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Cadeau- Roman avorté V

J'étais avant tout, au fond, un auteur de SF. Nourri à Herbert, Van Vogt, Asimov et autres Heinlein, K. Dick ou Spinrad, j'ai pas mal pondu de récits Sf/fantastiques. Ici, une tentative de récit de l'apparition d'une entité extra-terrestre. Insensible dans ce premier passage, le suspens va croissant, multipliant les points de vue, les personnages, les lieux. Un roman basé sur une grosse documentation, mine de rien. L'histoire commence dans le désert.

 

I
Le père Mourier entra dans la fraîcheur terreuse de sa maison. C'était une modeste construction née de ses mains, quelques années plus tôt. Selon un rituel inconscient, il caressa au passage les briques rugueuses qui formaient le linteau de la porte. La sensation fugace qu'il éprouvait alors était semblable à celle qu'on ressent, quand nos mains glissent dans une chevelure aimée. Le père ne s'arrêta pas sur cette émotion mille fois ressentie, mille fois recherchée ; elle avait la netteté que seul l'exil prolongé engendre.
Le père Sébastien Mourier était ermite. Ce vocable désuet, il l'avait choisi pour désigner cette retraite volontaire, à l'époque où les mots n'avaient pour le jeune homme qu'il était, qu'un sens vain.
Il avait choisi le mot pour en jauger, sur le terrain, la valeur concrète, et lui redonner le sens dont on l'avait investi, autrefois.
Ermite, solitaire sans âge qui reprendrait un jour le chemin des rencontres, des foisonnements de visages, des mots énoncés avec inconséquence. Solitaire sans âge, reclus ici pour un temps inappréciable. Autant de temps qu'il lui semblerait nécessaire  pour investir la parole d'un sens. Le père cherchait, dans la solitude entretenue, la clarté des mots.
D'autres avant lui s'étaient réfugiés dans les lointains désertiques du globe pour trouver Dieu. Les anachorètes avaient en général choisi, au début de l'ère chrétienne, la Thébaïde égyptienne, puis la Syrie. L'ermite Mourier, parce qu'il avait rêvé longtemps des contrées qu'il habitait maintenant, leur avait préféré le Nigeria, et les contreforts du mont Djeboun. Ici, tout était d'une âpreté miraculeuse. Le désert y imposait une sorte de propreté.
Cette méticuleuse attention à la qualité des mots, lui rendait leur usage précieux et rare. Même pour prier.
Il acheva d'arroser son jardin, petite flaque de terre fertile, entretenue contre les rigueurs du lieu, à l'abri des roches ocrées. Comme chaque matin, mais avec plus d'attention que d'habitude, il pansa ses chèvres, ses moutons, et ses poules, avant de revenir à la cahute.
Ses bras solides soulevèrent le sac de toile préparé la veille, et il sortit dans la lumière souple de l'aube. En passant par Arlit, il donnerait quelques consignes à la famille Daoulé, ses plus proches voisins et amis, à deux kilomètres de là, pour qu'ils acceptent de s'occuper de l'ermitage, le temps que la communauté des Antonins envoie ses confrères ici, dans deux jours. Il ne pouvait pas attendre.
Deux jours et demi de marche dans le grand erg de Bilma, jusqu'à Marna, puis deux jours de voiture sur les pistes, avant de se joindre à l'une des caravanes touaregs qui traversent le plateau et, enfin, à partir du dernier point d'eau - Mouassa peut-être- l'exténuante marche à côté ou à dos de chameau, pendant encore trois jours, plein sud, avec les guides qu'il pourrait trouver.
S'il réfléchissait aux raisons qui le poussaient à entreprendre ce voyage, à sortir de son orgueilleuse réclusion, ses pensées se mêlaient très vite en une agaçante confusion d'impressions. Il y renonçait finalement, convaincu tout simplement de l'urgence de sa mission. Sans qu'il lui soit nécessaire d'extirper de son manteau la photo et la lettre qui le jetaient aujourd'hui sur les flancs escarpés de son refuge, il revoyait nettement l'image de cette élégante muraille courbe, haute et large comme une dune séculaire, et les mots griffonnés au dos de la photo : "Je vous attends sur place", signés par le docteur Decombes-Nadeau. La lettre, plus explicite, donnait des détails sur les latitude, longitude et date de la découverte. L'archéologue priait son ami de diffuser photo et témoignage sur le web, pour que soit répercutée aussi vite que possible la découverte d'une civilisation ancienne. Le père Mourier n'avait pas refusé ce service, mais il en avait retardé l'exécution. Il avait scanné les documents originaux, les avait envoyés depuis sa retraite sur l'e-mail d'un ami, en Europe, avec consigne d'attendre de ses nouvelles. L'ermite partait donc vérifier l'information, avant de se décider à la divulguer.

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