Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

3482

Pourtant, du charbon stéphanien, il reste encore dans la région, des filons sûrement maigres, épargnés quand leur exploitation ne fut plus rentable et qu'on leur préféra une source d'énergie plus économique et plus propre. Un trésor inutile sur quoi dormir sans plus rêver. Au dessus de ces vestiges, nos lieux de vie font à peine un épiderme, nos trajets, nos rires et nos drames ne sont peut-être qu'une prétention d'insectes. Les crassiers en majesté, les machines restées au grand jour, témoignent d'un temps où l'homme menait sans remords une guerre de pillage que rien ne sanctionnait et certainement pas le jugement des hommes de l'époque, tout affairés à saisir ce butin, sans conscience d'un tribut à payer. Ce tribut existe pourtant. On le reconnaissait avec fatalité ; il a fallu quelques générations et une nouvelle sensibilité à la qualité de vivre pour s'en inquiéter. Les stigmates de la guerre menée contre Gaïa sont là, sous la ville. On l'a vu : sous le bâti se rappellent parfois aux terrassiers les blessures engendrées par le combat. Pas d'obus redressés par un soc de charrue pour dénoncer la sauvagerie humaine, mais une géographie de pilonnage, des trous de bombardement, des creux, des dépressions, des dolines, des fontis, des effondrements qui firent la légende de la ville. Un document récent de prévention des risques miniers stipule que le danger est en quelque sorte dépassé : « la stabilité générale des sols est aujourd'hui acquise » y lit-on. Les aléas ne sont plus à craindre. Hors un périmètre dûment cartographié, l'heure est à la reconstruction. Les affaissements profonds ne peuvent plus générer que de négligeables tassements en surface : des incidents rares dont les derniers datent de 2007 (un fontis de 3 m de diamètre, 6 m de profondeur) à l’Eparre ADAPEI avec quelques précédents bien documentés : en 2003 ( une cavité apparue lors de l’installation d’une machine) en 1994, dans le quartier de Tarentaize, en 1982 dans le quartier de Chavassieux, et l'année suivante dans le quartier de Terrenoire. C'est bien tout. C'est bien peu, c'est un bien piètre écho à ce festin de pierre dont les reliefs les plus évidents sont les crassiers. Tout est consommé, la paix est déclarée. Les cônes de terre aimés des Stéphanois — au point que certains les comptent au nombre des collines qui encadrent leur Rome en réduction — sont des monuments élevés en mémoire du combat à l'issue résolue.

Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

Écrire un commentaire

Optionnel