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A la manière de...

Pierre Michon

Il n'existe aucun moyen, fût-il sommaire ou archaïque, de remédier à la sophistication du confinement. Des jours en cascade dans un déferlement continu, des heures indénombrables, éteintes à peine sont-elles respirées, et toujours l'harassante question : que faire de nos peaux, de nos regards, de nos feintises, de notre aplomb infondé, de nos ballets orthodoxes ? Nous conclurons de cette longue évasion dans nos propres guenilles que nous n'étions qu'un contournement dans la vie des meubles, qu'une errance de plus, aggravant le martyr des tapis suppliants. Spectres, frères humains ébranlés, ours abrutis dans leur périmètre éternel, nous étions pourtant davantage que des fantômes ou des bêtes, des gens de bien et de pensée qui croient encore en leur intelligence des chairs et des objets, et s'abandonnent parfois à la dérisoire envie d'en écrire quelque chose, se tiennent à cette stratégie de survivant qui conte ses gloires ou désastres passés et à venir, s'en réjouit pour ne pas céder au bon goût de s'en désoler.


Demain : Marcel Proust.

Commentaires

  • Assurément. Et l'exercice permet de mieux mesurer pourquoi il faudrait, pour la moindre phrase susceptible d'approcher la perfection de cet auteur, une à deux semaines de travail, au bas mot.
    Ah, on est bien peu de choses, allez !

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