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rencontres avec des gens biens - Page 5

  • 2899

    Ce soir à 19h., nous pouvons, si vous le voulez bien, nous retrouver à la bibliothèque de Servoz pour mon avant-dernière rencontre autour de L'Affaire des Vivants, coup de cœur Lettres-Frontière 2016. La soirée est organisée conjointement par les bibliothèques de Servoz et Les Houches.
    L'entrée est libre, comme les propos, les questions, et les réponses aux questions.
    Bientôt, s'achèvera ce cycle heureux qui m'a lancé sur les rails à la rencontre d'amis inconnus. Tout cela trouvera sa vraie conclusion en novembre, à Thonon, où, avec Xochitl Borel, lauréate pour le côté suisse, nous remettrons les prix à nos successeurs. Le relais sera passé, nous regagnerons nos cabinets de travail, la solitude de l'écrit que nous avons ponctuellement laissée au profit des contacts et des sourires, des accueils bienveillants, partout où nous étions. Quand on met bout à bout nos phrases dans la double intention d'écrire le meilleur live possible et de délivrer ce qui l'exige en nous, nous ne pouvons imaginer les prolongements contenus dans chacun de nos mots. Nous ignorons que chaque paragraphe nous rapproche de vous. C'est une belle conclusion, c'est une belle surprise. Prochain et dernier rendez-vous de la tournée Lettres-Frontière : le 16 juin, à Saint-Cergues.

  • 2898

    Une dame, universitaire retraitée, gentille, très agréable, conversation détendue et amusée. Habillée chic pour une rencontre où je suis également invité. Elle écrit pour une grosse maison d'édition des policiers historiques particulièrement documentés, avec un héros récurrent. Les récits ne sont pas mièvres, ils mêlent violence et érudition, sont bien écrits. Pas ma tasse de thé mais un travail respectable, de bonne facture, qui a son public. Du genre qui doit plutôt bien marcher, se dit-on. Quatre romans déjà chez cet éditeur et elle vient de présenter son cinquième. La routine. Sauf que. Une nouvelle directrice d'édition est arrivée, a « fait le ménage » et lui a retourné son manuscrit. Pas d'assez bons chiffres. Un ami présent, professionnel du métier, connaissant parfaitement les rouages et l'actualité de l'édition explique que beaucoup d'auteurs sont dans ce cas, aujourd'hui. Elle, cherche maintenant partout, a frappé à plusieurs portes. Toutes restent obstinément fermées. Nous lui disons notre confiance : elle va forcément trouver ; impossible autrement.
    Je connaissais ma chance d'être soutenu par des maisons qui ne s'inquiètent pas (trop) des faibles ventes de mes ouvrages, mais depuis cette entrevue, je mesure à quel point c'est fou que des gens veuillent bien encore me faire confiance, suivent et acceptent mes manuscrits. Va vraiment falloir que le prochain cartonne, nom de nom !

  • 2896

    Ce soir, à Saint-Etienne, l'équipe de la médiathèque de la Cotonne m'invite pour évoquer "L'Affaire des Vivants" dans le cadre des rencontres organisées par Lettres-Frontière.

    Comme pour Thonon-les-Bains, il s'agira d'un retour sur les pas de mes premiers rendez-vous littéraires. C'était en 2010, pour "Le Baiser de la Nourrice."

    Là aussi, je viendrai avec quelques pages de "La Grande Sauvage" en avant-première. C'est à 19 heures, l'entrée est libre. On sera bien.

  • Les Nefs de Pangée - Critique

    Le Bélial avait chroniqué avec une vraie pertinence Les Nefs, en 2015. J'ai rencontré cette année l'auteur de ce chouette billet, sans pouvoir l'en remercier (il a dû me trouver d'une goujaterie !). C'est que je ne savais pas...

    "L’auteur déroule ainsi la légende sous nos yeux, mais aussi ceux d’Hammassi, jeune femme chargée d’accompagner la chasse pour en décrire les aspects, historienne à qui il est également demandé d’embellir les faits à destination des générations futures. Un personnage important, certes, mais comme tant d’autres au sein d’une distribution proprement impressionnante – sans que Chavassieux n’en néglige aucun : un tour de force."

  • 2890

    Certains chantiers d'écriture apportent des questions inédites. En l'occurrence, une résidence d'auteur qui m'a été confiée pose comme principe que la chanson est le vecteur de mémoire le plus populaire et le plus pérenne qui soit. Il s'agit de dessiner, à l'aide de vraies chansons faciles à mémoriser, les portraits de personnes rencontrées. Des artisans, des ouvriers, des ingénieurs, tous témoins d'un passé industriel révolu. Et la question cruciale qui se pose à Jérôme Bodon-Clair, le compositeur, et à moi, devient : Qu'est-ce qu'une chanson classique créée aujourd'hui ?

     

    C'est le projet "Portraits de Mémoire(s)" dont le site dédié sera en ligne pour l'été. A suivre.

  • 2877

    C'est aujourd'hui, à 17 heures, que j'ai le plaisir d'être accueilli à la Médiathèque de Thonon-les-Bains. La rencontre sera animée par Charles Sigel. Elle est organisée dans le cadre du Prix Lettres-Frontière. Il sera d'abord question de L'Affaire des vivants et aussi, qui sait, des Nefs de Pangée, ou encore de mon prochain ? (Tiens, si je leur faisais une surprise ?)

    Ce moment revêt un aspect particulier pour moi. C'est en effet dans cette même médiathèque que j'avais été reçu pour la première fois en tant qu'écrivain pour Le Baiser de la Nourrice.

  • Les Nefs de Pangée - Critique

    Un billet qui date de janvier et que je n'avais pas repéré. Sur le site "un dernier livre" et sous la plume d'une Marcelline, apparemment conquise. Merci à elle.

     

    Les bonnes opinions des lecteurs des Nefs ne lui ont cependant pas permis de décrocher les prix pour lesquels mon roman était sélectionné. Pas de prix Bob Morane, pas de Grand Prix de l'Imaginaire, donc. Cela dit, vous ne me lirez pas mégotant la fierté d'avoir été sélectionné pour ces prix prestigieux ; je suis conscient que ce n'est pas rien. Mais vous savez ce que c'est...

  • 2863

    12718082_1279446868751981_4810537838148835082_n.jpgL'aventure parisienne de Pasiphaé, cette pièce créée l'an dernier à Roanne, fut l'opportunité pour la Compagnie NU de présenter son travail à un public non acquis, réputé difficile. Les cessions roannaises ou stéphanoises pouvaient être considérées comme des jeux « à domicile » (ou presque) devant un public plutôt bienveillant. Ici, notre approche allait être jugée par des spectateurs sans a priori autre que celui qu'a pu nourrir la fréquentation des salles et programmations parisiennes. Nous ne faisons aucun complexe d'infériorité, nous connaissons la valeur de notre travail ; il s'agissait de le tester devant un public qui le découvre complètement. D'abord, une chose que nous ne pouvions prévoir : c'est que le changement de comédienne pour le rôle-titre allait à ce point bouleverser la mécanique de la pièce. Non pas changer le propos mais déplacer le centre. Observation fascinante de ce que le spectacle vivant autorise de manipulation, d'interprétation, de « jeu » en fait, à partir de l'écriture. Même le public, son nombre, sa composition, son humeur, change la donne. La pièce, selon son emprise, s'oriente vers la comédie ou le drame, différemment chaque soir. Preuve d'une sorte de plasticité de la pièce assez étonnante. Ensuite, nous avions pris le parti de supprimer les nombreuses chansons qui émaillaient la pièce dans sa première version. L'interprétation de ces morceaux par des comédiens qui ne sont pas à l'aise avec le chant, fragilisait l'ensemble. Les supprimer a resserré l'intrigue sur le trio Pasiphaé/Minos/Dédale. Quel personnage a pâti de ces suppressions ? Le peuple, qui n'est présent désormais que par des propos indirects (mais de façon presque obsédante, il en est question très souvent). Certaines scènes chantées auparavant ont été réécrites quand les informations contenues dans les couplets étaient nécessaires à la compréhension de l'intrigue. La Pasiphaé « parisienne » peut donc être considérée comme une re-création, avec ce que cela implique d'inventions, de relecture et de regains mais aussi de fragilité, de calages de dernière minute, de tâtonnements. Et seulement quatre représentations, séparées par une semaine, qui plus est. Fragilité augmentée. Mais c'est le bonheur de travailler avec des professionnels : tout a fonctionné à merveille. Le franc succès de la dernière peut faire rêver de ce que serait devenu la pièce après vingt représentations consécutives. Au final, nous ignorons ce qu'il adviendra de cette pièce, mais elle a eu un impact certain sur les personnes qui l'ont vue, qu'ils l'aient aimée ou pas, elle a marqué les spectateurs. Les retours continuent, les témoignages se poursuivent, que recueillent nos comédiens parisiens. Nous écoutons. Nous recevons, nous réfléchissons. Une scène a déjà été écrite, pour enrichir le début, poser les enjeux plus tôt qu'ils ne l'étaient. C'est une nouvelle création, riche de potentialités, remarquée par certains professionnels. Rien n'est accompli mais la compagnie se met à imaginer plus loin qu'elle ne l'a jamais fait. Et comme dirait ma chère Pasiphaé aujourd'hui : «  Alors, tout est possible ».

     

    Photo Yann Guillotin.

  • 2862

    La dernière de Pasiphaé : public nombreux et réactif, comédiens au sommet, technique bienveillante, ce fut un moment merveilleux. Enfin rentré, décor rangé, douche prise, suis épuisé. Je vous raconterai plus tard. Demain ? Oui, demain (là, il faut que j'écrive un dialogue supplémentaire, on peut toujours faire mieux). Bonne soirée.

  • 2861

    Pasiphaé_Yann-Guillotin.jpgCe soir, au Point du jour, c'est la dernière de Pasiphaé. Une fin mais aussi ce qu'on peut considérer comme un seuil vers autre chose. C'était le but. Répondre à l'invitation de la directrice de cet établissement était un pari coûteux pour nous (il était évident que les entrées ne compenseraient pas l'investissement trajets, hébergement, salaire des artistes, etc.) mais une expérience nécessaire. Il s'agissait de faire connaître notre travail à des professionnels qui ne seraient jamais venus à Roanne ni même à Saint-Étienne ou Lyon. Je poste ce billet au matin de l'avant-dernière séance, quelques minutes avant de partir rejoindre l'équipe à Paris, je ne sais donc pas comment s'est passé la dernière représentation, mais j'ai assisté aux précédentes et je sais que notre pièce est solide à présent, je sais qu'elle dérange et déroute, je sais qu'elle vit et capte son public. La Compagnie est très fière du résultat. Ce qui adviendra après cela ? Nous verrons. Dores et déjà, nous avons tenu le pari de montrer au public la meilleure Pasiphaé possible. On peut lire dans ce billet ma reconnaissance à Fanny Laudicina, François Frapier, François Podetti et Marc Bonnetin qui ont mis temps, énergie et talent au service de cette aventure parisienne. Elle ne fait que commencer, j'en suis convaincu.

     

    Photos Yann Guillotin.

  • 2857

    Couv-Naven.jpgNaven, de Maryse Vuillermet, est une merveille. L'auteure de l'excellent Pars, travaille ! avait produit ce premier livre début 2015. Le naven est un récit à valeur initiatique de certaines sociétés de Nouvelle-Guinée, par lequel les femmes transmettent à la génération suivante une mythologie familiale, un récit des origines. Maryse Vuillermet entreprend l'élaboration d'une semblable genèse et l'ouvre ainsi à tous. Elle enquête à la source des témoignages familiaux, reconstitue de façon documentée, mais jamais de façon pesante, la vie de ces femmes, pas moins fortes et rebelles que les militantes dont elles furent les ancêtres, mais contraintes par les conditions économiques et sociales de leur temps. Leur temps, c'est le début du XXe siècle, quand on exilait les jeunes filles de la campagne à la ville, pour servir de bonnes dans la bourgeoisie lyonnaise. Le récit croise, (comme dans Pars, travaille ! mais il m'a semblé, je l'avoue, avec beaucoup plus de force), la modernité des choix féministes de la vie de l'auteure avec le passé restitué de ses grand-mère et grand-tante. C'est riche, instructif, stupéfiant, c'est parfois bouleversant, toujours passionnant. Si vous vous interrogez sur la manière dont une femme reçoit l'héritage inconscient de ses aïeules, si la permanence d'un combat féministe vous importe, je ne peux que vous encourager à découvrir ce document magistral - et je pèse mes mots. Naven est hélas paru chez L'Harmattan, ce qui le destine d'emblée à la confidentialité la plus dommageable. La couverture, que je trouve exagérément laide, n'invite pas non plus à franchir le pas. Je peux assurer que le contenu est d'une tout autre qualité. Je suis persuadé que d'autres éditeurs, plus armés pour faire connaître ce travail, pourraient l'arracher à cette fatalité. Il faut le souhaiter pour le bien de tous.

     

    On pourra lire avec profit un autre livre de transmission, masculin celui-ci: Ma vie, côté père, de Michel Contat, chez Christian Bourgois. Le hasard de mes lectures me fait faire ce rapprochement, mais les deux textes sont écrits selon des procédés très éloignés. Disons que je profite de ce billet pour évoquer cet autre beau récit. Le portrait d'un père absent et inoubliable, dessiné davantage par les blancs que par les traces laissées sur le papier. Livre émouvant et teinté d'humour d'un auteur qui peut enfin, à soixante-dix ans passés, remuer le passé familial et tenter une réconciliation attendrie avec son géniteur. Sentiment final d'injustice cruelle : ce grand immature de père, plus intéressant pour un écrivain que la consciencieuse et fidèle, et sacrifiée, et présente, figure de la mère.

  • 2855

    Ce soir, à partir de 18h30, c'est à la bibliothèque de Mégevette que je suis accueilli dans le cadre des rencontres organisées par Lettres-Frontière. On parlera surtout de l'Affaire des vivants, mais, si j'ai le bonheur de retrouver une certaine éditrice qui a prévu de passer me voir, il pourrait être question des Chants Plaintifs. L'entrée est libre, bien sûr. Je me réjouis d'avance.

  • 2853

    Pasiphaé nous accompagne depuis un certain nombre d'années maintenant. Depuis qu'elle fut envisagée en 2012, écrite en 2013 et jusqu'à sa création en 2015 à Roanne (tandis que nous étions touts abasourdis par les attentats contre Charlie), elle est en nous, Nudistes (ainsi se nomment eux-mêmes les artisans de la Compagnie NU), et ce phénomène quasi obsessionnel est amplifié par la perspective des représentations au théâtre du Point du Jour, à Paris. J'écris ce billet la veille du jour où Marc et moi transporterons les décors à Paris et, selon la formule commune, la pression monte.
    PASIPHAE FLYER A6 2016 RECTO.jpgDeux changements majeurs vont faire de cette Pasiphaé parisienne une expérience singulière. Les chansons ont été supprimées, purement et simplement. L'ambition d'un pièce musicale se heurte, il faut bien l'admettre, aux capacités « lyriques » de nos comédiens. Les passages chantés n'étaient pas insupportables, mais incontestablement, ils atténuaient l'intérêt, créaient un creux dans la qualité d'interprétation du reste de la pièce. Nous avons résolu, sans beaucoup hésiter, de les remplacer par une réécriture des textes, et nous avons purement et simplement supprimé certaines scènes, notamment une visite des « Gueux » dans le palais régidentiel. Par de tels choix, l'axe de la pièce se recentre sur l'essentiel de l'intrigue, sur les relations entre personnages, le regard et la compréhension sont moins dispersés. Le sacrifice produit un gain.
    Autre transformation, due aux contraintes de calendrier : Notre chère et adorée Aurore Pourteyron, pour qui ce texte avait été écrit, n'est pas disponible. Pasiphaé photo 3.jpgC'est Fanny Laudicina qui reprend le rôle-titre. Cette nouvelle interprétation crée une métamorphose (après tout, nous sommes chez Ovide, aussi) imprévisible et non négligeable dont j'ai hâte de découvrir le résultat (je n'ai assisté à aucune répétition, mais François Podetti, le metteur en scène, m'a tenu au courant) : Fanny déplace le personnage vers un autre horizon, Pasiphaé devient plus volontaire et davantage motrice du drame et les autres comédiens (François Podetti pour Minos et François Frapier pour Dédale), repositionnent leur jeu en fonction de cette approche. Fanny_Laudicina.jpegC'est presque, au bout du compte, une nouvelle lecture qui se concrétise alors. L'art théâtral est décidément l'espace d'une littérature qui vit, palpite et évolue sans cesse. C'est un processus étonnant et passionnant pour l'auteur à qui telle chose arrive. Un bonheur de plus dans cette aventure. La suite bénéficiera de cet apport. Pour Minotaure, Aurore (qui reprendra son rôle), devra peut-être tenir compte de l'évolution du  personnage tel que travaillé par Fanny. Le cas inverse aurait aussi été vrai. Nous n'en sommes pas là : Minotaure est le chantier pour NU sur 2017, si tout se passe comme prévu. Pour l'heure, le rendez-vous parisien est notre principal souci, avec son corollaire, l'angoisse que la pièce ne rencontre pas son public, comme on dit pudiquement. J'ai confiance cependant en une chose, et nous échangions au téléphone l'autre jour avec François sur ce mode : on présentera la meilleure pièce possible. Ceux qui auront eu la gentillesse et la curiosité de venir nous soutenir peuvent être assurés que nous aurons tous fait au mieux pour qu'ils repartent satisfaits. Pour le reste, n'est-ce pas, nous ne pouvons que prier le dieu de l'affluence (dont nul ne connaît le nom) et espérer. Pasiphaé photo 1.jpg

    Pasiphaé photo 4.jpg
    Ce soir, ce soir, ce soir… jusqu'au 15 avril. Pour moi, ça ressemble à une succession de sorties de romans, la même pression, multipliée, ranimée chaque fois. Épuisant et palpitant.
    Chavassieux, arrête de geindre, profite ! [OK, ok, je profite...]

  • 2848

    C'est aujourd'hui, à partir de 17 heures. C'est la troisième fois que cette délicieuse librairie pas comme les autres, me reçoit. Et la deuxième fois dans le cadre de son salon : les Dystopiales. J'y dédicacerai "Les Nefs de Pangée". Et on discutera, on se donnera des nouvelles, tout ça.

     

     

    Charybde, Nefs de Pangée, Dystopiales

  • 2844

    couvCDA-page001-550x805.jpgIsabelle Flaten publie dernièrement au Réalgar un roman assez jouissif autour de la question de l'argent, justement nommé "Chagrins d'argent". Elle a bien voulu se prêter à l'exercice de l'interview, ce dont nous la remercions vivement. Voici :

    « Chagrins d'argent » est un récit contemporain. Il s'architecture autour d'une série de portraits imbriqués (on dit « récit choral » pour aller vite) d'hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions, qui sont reliés entre eux (parfois sans qu'ils en aient conscience), par la vie, le travail, la famille, les passions ou les haines, mais aussi par la question de l'argent. Qu'ajouteriez-vous à ce bref résumé ? Comment avez-vous construit ce livre ?

    Je préciserais que la question de l’argent est la question centrale. Quelles sont les incidences de notre rapport à l’argent dans notre relation à l’autre ? Il me semble que c’est un thème  délicat à aborder pour la plupart d’entre nous - pour ne pas dire tabou à l’échelle de notre société- et sinon source de conflit, de culpabilité, dans bien des cercles intimes. Le contenu de notre portefeuille qu’il soit vide ou, à l’inverse, bien garni, interroge notre place dans la société, conditionne notre comportement, et c’est cela que j’ai voulu explorer.  
    Je ne construis pas mes livres par avance, ils se construisent au fil de l’écriture. Au départ  je ne sais rien de leur forme, s’agira-t-il d’un texte court, d’un recueil de nouvelles, d’un long roman, je l’ignore. Peu à peu les choses se mettent en place, une idée surgit et je la suis, un personnage s’épuise et je l’abandonne, ou bien il se révèle être plus complexe que prévu et m’oblige à ne pas le lâcher. Dans Chagrins d’argent, il m’est très vite apparu qu’afin de corroborer mon propos, un « effet miroir » était nécessaire, c’est ainsi que chaque personnage s’est retrouvé avec son vis-à-vis. La façon dont une même situation est vécue par chacun, le décalage que cela induit, est un thème qui m’intéresse depuis longtemps.

    En cours de lecture, on pense inévitablement à travestir le titre en « Chagrins d'amour » et le parallèle est troublant entre les effets produits sur les êtres par l'un ou l'autre phénomène. C'est éternel et souvent associé, l'argent, l'amour… Cela ne devrait pas se confondre et pourtant. « Chagrins d'argent » est-il un récit cynique, une observation désabusée de la nature humaine qui mettrait à égalité les affres matérielles et les passions amoureuses ? (écrivant cela, je me fais l'avocat du diable, parce que vos portraits sont tout sauf cyniques)

    Oui Christian, vous avez raison, le parallèle, s’il est troublant, est bien évidemment volontaire mais en aucun cas, il s’agit de les associer. Autant, me semble-t-il, le chagrin d’amour est un chagrin noble, suscitant souvent la compassion,  autant le chagrin d’argent est un chagrin honteux, souvent passé sous silence, l’insigne d’une forme de disgrâce.
    Quant à la nature humaine, je ne sais pas ce que c’est. Il y a dans la nature de très gentils humains et je me targue d’en connaître quelques-uns, et d’autres il est vrai, un peu plus durs en affaires et dont on se passerait volontiers. Toutefois ils existent, certains sont prêts à tout pour faire toujours plus d’argent, mais pourquoi ? Mon récit n’est, je l’espère, pas une observation désabusée de mes semblables mais plutôt une manière d’engager la conversation  autour de ces abîmes de plus en plus vertigineux qui scindent les classes sociales. Je me garderai de vous faire une leçon d’économie mais je vous confierai que ma démarche procède d’une vieille utopie - ou d’un certain bon sens, c’est selon-  qui consiste à penser que si l’on n’achète pas l’amour, on peut, en partageant les richesses, acheter la paix sociale.

    Pour n'évoquer que les textes parus au Réalgar (les seuls que j'ai lus de vous) : « Noces incertaines » était un roman construit notamment autour du passé d'un couple, et « Se taire ou pas » était une déclinaison très inventive et fine de courts textes où sont décrits ces moments cruciaux de la prise de parole (ou du renoncement à la prise de parole). « Chagrins d'argent » semble une forme hybride qui vous permet de déployer votre talent pour la forme brève tout en intégrant ces miniatures dans un récit plus ample qui s'apparente au roman. C'est aussi, comme « Se taire ou pas » une façon d'aborder l'universalité des comportements humains par une approche singulière (l'argent, la parole). Quel regard portez-vous sur ces deux grandes formes de narration, nouvelle et roman ? Quel élan initial vous emporte vers l'écriture ?

    Le roman et la nouvelle sont deux exercices distincts, leur écriture respective ne répond pas aux même exigences. La nouvelle est économe, elle exige un style épuré, elle ne permet pas ou peu la digression, il s’agit d’aller rapidement à l’essentiel, d’atteindre le cœur du propos en quelques lignes. C’est une forme que j’aime beaucoup, une sorte de défi – ça passe ou ça casse- pour le dire sommairement. Dans Se taire ou pas j’ai poussé le défi jusqu’à écrire parfois une  fiction contenue en une seule phrase. Etait-il possible de transmettre une émotion, de dresser un portrait, de décrire une situation aussi brièvement ? La nouvelle c’est l’art de suggérer, de permettre au lecteur de se raconter sa propre histoire en parallèle de la vôtre, d’en appeler à son imagination. Et la chute me direz-vous (ou pas) ! Vous me le dîtes,  n’est-ce pas ? et je vous réponds qu’elle n’est pas indispensable, mais que cela m’amuse beaucoup d’essayer d’en trouver une. Quant au roman le travail est autre, je ne vous apprends rien, c’est avant tout  le traitement d’une histoire qui nécessite bien plus que dans une nouvelle de se soucier de la cohérence des événements, de la temporalité du récit, de se méfier d’un risque d’essoufflement du propos ou du personnage. Mais comme vous le soulignez, dans Chagrins d’argent, entre roman et nouvelle, la frontière est floue, c’est un roman-nouvelles. Quant à l’élan initial d’un texte, cela part de pas grand-chose, parfois d’une simple image, ou d’une petite idée de rien du tout, un questionnement, une parole entendue et qui a résonné. En ce qui concerne Chagrins d’argent, c’est l’impuissance que je ressens à chaque fois que je passe à côté d’un mendiant qui a initié le roman. Une fois que j’ai la première phrase, j’ai le ton du récit. A chaque texte j’ai le sentiment d’aborder une nouvelle thématique, et au bout du compte je m’aperçois qu’on tourne toujours- peu ou prou-  autour des mêmes problématiques au fil des écrits, ou du moins qu’il y a des ressemblances.  

    C'est écrit à la troisième personne, aucun nom n'est donné mais c'est assez travaillé pour ne pas perdre le fil, comprendre à quel personnage on a à faire. Et aussi, malgré le procédé de la troisième personne, on a l'impression d'entendre chacun s'exprimer ou penser avec sa propre voix. Les belles pages sont nombreuses ; permettez-moi de souligner celles qui décrivent le parcours et les pensées du SDF. Que sont pour vous ces personnages ? Comment avez-vous abordé celui du tueur de femmes par exemple ?

    J’avais déjà utilisé ce procédé, l’anonymat des personnages, dans mon recueil Les Empêchements, et pour ce texte j’ai envisagé un moment de les nommer mais cela n’aurait rien apporté de plus. Encore une fois, c’est l’espace qu’il me plaît de laisser au lecteur.
    Avant de me lancer je me suis effectivement posée la question de la légitimité, de quel droit allais-je parler au nom d’un SDF ou d’un tueur ? Je me la pose toujours. Jusqu’à présent, je me cantonnais à des univers proches du mien pour ne pas risquer «  l’invraisemblance » et là j’ai osé, de la même manière que je n’hésite pas à parler au nom des hommes, réveiller le tueur ou le misérable qui sommeille sans doute en moi.   


    Comment s'est passé le travail d'édition avec Daniel Damart (éditeur du Réalgar) ?


    Je lui ai dédié ce livre, tout est dit, la réponse est là. Daniel Damart est un éditeur avec qui il est très facile et très agréable de travailler. Il dit oui, ou non, et si c’est oui, alors il vous soutient, vous écoute, vous fait des blagues et c’est le bonheur.  

    En vous lisant, j'écoute une musique, je ne sais pas, une partition au piano, Satie parfois, peut-être Debussy ou Schubert… La musique et l'écriture, pour vous, Isabelle Flaten ?

    Lire ou écouter de la musique sont pour moi des activités à part entière, aussi je lis et travaille dans le silence. Mais l’écriture n’est-elle pas la plus belle des partitions, une page blanche à déchiffrer chaque jour, que demander de plus ?

  • 2843

    Une belle surprise : les répétitions de Pasiphaé, à Paris, avec Fanny Laudicina (Pasiphaé), François Frapier (Dédale) et François Podetti (Minos et mise en scène), ont donné lieu à la création d'un livre avec les photos superbes de Yann Guillotin. Franchement, ça donne furieusement envie d'aller découvrir la pièce, non ?

  • 2835

    couv-OK-212x400.jpgKlaus Hirschkuh « avait dix-neuf ans à son arrivée dans la boue et la poussière de Buchenwald ». Ni juif, ni étranger, ni communiste, ni tzigane, ni opposant politique, ni soldat ennemi, on ne l'avait affublé ni d'une étoile jaune ni d'un triangle vert. Klaus était allemand, et on avait épinglé à sa tenue de prisonnier l’infamant triangle rose de l'homosexuel, ce qui ne pardonne pas, dans l'Allemagne nazie de 1940.
    Pour Klaus Hirschkuh (Klaus comme Klaus Mann et Hirschkuh qui signifie Biche, tendre victime offerte aux prédateurs), survivre quatre ans dans un camp a signifié d'abord « ne pas vouloir mourir », et a réclamé de son corps de souffrir tous les viols, toutes les abjections et les insultes, les règles en fer dans le cul. Cela lui a demandé de tenir, de survivre à la castration des autres, à la défenestration de  Heinz, son cher amour. Il a tenu. Et voici Klaus, de retour dans sa famille. Klaus inattendu, Klaus d'une maigreur accusatrice, dérangeante, Klaus qui ne sera décidément jamais comme les autres. Père et mère attentifs mais inquiets, n'osant savoir, n'osant préciser pour eux-mêmes les raisons qui ont permis d'envoyer leur fils en camp. Un frère cadet, Golo, ambigu, blessé des attentions qu'ont ses parents pour ce fils prodigue. Pour ce Klaus, ce pédé, cette fiotte, qui, en plus, trouve rapidement du travail, s'émancipe, déniche un appartement dans Leipzig dévastée. Pas de haine pourtant, ou bien fugace, surtout l'incompréhension face à l'étranger. Klaus décide de partir. Il prend le train pour Paris avec René, un Français, ancien prisonnier, rencontré dans un atelier de couture.
    Les premières pages et toute la première partie du roman de Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m'entends pas, sont certainement les plus puissantes parmi les récits de fiction qui décrivent le retour d'un survivant des camps. Écriture taillée au burin, enragée, livrée avec trop d'urgence pour se plier au désir d'être aimable. Les phrases sont des halètements, des coups de poings permanents, le parcours de Klaus parmi les ruines devient une errance vague traversée de visions, souvenirs de sévices et humiliations prêtes à resurgir, un songe écœuré, criblé de phrases nées dans les camps, des pensées venues avec l'instinct de survie, quand il fallait éviter de broncher sous la bedaine de kapos enamourés.
    Dans Leipzig anéantie, où l'arbre de Goethe n'a pas été épargné par les bombardements, Klaus était un solitaire déraciné, irréconciliable avec son passé ; à Paris, la situation n'est pas idéale mais le jeune homme s'épanouit, son ami français a retrouvé sa femme, ils ont un enfant. Klaus a vingt-six ans, a appris la langue de son pays d'adoption. Les haines nocturnes, là-bas parce qu'il est homosexuel, ici parce qu'il est Allemand, remuent les souvenirs certes, mais il suffit à celui qui a survécu à l'enfer, de se laver lentement pour se débarrasser « d'une ancienne peur ». Et puis, il y a des promesses qui balayent les pires douleurs « Demain, ça ira mieux, tu iras te balader dans Paris, la nuit, tu seras en chasse, la ville est peuplée de garçons. » Certaines coucheries sont hantées par le souvenir de Heinz, l'amant défenestré. On n'échappe pas si facilement aux morsures des tortionnaires et de leurs chiens. Ainsi, entre travail, virées nocturnes et fêtes chez René, les années passent pour le nouveau Klaus ; il a trente-quatre ans, la guerre est froide à présent. Les souvenirs de son numéro de matricule et des tortures ne s'effacent pas, mais leurs surgissements s'espacent. L'écriture de Daniel Arsand s'apaise alors tout en gardant assez de nerf, le phrasé réconcilie, illumine. Il y a des dimanches, les enfants s'empâtent, Klaus fredonne des chansons dans l'atelier de couture où il a trouvé un travail chez un arménien obèse. On passe de « ne pas vouloir mourir » à « vivre n'était pas mal du tout ». D'autres années, d'autres rencontres, et puis, le passé est tenace, Klaus a quarante ans, il est l'heure pour lui de retourner à Leipzig, de connaître le sort des parents, de reprendre langue avec l'Allemagne. Et s'apercevoir qu'il ne craint plus rien de son père, de sa mère, de son frère : tous s'effacent. Il revient à Paris, aimera assez un Julien pour lui confier Buchenwald et les humiliations scatologiques, lui préciser que « de tous les détenus et internés, les pédés seuls n'avaient pas reçu d'indemnités. » Klaus et Julien sont ostracisés à cause de leur amour contre-nature ; on passe maintenant de « vivre n'était pas mal du tout » à « Je t'aime et j'ai envie de mourir. » On n'en finit donc jamais avec la haine compulsive des autres, y compris en vacances, à Pourville. La province française décorsetée des années 70 n'a pas largué ses préjugés, loin s'en faut, on insulte à voix basse. Sur la plage, adossé à la digue, Klaus voit Julien s'éloigner dans les vagues, tout revient en mémoire (et ce sont encore, jusqu'au bout, de superbes pages.) Après l'ultime déferlement de la mémoire, le lecteur se croit revenu indemne à Paris, quand la haine reprend soudain des couleurs, envoie Julien au tapis pour le compte, os brisés, hôpital. Rien n'a changé, sauf que livre et procès, cette fois, concluent l'agression. On n'est plus à Buchenwald. Les « gay » sont nés.
    C'est le rappel de l'injustice permanente faite aux homosexuels qui donne au récit de Arsand sa force documentaire, force qui double celle du récit de fiction. Il faudra encore rappeler que, dans les années 90 (mille neuf cent quatre vingt dix !), des homosexuels venus partager le recueillement d'une cérémonie du souvenir en France, furent chassés aux cris de « Au four, les pédés ! » D'où la rage, d'où l'urgence, et le peu de souci qu'a eu l'auteur de polir une langue aimable.


    Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m'entends pas. Actes Sud, 2016.

  • 2834

    Le Salon du Livre de Paris m'avait laissé, à l'époque du Baiser de la Nourrice, un souvenir amer, un ennui, une fatigue. L'expérience renouvelée en 2013 (pour la sortie de Mausolées) était plus concluante, mais encore un peu terne. Cette année, je comprends que des choses ont changé. Comme le dit mon éditeur, "tu es en train de te constituer une fan-base", j'en ai eu la démonstration en éclusant la presque totalité des Nefs de Pangée apportées sur le stand des Indés de l'Imaginaire. Ailleurs, des auteurs et des éditeurs m'ont repéré, des rencontres se sont produites, les bonnes nouvelles s'enchaînent. Tout prend un temps extraordinaire, rien n'est achevé (surtout à peine amorcé), les horizons promis paraissent inaccessibles et pourtant, ils seront un jour ou l'autre à portée de main.

    En attendant que se réalisent ces promesses et que leur concrétisation soit imminente, je me permets de rappeler ce proche rendez-vous, à Lyon, en compagnie d'Aurélien Delsaux, dont j'avais adoré "Mme Diogène" (article ici). C'est ce jeudi 24 mars, à 18h30, à la Bibliothèque Part-Dieu. Modération : Danielle Maurel.

  • 2833

    Ce soir, à 19h30, j'ai le bonheur de poursuivre les rencontres organisées par Lettres-Frontière, aux côtés de l'équipe de la médiathèque d'Arenthon.
    Le lendemain, je file à Paris pour le Salon du Livre où vous pourrez passer me dire bonjour dimanche, entre 11 heures et 15 heures. Pensez à moi, parce qu'alors, j'aurai livré ma copie à mon éditeur. La Grande Sauvage débutera ainsi son périple éditorial avec deux mois d'avance sur l'échéance que je m'étais fixée, et quatre mois d'avance sur celle qui figure sur le contrat. On m'a laissé entendre que c'était rare, dans le milieu.
    Grâce aux lectures des amis, grâce à ma douce pour ces ultimes journées, le manuscrit que je donne à lire a été sévèrement amendé, retravaillé, peaufiné jusqu'à la dernière minute. Il y aura sûrement encore des aménagements (j'ai encouragé mon éditeur à être impitoyable), mais je suis confiant. C'est un moment étrange, ce passage de relais, quand l'auteur pose devant son éditeur (et ami) une pile de papier, trace résiduelle de l'entreprise entamée - disent mes premières notes - en juillet 2014.
    Il sera justement question de ce chantier d'écriture et plus généralement de la manière dont un écrivain « fabrique » son roman, le 24 mars à la bibliothèque de La Part-Dieu, à Lyon, en compagnie d'Aurélien Delsaux. Je reparlerai bientôt de ce « dialogue sur les coulisses de l'écriture » que j'attends avec impatience (et pas mal de stress.)