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rencontres avec des gens biens - Page 2

  • 3150

    Une amie m'appelle : "Christiaaaaaan, vous êtes dans Le Figaro Littéraire ! Félicitations." Merci, merci, je savais. C'est Alice Ferney qui signe ce bel article. Je n'ajoute rien.

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  • 3143

    Aujourd'hui à 16h30, à la bibliothèque de Saint-Denis-de-Cabanne, il sera question de la Révolution française, de la fabrication d'un roman, de la pertinence du roman historique, il sera question de « La vie volée de Martin Sourire ». J'ai demandé à Carine Seillé, une amie (guide, mais aussi employée en librairie) rencontrée dans le cadre de mes activités professionnelles de ma vie d'avant, d'animer la rencontre. Il est très possible que ce soit un chouette moment. En tout cas, tous les deux, et avec les bénévoles de la bibliothèque, allons faire au mieux. Le fait de venir nombreux ne nuira pas à la qualité du moment évoqué plus haut.

  • Une critique de "La vie volée de Martin Sourire"

    Andrée la papivore suit mon travail. Je suis donc le sien. Quand elle parle de mon dernier livre, je m'y précipite. Ouf, elle a aimé "La vie volée de Martin Sourire". Pour moi, c'est une petite récompense qui compte.

  • 3138

    La semaine dernière, j'étais à Gilly. Marielle s'est, comme chaque fois qu'elle me fait l'honneur d'une invitation, prêté au jeu de l'introduction de la soirée en donnant sa lecture de mon dernier roman. Elle m'a fait le plaisir de me l'envoyer. Je le relaie pour vous, qui n'étiez pas là. Le hasard a voulu qu'à mon retour, la lettre d'un ami m'attendait, un ami écrivain, qui décrit son rapport à Martin Sourire. C'est aussi riche et plein d'enseignements. Mais celle-là, je la garde pour moi.

    Marielle, donc :

    "
    Introduction à la rencontre avec Christian Chavassieux, pour son roman « La vie volée de Martin Sourire », éditions Phébus, 2017 – Vendredi 3 février 2017
    Après l’affaire des vivants, voici un second coup de maître…
    « La vie volée de Martin Sourire » nous attrape par la manche dès les premières phrases : Plongée fulgurante dans le roman, dans le destin d’un gamin de 4 ans, Martin, nommé ainsi par Marie Antoinette qui l’arrache du ventre du village où il est né, quand le sien est désespérément vide. « un caprice de déesse », dira plus tard Marianne la femme de Martin. Dans la scène inaugurale du roman, nous assistons effarés à cet enlèvement : Le lecteur est un badaud qui essaie de se glisser entre les mots tourbillonnants de l’écrivain comme pour mieux voir…
    Pourquoi cet enfant, plutôt qu’un autre ? L’enfant est affublé d’un sourire, « abîmé de mélancolie », sourire figé comme une énigme, une ineptie, une désinvolture, une exaspération, un défi ou une invitation.
    La reine se lasse vite puisque son ventre grossit. Martin, enfant mutique,  va grandir dans un décor de théâtre : le hameau de l’autrichienne lui offre une vie de simulacre, hors les rencontres et les amitiés qui s’y déploient avec les figurants, et le réel qui vient à lui sous la forme d’une scène de pendaison.
    De giron en giron, passant même par l’état du « sauvage », aidé de sa placidité et de son sourire, il se retrouve  vacher sous la bienveillance de Valy Bussard, de Blaise, dont il  se délecte des histoires mystiques, puis de l’intendant et architecte Richard Mique. Au hameau, loin du « grondement océanique » de la révolution, les événements semblent glisser sur lui. Mais comme son sourire, c’est un leurre. Si « la vie lui enfile ses souliers chaque matin », « la compréhension du monde qui l’entoure infuse lentement » au fil des conversations entendues.
    Il projette de partir, remet toujours à plus tard. Et c’est la Révolution et la déroute à Versailles qu’elle provoque qui le mettent sur le chemin de Paris. Il se persuade que « Parfois les choix que l’on fait pour vous sont plus clairvoyants que les vôtres »
    En main, une lettre de recommandation de l’architecte de la reine : Et  le bonheur le cueille à l’aube  de ses 17 ans : il découvre un métier, dans les cuisines de Beauvilliers, la fraternité dans la rue pied de bœuf, l’amour avec Marianne. « C’est cela une vie, se demande Martin, c’est ce calme, cette simplicité, cette évidence ? »
    L’épanouissement, idée neuve qui n’appartient qu’à l’élite, il en fait la courte expérience chez Etienne-Louis Boullée le célèbre architecte utopiste et visionnaire. Il est à son service, avec Marianne, suite à un concours de circonstances qui décide encore pour lui. Boullée est un homme rare qui « sourit au monde » et accueille Martin et son mutisme - qui pour lui est une force-  avec « bénévolence ». Il « n’aime pas l’idée que les révolutions s’arrêtent au seuil des vies les plus modestes » et Il en prend la mesure. Il ouvre Martin au monde de l’art, de la littérature et des idées des Lumières.
    En même temps les amoureux fréquentent les tavernes, guinguettes cabarets et cafés qui fleurissent dans Paris et où s’exalte le peuple qui « se découvre une puissance de démiurge. »
     « Vive la Nation !  : Tant de rage dans peu de mots, c’était du goût de Martin ». Sous influences, il s’engage dans les gardes nationales. Le bonheur tourne court quand les mains qui caressaient Marianne et tournaient les pages de Diderot, Rousseau et Voltaire dans la bibliothèque de Louis Boullée, commettent l’irréparable : Ce sera Le champ de Mars, Valmy et les colonnes infernales de la guerre de Vendée, « La grande sauvage ».
    Dans un monologue intérieur déversoir, Martin n’a pas assez de mots pour décrire l’enfer de cette guerre que l’Histoire retiendra pourtant comme un épiphénomène de la révolution.
    « Si tu savais Marianne… »
    Épreuve que celle de la lecture en apnée, jusqu’à la nausée, du chapitre 8. Que dire de la souffrance certaine quant à son écriture ? Quant à son vécu, incommensurable est le seul mot qui me vient ...
    Pour Martin et des milliers d’autres : la sensation au retour de « glisser en fantôme dans un paysage plat », « les râles des mourants formant un sabbat » qui « mâchent la tête ».
    Christian Chavassieux, en écrivain bienveillant, nous délivre par un salvateur explicit : Deux phrases à la simplicité lumineuse qui portent en elles toute la grâce d’une possible humanité.
    Le roman offre un plan serré sur la petite histoire, sur les individus qui tentent de vivre voire de comprendre ; « le peuple » noyé  dans son nombre, et les événements qui viennent en contre-points sont en revanche de terribles perspectives.
    Plan serré sur Martin Sourire, économe en mots et en gestes, « réceptacle de la parole des autres » et dont la vie est  conditionnée par des choix non maîtrises : Il est l’enfant, l’adolescent puis l’adulte dans lequel on s’observe, à travers lequel se déplie La grande Histoire et qui fait se croiser les personnages réels ou fictifs. On lui vole son nom, son enfance, ses premiers émois intimes, son chagrin « qui ne sait à quoi se pendre »  et plus tard son humanité.
    Martin, c’est sans doute l’allégorie politique de l’avènement d’une opinion publique : les cuisiniers de l’histoire ont les idées qui bouillonnent quand celles des marmitons infusent lentement. Et on est tenté de voir dans la leçon de bouillon de Beauvilliers une métaphore.
    « La vie volée de Martin sourire » peut se lire aussi en écho de notre monde : les affaires, les médias qui détournent les vérités, les mouvements de foule et les enthousiasmes destructeurs et mensongers, le simulacre des parcs d’attraction, les marchands d’illusions en tout genre, le populisme, la guerre patriotique portée par « la mystique de la colère », le fanatisme guerrier et religieux, les mots des orateurs qui font pousser les « furies volcaniques », l’exaltation des peuples, la prophétie en lieu et place d’un idéal…
    Ce roman pose l’obsédante question de la possibilité d’une espérance, face à l’ignorance et la redondance de l’histoire, la possibilité d’un libre arbitre, d’une autodétermination hors du joug des puissants.
    Le roman est brillamment servi par une écriture précise, riche, puissante, au souffle ininterrompu : Tous les critiques s’accordent maintenant à le dire. Metteur en scène audacieux, portraitiste génial, fins de chapitres en tombées de rideau, Christian Chavassieux est toujours cet écrivain exigeant qui a le souci de la véracité de ses personnages, la cohérence du contexte dans lequel ils prennent vie. Il nous tire toujours par la manche, nous immerge et surtout nous fait prendre de la hauteur.
     « l’esprit qui marche plus qu’il ne court a un talent certain pour clarifier la vie » peut-on lire dans son roman.
    On ne le remerciera jamais assez de tenter de clarifier la nôtre."

  • 3135

    Comme chaque année, la médiathèque de Gilly-sur-Isère m'offre une carte blanche. Pour 2017, j'ai invité Jérôme Bodon-Clair, le musicien complice de la compagnie NU et des projets « Voir Grandir » et « Portraits de Mémoire » (entre autres). Jérôme (alias Godot) nous a concocté un aperçu de la variété de sa production, entre musiques de films, musiques pour la scène, compositions de chansons, et même commande publicitaire. De quoi savourer, apprendre, s'émerveiller. Ce sera une belle rencontre, je n'en doute pas. Surtout que, entre la présentation que Marielle fera de « La Vie volée de Martin Sourire » et la deuxième partie de soirée consacrée aux créations de Jérôme, l'équipe de la Médiathèque a préparé un petit buffet, inspiré en partie des recettes du Beauvilliers, le restaurant où Martin Sourire travaille, dans mon roman.
    Nous espérons vous voir nombreux goûter les saveurs de ces nourritures terrestres et spirituelles.

    Tous les détails, ICI.

  • 3134

    Lors d'une de nos premières longues discussions hors de nos rapports éditeur/auteur, Frédéric Weil (béni soit son nom) et moi étions tombés d'accord sur le fait que le premier roman de Fantasy au monde est français. Oui, parfaitement : c'est le Salammbô de Flaubert (1862). A l'époque, j'avais le projet d'un roman placé sous l'héritage assumé de ce grand ancêtre. C'était lors de la sortie de Mausolées, en 2013. Frédéric m'écoutait évoquer les grandes batailles, la sauvagerie, le baroque, le luxe barbare, je lui racontais les paysages, les senteurs, les couleurs… je lui vendais un péplum sur les eaux et sur la terre. Les Nefs de Pangée commençaient à appareiller dans nos esprits. Frédéric me dit alors son intention de publier Salammbô sous cet angle : rappeler ce que le genre lui doit, et donc le proposer aux lecteurs de Fantasy. C'est chose faite aujourd'hui. Le livre va exister, grâce à un financement participatif. (Vous pouvez vous aussi rejoindre les contributeurs) Il ne sera pas publié seul. Les Moutons électriques et Mnémos ont ajouté au roman Le voyage en Orient, célèbre récit qui inspira à Flaubert les premières pages de Salammbô (avant qu'il se décide à retourner en Afrique, plus précisément en Tunisie, dans les paysages qui virent se dérouler la Révolte des Mercenaires). De plus, sera édité un opuscule où plusieurs auteurs doivent évoquer leur rapport au roman épique de Flaubert. Et vous savez quoi ? On m'a demandé d'en être. Bon. Mon roman en cours va donc prendre un peu de retard. Pas grave, c'est pour Mnémos, il me pardonnera.

  • 3133

    Permettez que j'utilise mon blog pour remercier un ami discret et généreux qui nous a, ma douce et moi, tout aussi généreusement et discrètement, abonnés au Canard enchaîné. Depuis plus d'un an (il a reconduit l'abonnement en 2017) nous nous régalons donc des trouvailles du palmipède, mais dans le dernier numéro, pardon, la jubilation est à son comble ! L'affaire Pénélope inspire nos journalistes et chaque papier est une mine de franche rigolade. Faut bien rire, hélas, de cette sinistre danse au milieu des marécages politiques (de peur qu'on ait à en pleurer, comme disait l'autre).

  • 3132

    C'est un des formats les plus brefs de la télévision. Comment parler d'un livre en quelques minutes ? Impossible, l'idée est donc seulement d'intriguer. Je vais découvrir avec vous le numéro de "Un livre un jour" avec Olivier Barrot, consacrée à "La vie volée de Martin Sourire". C'est sur France 3, à 16h05.

  • 3131

    Plusieurs billets de blogueurs permettent de patienter en attendant l'angoissant retour des critiques professionnels. En voici une, par exemple, que je trouve claire et pertinente. Alors, merci à Ys Melmoth qui a eu la curiosité de ne pas en rester à "L'Affaire des vivants".

  • 3129

    Il y a deux ans, la nouvelle librairie Baume de Montélimar m'avait fait le grand plaisir de m'inviter pour évoquer "l'Affaire des vivants". Cette année, François et son équipe ont beaucoup aimé "Les roses blanches" de Gil Jouanard, publié chez Phébus, et ont imaginé une rencontre croisée avec moi. C'est un grand honneur, évidemment, et puis il se trouve que j'ai lu et aimé le récit drolatique et tendre de la Juliette de Gil Jouanard, qui pourrait être un personnage de fiction mais dont on apprend l'identité et son lien avec l'auteur, à la fin du livre. Émouvant, riche, "picaresque" dit l'éditeur. Je plussoie.

    C'est ce soir, ce soir à 19 heures, et j'y serai autant comme auditeur que comme écrivain.

  • 3119

    Ce soir, ce sera pour Martin Sourire la première occasion de partage avec un public. Les premiers mots pour dire, évoquer, expliquer peut-être, revenir sur ce moment mystérieux où je me suis dit "Tiens, et si je racontais l'histoire d'un enfant dans la Révolution ?", ou plutôt, dire comment et pourquoi, en vérité, ce moment initial n'a pas existé. Le mystère, c'est celui-là.

    A 20 heures, à la librairie du Centre, à Ferney-Voltaire.

     

  • 3115

    Dans son journal, un ami écrit qu'il aimerait que, le jour venu, ce soit un homme qui lui ferme les yeux. Il en cite quelques uns, et mon nom apparaît alors. Je me découvre perplexe avant d'être honoré puis tout à fait ému. C'est ainsi qu'un autre ami m'a demandé que je lise un poème de Lamartine au dessus de sa tombe, le jour de son inhumation. Je ne sais si je mérite une telle confiance, mais elle atteste d'une amitié qui est née et se prolonge -voilà ce qui est doux- dans le partage du meilleur de la vie.

  • 3114

    Je devais être en troisième. Notre gentille prof de Français nous annonça que nous allions étudier Le Père Goriot et demanda si un élève connaissait ce roman et pouvait en faire un rapide résumé, ou en introduire la lecture pour ses camarades. Je voulus bien et entrepris de raconter l'histoire. Pendant mon discours, je surprenais l'expression peinée de ma professeure, peinée mais encourageante, disant « oui, oui » à chaque phrase. Quand j'eus fini, elle prit la parole pour corriger mes éventuelles erreurs et amener le résumé vers un point de concordance ente nos deux visions. Effort remarquable, car elle n'avait pas osé m'interrompre tandis que j'exposais avec assurance l'argument et les moments clés de Raboliot.

  • 3113

    Fichtre de fichtre ! Quand il s'y met... J'étais loin de mon bureau quand ma douce m'a appelé. Elle m'a résumé l'intention de la chronique, m'a fait entendre au téléphone le dernier paragraphe du billet de Laurent Cachard à propos de "La Vie volée de Martin Sourire" sur son blog. J'avais hâte de le lire intégralement, sachant le travail de lecture dont cet auteur fait le cadeau aux autres auteurs, et combien il ne se contente pas de dire qu'il a aimé. Dès mon retour, je me précipite, je lis. Me voici servi ! Je vous laisse en sa compagnie, à la lecture de ce texte précis, complet, détaillé. Que dire d'autre ? Ajouter d'innombrables mercis ? Mais nous savons, lui et moi, qu'il n'y a là ni retour d'ascenseur ou bienveillance partisane (de la bienveillance, si, tout de même un peu ? mais pas de complaisance), nous suivons chacun le parcours de l'autre et, quand un des livres de notre ami nous plaît, nous mettons en œuvre les moyens qui permettront au plus grand nombre de partager notre découverte.

    Bon, autant dire que je suis très heureux et fier, surtout, que mon dernier opus ait plu à un écrivain et néanmoins ami.

  • 3112

    La premier à chroniquer mon dernier roman est un écrivain dont j'admire le travail, ça tombe bien. Nos livres sont -sinon aux antipodes- en tout cas, inscrits dans des registres très éloignés. Et il s'agit d'un auteur intègre, qui ne distribue pas ses bons points à l'envi, ou par souci de complaire à une amitié. Je suis d'autant plus sensible au retour de lecture que Jean-Pierre Poccioni, auteur de La maison du FauneLa femme du héros entre autres, a fait de La vie volée de Martin Sourire. Diffusé d'abord sur Facebook, son texte valait d'être relayé sur Kronix. Merci à lui.

    « Pourquoi lire La vie volée de Martin Sourire de Christian Chavassieux ?
    Parce que ce roman qui se présente comme historique l’est d’une façon particulièrement intéressante et originale.
    L’événement historique est ici perçu par le personnage principal et ceux qui le côtoient comme nous percevrions nous mêmes les convulsions de notre histoire si nous ne connaissions la médiation permanente des moyens de diffusion et de présentation de l’information.
    Une histoire à hauteur d’hommes simples, de gens du commun et non l’histoire des hauts faits de quelques grands noms plus ou moins dignes du Panthéon. L’histoire du peuple par le peuple et avec lui.
    Parce que ce texte est un roman et ajoute au genre une aura supplémentaire de noblesse. Ni auto-fiction narcissique, ni pseudo biographie, ni variations sur le thème sempiternel et vain de « l’histoire vraie ». Une fiction c’est-à-dire ce procédé d’illusion réaliste que George Semprun considérait comme le seul moyen d’approcher le réel. Une fiction avec ses plaisirs petits et grands, virevoltes, événements, surprises et rebondissements.
    Enfin parce que ce texte est une œuvre littéraire ce qui implique qu’elle ne prend vie que par et pour l’écriture. Cette écriture qui se déploie avec aisance et précision, qui joue subtilement sur les tournures et le lexique très riche et recherché pour figurer la distance temporelle qui nous sépare des protagonistes est sans défaut ce qui est à la fois la moindre des choses et pas si fréquent ! Et puis soudain, quand le lecteur mis en confiance et presque accoutumé à cette belle langue finirait par oublier le talent qu’elle implique c’est le choc d’un long moment lyrique, une évocation quasi hallucinée des exactions commises en Vendée, qui s’élève progressivement aux plus forts moments poétiques qu’un lecteur puisse rencontrer. Un flot, une lave de mots qui embrase, qui sidère, qui parvient enfin, car rien n’est ici gratuit, à dire l’absolu du mal, sa béance inhumaine et pourtant si humaine. Pour moi un grand moment littéraire.
    Pour faire bonne mesure j’ai cherché des raisons de ne pas lire ce roman. Désolé je n’ai pas trouvé ! »

  • 3111

    Le texte a été écrit à Nohant, en 1872, daté du 6 novembre et publié dans le journal Le Temps. Trois ans avant sa mort, George Sand est en colère. Elle est un des seuls (sinon le seul) esprits de son temps, à comprendre les enjeux de l'environnement. Une visionnaire, surtout dans le dernier paragraphe :

    "…Tout est abattis, nivellement, redressement, clôture, alignement, obstacle; si, dans ces cultures tirées au cordeau qui ont la prétention de s'appeler campagne, vous voyez de temps en temps un massif de beaux arbres, soyez certain qu'il est entouré de hauts murs…Les forêts qui subsistent sont à l'état de coupes réglées et n'ont point de beauté durables. les besoins deviennent de plus en plus pressants (…)
    Irons-nous chercher tous nos bois de travail en Amérique ? Mais la forêt vierge va vite aussi et s'épuisera à son tour. Si on n'y prend garde, l'arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nécessaire, par la faute de l'homme.
    On replantera, on replante beaucoup, je le sais, mais on s'y est pris si tard que le mal est peut-être irréparable… Il faudra voir si l'équilibre peut se rétablir entre les exigences de la consommation et les forces productives du sol. Il y a une question qu'on n'a pas assez étudiée et qui reste très mystérieuse : c'est que la nature se lasse quand on la détourne de son travail. Elle a ses habitudes qu'elle quitte sans retour quand on la dérange trop longtemps. Elle donne alors à ses forces un autre emploi; elle voulait bien produire de grands végétaux, elle y était portée, elle leur donnait la sève avec largesse. Condamnée à se transformer sous d'autres influences, la terre transforme ses moyens d'action. Défrichée et engraissée, elle fleurit et fructifie à la surface, mais la grand puissance qu'elle avait pour les grandes créations elle ne l'a plus et il n'est pas sûr qu'elle la retrouve quand on la lui redemandera. Le domaine de l'homme devient trop étroit pour ses agglomérations. il faut qu'il l'étende, il faut que des populations émigrent et cherchent le désert. Tout va encore par ce moyen, la planète est encore assez vaste et assez riche pour le nombre de ses habitants; mais il y a grand péril en la demeure, c'est que les appétits de l'homme sont devenus des besoins impérieux que rien n'enchaîne, et que si ces besoins ne s'imposent pas, dans un temps donné, une certaine limite, il n'y aura plus de proportion entre la demande de l'homme et la production de la planète. (…)
    nous tous, protestons aussi, au nom de notre propre droit et forts de notre propre valeur, contre des mesures d'abrutissement et d'insanité. Pendant que de toutes parts, on bâtit des églises fort laides, ne souffrons pas que les grandes cathédrales de la nature dont nos ancêtres eurent le sentiment profond en élevant leurs temples, soient arrachées à la vénération de nos descendants. Quand la terre sera dévastée et mutilée, nos productions et nos idées seront à l'avenant des choses pauvres et laides qui frapperont nos yeux à toute heure. Les idées rétrécies réagissent sur les sentiments qui s'appauvrissent et se faussent. L'homme a besoin de l'Eden pour horizon. Je sais bien que beaucoup disent : " Après nous la fin du monde ! ". C'est le plus hideux et le plus funeste blasphème que l'homme puisse proférer. C'est la formule de sa démission d'homme, car c'est la rupture du lien qui unit les générations et qui les rend solidaires les unes des autres."

  • 3110

    Il est publié et maintenant, il va falloir commencer à parler de ce roman. C'est-à-dire, enfin, tenter d'en avoir une idée claire. Qu'est-ce que j'ai bien voulu faire en écrivant cette histoire ?

  • 3103

    Les deux mots sont toujours là. Fidèlement, depuis dix ans. « Doux baisers » me déclare ma douce chaque matin, chaque soir, chaque fois que je me plante devant la glace, de mon côté de la salle de bains. Les lettres sont tracées au rouge à lèvres, renouvelées à chaque ménage, écrites et reprises sur le palimpseste de verre (c'est à peu près la seule utilisation que ma douce a du bâton de rouge, elle qui n'a pas besoin de paraître puisqu'elle se voit telle qu'en mon regard, et que ce reflet lui convient). « Doux baisers » dit naïvement et sans détour le miroir depuis dix années, dix années de déclaration permanente, de tendresse sans partage. Dix années passées comme un songe. J'ai pu croire un temps que j'aimais ma douce égoïstement, car on peut aimer dans l'autre le fait d'être aimé (surtout à ce point, qu'on peut comparer à de l'adulation). Mais un jour, d'inquiétantes nouvelles me firent entrevoir la possibilité que je finisse la route seul. Ce jour-là, un gouffre s'est ouvert. Heureusement, d'autres examens nous remirent sur les rails du bonheur sans défaut. Ma douce, merci pour ces dix années, merci d'avoir soutenu le projet fou de la vie que nous menons aujourd'hui. Doux baisers à toi. Bon anniversaire à nous.

  • 3099

    Décembre est particulièrement odieux à l'amnésique sommé, comme les autres, de faire le bilan de l'année.

  • 3095

    L'Hippocampe atrabilaire

    Laurent Cachard

    Hippo-atra.pngÉcrire pour un blog, écrire pour un livre… existe-t-il une différence ? est-elle d'intention, de forme ? De forme, c'est probable quand on lit la version éditée de L'Autofictif de Chevillard par exemple, qu'on envisage le médium du papier comme une sauvegarde de ce qui nous a déjà paru tellement brillant sur le net et dont on craint l'évanouissement. C'est plus complexe si l'on considère la publication, par les toutes récentes éditions de l'Orin, des billets de Laurent Cachard pour son blog Le cheval de Troie (référence nizanienne obligée de la part d'un auteur qui s'en réclame et le clame). Plus complexe parce qu'il paraît bien, à la lecture de ces textes qui ont été écrits sur un an (entre mai 2015 et juin 2016 approximativement), que l'objet livre tenu entre les mains, propose une approche que l'Internet était dans l'incapacité de fournir. Hors la notion de sauvegarde déjà évoquée (et abordée par l'auteur dans son adresse « au lecteur » en préambule) La différence entre les deux écritures tient-elle dans un autre rapport au temps ? C'est possible. Les lectures de blog sont souvent concentrées sur le matin en ce qui me concerne (il faut s'organiser quand on suit plusieurs auteurs, plusieurs sites d'info, etc.) et cette habitude comporte un risque : on fait vite, on saute, on élude. On lit, on apprécie, mais trop superficiellement, hélas. On ne prend pas toujours la mesure exacte de l'entreprise littéraire qui est en jeu. La différence entre les deux écritures est-elle dans la façon dont on reçoit la seconde, son approche physique ? C'est évident. Le support papier est lourd des exigences de son histoire. On ne l'ouvre pas comme on se rend sur un blog, d'un clic sur un raccourci.
    Il y a donc pour celui qui fréquenterait, même assidûment, le blog de Laurent Cachard, un grand intérêt à revenir à ses chroniques publiées sous la forme d'un livre (élégant d'ailleurs, format, couverture, illustration...). Revenir sur ce qu'on croit bien connaître pour savourer, s'amuser, s'émouvoir, prendre le temps de la lecture attentive, et mieux percevoir ce qui relie ces textes adressés à la foule anonyme des passants de la Toile.
    En quatre saisons (plus une), Laurent Cachard énonce d'abord l'état sensible du voyageur entre-deux, entre départ et arrivée, balancements de l'âme, espoirs de vie (inquiets mais assumés), arrachements (pas forcément douloureux pour celui qu'on croit) et nostalgie (non « déceptive », qu'on se rassure). Puis le quotidien reprend ses droits. La nage, les amis, les rencontres, les lectures, les concerts, les collaborations artistiques (avec des peintres, avec des musiciens, autant d'histoires d'amitiés), l'écriture (les projets et les sonnets). Tout ce qui fait Cachard quand on le connaît. Beaucoup d'amis, pas mal de (restitutions de) lectures, beaucoup de concerts (les amateurs se régaleront car il y a un réel talent pour faire revivre un concert, dire les ressentis sur un album, une chanson, un interprète) et un joli passage sur la nage. Quelques plaisanteries. J'ai ri (mince, j'ai perdu le repère, il y avait un billet que je n'avais pas lu à l'époque… J'ai éclaté de rire). De là encore, j'insiste, l'intérêt de la version papier. Car j'admets que j'avais manqué des rendez-vous. Merci aux éditions de L'Orin pour cette occasion de rattrapage.
    Et donc, je reviens à cette notion de « mieux percevoir ce qui relie ces textes ». Elle a pu échapper à l'auteur, c'est dire que je tiens à la formuler ici (prétentieux que je suis) avant que, se retournant sur son travail, il ne lui apparaisse comme une évidence ce qui suit. Ce qui relie ces chroniques, l'ostinato qui tient l'ensemble et lui donne sa cohérence, c'est justement l'exploration du balancement, cet entre-deux évoqué plus haut. Sentiment inconfortable finalement assez rarement « rendu » par la littérature. Où se trouve Laurent Cachard ? Les repères sont multiples (familiaux, affectifs, érudits, géographiques, professionnels, mémoriels) mais ils semblent échapper, fuir, refuser la supplique de leur témoin qui serait : « arrêtez-vous, créez du sens, dites-moi où je suis ». J'extrapole. J'interprète. C'est le droit d'un lecteur. N'empêche, je vois bien l'incertitude inquiète qui sous-tend ce travail, cet acharnement à revenir aux signes de la vie pour qu'ils avouent enfin, par la grâce de l'écriture, ce qu'ils nous cachent, le secret qu'ils nous refusent. Pour que tout se décide, enfin, à basculer dans un sens ou l'autre. C'est dans cette attente, cette zone grise tellement stimulante (il serait sot de la croire déprimante ou stérile), que se situe l'enchaînement textuel donné à lire par E/O. On aura compris que la forme livresque n'est pas pour rien dans la prise de conscience de cette tension. Le codex a cette vertu de la vue d'ensemble, appréhension que ne permet pas Internet, encore une fois.
    Beaucoup s'attarderont et gloseront (dans le sens du commentaire admiratif) sur les émouvantes considérations universelles qui peuplent la partie Hors-saison, en fin d'ouvrage. C'est normal, le deuil nous hante tous (surtout à partir d'un certain âge), et ces textes sont sincères et justes, mais je voudrais souligner la beauté d'un billet de la partie Printemps : celui du 6 juin 2016. La lettre est un des textes les plus forts du recueil, sinon le plus fort, et l'un des meilleurs de son auteur, selon moi. Possiblement réelle (mais la réalité m'importe peu, quand je lis un beau texte), cette histoire de correspondance sur des années entre un homme et une femme, et sa fin élégiaque, tendre, vertigineuse, légitime à elle seule cette édition.
    Une autre série de billets inscrite dans cette période, qui concernait la relation au fils, a été détachée du corpus présent. Elle constitue, cette série, une des Lettres ouvertes des éditions Le Réalgar. Cela s'intitule Lettre ouverte d'un vieux nizanien à son fils de vingt ans, et cette lettre doit être ajoutée à celles qui ponctuent L'Hippocampe…, si l'on veut se faire une idée plus juste, quand tout disparaîtra, de ce qu'était le blog d'un véritable auteur, aux temps héroïques d'Internet.

    L'Hippocampe atrabilaire, Laurent Cachard. 216 pages, éditions de L'Orin. 13 €