dimanche, 06 décembre 2009
Refuser le débat
Comme j'ai tenté de l'illustrer avec le conte du chauffeur de bus récemment : le débat lancé sur l'identité nationale est d'une dangerosité extrême. C'est un piège, et l'occasion pour le FN de se refaire une santé, aux antipodes des résultats attendus par ses organisateurs qui espéraient, les imbéciles, récupérer ces voix pour les régionales. Je ne cesse de le dire, de prêcher dans le désert depuis des années : le fou qui nous gouverne entraîne ce pays vers la guerre civile et l'implosion. Pour l'heure, il est urgent en tout cas, de refuser ce débat nauséeux. Il existe une pétition (il existe toujours une pétition quelque part). Si, comme moi, vous n'êtes pas encore fatigué de vous battre contre les moulins, vous pouvez toujours ajouter votre signature aux 18 000 recensées :
http://www.mediapart.fr/journal/france/021209/lappel-de-mediapart-nous-ne-debattrons-pas
La Ligue des Droits de l'Homme refuse également de participer à cette monstruosité. J'ai reçu leur appel il y a peu.
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vendredi, 04 décembre 2009
Les bons clients 3/3
Finalement, tandis que le car a pris une heure de retard, tout le monde ou presque s'est pris au jeu. Il conclut. « Bien, j'ai un premier classement. C'est bien ce que je pensais. Certains d'entre vous sont plus ou moins clients de la compagnie. Alors : Les bons clients... » L'auditoire est suspendu à sa déclaration. « Un : Le client idéal est celui qui pèse moins de soixante-dix kilos, parle la langue locale mais se tait, est poli et ne sent pas, paye les tickets à l'unité plutôt que par abonnement mais prend le bus tous les jours, sur plusieurs lignes depuis plus de trente ans, offre des fromages au chauffeur et des fleurs à sa femme de temps en temps, connaît par cœur l'histoire de la compagnie, est toujours à l'arrêt un quart d'heure au moins avant l'arrivée du bus et n'emporte rien de plus que les clés dans sa poche ou, à la rigueur, un sac à mains, se frotte les pieds avant de monter, n'écoute pas de musique au casque et apprécie la radio proposée par le chauffeur dans les haut-parleurs, n'importune pas le chauffeur avec ses histoires personnelles et monte ou descend et trouve sa place en moins de quarante secondes ; Deux : ceux qui sont payent régulièrement les trajets depuis le plus grand nombre d'années, par ordre décroissant, avec un handicap pour ceux qui ne prennent le bus qu'une fois par semaine, mais un relèvement de quotient pour ceux qui prennent le bus sur plusieurs lignes de la compagnie au moins deux fois par semaine. Trois... » Il énuméra ainsi plus d'une cinquantaine de catégories, nous avions plus de deux heures de retard, et le gamin, dehors, avait disparu dans la nuit. Le chauffeur classa de l'avant vers l'arrière du bus, les clients des meilleurs aux pires. J'étais, avec d'autres qui avaient refusé de se prononcer, au fond, dans la catégorie des mauvais clients ; et les bons clients, brevetés à présent, nous expulsèrent. Notre petit groupe, frigorifié, se retrouva dans l'hiver et observa le bus repartir. A notre grande surprise, il s'arrêta cent mètres plus loin, et abandonna deux ou trois personnes, un couple d'adolescent et une femme un peu forte, qui étaient juste dans les rangs devant nous, quelques minutes plus tôt. Et il repartir, enfin délivré de ses mauvais éléments.
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jeudi, 03 décembre 2009
Les bons clients 2/3
« A votre avis, qu'est-ce qu'un Client ? » assène le chauffeur. Je regarde le gamin dehors, son gros cartable posé à côté de lui. Je me lève pour protester : « Il faut faire rentrer le petit, vous réglerez ça demain avec lui, mais vous n'allez pas le laisser la nuit dehors, tout seul comme ça ! » Le chauffeur me regarde avec un mauvais sourire. Il s'adresse à la cantonade : « A votre avis, lui (il me désigne) c'est un client ? Un bon client ? » Je suis abasourdi, ne trouve rien à répliquer. Le chauffeur sort un carnet et note (il connaît mon nom, les cartes sont nominatives). Je hausse les épaules et ricane, tout ça est débile. « Nous sommes tous clients, nous avons tous payé », et puis je regarde ostensiblement dehors. Je voudrais sortir, mais j'ai fichtrement envie de savoir où ce délire va nous mener. « Vous, vous filez un mauvais coton », conclut-il. « Ensuite... » Il revient à sa place, à l'avant du véhicule. « Alors, c'est quoi, selon vous, un bon client de la compagnie ? » Une vieille dame lève le doigt : « C'est quelqu'un qui est calme, qui ne fait pas de bruit... » « C'est quelqu'un qui paye, et puis voilà ! » s'exclame une jeune fille, derrière. « Le chauffeur note sur son carnet les noms des intervenants. A la jeune fille, il rétorque : « Je ne crois pas que ça suffise ! » Un autre doigt se lève, un vieux monsieur « C'est quelqu'un qui laisse sa place aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux anciens combattants » Le chauffeur note, les réactions fusent « C'est quelqu'un qui dit bonjour au chauffeur », « c'est quelqu'un qui prend le bus tous les jours », « C'est quelqu'un qui pèse moins de 80 kilos, pour des raisons de rentabilité », « C'est quelqu'un qui fait le parcours de la première à la dernière station, comme moi ! », « C'est quelqu'un qui paye ses impôts sur la commune qu'il traverse », « C'est quelqu'un qui connaît l'histoire de la compagnie », ils sont intarissables, à présent, peu d'entre eux n'ont pas une idée sur ce que c'est qu'un client, bon ou mauvais. Il suffisait de demander. Le chauffeur note, un bout de langue pointée entre les lèvres, la totalité des réactions, on voit qu'il les classe, les annote, les recoupe, fait tout ça très sérieusement.
A suivre
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mercredi, 02 décembre 2009
Les bons clients 1/3
L'autre jour, le chauffeur de bus a arrêté son véhicule en rase-campagne, à la grande surprise de tous les passagers, un peu amollis par la douce tiédeur de la promiscuité, le vague à l'âme qui vous enveloppe quand les vaches sont immobiles dans le soir, derrière les grandes vitres embuées. Il s'est tourné vers nous, immobiles dans notre silence interloqué.
Bon, a-t-il commencé, qui est client de la Compagnie de Transports ? Il y a d'abord eu un moment de stupeur. Aucun doigt ne s'est levé, tous les gens assis là avaient payé leur ticket, tous avaient droit à ce titre de « Client » de la Compagnie. Mais le chauffeur a repris, avec une espèce de rage contenue : « Qui ? Lequel d'entre vous est client ici ? » A la question absurde mais comminatoire, les premiers à répondre furent les enfants, les scolaires impressionnés et quelques vieilles dames, qui se demandaient ce que le chauffeur voulait. « C'est tout ? » a-t-il conclu sur un ton menaçant. Personnellement, je ne souhaitais pas répondre à une question aussi stupide : ce chauffeur est celui à qui j'achète chaque mois mon abonnement, il le sait, me salue quand je monte, me dit bonne journée quand je descends. Cela fait des mois que je renouvelle ainsi ma carte. Inutile de rappeler que je suis bien « Client » de la Compagnie. Néanmoins, voici l'employé qui entreprend de vérifier chaque ticket, chaque carte. Forcément, il trouve un petit gamin qui a oublié de renouveler son abonnement. « Dehors », dit le chauffeur sans sourciller, dans le silence atterré du bus. Impressionné, le petit, lourdement chargé, s'exécute et sort dans le noir. Les portes se referment. Le chauffeur se tourne à nouveau vers nous : « Alors ? Qui est client ? » Cette-fois, la question est absurde : il a vérifié nos papiers, il sait que nous avons tous payé, nous sommes bel et bien « clients ». Que signifie ce cirque ?
A suivre
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jeudi, 26 novembre 2009
Il est fini le temps des cathédraââleu
Extraits d'un article du site Mediapart, l'un des rares médias à relayer cette info : les préfets vont pouvoir vendre le patrimoine de la France (vous savez ? Ce pays où il faisait bon vivre ensemble, naguère)
A l’heure où le président se gargarise de l’identité nationale, évoque le lien charnel des Français avec la terre et les morts, exige un musée consacré à l’Histoire nationale, on voit clairement que la logique libérale l’emporte, chez lui comme dans son parti, sur l’attachement de la Nation à son patrimoine, qu’il fait fi de toute la tradition française dans ce domaine et qu’en réalité son soi-disant attachement à notre passé ne constitue qu’un fonds de commerce électoral.
En 2003 Jean-Jacques Aillagon avait autorisé la cession de certains monuments aux collectivités territoriales mais, outre que peu d’entre elles s’étaient empressées d’acheter des édifices d’un entretien souvent coûteux, le ministre de la culture avait alors limité très précisément les possibilités pour l’Etat de se défaire de son patrimoine. Or l’article 52 de la loi de finances élargit le périmètre des monuments et sites transférables, qui ne sera plus limité à une liste fixée par décret et couvrira dès 2010 la totalité des monuments appartenant à l'Etat et à l'ensemble de ses établissements publics, en outre l’Etat pourra maintenant se défaire aussi des objets mobiliers classés.
Et par dessus le marché : "seul le préfet aura à se prononcer sur les cessions, le ministère de la culture, pourtant concerné au premier chef, n’ayant pas à être consulté", toujours selon Mediapart.
François, réveille-toi mon grand, le patrimoine, ça te dit rien ? Vraiment ?
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mardi, 17 novembre 2009
Les livres ? Les quoi ?
Par décret du 15 novembre 2009, la Direction du livre et de la lecture au ministère de la Culture est purement et simplement liquidée.
Cependant, je dois à l'honnêteté intellectuelle que le livre n'est pas tout-à-fait oublié. extrait de l'article 5 :
"Elle (La direction générale des médias et des industries culturelles ndK) veille à l'équilibre entre les différents acteurs qui interviennent dans le domaine du livre et, à ce titre, au développement de l'économie du livre, en France et à l'étranger. Elle favorise le développement de la lecture et procède à l'évaluation des politiques dans le domaine de la lecture publique. Elle contribue à la modernisation des bibliothèques et des médiathèques, et notamment au renforcement des réseaux et services de coopération, ainsi qu'à la formation de leurs personnels. Elle veille à la conservation, à l'enrichissement et à la valorisation du patrimoine des bibliothèques et des médiathèques. Elle exerce le contrôle technique de l'Etat sur les bibliothèques et les médiathèques des collectivités territoriales."
Le problème est qu'il s'agit des seules lignes qui rappellent que le Livre existe (ou existait, pour reprendre la formulation atterrée de tiers-livre.net, que je découvre aujourd'hui grâce à Eugène Durif). le reste est consacré à ce qui intéresse surtout nos édiles : les autres produits culturels. Après l'imbécile apostrophe de Raoult sur "le devoir de réserve" des écrivains, et la légion d'honneur à dany Boon, on sent bien de quel côté penche la balance. C'est vrai, le livre, c'est pas comme si c'était important.
Pas grave. Plus que 3 ans.
19:31 Publié dans Sarko et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 11 novembre 2009
D'excellents français
Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec Michel Onfray.
Parfois, j'émets des nuances sur ses jugements, souvent -très souvent- j'adhère absolument, mais là, non, je ne suis pas d'accord. Michel Onfray propose de ne pas laisser le débat sur l'identité nationale à la droite, qui l'a provoqué. Il veut ainsi forcer ceux qui recherchent par le moyen de ce débat la division et l'exclusion, à tenir compte de l'avis des autres. Ne pas laisser à la droite le drapeau, la patrie, la nation... Toutes notions qui, excusez du peu, sont nées dans la Révolution.
Non, je dis qu'il ne faut pas tomber dans ce piège. Personnellement, je n'ai aucun problème avec mon identité, ni avec l'identité des autres, de mes amis, de ma famille, des étrangers naturalisés. Si la droite a un problème avec ça, je le lui laisse bien, tant pis pour elle. Qu'elle s'interroge seule, qu'elle définisse seule ce qu'est un français, un bon français, un mauvais français, un français plus français qu'un autre, etc. Ce sera sans moi. Quand ils en auront fini de recueillir, en sous-préfecture ou sur leur site (submergé, dit Besson, tout content, mais submergé de quoi ? D'insultes ?) les témoignages et avis d'une population qui aime, qui veut, qui désire la séparation, l'apartheid, la ségrégation, peut-être alors serai-je déchu avec quelques autres de ma nationalité, parce qu'il y a fort à parier que je ne correspondrai pas à leurs critères de français bon teint. Et alors ? Je m'en fous. Je suis français, j'aime mon pays, j'assiste, désespéré, à la sape de sa cohésion, je vois son corps se fissurer, s'effriter, je vois sa pensée abêtie, simplifiée, détournée, je vois ses principes bafoués, et je vois un gouvernement, cynique et triomphant, réclamer qu'on réfléchisse soudain à ce qui distingue un français d'un autre citoyen du monde. Je ne participerai pas à cette infamie.
Eric Besson reprenait l'autre jour, les mots de Sarkozy lors de son premier discours de président, pour expliquer le surgissement de cette question que personne ne songeait à poser. Je me souviens que l'expression « identité nationale » était reliée en l'espace de deux phrases, à l'expression « auto-flagellation ». « C'en est fini de l'auto-flagellation ». En quoi ces deux concepts sont-ils en rapport, sinon dans une perspective pervertie à l'origine ? En effet, cela sous-entend qu'un bon français est fier de sa patrie, quelles qu'en soient les actes. Il est sommé de trouver formidable tout ce qui y est décidé, tout ce qui s'y produit. Justement, j'aime ma France, je l'aime passionnément, et je ne suis pas fier -à cause de cela- de ses exactions, de ses manquements aux principes qui l'ont fait naître. Je ne suis pas fier du massacre des malgaches, je ne suis pas fier des algériens jetés dans la Seine, du mépris pour les harkis, du plasticage du Rainbow Warrior, du bombardement de villages tunisiens, des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, de la collaboration avec le nazisme, de la torture, du silence sur l'amiante, des représailles à Ouvéa, du tapis rouge déroulé pour recevoir Kadhafi. Je n'ai pas à me féliciter de telles hontes, infligées, justement, au pays que j'aime.
Il est donc possible que je sois un mauvais français. C'est possible. Tandis que parade un président qui prend son pays pour son usine, et méprise les ouvriers qui travaillent dedans.
Nous vivons un long cauchemar, et je ne vois poindre aucune lueur.
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samedi, 31 octobre 2009
Le hasard
Emplois fictifs, angolagate, affaire Boulin... Bien sûr, toutes ces affaires étaient en cours, avant. Bien sûr. C'est le hasard, ce subit acharnement sur la chiraquie. Le hasard. Bien sûr. Rien à voir avec le fait que de Villepin apparaisse soudain comme un présidentiable qui souhaite en découdre avec son ennemi. Le hasard, oui.
Et pendant qu'on parle d'identité nationale, on ne parle plus de Karachi, des rétro-commissions, des comptes désastreux de l'EPAD sous la présidence de papa, de la libéralisation des jeux d'argent. Le hasard.
A propos, vous avez remarqué qu'on ne voit plus Carla depuis quelque temps ?
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mardi, 27 octobre 2009
On a failli oublier...
... Heureusement, il y a mediapart, le journal en ligne, fondé par Edwy Plenel, ex directeur du Monde, et dont je vous parlerai bientôt, sous forme de "60 secondes".
Je reprends le début de l'article, parce que je ne saurais mieux vous inciter à lire la suite, ici.
"Ce mardi 27 octobre 2009, cela fait quatre ans. Quatre ans que deux adolescents sont morts, brûlés vifs, dans un transformateur électrique où ils s'étaient réfugiés par peur des policiers qui les poursuivaient alors qu'ils n'avaient commis aucun délit. Quatre ans que les familles et les proches de Zyed et Bouna attendent la justice tout comme les parents et les amis du troisième jeune, le survivant Muhittin. Quatre ans que les banlieues françaises ont été le théâtre d'émeutes provoquées par les mensonges et le mépris du ministre de l'intérieur de l'époque face au drame de Clichy-sous-Bois.
Entre-temps, le ministre est devenu président de la République et, avec lui, «l'identité nationale» est entrée eu gouvernement. Nous le devinons tous d'instinct: sous la rhétorique rassembleuse, c'est une machine à exclure. A rassembler dans la peur de l'autre. A diviser pour régner."
Lire la suite, sur Mediapart.
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jeudi, 03 septembre 2009
Jugez vous-mêmes
Expliquée par un magistrat, la suppression du juge d'instruction, c'est tout de suite plus clair. Allez-y, ça prend 5 minutes.
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