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samedi, 30 juin 2007

La censure du jour...

Oui, vous l'avez déjà lu, mais je le remets, parce que cette petite chose a eu l'honneur d'être censurée dans le magazine qui la publie. S'offusquer de périphrases aussi innocentes ! Le politiquement correct n'a pas fini de nous emmerder...

Gymnase : La tenue la plus fonctionnelle pour un sportif  ? Aucune ! auraient affirmé les Grecs, dont les athlètes couraient nus (gumnos : nu) dans les lieux prévus pour cela et dénommés donc, gymnases. Une coutume perdue, et qu’on regrette. Pas tant par goût des musculatures sculpturales que par nostalgie de la modestie que génère toute nudité : allez donc soulever triomphalement une coupe, quand le point focal de votre anatomie exhibe une risible paresse !

 

Terrible, hein ? Carrément hard ! Je me demande comment j'ai pu pervertir mon esprit à ce point. La fréquentation des dictionnaires, sûrement...

l'ermite 22

Dans l'absence construite en moi et autour de moi, le temps dans le coma me délivre de l'ennui. Je n'ai connu l'ennui qu'à l'époque de mes agissements, aux temps des certitudes et du commerce avec autrui. L'ennui naissait dans l'envie d'être plus tard, plus loin, en tout cas pas à cet endroit à cet instant, ou dans le désir informulé d'être un autre.

Je fus longtemps persuadé que l'ennui engendra Dieu. C'est dans la contemplation des pâturages parsemés entre le Tigre et l'Euphrate, que les premiers éleveurs eurent le temps d'imaginer une intelligence plus élevée que la leur, qui leur expliquait jusqu'à la nature de leur ennui.

Ici, au coeur de ma thébaïde, je ne m'ennuie jamais. Le vide que ma pose ascétique a généré, s'emplit à chaque respiration de l'idée du vide. C'est une matière à penser incroyablement nourrissante.

 

vendredi, 29 juin 2007

L'ermite 21

 

Abstrait du temps. La trajectoire des astres est un songe. J'oscille entre la fixité de l'éternité et la fugacité mobile de la vie. Ne suis ni l'un ni l'autre. Atome d'un poids de monde, vibrion désamarré. On ne me trouvera sous l'oculaire d'aucune recherche, dans le précipité d'aucun tube, je ne suis même pas une conjecture mathématique. Je ne suis même pas. Plus indéterminé et inconcevable qu'un objet quantique. Aucun calcul ne parvient à définir l'idée que je suis, et la place que je tiens.

jeudi, 28 juin 2007

L'ermite 20

 

Il y a eu cette notion que je m'appliquais à défendre, sans véritable conviction : le monde serait pire sans les médiocres. A me frotter à l'énergie inépuisable de mes frères, considérant qu'elle leur permettait de négliger leurs enfants, de partir plus loin en vacances, d'acheter de plus grandes piscines et de manger moins gras, je me suis d'abord laissé convaincre que le bilan de l'efficacité était négatif à l'échelle individuelle. Reporté à l'échelle des nations, la compétence comporte des dangers d'une autre nature. Elle permet de distinguer avec plus de netteté ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ; elle permet d'isoler les éléments improductifs, les tarés et les faignants, elle détermine des talents, les aptitudes et les assuétudes, elle remarque les gènes positifs, les races supérieures. Elle fait le tri dans l'énorme matériau humain. La compétence et l'efficacité sans frein mènent tout droit aux camps de la mort.

Heureusement, les faibles, les maladroits, peuvent à tout moment faire capoter le grand complot des puissants. Heureusement, l'humanité a sa réserve naturelle de médiocres qui la retient de foncer dans le mur, avec le moteur surpuissant que ses éléments les plus intelligents ont su lui construire.

mercredi, 27 juin 2007

L'ermite 19

Tu te souviens ? Les mots fascinants de Qohélet. Vanité des vanités, tout est vanité. Toutes les paroles sont usées, personne ne peut plus parler, l'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit et l'oreille n'est pas saturée de ce qu'elle entend. Ce qui fut, cela sera, ce qui s'est fait se refera et il n'y a rien de nouveau sous le soleil ! Avec le temps, la litanie du texte ressassé pour le plaisir des mots, a pris force de pensée. C'est ainsi que, petit à petit, le commerce du monde s'est détaché de moi. C'est ainsi que les paroles des autres m'ont paru un écho des miennes ; que les lâchetés, les peurs, les rages et les élans des autres m'ont semblé un réemploi des miens. C'est ainsi que l'intérêt de les écouter s'est amenuisé, est devenu encombrant, inutile enfin. Ils ressentaient tous ensemble, l'éventail des humeurs que je connaissais bien. Aucune expérience qui soit neuve, inédite, rien d'inexprimable au point que je ne sache le saisir. Oui. C'est ainsi que m'est venue l'idée de la solitude absolue. Puisque l'humanité entière, c'est moi.

mardi, 26 juin 2007

Bienvenue dans l'ère de l'info sarkoziste 2

Même motif, même punition :

http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/263405.FR.php

L'ermite 18

Quatorzième jour

 

Je voulais des coupes de framboises. Des hanaps de fruits écrasés. Je désirais la sueur qui couvre le dos de ses racines froides. Je voulais aspirer des litres de soleil.

Est-ce que ? Je me suis condamné. Est-ce que désormais le soleil, pour moi... ? Est-ce que ? Me suis-je condamné à redouter la brûlure du jour ? Ma saison maintenant et pour toujours est un automne sans lumière. Pas le saisissement de l'hiver, mais cette lente agonie des pluies usantes.

Si je devais, un jour, pouvoir détacher mes os de ma gangue de schiste, je crois qu'il me serait impossible de franchir le seuil de mon antre noir. Et bien, il se trouve que je souris à cette idée.

lundi, 25 juin 2007

L'ermite 17

 

Je voulais dire. Toute la paix est sous les arbres. Eparpillée, parsemée, la sueur du ciel inonde tes cheveux. Et je t’aime je te respire contre moi entière, fondue. Je voulais.

dimanche, 24 juin 2007

L'ermite 16

 

Jour ?

 

Le tombeau où je dors, assis, indolent. Le crâne soudé au torse, membres durcis, sang coagulé, mâchoires figées sur des chicots rompus. Le filet d’air qui sinue dans ma bouche ne déplie pas mes poumons ramassés. D’immenses. De. Je voul

samedi, 23 juin 2007

Lecture du Voyage

Le Voyage au bout de la nuit de Céline, sera lu en 24 heures, par plus de 80 volontaires, depuis ce samedi 18 heures, jusqu'à demain dimanche (18 heures, donc), à Saint-Haon le Châtel (Loire).

Cela fait plusieurs années que Jean Mathieu et son équipe de bénévoles organisent cet événement, bien avant que la lecture à haute voix soit à la mode (Jean, tout gamin, lisait à haute voix au milieu des vaches qu'il gardait. Sa colossale culture littéraire s'est entièrement construite de cette manière : à haute voix).

L'Astrée, Gargantua, Madame Bovary, le Rouge et le Noir... ont été lus dans ces conditions : en 24 heures, nuit comprise, les lecteurs se relayant pour venir à bout du texte. Et le texte, tout le texte, rien que le texte ! Pas de mise en scène théâtrale ou musicale, pas de mélange des genres. La lecture, seulement, l'intérêt concentré sur cette magie de l'écrit. L'hommage de la voix à la construction d'une pensée.

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Quant au "Voyage...", pour la premère fois, est apparue une résistance. Certains lecteurs ont refusé de se compromettre à lire le texte d'un monstrueux antisémite notoire. L'interrogation est respectable. Mais je considère qu'il y a une erreur originelle dans cette réticence. C'est que lire "le voyage" ne signifie pas qu'on cautionne son auteur. Au contraire. Comment ça au contraire ?

Lire "le voyage" c'est s'approprier, nous, qui sommes à l'opposé des haines, révoltés contre l'extrêmisme, nous qui aimons la paix, l'amour, la solidarité, la vie, l'Homme, c'est s'approprier disais-je, un texte qui parle de la condition humaine, lui extirper ce qu'il a à dire de notre société, et renvoyer Céline à ses malédictions, plus isolé que jamais. Parce que son livre ne lui appartient plus, parce que nous, qu'il aurait repoussés de son mépris, nous qu'il aurait vus comme des cloportes, nous lirons ce texte par amour de la littérature, par amour du genre humain.

 

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