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Je vénérais les femmes. La première fois que des représentantes du genre ont brusquement anéanti mon credo, je n'avais guère plus de dix ans. J'écoutais une conversation entre un monsieur et des collègues à lui, des petites fonctionnaires dont je ne savais qu'une chose : elles étaient jolies et gentilles. Il y avait une pose casse-croûte au mitan d'une journée consacrée à marcher dans la campagne. Notre groupe, dont mes parents, était attablé dans une auberge. Les conversations allaient, entre deux mastications et rires, j'étais entouré de femmes, j'étais bien. Entre alors un homme, massif, visage brûlé par la vie du dehors, semblable à mon père, une parenté de constitution en tout cas. L'homme salue mon père, justement, et le reste à la cantonade. Il s'en retourne après quelques mots anodins. A peine est-il reparti que le monsieur qui discutait avec ses collègues hoche tristement la tête : il connaît l'homme qui vient de passer « Un pauvre type, il vit comme un sauvage. Faut voir son jardin : il laisse les bêtes aller là-dedans. Même les hérissons... » Je ne comprenais pas, je trouvais ça très bien, moi…. Et là, je vois se contracter les frimousses des si jolies femmes en une moue laide et dégoûtée. « Beurk. » Décidément, c’est un rustre, ce péquenot, laisser des hérissons se promener dans son jardin ? (Je suppose qu'à l'époque on les pensait nuisibles. Je ne sais pas). Qu'un jugement aussi brutal et stupide fût reçu et conforté par celles qui, pour moi, étaient à la fois le substrat et la cime de l'humanité, qui alliaient la beauté, la douceur à l'élégance, à la bienveillance, provoqua en moi un cataclysme. La leçon que j'en tirai, après des années de réflexion autour de ce seul indice, fut que idéaliser qui ou quoi que ce soit, n'est rien d'autre que se préparer à la désillusion.

Commentaires

  • Même chose pour moi, jadis, quand BB a fait castrer son âne...
    On ne sait plus à quels seins se vouer.

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