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kronix - Page 13

  • 3610

    J'avais abandonné mes rêves de cow-boy pour me contenter de tracer ma route. J'avais encore pas mal de dollars à l'abri et je pouvais raisonnablement espérer tenir encore deux semaines aux States. Après, ma situation ne serait plus celle d'un touriste. Il me faudrait un job, faire les démarches pour la Green card... Affronter tout ça ne m'inspirait pas trop. Pas que j'étais très attendu en France. Plus de copine et une famille assez indifférente. La seule promesse de bon accueil à mon retour était celle du service militaire. Et puis j'étais fatigué. Depuis des mois, je parcourais le pays au hasard, aucune rencontre n'avait été durable ou seulement satisfaisante. Le statut d'étranger me pesait énormément. Alors, j'allais rentrer. J'abordais le Delaware. Je pensais reprendre le bus pour Trenton avant de rejoindre New-York, ma ville américaine préférée. Ma ville européenne préférée. Je sentais naître en moi une nostalgie de ce pays que je n'avais pas encore quitté.
    Alors voilà. J'étais là, attablé dans ce café crépusculaire, avec vue sur la gare de bus. Les grands véhicules aux flancs chromés soulevaient, en démarrant, d'esthétiques volutes de poussière. Les baies vitrées frissonnaient à leur passage. Il n'y avait pas plus de cinq personnes dans le café, en comptant la serveuse, appuyée à la caisse, les yeux dans le vague. Elle avait de l'allure, malgré son tablier et la spatule avec laquelle elle cueillait les pâtisseries. Un sourire éclatant quand un client lui lançait une vanne ; carrément Rita Hayworth quand elle ramenait ses cheveux roux sur la nuque. Moi, j'avais la gorge lestée de sable comme si j'avais couru derrière un de ces bus pendant des kilomètres. J'étais fatigué. Je me sentais plutôt James Cagney que Cary Grant. On était tous fatigués, je crois. Elle aussi, malgré son air malicieux.
    Elle vint prendre ma commande. Il me fallait du café pour me rincer de la route, et pour me fortifier, des œufs. « Vous les voulez mollets ou brouillés ? » Je lui répondis qu'il n'y a qu'une manière, celle qu'elle déciderait. Ce faisant, je m'interrogeai. Est-ce qu'elle était seule, est-ce qu'on pouvait lui parler, voire la draguer gentiment, pour rendre hommage à la magie cinématographique du lieu ? Cliché pour cliché, il me parut soudain que mon road-trip américain ne serait pas complet sans un jeu de séduction avec une serveuse de café. La fatuité et la vacuité de l'idée s'imposèrent aussitôt. Faire un brin de cour, ça n'avait pas de sens. J'avais juste envie de l'écouter, de percer le mystère de sa lassitude, à elle. En moi, de la patience cristallisait. En moi, une clarté me disait d'être amical. Elle me servit une large rasade de liquide vaguement bruni, inerte. Clair et tiède : le café qui déprime. Sauf qu'il y avait son sourire.
    Elle m'a demandé d'où je venais, en essayant, d'après mon accent : « from France ? » J'ai acquiescé. La fatigue physique abîme les sourires sans en atténuer la bienveillance potentielle. Elle les rend seulement un peu gauches, attendrissants. En tout cas, c'est comme ça que je recevais les siens. Elle relaya ma commande en cuisine et, à ma grande surprise, revint à ma table, direct. Debout, cuisses appuyées au formica, bras croisés, attentive. Elle voulait que je lui raconte. Je lui expliquai une partie de mon périple. J'avais peur de l'ennuyer, j'allais vite, cherchant mes mots, tendu, me demandant à quel moment elle allait soupirer pour me signifier que mes aventures étaient d'une banalité affligeante. Non, elle appréciait, m'encourageait. Elle revint avec une assiette bien garnie et la plaça devant moi comme s'il s'agissait d'une offrande. Elle jeta un œil alentour : les autres clients discutaient entre eux. Des habitués qui traînaient là, faute de mieux. Dehors, la gare était éteinte, la nuit s'installait ; ici, on entendait derrière le comptoir des bruits de rangement et de nettoyage venus de la cuisine. Sans manière, elle s'assit face à moi et me pria de continuer. De son pays, je n'avais plus rien à dire, j'avais plus à raconter sur mes années de galère en France. Comme c'était douloureux, les silences qui entrecoupaient mes histoires se firent plus nombreux. Elle ne me souriait plus. Elle était concentrée sur mes paroles. Je devais incarner une sorte d'exotisme, je suppose. Je ne devais pourtant pas être le premier français à s'arrêter ici. Je lui demandai d'où elle venait. Elle ricana : « Vous ne connaissez pas » me dit-elle en sortant un paquet de cigarettes de son tablier. Je voulus tout de même savoir : « Loin ? » Elle fit un mouvement de tête en direction de la station déserte, comme si le bus qui l'avait déposée là il y a des années, venait de repartir : « Newark. » Ce n'était pas très loin. « Vous comptez y retourner un jour ? » Elle alluma sa cigarette, m'en proposa une que je refusai, prit une bouffée qu'elle souffla sur le côté et planta ses yeux dans les miens : « Il n'y a plus rien qui m'attende à Jerzey. Pas même l'homme que j'ai laissé derrière moi. » Le type en question avait été généreux, lui avait offert un semblant de luxe, une belle vie artificielle, avant de se tirer pour une autre, comme ça, en se fichant pas mal de la meurtrir à jamais. Ses yeux se posèrent furtivement sur mes bagages. J'avais fini mon assiette et reposai mes couverts. Je la considérai longuement. Son regard ne me gênait pas. Nous pouvions nous fixer sans éprouver d'embarras. C'était bien. C'est rare. Je lui dis : « Il ne faut pas parier sur un type qui n'a qu'une valise et un ticket de retour. » Elle opina. « Sûr, dit-elle. Vous pouvez rester un peu. » Après tout, moi non plus, personne ne m'attendait à Jerzey. Je sortis de ma poche mon ticket de bus. « Je vais peut-être rester là. Ils cherchent quelqu'un pour bosser à la station. Je peux bien dormir au Squire, à côté, et manger là tous les soirs. Vous, vous pourriez partir. Demain. » Elle fixait le billet de car comme s'il était enchanté.
    De la cuisine, monta un blues qui emporta les conversations des clients, repoussa la nuit, et changea l'instant en éternité. Est-ce qu'on partirait demain ?

    Inspiré de la chanson « Invitation to the blues » de Tom Waits.

  • 3609

    Dans la cellule, ça s'embrouillait, la discussion partait dans tous les sens. Dédé le Nantais imposa le silence et déclara à ses codétenus : "Revenons à nos matons."

  • 3608

    Nous étions à table, discutant de la toxicité de diverses plantes. Mon frère les étudiait et mon père était professionnel. Moi, j'aimais apprendre. On s'arrêta sur le chapitre des pommes de terre. Vertes, elles sont réputées vénéneuses. Mortellement. « Pas du tout » intervint ma mère. On se tourna vers elle. « Je vous en ai fait manger un jour. Et vous êtes toujours là. » Sur ces mots anodins, elle retourna à ses occupations. Je ne sais plus ce qu'exprimèrent alors nos visages. Une sorte de sidération, je suppose.

  • 3607

    Il n'y avait, pour seul outil, qu'un chalumeau, posé sur la table de l'esthéticienne. Profitant de son absence, la cliente descendit prudemment de la couchette et s'enfuit. Renonçant à la nouvelle méthode d'épilation définitive vantée par le cabinet. Une intuition…

  • 3606

    « Alors, on écrit toujours ? (Geste de main noircissant une feuille)
    - Oui, oui, toujours. (Sourire embêté, je sais qu'il vaut mieux écourter cette conversation)
    - C'est bien. Au moins, ça vous occupe. »

  • 3605

    L'exigence et la rigueur de Einrich Sturmayer eurent pour désagréable effet d'abréger son existence. Légiste, expert en balistique, sa première affaire fut celle d'un suicide à l'arbalète. Par conscience professionnelle, il braqua l'engin sur lui-même pour vérifier s'il était possible d'appuyer sur la gâchette en se tenant dans la position de la victime. Il n'eut hélas pas le temps de notifier que c'était le cas. Bien entendu, il fallut s'assurer que Einrich s'était infligé la blessure mortelle. On eut soin de missionner un expert moins radical.

  • 3604

    « Tout déraciner des légendes qui nous obsèdent, des défiances et des colères, tout oublier, sauf notre travail d'homme, qui est de se présenter face à la mort, meilleurs que nous n'avons jamais été. »
    Demain les Origines. Vol. 1.

  • 3603

    Alléger son pas sur la terre. Effleurer le monde. Ne plus proférer, ne plus nuire. Ne pas se croire si important. Prendre enfin la voie de la sagesse…

    Bon. Déjà, l'envisager. C'est pas si mal.

  • 3602

    Juste un peu de froid, et nous voici petits dieux créateurs de nuages.

  • 3601

    J'avais été embauché pour mettre en scène une soirée, dans un restaurant mondialement réputé et très étoilé. J'investis le garage où, d'habitude, s'engouffraient les voitures de luxe de la clientèle, pour simuler un marché, en plaçant sous des bouquets de parasols, les maraîchers, primeurs, viticulteurs, qui fournissaient le célèbre restaurant. Il y avait un groupe de musiciens, j'ajoutais des « trucs » de théâtre : nombreux projecteurs et une machine à fumée pour créer une atmosphère censée faire oublier le triste décor du parking. Le chef très étoilé et sa femme furent charmants, je dois le dire. Agréables, souriants, amicaux. Le personnel avait été mis à ma disposition pour concrétiser ma « vision », préparée sous forme de croquis. L'enthousiasme général eut sur moi un effet étrange. Je me sentais indigne de leur confiance. « C’est donc si facile, me disais-je, gagné par un fort sentiment d'imposture. On peut donc si facilement les satisfaire ? » Je fus envahi d'un profond dégoût de moi-même qui se traduisit par une hostilité envers mes commanditaires. La soirée commençait. Je voyais affluer des êtres d'un autre monde. Je réalisai que je n'avais rien à faire ici. Ma frustration, encore confuse à ce moment-là, me conduisit à une tranquille auto-destruction. J'attendis que le chef très étoilé me dise : « Il faut commencer, maintenant » quand les premiers visiteurs pénétrèrent dans mon décor, pour me promener entre les étals reconstitués, machine à fumée bien visible au bras, balançant des jets de vapeur bruyants dans les jambes des bourgeoises, un peu décontenancées. De plus, je gratifiai chaque invité de mon regard mauvais. Une agressivité que personne n'avait méritée. Surtout pas mes commanditaires qui, très occupés par ailleurs, ne prirent pas garde à ma mauvaise humeur incompréhensible.
    Ils ne m'ont jamais recontacté. A mon grand soulagement.

  • 3600

    Je m'interdisais les moqueries. L'effet d'un enseignement fait de compassion, sans doute. C'est le monde du travail qui m'a transformé, sous cet angle. La fréquentation d'esprits affûtés, dans le milieu de la communication, les mots qui fusent, les saillies terribles, la jubilation des traits venimeux, être méchant et drôle faisait partie de la panoplie. Me suis acclimaté à cette sorte de créativité, car c'en était une. Jusqu'à ce qu'elle décèle son véritable sens : l'élaboration d'une caste. Quand j'ai rejoint les rangs du milieu scientifique et patrimonial, les signes de connivence ont changé. La méchanceté n'était plus gratuite, plus drôle, plus créative. Les piques avaient pour but de déclassifier l'autre, voire de le tuer, professionnellement. Sans l'humour, les sarcasmes ont pour contrepartie de vous salir considérablement. Évadé aujourd'hui du milieu salarié, je ne peux affirmer avoir complètement renoncé à placer dans la conversation un bon mot, bien cruel, bien vif. Il m'arrive de rechuter. Encore un chantier dans le vaste territoire des améliorations possibles. Pourquoi faire cet effort ? Parce que je sais, qu'à la fin, je me sentirai mieux. Plus propre. Allégé de quelque chose. Je vais commencer par Kronix : ne plus dire de mal de qui que ce soit, ici. Même de Christian Bobin, même s'il me provoque avec un nouvel opus.
    Voilà, ça recommence...

  • 3599

    L'exploit lui paraissait finalement douteux. Tout ce qu'il avait entrepris, sa vie entière, la moindre de ses décisions, les accidents et les hasards, tout cela avait conduit à ce qu'il se trouve là, seul sur la planète Mars, déconnecté de la Terre, à se morfondre dans l'ennui le plus complet. Sa seule distraction était cette démangeaison au niveau des testicules que son encombrant scaphandre lui interdisait de soulager.

  • 3598

    Le peintre reposa son pinceau. Il pensait s'être trompé. Cela lui arrivait parfois. Il traçait, sur une énième toile faite à sa mesure, une suite de nombres qui avait commencé avec le chiffre « 1 », quarante-six ans plus tôt, sur une première toile qu'il avait choisi de nommer détail, parce que chaque tableau n'était qu'un élément de l'ensemble, et c'est la somme des tableaux qui constituerait l’œuvre de sa vie. Des centaines de détails s'étaient succédé depuis. Il n'avait jamais dérogé. Jour après jour, il avait poursuivi la plongée monacale et joyeuse dans cette énumération infatigable. Ainsi, il avait dépassé largement le nombre de cinq millions. Où en était-il ? Il recula, rembobina la bande magnétique pour écouter le dernier enregistrement. Année après année, depuis qu'il avait résolu d'ajouter 1 % de blanc dans sa peinture noire, la trace de ses chiffres s'était insensiblement rapprochée du blanc de la toile. Il peignait maintenant des chiffres blancs sur un fond blanc et l'enregistrement de sa voix qui prononçait chaque nombre tandis qu'il le dessinait, lui était un secours précieux quand, comme en cet instant, il doutait de lui. Sa voix déformée par la restitution électrique, prononça dans sa langue natale : « cinq millions six-cent sept mille deux-cent quarante ». Il revint à la toile, trempa le pinceau dans la mixture, le fit tourner d'un geste automatique et planta son vieux corps à la lisière, là où les derniers traits se distinguaient encore par un reste de brillance. Il écrasa la pointe sur la toile, éprouvant cette sensation – venue plus de cinq millions de fois – de la synchronisation du temps de sa vie avec le temps de son œuvre, et traça un nouveau « 5 » suivi d'un nouveau « 6 » suivi d'un nouveau « 0 », etc. puis il énonça le nouveau nombre peint. Il travailla ainsi quelques heures. Il pâlissait. Sa main tremblait décidément beaucoup trop. Il s'autorisa une pause.

    Le 6 août 2011, Roman Opalka expirait à l'âge de 79 ans et son œuvre s'achevait.
    Il avait peint le nombre 5607249 sur son dernier détail.

     

    (Prologue de "Demain les Origines, vol.1" En cours de lecture chez Mnémos)

  • 3597

    La septième, déjà ! Sept ans que la médiathèque de Gilly sur Isère, dans la foulée des sélections de Lettre-frontières, m'offre cette délicieuse parenthèse : inviter un auteur, un artiste, un musicien.

    C'est à 18h30, ce soir, que j'aurai le plaisir de donner la parole au dessinateur Thibaut Mazoyer, dont j'ai scénarisé l'album : "A la droite du Diable". Bande-dessinée produite grâce à un financement participatif auquel la médiathèque a prêté son concours. Merci Marielle (message perso).

     

    affiche rencontre bd.jpgNous évoquerons les articulations Scénario/dessin, la narration, la conception des personnages et des décors, les thèmes qui nous sont chers... Les rencontres à Gilly sont toujours de beaux moments.

    Le lendemain matin, Thibaut et moi serons à la librairie Accrolivres, à Albertville, pour une séance de dédicaces.

    Venez. Nombreux, ce serait mieux, mais venez.

     

     

     

  • 3596

    Monsieur et cher ancien élève,
    je vous remercie de la confiance que vous accordez à votre vieux professeur. Je vois que, malgré mes préventions, vous avez mené votre chemin et j'en suis heureux pour vous. Apprendre que vous êtes devenu éditeur a été une véritable surprise et nous a engagés, ma femme et moi, l'autre soir, à mieux considérer l'étendue des bouleversements que connaît l'édition de vulgarisation scientifique.
    Vous m'honorez en me demandant de signer la préface de votre première publication : « L'Afrique, mille ans d'histoire ». J'espère que vous ne prendrez pas ombrage de mon refus. Je suis en effet obligé de décliner votre proposition, qui me va pourtant droit au cœur. Après un rapide examen de l'ouvrage pour lequel vous souhaitez mon concours, il m'est apparu que je ne pouvais, sans dommage pour ma réputation, mêler mon nom à votre entreprise. J'ai découvert grâce à vos rédacteurs qu'une certaine Fay Wray avait été reine du Congo avant d'être sacrifiée à un gorille géant et que Tarzan avait donné son nom à la capitale du Dahomey. J'ai apprécié votre idée de faire parler l'australopithèque Lucy, mais j'ai de vives réserves sur le long monologue qui la voit défendre l'emploi de l'imparfait du subjonctif. Enfin, tout cela ne serait pas si grave si votre carte de présentation, en début d'ouvrage, ne tentait pas de faire correspondre la répartition des diverses ethnies africaines avec les contours physiques du sous-continent indien. Faute bien pardonnable dont vous étiez familier, déjà, lors de vos courtes études. Peut-être suis-je trop sourcilleux, comme vous me l'aviez souvent fait remarquer à l'issue de mes cours, mais je vous suggère de ne pas retenir, pour illustrer le drame de la traite négrière, les paysages de l'aquarelliste breton Loïc Ploucadec : « Roscoff à marée basse » ; « Retour des chalands à Paimpol ». Malgré la sensibilité de ces œuvres.
    Je ne doute pas que d'autres de mes collègues ou, à défaut, un voisin de palier, une amie, un parent, ne verront pas d'inconvénient majeur à participer à cet étonnant ouvrage sur l'Afrique.
    Je vous adresse bien entendu tous mes vœux de succès pour votre maison d'édition, dont cet ouvrage inaugural saura, d'emblée, situer son degré d'exigence.
    A la réflexion, n'écoutez pas les critiques et ne tenez pas compte de mes remarques. Cela vous a porté chance jusque là. La période est propice aux projets comme le vôtre. Allez de l'avant, comme vous l'avez toujours fait, en vous moquant des prudents et des vétilleux qui voudraient réduire votre enthousiasme.
    Inutile de tenter de me contacter. Quand vous lirez cette lettre, mon épouse et moi serons dans un monde certainement meilleur.
    Bien à vous,
    votre ancien professeur de géographie.

  • 3595

    J'ai vu un jour l'amour littéralement illuminer le visage de quelqu'un. J'étais dans le métro, à Paris ; j'attendais debout dans une voiture bondée. Arrive une station, filant vers les flancs de la voiture. Là, je n'ai rien perçu du quai, de la foule, des affiches, de l'éclairage, je n'ai rien vu d'autre que le sourire radieux d'un garçon de vingt ans. Il éclairait tout ce qui se trouvait autour de lui. Je pensai : celle qui est aimée de ce garçon doit être de celles pour qui les hommes sont capables de devenir meilleurs. C'était un sourire magnifique qui enflait le cœur, et qui me rendit immédiatement heureux, comme à chaque fois que je suis témoin du bonheur des autres. Et puis un autre garçon descendit de la rame et vint embrasser son ami, voluptueusement.
    Est-ce que les hétéros connaissent pareil élan ? En tous cas, je ne pense pas qu'aucun de mes sourires, adressé à la femme que j'aime, aie pu faire un effet semblable sur le chaland moyen. Être hétéro, je crois que cela vous coûte une certaine paresse des sentiments. Ou bien, simplement, est-ce de jeunesse dont il s'agit. Je n'étais déjà plus à l'âge où l'amour modèle vos traits et les transmute en fusion d'or.

  • 3594

    Je me souviens de cette femme, croisée un jour, à Paris. Je n'avais pas trente ans, elle approchait la cinquantaine. Je marchais sur un boulevard et je la vis de loin parmi les badauds, me découvrant, modifier son trajet et accélérer ses pas pour venir face à moi, que je ne puisse la manquer.

    Manifestement, elle avait cru reconnaître le visage d'un autre. Quand elle a pu mieux détailler mes traits, à quelques mètres, j'ai vu son expression basculer, en une fraction de seconde, de la joie d'enfin retrouver quelqu'un de précieux, à l'abattement de la déception que ce ne fût pas lui.
    Malgré le temps écoulé depuis, l'image de cet instant est arrêtée, nette, dans mon souvenir. Elle était plutôt belle, la face large, le regard clair, sans maquillage, les cheveux vénitiens et longs, elle était vêtue d'une robe bleue d'été (c'était donc l'été ?). Qui était-il, celui qui avait fait bondir son cœur, l'avait précipitée devant moi dans un élan où semblait converger le tragique de toute une vie ? Je vois encore son geste, la main gauche s'élevant, qui aurait bientôt pu caresser ma joue « toi, enfin » ; je lis encore sur son visage tous les bonheurs promis. Et la terrible désillusion. Et sa bouche muette ouverte sur une blessure irrémédiable. Le regard qui se dérobe, s'est humilié devant moi et veut disparaître. L'autre qui occupait ses pensées, qu'elle avait cru enfin retrouver après tant de temps au hasard d'une promenade, ne viendrait plus. Je la dépassai, le cœur battant, troublé, malheureux pour elle. L'âme à jamais lestée de son désespoir, et l'adoptant.

  • 3593

    Nous sommes en avril 2019. Je réalise ce fait anodin, en me levant. Et s'impose soudain un constat : il y a maintenant plus de cinq ans que, soutenu par ma douce, j'ai pu quitter mon travail pour me consacrer à l'écriture, exclusivement. Ai-je été à la hauteur du pari, ce que j'ai produit depuis valait-il tous ces sacrifices ? Voyons, faisons un point.

    Les romans, d'abord, publiés ou refusés, je les ai tout de même écrits :
    Les Nefs de Pangée (sortie septembre 2015, Éditions Mnémos). Prix des blogueurs SF 2016.
    La Vie volée de Martin Sourire (sortie janvier 2017 chez Phébus) Bourse d'écriture DRAC 2015. Coup de cœur Prix Claude Fauriel, finaliste prix du roman historique magazine Historia.
    Les Provinciales
    Cryptes
    Le Radical Hennelier (reprise et réécriture puis prolongement d'un court roman d'abord publié sur Kronix, cette version n'a plus aucun rapport, hors les premières pages)

    Pieds nus sur les ronces
    Mado
    Les Inconsolables
    Noire Canicule (titre provisoire. A paraître premier semestre 2020 chez Phébus)
    Demain, les origines. Vol.1. (en cours de lecture chez Mnémos)


    Théâtre :
    Pasiphaé, création premier trimestre 2015. Deuxième version en 2016.
    Minotaure. Création 2017
    Le sort dans la bouteille. (la pièce sera créée par François Frapier en 2019).
    Courage. Pièce écrite pour une classe de 2de au lycée Jean-Puy, à Roanne.

    Nouvelles :
    La Joyeuse. Editions Le Réalgar (2014)
    Ma life
    Nulle part, tout le temps (2016, in Un Tremplin pour l'Utopie. Sélection Prix Rosny-Aîné 2017)
    Etrangères (éditions Les Petits Moulins, 2018)

    Poésie :
    Nos Futurs et Lucifer Elégie. Ed. Sang d'encre, 2014.

    L'Exacte Joie. Livre pauvre, 2019. Illustré par Jean-Marc Dublé.

    Textes divers :
    Voir Grandir (mise en chanson par Jérôme Bodon-Clair. Sur scène en 2015)
    Paloma Courbeau pour revue Brasika Folio (2015)
    Où Roanne, Quand Roanne, Quelle Roanne ? (Colloque, avril 2015)
    A l'aplomb de la chair - texte pour Winfried Veit (avril-mai 2015)
    Portraits de Mémoire(s). Création 2016-2017. Articles pour le site et textes des chansons.
    Lettres-frontière 2016. Eté 2016.
    Winfried Veit, éclaireur infatigable (juillet 2016)
    La Messe d'or (pour le site patrimonial Lectura + Juillet 2016)
    20 ans Médiathèque Mably. Septembre 2016.
    Lettre Ouverte à l'autre que j'étais. Editions Le Réalgar, mars 2017.
    Salammbô, raté, comme un chef-d'oeuvre. Préface pour la co-édition « Merveilleux Flaubert » Mnémos- Les Moutons électriques. Juin 2017.
    Conférence : Art abstrait, retour aux signes. 2017.
    Conférence : Scènes de batailles ; Master Class 2017.
    L'avis de l'auteur (article pour le magazine Pages, avril 2018)
    Rives, Mines et Minotaure (texte écrit pendant la résidence Saint-Etienne. Publication prochaine par Le Réalgar)

    Contes :
    Le crocodile rouge. Pour l'illustratrice Maud Liénard. Inédit.
    Le vilain petit ballon ovale et La lubie de Monsieur Balèze. Pour le dessinateur Sarujin. Publication en juin 2019.

    Scénario de film :
    Joseph Déchelette précurseur de l'archéologie, 2017. Projet de réalisation pour 2019-2020.

    Scenarii de Bandes-dessinées :
    - Pour le dessinateur Cédric Fernandez :
    Cortés : trois albums.
    Les Mange-Failles : deux albums
    Complaintes des Terres du Nord : trois albums.
    Et des synopsis sur 14-18, Alexis de Toqueville, Che Guevarra, les Nefs de Basal. Le début d'un roman graphique pour le dessinateur Philippe Pellet, etc.
    - Pour le dessinateur Thibaut Mazoyer :
    A la droite du diable.

    Et un peu plus de mille notes de blog, je dirais. Voilà. Je crois que c'est tout. Bon...

  • 3592

    Je suis demain aux Intergalactiques de Lyon, avec une actualité particulière. J'ai le redoutable honneur d'être invité à participer à une table ronde dont le médiateur n'est autre que l'auteur de la fameuse chaîne Youtube Axolot (que je vous conseille, je suis fan depuis longtemps), en compagnie de luvan (on écrit comme ça, sans majuscule, j'aurai donc le plaisir de découvrir cette autrice et traductrice que, j'avoue, je n'ai pas encore lue car, découvrant son nom il y a deux jours, je n'en ai pas eu le temps), des youtubeurs de AlterHis et Confessions d'histoire (chaînes passionnantes également). Nous évoquerons les fins du monde dans l’Histoire : extinction des espèces, chutes des civilisations, et nous interrogerons sur ce que nous apprennent les épisodes historiques d’effondrement, de cataclysmes, et leur éventuelle influence sur la science-fiction. Pour ma part, n'étant pas un spécialiste, peut-être aurais-je l'opportunité de proposer une réflexion sur la singularité judeo-christiano-islamique, autour des notions de fins, de télos, de résolution. Notre préoccupation quasi originelle de l'idée de Jour dernier et de son influence sur notre foi absolue en une chute finale.

    Ce sera à 18h30, salle 2 de la MJC Monplaisir, 25 avenue des frères Lumière, Lyon 8è.


    Sinon, je suis en dédicace tout l'après-midi sur le stand des Indés.

     

    A vous voir.

     

     

  • 3591

    Coup de fil de mon éditeur Phébus. C'est confirmé : mon prochain roman paraîtra chez eux entre janvier et avril 2020.

    Le titre est en cours de (re)réflexion. Il s'agit d'un roman "choral" se déroulant en une journée, au plus fort de la canicule, en août 2003. Je voulais absolument rompre la série des romans historiques. C'est donc chose faite. Dès que j'en sais plus...