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La ville étonnée

Le gosier de la rue éructait ses syllabes. Dans la cour de la ferme, jappaient les mécaniques. C'était pour le passant la rengaine des jours.
L'orchestre des métiers.
De la ville et des champs, la parole au labeur. Des hommes et des femmes, le pouls pris au poignet. C'était un rock alerte, c'était une berceuse.
La chorale des métiers.
Elle charriait des bonheurs, elle apaisait le soir. La marche, à l'écouter, accélérait son rythme. Les enfants, tout petits, apprenaient son refrain.
La valse des métiers.
Les départs et les crises ont suspendu le chant. Le tempo ralenti, le bruit s'est assoupi. Les rues n'ont plus vibré aux cadences des fils.
Les métiers se sont tus.

Elle vit encore ici, au détour d'une rue, elle perce des usines, elle glisse sous la porte. Elle envoie sa chanson sous la pente des sheds. Elle entonne un refrain, elle respire, elle reprend, elle n'a jamais cessé. Elle était un murmure, elle était un écho, aujourd'hui elle souffle, elle est une fanfare. Elle a changé le son de la ville étonnée.
C'est la voix des métiers.

 

Paroles de chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

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