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Bois-en mieux

  • 3654

    On n'est pas surpris que l'assassiné, sur scène, se relève pour saluer son public. C’est ce qu'a fait l'acteur Jésus, en fait. Mais lui, pardon, quel succès !

  • 3651

    Avant l'invention du o, le lin régnait sur la savane. Après, le lion se mit à rougir.

  • 3646

    C'était encore une de ces fins du monde lassantes, avec météorite, volcans, tsunamis… Les terriens blasés la dédaignèrent et la fin du monde toute penaude passa sans oser déranger, presque s'excusant de son manque d'originalité.
    Bon. Voilà. Penser à acheter du pain et des croquettes pour les chats, se dirent les très nombreux survivants.

  • 3642

    Faute à moitié avouée est pardonnée au quart.

  • 3629

    La sirène regimbe à pointer la tête hors de l'eau. Car alors, son buste émergé affole le marin, tandis que le bas de son corps excite le requin.

  • 3623

    Il referma le journal sur un soupir de soulagement : pas question de lui dans les rubriques nécrologiques.

  • 3621

    Le menuisier avait eu tort de négliger la sécurité de sa scie circulaire. Il ne pouvait même pas s'en mordre les doigts, qu'il n'avait plus.

  • 3614

    Il faisait un temps superbe. J'étendis une couverture sur l'herbe pour que la famille s'y installe, à l'ombre de nos cerisiers. Je surpris l'air inquiet de mon gendre, qui expliqua ses réticences : « Euh… Je ne sais pas, pour le petit, c'est pas prudent. Il risque d'y avoir des insectes, non ? » Je me moquai gentiment de ses craintes en lui affirmant que, si jamais une fourmi audacieuse tentait de s'emparer du petit, je saurais m'interposer. Soudain, un cri nous fit nous retourner : une fourmi était en train de kidnapper mon petit-fils.

  • 3609

    Dans la cellule, ça s'embrouillait, la discussion partait dans tous les sens. Dédé le Nantais imposa le silence et déclara à ses codétenus : "Revenons à nos matons."

  • 3605

    L'exigence et la rigueur de Einrich Sturmayer eurent pour désagréable effet d'abréger son existence. Légiste, expert en balistique, sa première affaire fut celle d'un suicide à l'arbalète. Par conscience professionnelle, il braqua l'engin sur lui-même pour vérifier s'il était possible d'appuyer sur la gâchette en se tenant dans la position de la victime. Il n'eut hélas pas le temps de notifier que c'était le cas. Bien entendu, il fallut s'assurer que Einrich s'était infligé la blessure mortelle. On eut soin de missionner un expert moins radical.

  • 3599

    L'exploit lui paraissait finalement douteux. Tout ce qu'il avait entrepris, sa vie entière, la moindre de ses décisions, les accidents et les hasards, tout cela avait conduit à ce qu'il se trouve là, seul sur la planète Mars, déconnecté de la Terre, à se morfondre dans l'ennui le plus complet. Sa seule distraction était cette démangeaison au niveau des testicules que son encombrant scaphandre lui interdisait de soulager.

  • 3596

    Monsieur et cher ancien élève,
    je vous remercie de la confiance que vous accordez à votre vieux professeur. Je vois que, malgré mes préventions, vous avez mené votre chemin et j'en suis heureux pour vous. Apprendre que vous êtes devenu éditeur a été une véritable surprise et nous a engagés, ma femme et moi, l'autre soir, à mieux considérer l'étendue des bouleversements que connaît l'édition de vulgarisation scientifique.
    Vous m'honorez en me demandant de signer la préface de votre première publication : « L'Afrique, mille ans d'histoire ». J'espère que vous ne prendrez pas ombrage de mon refus. Je suis en effet obligé de décliner votre proposition, qui me va pourtant droit au cœur. Après un rapide examen de l'ouvrage pour lequel vous souhaitez mon concours, il m'est apparu que je ne pouvais, sans dommage pour ma réputation, mêler mon nom à votre entreprise. J'ai découvert grâce à vos rédacteurs qu'une certaine Fay Wray avait été reine du Congo avant d'être sacrifiée à un gorille géant et que Tarzan avait donné son nom à la capitale du Dahomey. J'ai apprécié votre idée de faire parler l'australopithèque Lucy, mais j'ai de vives réserves sur le long monologue qui la voit défendre l'emploi de l'imparfait du subjonctif. Enfin, tout cela ne serait pas si grave si votre carte de présentation, en début d'ouvrage, ne tentait pas de faire correspondre la répartition des diverses ethnies africaines avec les contours physiques du sous-continent indien. Faute bien pardonnable dont vous étiez familier, déjà, lors de vos courtes études. Peut-être suis-je trop sourcilleux, comme vous me l'aviez souvent fait remarquer à l'issue de mes cours, mais je vous suggère de ne pas retenir, pour illustrer le drame de la traite négrière, les paysages de l'aquarelliste breton Loïc Ploucadec : « Roscoff à marée basse » ; « Retour des chalands à Paimpol ». Malgré la sensibilité de ces œuvres.
    Je ne doute pas que d'autres de mes collègues ou, à défaut, un voisin de palier, une amie, un parent, ne verront pas d'inconvénient majeur à participer à cet étonnant ouvrage sur l'Afrique.
    Je vous adresse bien entendu tous mes vœux de succès pour votre maison d'édition, dont cet ouvrage inaugural saura, d'emblée, situer son degré d'exigence.
    A la réflexion, n'écoutez pas les critiques et ne tenez pas compte de mes remarques. Cela vous a porté chance jusque là. La période est propice aux projets comme le vôtre. Allez de l'avant, comme vous l'avez toujours fait, en vous moquant des prudents et des vétilleux qui voudraient réduire votre enthousiasme.
    Inutile de tenter de me contacter. Quand vous lirez cette lettre, mon épouse et moi serons dans un monde certainement meilleur.
    Bien à vous,
    votre ancien professeur de géographie.

  • 3588

    Pâques, c'est le temps des bourdons énormes traversant le ciel en météore, le temps des pastilles à vapeur qui sautillent d'arbre en arbre, le temps des maisons qui tournent sur elles-mêmes, le temps des doigts qui poussent sur les mains et gigotent sans contrôle, des turlupins qui se mouchent, des accordéons qui sautent sur les cyclistes. Pâques, c'est le moment où on goûte sa nouvelle récolte de cannabis.

  • 3585

    Un latiniste et un helléniste se rencontrent. Force est de constater, avec un brin de déception, qu'ils se parlent en français.

  • 3583

    La voix divine en lui, asséna avec impatience : « Pars immédiatement et porte la bonne parole. » Or, cela faisait bien dix ans qu'il s'adonnait à cette mission sacrée, partout dans le monde. Il questionna les autres apôtres à ce sujet. L'un d'eux avoua, assez ennuyé, qu'ils avaient tous connu cette expérience déstabilisante mais personne n'aurait jamais admis que de temps en temps, là-haut, ça déconnait sec.

  • 3582

    Vrai, elle était passée, la petite souris. Mais à la place d'une pièce, elle avait laissé plein de petites crottes. Et la dent était toujours sous l'oreiller. Papa et maman étaient très déçus : ils avaient toujours cru à cette histoire, eux.

  • 3578

    On ferma la ménagerie du cirque. L'éléphant maltraité fut réintroduit dans la jungle malaisienne qu'il n'avait jamais connue, étant né à Aubervilliers. Deux ou trois ans plus tard, les biologistes témoignaient, images à l'appui, des comportements inédits des éléphants sauvages : assis sur leur derrière, levant la trombe, faisant le poirier, marchant en rond en se tenant la queue. Et au milieu de cette étrange agitation, un éléphant à l'air revêche, tenant une grande baguette de bambou.

  • 3577

    « Vous êtes venu pour quoi, déjà ?
    « Je sais plus. »
    « Je reprends mes notes, attendez… Où ai-je mis ces foutues notes ? »
    « Mais c’est pas vous qui êtes venu me voir, plutôt ? »
    « Vous croyez ? »
    « Je me demande. Je vais vérifier. Où ai-je noté ça ? »
    « Bonjour messieurs. »
    « Bonjour. »
    « Bonjour. Que puis-je pour vous ? »
    « Pour moi ? Je vous signale que vous êtes dans mon bureau, messieurs. »
    « Ah bon ? »
    « Ah bon ? »
    « Oui. »
    « Ce n'est pas mon bureau ? »
    « Ce n'est pas le mien, plutôt ? »
    « Non. Vous êtes tous les deux dans mon bureau. Vous à ma place et vous… vous, vous, là, avec votre costume d'Aztèque, vous êtes sur la chaise dévolue aux personnes que je reçois. »
    « Ah bon ? »
    « Ah bon ? »
    « Oui. Et je vais vous demander de sortir. Sans faire d'histoire. »
    « Bon. »
    « Bon. Sauf qu'on vient d'en faire une, justement, d'histoire. »
    « Et bien, allez donc raconter ça dans le bureau d'à côté. C'est celui d'un auteur de blog en mal d'inspiration, ce matin. »
    « Oh ? Ça tombe sacrément bien alors ? »
    « Oui. Je pense qu'il sera ravi. Ses lecteurs, je ne sais pas, mais lui... trouver un sujet (même pas terrible), un jour comme aujourd'hui, je suis certain qu'il va vous accueillir avec enthousiasme. »
    « Bon, on y va. Merci. Je peux vous demander ce que vous faites, vous ? »
    « Vous voulez dire : dans la vie, ici ? »
    « Dans ce bureau. Votre métier, c'est … ? »
    « Oh, moi… je n'ai pas de mission précise. Lui m'appelle l'inspiration, le hasard ou la discipline, selon ses interlocuteurs et selon les circonstances. Je redirige, j'oriente, j'expose… J'angoisse. Souvent. Je revisite les drames et les joies. Je me prends pour un dieu ou pour une merde. Je me mets face à lui et je l'insulte, je le cajole, je l'encourage. Ou, comme en ce moment, je lui envoie des visiteurs. Il fera ce qu'il en voudra. Allez-y. C’est juste là. »
    « D'accord. »
    « Bon, merci. Un message à lui transmettre ? »
    « Dites-lui de tenir bon. On croit que tout est foutu, que plus rien ne peut advenir, que vous n'intéressez plus personne et puis, un jour, un metteur en scène vous annonce que sa troupe a bien travaillé sur une pièce écrite trois ans auparavant, un ami dessinateur vous relance sur une foule de projets, un éditeur vous contacte pour une opération qui va durer plusieurs années… Il y a de l'espoir. Dites-lui qu'il n'est pas si nul et pas si vieux que ça. »
    « On lui dira. »
    «  Parfait. Ne vous offusquez pas s'il vous ricane au nez. C’est juste qu'il ne veut pas qu'on le soupçonne d'être satisfait. »
    « Votre boulot, ça doit pas être facile tous les jours. »
    « C'est vrai. Mais je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre. »

  • 3574

    Je l'ai toujours vue, assise sur cette chaise, sur le trottoir, à nous regarder passer. Déjà vieille quand j'étais petit. Toujours là. Depuis l'enfance quand nous allions à l'école, jusqu'à la semaine dernière quand, par hasard, je me suis retrouvé dans mon ancien quartier. Elle n'avait pas changé, pas bougé. Un demi-siècle environ d'immobilité. La conquête spatiale, les guerres, les attentats, le réchauffement climatique, les grandes crises, tout a glissé sur elle, qui a préféré observer la rue et le trottoir d'en face, plutôt que l'agitation colorée des écrans. J'ai alors réalisé qu'elle était peut-être la sagesse incarnée. Une conscience plus élevée que celle des Sadhus ou des stylites les plus aguerris (et les plus exotiques). Cette minuscule créature, dans ma petite ville, détient peut-être le savoir ultime. Elle est peut-être Bouddha ? Pour en avoir le cœur net, je suis retourné la voir, bien décidé à lui parler. Comme j'approchais d'elle, qu'elle ne me voyait pas, je pus assister discrètement à l'échange qui se déroulait à cet instant : un vieil homme passa devant elle, s'inclina respectueusement en lui adressant un gentil bonjour. Un voisin sûrement. Quand il fût plus loin, mon ermite, sans même regarder le dos du personnage, étendit son bras dans sa direction, et le prolongea d'un superbe doigt d'honneur. J'ai rebroussé chemin.

  • 3573

    On a souligné avec raison l'influence de Jean le Baptiste sur Jésus, mais il ne faudrait pas sous-estimer celle de Jésus sur le prêcheur du désert. La secte de Jean avait une déplorable réputation quand intervint le messie, qui conseilla judicieusement de laisser ressortir les candidats aux baptêmes, après les avoir immergés.