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Kronix parle rarement de politique. C'est un domaine où je ne suis guère pertinent, il faut bien l'admettre. Souvent, mes convictions l'emportent sur les réflexions, ce qui ne donne pas de très bons résultats. Je me considère plutôt comme un idiot politique. Donc, je me tais. Cependant, impossible de ne pas se sentir bousculé par l'ambiance générale, les sales moments que nous vivons. Kronix se sent un peu nauséeux, impuissant, désespéré, il va donc se mettre en congé. Avant de suspendre la parution quotidienne des billets (qui ne reprendra que si, au lendemain du deuxième tour, nous sommes encore en démocratie), je veux -tout de même- glisser cela : je comprends la position des abstentionnistes. Je la comprends. L'abstention est, en ce moment, un bel objet intellectuel proprement pensé. Mais quand la réflexion la plus sophistiquée laisse le champ libre à l'extrême-droite et lui donne les clés du pays, il me semble que c'est pousser trop loin l'amour du paradoxe. « Elle » ne passera pas, de toute façon ? Je vous trouve bien sûrs de vous. Et puis, même si Le Pen n'était pas élue finalement, les abstentions vont lui permettre un score historique, et la hisseront au rang de seule force d'opposition. Les insoumis, par exemple, seront inaudibles. « Elle » passera, mais elle ne pourra rien faire ? Je crois, hélas, que le problème n'est pas là : il est dans le climat de haine qui monte. Des dégâts importants sont déjà opérés. Pensez à ce qui va se passer si « elle » ne se prend pas un bon 70 % dans les gencives ! Ou alors, c'est le chaos que vous voulez. Vous rêvez d'une Révolution. Vous pensez qu'elle est nécessaire. C’est possible. Mais elle risque de prendre un chemin que vous n'aimerez pas quand il faudra vraiment s'y confronter, quand ce ne sera plus une vague probabilité ou un fantasme vibrant de lendemains nouveaux, quand nous serons harcelés, insultés, tabassés. Ma douce et moi, nous avions cru jusque là qu'être de gauche avait au moins cette vertu : ne pas balancer quand il s'agissait de défendre la démocratie, et que les calculs et les réticences étaient remisés, dès lors que le fascisme menaçait. C'est un grand désarroi, une grande peine, de constater qu'il n'en est rien. Faire froidement le calcul que le FN pourrait l'emporter, nous semble une énorme trahison. Y compris et surtout pour nos amis ou les amours que nous avons connues ma douce et moi, qui n'ont pas la chance d'une peau rose et pâle, d'un patronyme enraciné et bon teint. Nous pensons à ceux-là, qui seront les premiers à ressentir le vrai poids d'un vote significatif de l'extrême-droite, nous pensons à ceux qui suivront, homos, cocos, intellos... Aussi légitimes soient-ils, les atermoiements face à cette perspective ressemblent aux hésitations du témoin d'une noyade qui se demande si porter secours ne va pas l'obliger à salir ses affaires.
En tout cas, comme il faut bien quelques idiots pour tenter de limiter les dégâts, je ne réfléchis pas, je plonge et je vote Macron.

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