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choses vues

  • 3256

    (silence éloquent, une pensée pour des amis durement touchés hier)

  • 3254

    C'était il y a plus de trente ans, je m'occupais avec deux autres amis d'un festival de Science-Fiction dans ma commune. Festival qui eut son heure de gloire, fut honoré de la présence de nombre d'écrivains, de réalisateurs et de dessinateurs de premier plan (ainsi que de starlettes et fugaces célébrités télévisuelles, bref). Pour l'un d'eux, nous décidons d'embaucher deux personnes. C'était l'époque des « TUCS », contrats aidés (déjà), qui permettaient à des associations comme la nôtre d'employer des personnes précaires. On me confie ce dossier (quand on est trois pour tout faire, il faut accepter le partage des tâches, même celles qui semblent les plus éloignées de vos centres d'intérêt). Annonces, contacts, partenaires, je mets rapidement sur pied le processus et des candidatures nous parviennent. Une poignée de profils de toute nature, je convoque tout le monde. Le contrat sera de trois mois, le travail demandé est une fonction de secrétariat dans un premier temps, puis d'accueil sur le festival. Avec mes camarades, nous choisissons deux jeunes femmes, pleines d'entrain, capables. Elles ont d'ailleurs parfaitement joué leur rôle, le moment venu. Reste à appeler les candidats malheureux. Tout se passe bien, jusqu'à cette dame. Elle a la cinquantaine, a été secrétaire dans une entreprise avant de se retrouver au chômage. Quand elle décroche, je déroule mon petit speech (formule de politesse, contexte, voix pleine de tact) qui n'a, jusque là, inspiré que des réactions désinvoltes, pour conclure par quelque chose comme : «  Madame, je suis désolé, mais nous n'avons pas retenu votre candidature... »  La respiration enfle, la voix se tort, à l'autre bout du fil : « Oh, mais comment ça se fait ? Pourquoi vous me prenez pas ? » Je suis tétanisé, les mots, maladroitement reproduits ici, ne sont rien, c’est l'immense détresse de la voix qui me colle un uppercut. Elle ne comprend pas, veut savoir. Elle est compétente, très compétente, elle a travaillé autrefois sur des manifestations, elle est une secrétaire organisée, une bosseuse… Voilà, je me découvre investi du rôle de salaud. Car c’est bien ça : on a rejeté cette femme parce que, à cinquante ans, elle était trop vieille pour notre si essentielle manifestation, on lui a préféré des gamines souriantes et joyeuses, jolies, qui feraient mieux dans le tableau de notre petit festival de province, tout auréolé de la présence de ses stars. Et, derrière la détresse, je comprends le chômage, les années de galère, l'image dévalorisée au sein de la famille, je devine son espoir, enfin, qu'on lui fasse de nouveau confiance, qu'elle reprenne pied dans la vie. Je me confonds en excuses, je lui dis que, peut-être, une autre fois... je dis n'importe quoi. Tout pour échapper à la morsure qui me saisit à l'écoute de cette prière dévastée. Je réalise que nous étions son dernier espoir, en tout cas se l'est-elle représenté ainsi. Je ne sais plus comment s'est achevé notre conversation, je ne sais plus si j'avais d'autres appels après, je sais seulement que la honte me vient encore à repenser à cette injustice. Et que cette injustice, j'en étais pour partie responsable. Depuis, quand j'entends évoquer des licenciements dans une petite boîte (c'est-à-dire quand le patron est celui qui renvoie, en personne), je vous assure, je pense d'avantage à lui qu'au malheureux type viré. Je ne peux pas croire qu'on licencie quelqu'un sans en être profondément bouleversé. Comme je l'ai été. Je pense toujours à cette femme, dont je ne sais plus ni nom ni visage, mais dont la voix, précisément, vient encore me cueillir, parfois. Et le sang, le même, à la même vitesse, me monte aux joues de la même façon. 

  • 3252

    Dans le seul souci de ne pas perdre une amitié, elle avait voté contre ses convictions. Personnellement, en élargissant le principe, j'en conclus que l'amour des autres l'emporte et même, tiens, je me dis qu'on va la sauver, cette planète.

  • 3249

    On s'emmerde avec la bio-atttitude... Quand je vois la vitesse à laquelle repoussent les mauvaises herbes, il me vient des envies de chimie allemande bien radicale.

  • 3238

    Un roman basé sur des faits réels alternatifs.

  • 3234

    Celui-là, qui écrit comme un sourd.

  • 3229

    Longtemps, chaque évocation du Viet-Cong a été pour moi étrangement imbriquée au souvenir de l’éclaircissement de l'expression « à foison ». Comment expliquer ce rapprochement ? J'ai le souvenir précis du moment où j'ai appris certains mots ou certaines expressions. Pour « à foison », j'étais chez ma grand-mère paternelle. Nous y faisions une halte après l'école, mon frère et moi. J'ai moins de dix ans, peut-être à peine neuf. Elle nous fournit en bandes-dessinées. C'était avant Strange, Marvel et consorts. Nous lisons alors les BD des éditions Monjournal, productions de qualité erratique pleines de Zembla, de Yulma, Akim et autres Blek le roc. Là, il s'agit de G.I. enfoncés dans la jungle dans laquelle se trouvent des 'Viets' "à foison". Ma grand-mère explique, tout en faisant le ménage : « ça veut dire qu'il y en a beaucoup ». Et oui.

  • 3227

    J'ai passé une journée entière en compagnie du chien lubrique de nos invités. Tout le monde faisait mine d'ignorer la cour assidue dont la bestiole me rendait l'exclusif hommage. Sous la table, il s'agrippait à ma jambe ; si j'allais chercher du pain il me collait aux mollets ; si je m'isolais aux toilettes, il patientait à la porte, bave aux lèvres pour me sauter dessus à la sortie. A la fin de la journée, quelle ne fut pas ma joie de le voir me délaisser pour entreprendre la chienne des voisins et la violer considérablement, malgré les protestations et interventions des invités, soudain décillés.

  • 3226

    Traverser en train le dos tourné des villes avec leurs omoplates de tôle, de murs dépareillés.

  • 3224

    S'effacent les signes sur le clavier, érodés par l'infatigable épreuve de la saisie. Les lettres devenues indiscernables, les touches usées jusqu'à l'abstraction, les mots nés de cette fragmentation partis ailleurs, sur l'écran ou dans le papier, échange naturel, un évanouissement sous mes doigts pour une apparition sous les yeux d'un autre, un peu de matière plastique pour un peu de lecture. Le troc digital à la source des textes.

  • 3223

    Un salon du livre, c'est l'occasion donnée aux visiteurs de pouvoir enfin raconter leur vie. Que les auteurs ne soient pas là spécialement pour les écouter pourra les étonner, mais ne les découragera pas.

  • 3216

    Je suis une presqu'île, et les liens qui me rattachent à la terre des autres sont quotidiennement menacés de submersion par des marées de rage, de honte ou d'accablements.

  • Conte horrifique

    Sous les murs de la prison où des Palestiniens font la grève de la faim, des familles israéliennes se sont réunies joyeusement pour faire des grillades. L'horreur est bel et bien de ce monde.

  • 3208

    Nous mourrons donc sans plus connaître la paix. Seuls les enfants de nos enfants auront peut-être la chance de savourer un moment où la fin du terrorisme sera avérée, dans 30 ans d'ici. Et encore, nulle capitulation, nulle grande ruée, dans les avenues et sur les places, assortie d'embrassades, nulle libération, juste la lente compréhension que le cauchemar est enfin fini.

  • 3198

    Bruits de scie et de tenailles, coups de marteau, cris masculins, jurons, appels féminins à arrêter le bricolage. La saison des petits travaux extérieurs est commencée.

     

    Et sinon, les hirondelles ont investi leur nid, hier. Bonheur.

  • 3186

    Pas de bonheur innocent, hélas, rien qui ne fût pas payé par l'un ou l'autre, au bout du compte. Ainsi, je goûtais la sensation de faire pipi dans la campagne, le nez planté dans la voûte d'étoiles, incroyablement nombreuses, avant de considérer dans l'herbe cette pauvre limace qui passait là, n'avait pas demandé qu'on l'arrose et se fichait comme d'une guigne de la poésie des espaces infinis.

  • 3185

    Étrange sensation au retour de cette session 2017 à Livre Paris. Tout s'est bien passé, j'ai retrouvé amis et professionnels avec grand plaisir, mais en deux jours, une observation déjà faite les années précédentes s'est confirmée et m'interroge. J'ai le privilège de signer successivement dans deux espaces littéraires très différents. Parmi les éditions de SF, de Fantasy, tout près de la BD et de l'illustration jeunesse d'une part, et au milieu des éditeurs de littérature « blanche » ou générale, d'autre part. Je fais un constat qui ne me réjouit ni m'attriste : l'impression d'empressement, de jubilation, de vie, de curiosité et d'enthousiasme autour des stands de littératures de l'imaginaire, et le défilé de lecteurs déjà convaincus, peu diserts, souriants mais distants, précis dans leurs choix, surtout visiblement plus fortunés, sur les stands des littératures plus « conventionnelles » ou plus « sérieuses » (Bon sang, tous ces mots pour cerner des phénomènes trop complexes pour être ainsi résumés ! mais vous voyez ce que je veux dire). Je ne parle pas des queues empressées qui patientent pour quêter un échange de cinq secondes avec une célébrité. Cela vaut partout et ne renseigne pas sur la distance dont je parle.
    Classer l'une du coté « populaire » et l'autre du côté « élitiste » ou « bourgeois » me paraît tout aussi injuste et réducteur. C’est pourtant l'impression que j'en retire. J'ai été heureux les deux jours, à mes deux tables de signatures. J'ai côtoyé dans les deux cas des auteurs talentueux et charmants, j'ai discuté avec mes deux éditeurs et m'en trouve comme à chaque fois, rasséréné et motivé, j'ai retrouvé avec plaisir leur équipe, tous gens souriants, optimistes, amoureux de leur travail, aimant sincèrement le livre et se faisant une haute idée de ce que doit être la littérature. Mais il est impossible de ne pas s'interroger sur ce qui distingue ces deux mondes, séparés là de quelques mètres. Un univers élégant, au mobilier raffiné dans des espaces ouverts, personnel en tenue soignée, lecteurs silencieux, méthodiques, sérieux, des échanges où l'on fait assaut d'esprit et de bons mots (là, je laisse faire, je n'ai pas les moyens intellectuels pour m'adonner à cette pratique, mais j'écoute). Et l'autre monde : stands confinés par manque de moyens, nombreux auteurs au coude à coude, personnel habillé comme au quotidien, foule de passage rieuse, bruyante, costumée parfois, lecteurs volubiles, passionnés, excités de rencontrer un auteur (on peut donc être excité à l'idée de me rencontrer, moi ?), jeunes ou moins jeunes qui sacrifient leurs économies et empilent les livres sur les bras. Je repensais dans le train du retour, à cette réflexion de Tarentino sur les vrais cinéphiles. Il les voyait dans les cinémas de quartier aujourd'hui disparus, chez les consommateurs de films, cinq ou six séances bon marché par semaine, qui ne théorisaient pas mais savaient exactement quand on se fichait d'eux ou quand un réalisateur généreux tentait de leur apporter du plaisir. Je me demande si les vrais amateurs de littérature ne sont pas ces gens enthousiastes qui réclament des récits, des histoires, des mythes, et veulent d'abord qu'un auteur soit généreux avec eux, ne triche pas, se donne de la peine pour leur bonheur. Bien sûr, les choses ne sont pas si simples, et j'adore toutes les littératures exigeantes, mais j'ai été amené ce week-end, à distinguer un monde vivant, gourmand et curieux, avec un monde plus figé, un peu morne, riche de ses hauts-faits, légitimement fier de son apport, mais tourné vers lui-même et préoccupé du maintien de son image. Mon étonnement est dans le constat qu'ils sont rarement conciliables. J'aime pourtant ces deux aspects, ils me nourrissent pareillement et je refuse d'avoir à choisir. Je me sens comme un immigré qui ne sait plus à quelle culture il appartient, ne se sent légitime ni dans l'une ni dans l'autre et ne sait quel gage donner et à qui, quelles passerelles créer, pour s'affranchir de ses frontières intimes.

  • 3181

    Elle présente ses enfants : Marie-Sygne, Karl-Edouard, Enguerrand, Clérambaud, Brieuc, Pierre-Charles et Bérénice. Maurice aimerait bien parler de son fils Kévin et de sa fille Jennifer, mais il sent bien qu'il vaut mieux passer à autre chose.

  • 3178

     Je ne serai impitoyable avec les politiques que lorsque je tiendrai mes propres promesses.

  • 3177

    Je sais madame, vous n'avez rien dit et je vous prends un peu au dépourvu à cette caisse de supermarché, mais j'ai bien compris dans votre regard le désir fou que vous aviez de vous jeter sur moi. Et bien, je vous le dis tout net, madame : c'est oui.