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rencontres avec des gens biens - Page 5

  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    Surgi sur ma page Facebook, signé par un internaute, auteur lui-même (et fan depuis très longtemps de la série "Le prisonnier"), Al Bedo alias Jean-Michel Philibert, ce billet spontané qui met du baume au cœur, lui disais-je. Jugez plutôt :

    "Pangée… un supercontinent, regroupant toutes les terres émergées. Entouré d’un immense océan, l’Unique. Sur lequel le peuple Ghiom lance ses nefs, magnifiques navires de chasse, à la poursuite du Maître des eaux. Une civilisation complexe, qui maîtrise l’art de la guerre et de la construction, et vit en symbiose avec une faune et une flore étranges. Une confrontation séculaire et meurtrière avec un autre peuple, les Flottants. Des traditions basées sur l’entraide et la sélection génétique, et un art, celui des conteurs. Mais la dixième chasse, la plus puissante jamais organisée, sera bien différente des premières, et la vie politique de Pangée sera bouleversée par l’irruption d’un tyran déterminé à plier son monde à sa loi. Le récit se déroule au rythme de la navigation des nefs. Lent et puissant au début, rapide et épique durant la chasse, puis violent et sanguinaire comme un naufrage. Les personnages sont attachants, déchirés entre leurs désirs et leur destin. La civilisation pangéenne est décrite avec une foule de détails et une cohérence qui rappelle « Dune » de Frank Herbert. Le lecteur est avide d’avancer dans le conte et les surprises se multiplient, jetant un éclairage surprenant sur les deux peuples ennemis. Une petite frustration, celle de n’en savoir pas plus sur l’Odalim, créature mystérieuse et dont le sort semble lié à celui des êtres peuplant cette terre. Mais peut-être le lecteur en saura-t-il plus dans une suite éventuelle…
    Le récit se déroule-t-il dans le passé ou dans le futur ? Impossible de le dire. La théorie de la dérive des continents de Wegener affirme qu’il y a deux cent millions d’années, nos continents actuels étaient regroupés en un seul supercontinent. Selon cette même théorie, Pangée pourrait bien se reformer dans un laps de temps identique…
    Au final, « Les nefs de Pangée » est une passionnante réflexion sur l’humanité : qu’est-ce qu’un être humain ? Qu’est-ce qu’une race ? La différence est-elle forcément source de conflit ? Une parabole qui pourrait bien être très actuelle."

  • 2919

    Ce soir, à la médiathèque de Saint-Cergues, c'est la dernière de la tournée Lettres-Frontière pour moi et pour L'Affaire des vivants. La fin d'un cycle de rencontres qui furent autant de temps fors et chaleureux. Une fin et aussi, d'une certaine façon, le début de quelque chose. Déjà, la promesse d'être à Thonon, en novembre, pour passer le relais au prochain lauréat de ce prix original. En attendant, les amis, ce soir à 20 heures...

    rencontre-c-chavassieux.jpg

  • 2918

    Toi, le malheur, sors-toi de là et aussi, écarte-toi du chemin des copains. Vire ! Toi, le bonheur, on t'oblige à rien mais sache qu'on t'apprécie. Tu peux rester. Même discret, même tranquille, sans bruit, c'est bien quand tu es là. On te le dit pas assez mais. Tu es un peu notre chouchou. Je sais : faut qu'on fasse gaffe. Qu'on prenne soin de toi. On s'y applique, on s'y applique.

    Et une pensée pour l'ami qui a vu le malheur pointer son nez hier.

  • 2913

    Demain, à la bibliothèque de Saint-Haon-le-Châtel (Loire), j'aurai le redoutable honneur de clore une série de causeries autour de l'art. Pour chacun des conférenciers amateurs qui m'ont précédé, une fois par mois, il s'est agi de proposer au regard des personnes présentes, une sélection de ses dix tableaux préférés. Bien sûr, je n'ai pas fait comme tout le monde (pour des raisons que j'expliquerai sur place demain) et j'ai l'intention de montrer dix œuvres choisies, nuance. Pas forcément des tableaux, pas forcément des œuvres que j'aime. Alors,choisies en fonction de quoi ?

    Un indice, dans ce texte déjà ancien :

    A1_eclipse.jpg"Le jour de l’éclipse, j’étais face à la mer.
    Le moment venu, quand la lune a finalement avalé le soleil après sa longue étreinte, le vent frais s’est levé, l’air a brusquement changé de timbre. La terre a basculé dans l’ambre et le cuivre, des couleurs étrangères. Puis l'obscurité s'est répandue, d'un trait. Une impulsion a jeté des étoiles dans la nuit neuve.
        Fasciné, j’étais ailleurs, j’étais autrement. Au bout de mes doigts : mes enfants, ma femme. Plus loin : des touristes, des inconnus. Tous saisis.
        Aussitôt, chancelant encore, je m’interrogeai. Il m’avait semblé retrouver dans l’émotion qui m’avait emporté une minute auparavant, une émotion connue. Je cherchai. Quand avais-je ressenti pareil éblouissement, pareil abandon de la raison ? L’éclipse était achevée, la fête finie, les touristes et notre famille rejoignaient à regret les voitures. La lune avait libéré le soleil, la terre avait recouvré ses couleurs.
        Pendant le trajet qui nous ramenait au camping, pendant le temps de l'endormissement ce soir-là, pendant les jours qui suivirent, je remuai le souvenir de cette sensation extraordinaire, mais que j'étais convaincu d'avoir éprouvé déjà. Cela ressemblait à l'émotion ressentie devant la beauté d'un paysage. Cela avait à voir avec le dépassement, la spiritualité, une notion qui échappe à la compréhension humaine ou que l'Homme peine à définir.
        Et soudain, cela me revint.
        B1_St-jean-baptiste-de-leonard-de-vinci-va-etre-restaure,M293825.jpgC'était au Louvre, visité dix ans plus tôt sans parcours établi. Au détour d'un couloir, je me plantai devant le Saint Jean-Baptiste de Vinci. Les larmes aux yeux, le souffle coupé, j'essayai de comprendre ce que mon corps et mon âme tentaient d'organiser, sous le choc, et sans ma volonté. Voilà : c'était cela, cette sensation. Cette impression d'être confronté à une œuvre surhumaine, de jouir d'une beauté qui dépasse la pensée commune, de contempler un artefact pourvu des forces incontrôlables et indifférentes de la nature. Le même élan, le même dérèglement de l'esprit, la même paralysie face à cette évidence. La révélation que de l'Homme, naît ce qui peut l'élever hors de lui-même. En quelque sorte, le vertige qui nous saisit quand nous sommes à la frontière du concevable."

     

    C'est à 17 heures, entrée libre. L'ambiance est agréable. Vous venez ?

  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    " Les nefs de Pangée démarre donc assez lentement, et nécessite que l’on s’accroche aux premières pages : il y a beaucoup d’éléments à assimiler (culturels, linguistiques, etc.) et le rythme n’est pas vraiment palpitant. Il faut passer les cent premières pages pour arriver à s’immerger vraiment dans la lecture, alors que la dixième chasse quitte le port.
    Après, c’est bien simple, il devient impossible de lâcher le livre tandis qu’on suit en parallèle la course-poursuite sur l’océan et les changements qui adviennent à terre pendant ce temps. J’étais d’ailleurs ravie d’avoir deux heures de train pour pouvoir avancer sans interruption, d’autant plus que le récit réserve quelques très belles surprises."

    Sur le site Nevertwhere, cette belle chronique. La blogosphère continue de témoigner de son intérêt pour mon roman. Et moi, d'en être reconnaissant.

  • 2909

    "Te voilà, c'est toi. Grand cadeau minuscule. Un elfe, une fée, un farfadet, une incarnation, le projet neuf de nos vies. Te voilà, c'est toi, le plus petit géant du monde. Te voilà, Petit Poucet majuscule. Et moi, qui te vois si menue, je me sens grandir, de la terre jusqu'aux nues, j'ai des rires de géant, je suis le père d'une chimère. Il en faudrait des moulins, des fous, des assassins, pour venir à bout de notre force. Il en faudrait des guerres et des séismes pour faire trembler nos murs, il en faudrait. Qui nous résisterait ? Qui pourrait anéantir notre douce tribu ?"

    Petit extrait du projet "Voir Grandir", que je place ici en hommage à la petite Alice, qui vient de débouler dans ce monde, sans se douter de ce qui l'attend mais, forte de l'amour de ses parents, va sans nul doute contribuer à l'améliorer.

  • 2906

    Je nage dans le luxe, figurez vous. Parce que je fais exactement ce que j'aime. Et, par exemple, ce soir, à Gilly, dans le cadre de la carte blanche qui m'est confiée chaque année, j'invite qui je veux. Cette année, j'ai l'immense plaisir, le grand bonheur, la joie et l'honneur (tout ça, dans cet ordre à peu près), de recevoir Christian Degoutte et Emmanuel Merle (là, l'ordre importe peu, j'ai choisi l'alphabétique), écrivains, poètes, aux univers très différents mais d'égale qualité.

    C'est ce soir donc, à la médiathèque de Gilly-sur-Isère, à 18h30. Toutes les infos ICI.

    Venez, vraiment, vous allez vous régaler.

    Entrée libre, bien sûr.

  • 2905

    Un projet passionnant cette année, qui nous mènera, mes camarades Marc Bonnetin, Jérôme Bodon-Clair et moi-même, jusqu'à la fête de la musique 2017, s'intitule "Portraits de Mémoire(s)". C'est un travail réalisé en lien avec la Communauté de Communes de Charlieu-Belmont et la DRAC Rhône-Alpes Auvergne, principalement. Il s'agit pour nous de collecter dans un premier temps des témoignages sur le passé industriel et artisanal de la région, importante scène de la soierie, établie au XIXe siècle par les soyeux lyonnais, pour "délocaliser" (déjà) leur production. La collecte réalisée, nous écrirons des chansons-portraits (mais oui), car il nous a semblé que la chanson était le médium le plus immédiat, le plus populaire et le plus pérenne, pour espérer que la mémoire des acteurs de cette filière aujourd'hui presque disparue, se transmette et soit conservée par chacun, au cœur.

    Toutes les informations sur le site dédié, ICI.

  • 2900

    Comme le laissait présager son silence de plus d'une semaine, ce blog ne reprendra sans doute pas son rythme quotidien. Je me vantais il y a peu, auprès d'amies venues à une dédicace, de ma discipline de fer, de la nécessité d'une écriture quotidienne. Dès le lendemain, Kronix était suspendu. Mise en œuvre effective d'une réflexion initiée ici. Ce bref abandon a deux raisons, au moins : une panne d'ordinateur et le retour de mon éditeur à propos de La Grande Sauvage, qui me lance dans une énième révision du manuscrit. Non pas que ses remarques me contraignent à beaucoup de corrections et modifications, j'en veux pour preuve ce résumé de ces commentaires (je n'ai supprimé que des détails qui dévoileraient des aspects de l'intrigue) : « encore plus que dans mon souvenir (c'est dire), j'ai été séduit par la singularité thématique de ta première partie, la puissance lyrique de la seconde, et la tragique violence de la troisième. Le personnage de Martin est complexe, et son évolution, bien qu'originale, reste toujours vraisemblable aux yeux du lecteur. Tu es parvenu à tirer la substantifique moelle de ton énorme documentation sans nuire au récit. C'est dire que ces commentaires ne te seront malheureusement, j'en ai peur, que de peu d'utilité. Que te dire ? Que te dire ? » suit tout de même une remarque d'importance sur un chapitre dont nous sommes convenus qu'il était trop long, avant cette conclusion : « Voilà. Je suis vraiment navré de t'avoir fait patienter autant pour si peu de commentaires. Mais, il me semble que l'éditeur doit, comme le médecin, avant tout veiller à ne pas nuire à l'ouvrage réalisé. Et le tien est d'une grande valeur ! Qu'y pourrais-je améliorer ? »
    Vous pouvez croire que ça me rassure. En fait, je suis plongé depuis dans une réécriture maladive de chaque phrase. Paradoxe. La peur de décevoir, sûrement.

  • 2899

    Ce soir à 19h., nous pouvons, si vous le voulez bien, nous retrouver à la bibliothèque de Servoz pour mon avant-dernière rencontre autour de L'Affaire des Vivants, coup de cœur Lettres-Frontière 2016. La soirée est organisée conjointement par les bibliothèques de Servoz et Les Houches.
    L'entrée est libre, comme les propos, les questions, et les réponses aux questions.
    Bientôt, s'achèvera ce cycle heureux qui m'a lancé sur les rails à la rencontre d'amis inconnus. Tout cela trouvera sa vraie conclusion en novembre, à Thonon, où, avec Xochitl Borel, lauréate pour le côté suisse, nous remettrons les prix à nos successeurs. Le relais sera passé, nous regagnerons nos cabinets de travail, la solitude de l'écrit que nous avons ponctuellement laissée au profit des contacts et des sourires, des accueils bienveillants, partout où nous étions. Quand on met bout à bout nos phrases dans la double intention d'écrire le meilleur live possible et de délivrer ce qui l'exige en nous, nous ne pouvons imaginer les prolongements contenus dans chacun de nos mots. Nous ignorons que chaque paragraphe nous rapproche de vous. C'est une belle conclusion, c'est une belle surprise. Prochain et dernier rendez-vous de la tournée Lettres-Frontière : le 16 juin, à Saint-Cergues.

  • 2898

    Une dame, universitaire retraitée, gentille, très agréable, conversation détendue et amusée. Habillée chic pour une rencontre où je suis également invité. Elle écrit pour une grosse maison d'édition des policiers historiques particulièrement documentés, avec un héros récurrent. Les récits ne sont pas mièvres, ils mêlent violence et érudition, sont bien écrits. Pas ma tasse de thé mais un travail respectable, de bonne facture, qui a son public. Du genre qui doit plutôt bien marcher, se dit-on. Quatre romans déjà chez cet éditeur et elle vient de présenter son cinquième. La routine. Sauf que. Une nouvelle directrice d'édition est arrivée, a « fait le ménage » et lui a retourné son manuscrit. Pas d'assez bons chiffres. Un ami présent, professionnel du métier, connaissant parfaitement les rouages et l'actualité de l'édition explique que beaucoup d'auteurs sont dans ce cas, aujourd'hui. Elle, cherche maintenant partout, a frappé à plusieurs portes. Toutes restent obstinément fermées. Nous lui disons notre confiance : elle va forcément trouver ; impossible autrement.
    Je connaissais ma chance d'être soutenu par des maisons qui ne s'inquiètent pas (trop) des faibles ventes de mes ouvrages, mais depuis cette entrevue, je mesure à quel point c'est fou que des gens veuillent bien encore me faire confiance, suivent et acceptent mes manuscrits. Va vraiment falloir que le prochain cartonne, nom de nom !

  • 2896

    Ce soir, à Saint-Etienne, l'équipe de la médiathèque de la Cotonne m'invite pour évoquer "L'Affaire des Vivants" dans le cadre des rencontres organisées par Lettres-Frontière.

    Comme pour Thonon-les-Bains, il s'agira d'un retour sur les pas de mes premiers rendez-vous littéraires. C'était en 2010, pour "Le Baiser de la Nourrice."

    Là aussi, je viendrai avec quelques pages de "La Grande Sauvage" en avant-première. C'est à 19 heures, l'entrée est libre. On sera bien.

  • Les Nefs de Pangée - Critique

    Le Bélial avait chroniqué avec une vraie pertinence Les Nefs, en 2015. J'ai rencontré cette année l'auteur de ce chouette billet, sans pouvoir l'en remercier (il a dû me trouver d'une goujaterie !). C'est que je ne savais pas...

    "L’auteur déroule ainsi la légende sous nos yeux, mais aussi ceux d’Hammassi, jeune femme chargée d’accompagner la chasse pour en décrire les aspects, historienne à qui il est également demandé d’embellir les faits à destination des générations futures. Un personnage important, certes, mais comme tant d’autres au sein d’une distribution proprement impressionnante – sans que Chavassieux n’en néglige aucun : un tour de force."

  • 2890

    Certains chantiers d'écriture apportent des questions inédites. En l'occurrence, une résidence d'auteur qui m'a été confiée pose comme principe que la chanson est le vecteur de mémoire le plus populaire et le plus pérenne qui soit. Il s'agit de dessiner, à l'aide de vraies chansons faciles à mémoriser, les portraits de personnes rencontrées. Des artisans, des ouvriers, des ingénieurs, tous témoins d'un passé industriel révolu. Et la question cruciale qui se pose à Jérôme Bodon-Clair, le compositeur, et à moi, devient : Qu'est-ce qu'une chanson classique créée aujourd'hui ?

     

    C'est le projet "Portraits de Mémoire(s)" dont le site dédié sera en ligne pour l'été. A suivre.

  • 2877

    C'est aujourd'hui, à 17 heures, que j'ai le plaisir d'être accueilli à la Médiathèque de Thonon-les-Bains. La rencontre sera animée par Charles Sigel. Elle est organisée dans le cadre du Prix Lettres-Frontière. Il sera d'abord question de L'Affaire des vivants et aussi, qui sait, des Nefs de Pangée, ou encore de mon prochain ? (Tiens, si je leur faisais une surprise ?)

    Ce moment revêt un aspect particulier pour moi. C'est en effet dans cette même médiathèque que j'avais été reçu pour la première fois en tant qu'écrivain pour Le Baiser de la Nourrice.

  • Les Nefs de Pangée - Critique

    Un billet qui date de janvier et que je n'avais pas repéré. Sur le site "un dernier livre" et sous la plume d'une Marcelline, apparemment conquise. Merci à elle.

     

    Les bonnes opinions des lecteurs des Nefs ne lui ont cependant pas permis de décrocher les prix pour lesquels mon roman était sélectionné. Pas de prix Bob Morane, pas de Grand Prix de l'Imaginaire, donc. Cela dit, vous ne me lirez pas mégotant la fierté d'avoir été sélectionné pour ces prix prestigieux ; je suis conscient que ce n'est pas rien. Mais vous savez ce que c'est...

  • 2863

    12718082_1279446868751981_4810537838148835082_n.jpgL'aventure parisienne de Pasiphaé, cette pièce créée l'an dernier à Roanne, fut l'opportunité pour la Compagnie NU de présenter son travail à un public non acquis, réputé difficile. Les cessions roannaises ou stéphanoises pouvaient être considérées comme des jeux « à domicile » (ou presque) devant un public plutôt bienveillant. Ici, notre approche allait être jugée par des spectateurs sans a priori autre que celui qu'a pu nourrir la fréquentation des salles et programmations parisiennes. Nous ne faisons aucun complexe d'infériorité, nous connaissons la valeur de notre travail ; il s'agissait de le tester devant un public qui le découvre complètement. D'abord, une chose que nous ne pouvions prévoir : c'est que le changement de comédienne pour le rôle-titre allait à ce point bouleverser la mécanique de la pièce. Non pas changer le propos mais déplacer le centre. Observation fascinante de ce que le spectacle vivant autorise de manipulation, d'interprétation, de « jeu » en fait, à partir de l'écriture. Même le public, son nombre, sa composition, son humeur, change la donne. La pièce, selon son emprise, s'oriente vers la comédie ou le drame, différemment chaque soir. Preuve d'une sorte de plasticité de la pièce assez étonnante. Ensuite, nous avions pris le parti de supprimer les nombreuses chansons qui émaillaient la pièce dans sa première version. L'interprétation de ces morceaux par des comédiens qui ne sont pas à l'aise avec le chant, fragilisait l'ensemble. Les supprimer a resserré l'intrigue sur le trio Pasiphaé/Minos/Dédale. Quel personnage a pâti de ces suppressions ? Le peuple, qui n'est présent désormais que par des propos indirects (mais de façon presque obsédante, il en est question très souvent). Certaines scènes chantées auparavant ont été réécrites quand les informations contenues dans les couplets étaient nécessaires à la compréhension de l'intrigue. La Pasiphaé « parisienne » peut donc être considérée comme une re-création, avec ce que cela implique d'inventions, de relecture et de regains mais aussi de fragilité, de calages de dernière minute, de tâtonnements. Et seulement quatre représentations, séparées par une semaine, qui plus est. Fragilité augmentée. Mais c'est le bonheur de travailler avec des professionnels : tout a fonctionné à merveille. Le franc succès de la dernière peut faire rêver de ce que serait devenu la pièce après vingt représentations consécutives. Au final, nous ignorons ce qu'il adviendra de cette pièce, mais elle a eu un impact certain sur les personnes qui l'ont vue, qu'ils l'aient aimée ou pas, elle a marqué les spectateurs. Les retours continuent, les témoignages se poursuivent, que recueillent nos comédiens parisiens. Nous écoutons. Nous recevons, nous réfléchissons. Une scène a déjà été écrite, pour enrichir le début, poser les enjeux plus tôt qu'ils ne l'étaient. C'est une nouvelle création, riche de potentialités, remarquée par certains professionnels. Rien n'est accompli mais la compagnie se met à imaginer plus loin qu'elle ne l'a jamais fait. Et comme dirait ma chère Pasiphaé aujourd'hui : «  Alors, tout est possible ».

     

    Photo Yann Guillotin.

  • 2862

    La dernière de Pasiphaé : public nombreux et réactif, comédiens au sommet, technique bienveillante, ce fut un moment merveilleux. Enfin rentré, décor rangé, douche prise, suis épuisé. Je vous raconterai plus tard. Demain ? Oui, demain (là, il faut que j'écrive un dialogue supplémentaire, on peut toujours faire mieux). Bonne soirée.

  • 2861

    Pasiphaé_Yann-Guillotin.jpgCe soir, au Point du jour, c'est la dernière de Pasiphaé. Une fin mais aussi ce qu'on peut considérer comme un seuil vers autre chose. C'était le but. Répondre à l'invitation de la directrice de cet établissement était un pari coûteux pour nous (il était évident que les entrées ne compenseraient pas l'investissement trajets, hébergement, salaire des artistes, etc.) mais une expérience nécessaire. Il s'agissait de faire connaître notre travail à des professionnels qui ne seraient jamais venus à Roanne ni même à Saint-Étienne ou Lyon. Je poste ce billet au matin de l'avant-dernière séance, quelques minutes avant de partir rejoindre l'équipe à Paris, je ne sais donc pas comment s'est passé la dernière représentation, mais j'ai assisté aux précédentes et je sais que notre pièce est solide à présent, je sais qu'elle dérange et déroute, je sais qu'elle vit et capte son public. La Compagnie est très fière du résultat. Ce qui adviendra après cela ? Nous verrons. Dores et déjà, nous avons tenu le pari de montrer au public la meilleure Pasiphaé possible. On peut lire dans ce billet ma reconnaissance à Fanny Laudicina, François Frapier, François Podetti et Marc Bonnetin qui ont mis temps, énergie et talent au service de cette aventure parisienne. Elle ne fait que commencer, j'en suis convaincu.

     

    Photos Yann Guillotin.

  • 2857

    Couv-Naven.jpgNaven, de Maryse Vuillermet, est une merveille. L'auteure de l'excellent Pars, travaille ! avait produit ce premier livre début 2015. Le naven est un récit à valeur initiatique de certaines sociétés de Nouvelle-Guinée, par lequel les femmes transmettent à la génération suivante une mythologie familiale, un récit des origines. Maryse Vuillermet entreprend l'élaboration d'une semblable genèse et l'ouvre ainsi à tous. Elle enquête à la source des témoignages familiaux, reconstitue de façon documentée, mais jamais de façon pesante, la vie de ces femmes, pas moins fortes et rebelles que les militantes dont elles furent les ancêtres, mais contraintes par les conditions économiques et sociales de leur temps. Leur temps, c'est le début du XXe siècle, quand on exilait les jeunes filles de la campagne à la ville, pour servir de bonnes dans la bourgeoisie lyonnaise. Le récit croise, (comme dans Pars, travaille ! mais il m'a semblé, je l'avoue, avec beaucoup plus de force), la modernité des choix féministes de la vie de l'auteure avec le passé restitué de ses grand-mère et grand-tante. C'est riche, instructif, stupéfiant, c'est parfois bouleversant, toujours passionnant. Si vous vous interrogez sur la manière dont une femme reçoit l'héritage inconscient de ses aïeules, si la permanence d'un combat féministe vous importe, je ne peux que vous encourager à découvrir ce document magistral - et je pèse mes mots. Naven est hélas paru chez L'Harmattan, ce qui le destine d'emblée à la confidentialité la plus dommageable. La couverture, que je trouve exagérément laide, n'invite pas non plus à franchir le pas. Je peux assurer que le contenu est d'une tout autre qualité. Je suis persuadé que d'autres éditeurs, plus armés pour faire connaître ce travail, pourraient l'arracher à cette fatalité. Il faut le souhaiter pour le bien de tous.

     

    On pourra lire avec profit un autre livre de transmission, masculin celui-ci: Ma vie, côté père, de Michel Contat, chez Christian Bourgois. Le hasard de mes lectures me fait faire ce rapprochement, mais les deux textes sont écrits selon des procédés très éloignés. Disons que je profite de ce billet pour évoquer cet autre beau récit. Le portrait d'un père absent et inoubliable, dessiné davantage par les blancs que par les traces laissées sur le papier. Livre émouvant et teinté d'humour d'un auteur qui peut enfin, à soixante-dix ans passés, remuer le passé familial et tenter une réconciliation attendrie avec son géniteur. Sentiment final d'injustice cruelle : ce grand immature de père, plus intéressant pour un écrivain que la consciencieuse et fidèle, et sacrifiée, et présente, figure de la mère.