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La Maison du Faune. Jean-Pierre Poccioni.

lamaisonduFaune.jpegAndré, un retraité aisé, grand amateur de vins et de musique sur disques vinyles, croise le chemin d'un jeune couple au hasard des ruines de Pompéi. On lui a déconseillé Venise sur la période désirée. Ce ne sera donc pas Mort à Venise, mais naissance du désir à Naples. De part et d'autre, parmi les ruines de la ville romaine, silencieuses lors des visites très matinales, ou dans les cafés bien choisis de Naples la bruyante, une sorte de séduction opère entre André et le jeune couple parisien, comme lui. Les touristes français se lient d'amitié et se retrouvent plus tard dans la capitale. Ces retrouvailles ne sont pas le fruit d'un hasard mais de la volonté d'André. Il a tergiversé, a considéré son âge, s'est finalement décidé à les retrouver. Le but de son obstination à renouer le contact pourrait être le désir, mais quelle finalité un désir de vieil homme peut-il espérer ? André, dont on devine qu'il fut un grand amoureux, un amant d'une authentique sensualité (n'est-ce pas aussi ce que confirme son goût pour les meilleurs vins et la musique de Schubert?), suit le cours de ce fantasme inconfortable, il en repousse confusément l’irrationalité. Peut-être pour se représenter à lui-même la part de fiction que comporte cette aventure, il se rebaptise Alexandre. Un nom de conquérant. Le couple, quant à lui, a décidé de baptiser cette nouvelle connaissance le Faune. A cause de Pompéi où il se sont rencontrés, à cause de la figure mystérieuse qu'il est à leurs yeux. André/Alexandre observe ces amis avec un mélange d'envie et de désespoir, un balancement constant entre respect et pulsions refoulées. Car, dans ce couple devenu proche, il y a Claudia. Et la beauté de Claudia est un spectacle. L'excitation érotique qu'il ressent à regarder le corps de Claudia lui inspire des élans, qui l'affligent aussitôt. Que faire d'un tel désir quand l'élue est jeune, délicate, vivante, et qu'elle aime profondément son homme, un Thomas brillant, chaleureux, bienveillant ?
L'enjeu du récit et, en conséquence, le pari littéraire de l'auteur, est l'évocation subtile des effets de distance : ce qui sépare un vieil homme d'une jeune femme, un célibataire d'un couple, un père de son fils, un ancien mari de son ex-femme, un fantasme de la réalité. Et l'écriture entreprend l'exploration de cet espace découvert en ménageant l'exacte tension requise. C'est un plaisir de fin gourmet que de savourer la mise en œuvre de ce dispositif. Une énergie constante architecture ce beau texte. L'écriture de Poccioni est raffinée, jamais précieuse, toute de retenue et d'élégance. On lit cet auteur comme on caresse du regard la couleur d'un grand vin ou une fresque érotique de la maison des Mystères.
La Maison du Faune est un court roman dont la narration alterne deux formes littéraires, dont chacune est exploitée pour ses possibilités dramatiques et avec ses caractéristiques : le journal d'André, ses introspections, son peu de pitié envers lui-même et en même temps, les leurres qu'il autorise ; et des chapitres distanciés, intitulés « Elle et lui », qui promènent le lecteur au fil d'un phrasé suave et réfléchi, délié, souple, ourlé d'appréciations riches et de descriptions extraordinairement fines. L'alternance des deux modes a aussi pour fonction d'exposer deux manières de penser la même scène, de revisiter les pensées d'André à la lumière de l'expérience du couple. C'est un jeu infiniment délicat auquel on se prend d'emblée, et qui met le lecteur dans un état constant de jubilation, jusqu'à la dernière page.

La Maison du Faune. 2006. Phébus. 188 pages.

Une autre critique, signée Pierre Perrin, à lire ICI.

 

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