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kronix - Page 11

  • 3650

    C'est une décharge du futur. Les miséreux y puisent les trésors qu'ils pourront revendre. Or, cuivre, aluminium, fer… Sur le flanc du monticule, bousculé par les mains empressées, un sourire peint sur un fragment de planche est repoussé vivement. Il encombre.

  • 3649

    J'écoute à travers les cloisons une conversation entre ma douce et une amie. Et puis, l'amie se met à chanter. Juste au moment où je tente de retrouver la mélodie d'une autre chanson. La voix de l'amie parasite la mienne, intérieure, et je m'enfonce plus loin dans la maison pour ne plus l'entendre. Je suis dans une pièce minuscule, encore en chantier. La voix importune, quoique affaiblie, me poursuit. Je décide de sortir. Un paysage hybride mêlant éléments de ville et de campagne s'ouvre devant moi. C'est le crépuscule. Il y a des nappes ambrées derrière les collines. Depuis ma gauche, des chapelets de boules ignées sont éjectés par des canons invisibles et silencieux, tracent une courbe dans le ciel chargé de nuées sombres, et percutent des fermes, des pylônes électriques. A chaque impact du bombardement, se déploie un incendie. Les foyers se multiplient, se rejoignent, finissent par occuper tout la plaine, et les flammes gagnent la ville. Je dois rejoindre la maison, et ma douce que j'ai abandonnée pour cette histoire de chanson. J'aborde l'asphalte. Un phénomène étrange se produit : la surface de goudron est recouverte d'une pellicule d'eau qui frémit et ondoie comme sous l'effet d'une averse, mais il n'y a aucune pluie. Seulement la ville qui à son tour s'embrase. La ville est déserte mais une clameur terrifiée monte des rues. Je me réveille.

  • 3648

    Nous élaborons les plus belles constructions de pensée pour trouver un sens à ce fatras que sont les drames, et le fatras résiste à toute logique. Le malheur surgit et l'on croit d'abord voir, sous l'effet de la révolte qu'il inspire, une compréhension se dessiner. Et puis, c'est l'abattement devant ce qui, définitivement, n'a pas même la clarté d'une farce. 

  • 3647

    Le mal qu'il a fait l'accompagne depuis l'origine et personne n'a le pouvoir de lui ôter ses propres chaînes. Il soulève la visière de sa casquette et que voit-il ? rien à l'horizon que la disgrâce des jours à venir. Qu'y faire ? Il a tué. On ne lui a reconnu aucune circonstance atténuante et les habitants d'ici, tout ignorants qu'ils sont des faits et des causes, ne lui en concèdent pas davantage que le tribunal qui le condamna il y a près d'un quart de siècle. Antoine ne demande pas qu'on l'absolve ; il aimerait seulement qu'on ne le résume pas à ce moment de jadis, de poudre et de stupeur. S'il revient éternellement à l'ébranlement de cette seconde vertigineuse, s'il s'y voit, retrouve le moindre détail, une énigme demeure. Qui était celui qui appuya sur la gâchette, qu'il n'avait jamais été jusque là ; qu'il ne serait jamais plus ? Or, c'est à cet homme-là que le jugement avait été rendu. C'est cet homme-là qui était la cause de la perpétuité des regards. Tout le monde semblait mieux savoir qu'Antoine la nature de celui qui avait commis le crime.

     

    Les inconsolables. Extrait.

  • 3646

    C'était encore une de ces fins du monde lassantes, avec météorite, volcans, tsunamis… Les terriens blasés la dédaignèrent et la fin du monde toute penaude passa sans oser déranger, presque s'excusant de son manque d'originalité.
    Bon. Voilà. Penser à acheter du pain et des croquettes pour les chats, se dirent les très nombreux survivants.

  • 3645

    Il y a une place pour nous, ma douce. Dans nos regards portés l'un sur l'autre. Je m'en suis assuré, hier soir, quand tu m'as cherché parmi la foule venue te soutenir, quand tu m'as trouvé, enfin, et que tout ton corps s'est redressé, que ta main s'est affirmée sur le micro et que ta voix a pris de l'assurance. Je suis fier de toi, et le peu de force que je sais te donner, me console de toutes mes faiblesses.

  • 3644

    Faute à moitié pardonnée trouve chez le fautif la moitié de pardon qui lui manque.

  • 3643

    Faute qu'à moitié pardonnée ? ça valait pas le coup de l'avouer.

  • 3642

    Faute à moitié avouée est pardonnée au quart.

  • 3641

    Jeune, tu peux supposer que tes premières fois augurent d'un certain nombre d'itérations. Plus tard, les premières fois te sont d'autant plus précieuses qu'elles ont de plus en plus de chances d'être les dernières. La réincarnation a donc été imaginée pour solutionner ce problème, en créant l'espoir idiot de redoubler les expériences, uniques sans cela. Il reste ce problème de l'amnésie post-mortem, que tentent de résoudre les hypnotiseurs en faisant remonter dans nos vies antérieures. Ah, ces humains… des solutions pour tout !

  • 3640

    On fait l'éclipse dans nos maisons. La chaleur infuse les maçonneries et s'annonce dans la nuit conservée le jour. Point de clim', point d'hiver contre-nature, de fraîcheur à rebours. On se tient à l'ombre, au sombre, au silence. C'est morne et reposant. Dehors, le jardin, à peine remis de son printemps, fléchit, dépointe, s'affale. La panique se chuchote : Et si ça ne finissait jamais ?

  • 3639

    Nous attendions en discutant, l'entrée sur le plateau d'une télévision locale. Cela formait un groupe de personnes bien mises, des responsables de structures départementales ou régionales, une minuscule élite de province. Des instruits qui parlent avec aisance. L'un d'eux, amoureux de l'histoire, écrivain à ses heures, révèle qu'il travaille sur les ancêtres de sa famille. L'un de ses auditeurs, dans notre groupe, réagit : la généalogie l'intéresse, mais il a préféré commanditer ce travail à un expert. « Et bien figurez-vous que je suis le descendant d'un pharaon égyptien ! » Je ne peux retenir un rire de sarcasme. Il m'interroge. Je lui explique alors qu'aucune archive de filiation ne remonte si loin. « Déjà, s'il vous avait vendu des ancêtres au XIIe siècle de notre ère, ce serait largement suspect, mais faire un bond de 2 à 3000 ans supplémentaires ? » Après quelques minutes de démonstration, notre héritier du Nouvel Empire comprend que son généalogiste est un escroc. Je ne pensais pas l'attrister aussi profondément. Comment, au XXIe siècle, un responsable d'organisme important, sans doute cultivé, peut avaler une telle couleuvre ? Et pourquoi je pars au quart de tour pour dénoncer une telle bêtise ? Constater la domination de nos petites vanités sur la raison me révolte, au fond. Parce que cet abandon de la réflexion me menace, comme tout le monde, je suppose.

  • 3638

    Bon, elle venait de baiser avec un crétin. Elle réalisa qu'elle n'avait jamais couché avec un génie. Estima que c'était une question de probabilité. Multiplia les aventures avec des crétins dans l'espoir que, sur le nombre formidable qu'elle s'était fixé, il y aurait une intelligence exceptionnelle. Elle crut toucher au but avec mon pote Nono. J'ignorais son génie. Veux décevoir personne. En tout cas, lui, il est content.

  • 3637

    Pour mieux voir, il faut savoir parfois tourner la tête. Pour mieux comprendre, il faut savoir parfois oublier. Mais pour mieux aimer, la haine n'est d'aucun secours. Les paradoxes ont des limites.

     

    Si vous estimez que ce billet n'était pas nécessaire, je ne suis pas loin d'être d'accord avec vous. Si vous êtes indulgent avec moi, je vous suis reconnaissant. Maintenant, vous pouvez appliquer une des sentences ci-dessus : "pour mieux comprendre, il faut parfois savoir oublier". Alors, oubliez, et réfléchissez à ce que tout ça peut bien vouloir dire. Et vous pouvez maintenant goûter la pertinence cachée du propos, que vous aviez si promptement écartée. Kronix, le blog qui oblige à penser quand on n'en voit pas l'utilité. Merci Kronix !

  • 3636

    Le cerisier rit ? Choisis l'autre magie : il y a des enfants dans les feuillages.

  • 3635

    Allez, mon cher Pourbus, reviens, approche, viens me confier ta voix. Tu vas respirer, aimer et douter à nouveau, nous allons retrouver la scène. Nous allons dialoguer ensemble. Il y aura des âmes nouvelles penchées vers toi, tu diras plus nettement qui tu es, tu seras moins haut mais plus touchant. Tu seras plus près de ce que nous sommes, différents de qui nous étions il y a huit ans, quand l'écriture nous a mis au feu tous les deux, la première fois.
    « Peindre » sera une autre pièce, une autre expérience. Et elle sera meilleure, d'une certaine façon.
    La Compagnie NU se remet à l'ouvrage. Quelque chose en nous se ravive.

  • 3634

    Une des grandes satisfactions de l'existence, est d'assister à la lente transformation des autres. Tel qui disait « Les homos, c'est le genre de saloperies qui fait regretter que les camps n'existent plus » devenu un être tolérant, vigilant, conscient. Tel autre qui méprisait toute peau basanée, doucement amené à s'amender, à comprendre, à se racheter par ses engagements et ses propos. Et aussitôt, faire pour soi la comptabilité effarante du nombre de domaines où il faudrait s'améliorer.

  • 3633

    Rendre service est un assez bon moyen de se faire des ennemis.

  • 3632

    Peindre. Pièce créée il y a quelques années, née de la rencontre avec plusieurs artistes, est remise sur le marbre aujourd'hui. L'écriture a connu une dizaine de versions et, bien que jouée sur scène, elle n'est pour nous qu'une ébauche, tant le contenu est riche, son potentiel prometteur. C'est la dimension nomade du texte de théâtre. Les mots ne seront fixés que par la grâce de l'interprétation. J'ai hâte d'écouter à nouveau François Podetti en Pourbus, s'adresser à une apparition ("E" dans le texte, mais jamais nommée), à la fois muse, fille, femme, menace, souvenir, destin et exigence intime.

    Extrait.

    Pourbus : Parfois, je laissais pinceaux et toiles et te regardais, te regardais, te regardais. Ton corps, tes mains croisées sous la joue, ton sourire aristocrate dans le sommeil. Les boucles de tes cheveux, leur ombre sur ton front. Toute ma peinture était là. Dans ce trouble que j'éprouvais à t'admirer dormir. Certains blancs sont nés dans ce creuset. Dans cette paix où perce l'inquiétude. Dans les blancs, il y a ta respiration calme, ton corps et ton sourire. Personne ne le sait, personne ne le voit, mais c'est là.

    E : Elle était là, elle dormait. Mais toi ? Ton silence ?

    P : Mon silence ? Quand je travaille ?

    E : Quand tu tiens le temps serré entre les mâchoires

    P : Oh, ce silence...

    E : Oui, parlons-en
    P : Cela s'appelle la concentration, figure-toi

    E : Allons...

    P : J'évalue le monde, je promène la pointe de l'absolu dans les ciselures du temps...

    E (l'interrompant) : Ce n'est pas ce que je te demande

    P : Ah bon

    E : Non. Raconte

    P : Je me plante devant ma toile, j'ai les jambes écartées, le buste droit. C'est ça ?

    E : Voilà. Continue

    P : Là, comme ça, sans y penser. Plus de pensée parce que. Absorbé, aspiré. Ça rigole pas. Ça rigole pas, je bosse, je bosse.

    P : J'arpente des géographies devant la toile, il y a des tropiques et des longitudes, des océans à chaque coudée...

    E (soupire) : Fatigue !

    P : Le grand espace, le vide, mon absence... de quoi parlerais-je ?

    E : Le temps, entre les dents serrées

    P : C'est ça, si tu veux. Dents serrées sur le silence. Tout entier dans la toile. Le temps, évanoui. La solitude de l'enfance qui se prolonge, les marmonnements incessants de mes rêveries qui respirent encore tandis que je travaille.

    E : Continue

    P : Pareil dans ma chambre d'enfant, pareil. Dans ma solitude de gamin avec cette sensation de vague, de mollesse. Cette espèce de vertige où je me vautrais. Le même matelas d'ennui généreux dans lequel on est si bien ; le même ici, dans l'atelier.

    E : Continue

    P : Me voici dans ma chambre, me voici avec moi enfant, me voici moi enfant, et je bosse, je joue, le monde est dans ma main, et je joue avec. Là, je suis entier, là je suis peintre, oui. Entièrement, complètement, je ne suis rien d'autre. Ou peut-être même pas : je suis ce que je suis en train de faire. Le pinceau c'est moi, la toile c'est moi. Et pas seulement : l'espace, la lumière...

    E : La musique, les voisins...

    P : Oui. Tout fusionne et se précipite par moi, sur la toile. Si je mets de côté le mystère initial, tout cela pourrait se résumer par la plongée dans le travail. Surtout ne pas être intelligent, lâcher prise, tout désapprendre. Un nouveau-né.
    Je travaille, je bosse. C'est comme ça. Je ne m'amuse pas. C'est sérieux. Je retrouve le sérieux de l'enfance.

     

  • 3631

    Le sommeil suspend la pensée ; l'insomnie vide le cerveau que l'activité diurne a encombré ; les nuits sont le champ de bataille des ressassements ; les rêves ajoutent à la confusion générale. Si seulement l'aube mettait un peu d'ordre là-dedans !