sont de niveau élevé, je le sens immédiatement, au premier regard, au premier frôlement. Je retrouve la connexion fusionnelle que j'ai éprouvé avec Tsilla. Les quatre se sont instantanément tournés vers moi, ils m'observent avec gravité, ils ont senti aussi que j'ai été au contact avec un niveau élevé. Sans échanger un mot, nous partageons la tristesse d'avoir perdu Tsilla. L'une des nôtres.
Simultanément, je comprends une chose : cet échange silencieux a échappé à nos médecins, et je sais qu'aucun de nous, jamais, ne leur en parlera. Je comprends que nous avons des secrets ; qu'eux, Hennelier compris, en savent moins que nous. Dans le même temps, je comprends que ma famille n'est pas ma famille, que je n'ai pas besoin de frère, père ou mère. Je comprends qu'ici, au Village, je suis parmi les miens. Nous ne sommes pas encore assez nombreux mais, grâce au docteur Hennelier, à sa volonté de comprendre, d'autres vont nous rejoindre. Je devine aussi, très vite, au contact muet de mes frères et sœurs, que nous sommes plus forts en présence les uns des autres. L'un des hauts-niveaux acquiesce quand cette pensée surgit en moi. Je vois alors nettement, comme un diagramme sur un mur, les degrés du radical qui se multiplient. Je comprends qu'un niveau deux comme moi, en présence d'un niveau six, augmente la puissance de destruction des deux. Dans la pièce, les autres me touchent, me consolent, nous pleurons silencieusement la perte de notre sœur et cela me fait un bien absolu. Pour la première fois, je me sens compris, entouré, je ne suis plus un étranger. Les murs autour de nous, les baies vitrées, le béton armé qui nous entoure, les grilles qui protègent l'autoroute, tout cela n'a pas plus de consistance pour nous que du papier. Dans le sourire de mes frères et sœurs, je perçois la vie nouvelle et libre qui nous attend. Dès que nous serons assez nombreux.
La suite, dans la saison 2, le 19 décembre 2013.
05:40 Publié dans Ecrire, Nouvelles/textes courts | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
Quoi ???????
La suite fin 2013 !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Mais moi je viens tous les jours !!!! Je la veux tout de suite !!!!!!
Écrit par : baccouche | vendredi, 04 janvier 2013
Répondre à ce commentaireC'est flatteur, cet appel, et j'en suis touché. Mais ce n'est qu'un au revoir. Et puis, j'avais envie de passer à autre chose. Je ferai de mon mieux pour faire oublier ce manquement.
Écrit par : Christian | vendredi, 04 janvier 2013
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