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Nouvelles/textes courts

  • 3741

    J'apprends dans l'excellent documentaire en deux parties « Musulmans de France » qu'un moment marquant dans l'histoire des musulmans vivant dans notre pays, est celui où, pour toute réponse à la Marche pour l'égalité et contre le racisme dans les années 80, s'est créé le mouvement « Touche pas à mon pote ». Un camouflet, selon les témoins du documentaire. Pourquoi ? Parce que les marcheurs voulaient une réponse d’État, pas un câlin de militants de gauche ou de sympathisants à leur cause, parce que les relais de « Touche pas à mon pote » étaient considérés par les jeunes musulmans comme un club de privilégiés, condescendant envers les petits beurs de banlieue et se voyant comme des protecteurs. De plus, le détournement (supposé) de la main de fatma en pin's « Touche pas à mon pote », a été très mal vécu. Je l'avoue : j'ai porté le pin's en question. J'avais 23 ans. L'arborer m'a d'ailleurs permis, par les réactions suscitées, de savoir à qui j'avais à faire dans mon entourage, notamment professionnel. Mais je n'aurais jamais imaginé que ceux que je voulais « défendre », voyaient mon engagement et celui de mes pairs, comme une insulte. Décidément, l'enfer est bel et bien pavé de bonnes intentions. Comment ne pas récidiver ?

  • 3740

    couvHB.pngEst-ce qu'une forme littéraire, longuement élaborée au fil des ans, très aboutie, ne fait pas prendre à son auteur le risque de se trouver démuni face à certains enjeux ? Je m'explique : j'ai souvent dit ici mon admiration pour le travail d'Hervé Bougel, en tant qu'éditeur bien sûr (les éditions Pré#Carré, c'est lui), mais aussi en tant que poète (« Travails » ; « Les pommarins ») et auteur de textes en prose (« Tombeau pour Luis Ocana », par exemple). L'obsession de l'auteur, si l'on veut, est l'économie, et cette économie de moyens et de mots (« quand on veut dire quelque chose d'essentiel dans la vie, ça tient en peu de mots : Ta gueule, Je t'aime, etc. » dit souvent Hervé Bougel) conduit à une sorte de netteté, presque de sécheresse (non pas de stérilité, entendons-nous bien). L'ambition de son dernier ouvrage « Une inquiétude », parue aux éditions Mazette, l'oblige à définir les contours de ce sentiment aussi incertain et diffus par les moyens d'une écriture qui a eu pour exigence principale de se débarrasser des scories et des séductions, de tout lyrisme, pour mieux dire les choses avec simplicité et... netteté. La lecture de « Une inquiétude » me fait me poser la question qui ouvre ce billet, aussi naïve soit-elle (car pourquoi une écriture serrée et aiguisée serait-elle contraire, a priori, à l'exploration de sentiments confus ?). C’est pourtant cet écart (ce hiatus ?) que j'ai ressenti. C'est un beau texte, mais dont la rigueur m'a tenu à distance de ses enjeux.
    Bougel place d'emblée dans la bouche de sa comédienne (car c’est un texte qui devra être porté sur scène, et c'est un élément important sur lequel je reviendrai), un constat : l'inquiétude est une angoisse commune, « simple, ordinaire, banale » ; « pas un drame, pas un malheur ». Comment la définir, « cette chose silencieuse et cachée » dont on ne connaît ni la force, ni la forme ? Comment « nommer cette chose par ce qu'elle n'est pas » ? Il ne s'agit donc pas de saisir « une » inquiétude particulière, mais son principe-même. Alors, on multiplie les synonymes, les équivalences : « malaise », « renoncement », « trouble », « mouvement », « angoisse », pour tenter de cerner le phénomène. On échoue. Le monologue explore dans une deuxième partie la solution provisoire qui s'impose : l'attente. Puisque définir est impossible, puisque saisir est difficile, reste à patienter « sans espoir, sans sommeil ». Une attente qui frôle l'apparence de la mort. « Je suis un caillou » dit-elle. Le troisième monologue approfondit cette idée d'une attente aux parages de la mort, où le corps accepte de devenir tertre et tombe « mains croisées sur mon ventre », livré à la dévoration des petits insectes. Elle s'interroge, avec l'auteur : « peut-être un mot m'a-t-il manqué ? » Question cruciale.
    Le dernier monologue fait surgir les sensations physiques, « j'entends tout battre en moi », le corps retrouve le froid, et la langue de Bougel, l'efficience de sa clarté. Ce quatrième monologue (le texte est sous-titré « Quatuor ») se clôt sur l'évidence de la présence, l'indiscutable existence physique qui permet ou impose de se penser « c'est moi, / c’est là que je suis / là que je vis (…) là où j'ai la patience d'être moi. » Ce n'est peut-être pas un mot qui lui manquait, mais la reconnaissance de sa simple présence au monde.
    Alors, ce qu'est l'inquiétude, selon Bougel ? Le laps compris entre l'angoisse de la perdition, et les retrouvailles avec sa densité de chair. C'est en tout cas ainsi que je l'ai compris(e).
    Une dimension essentielle doit être rappelée, et mérite un prolongement de cette brève évocation : le texte est écrit pour être porté par une comédienne, et accompagné au violoncelle. On peut donc estimer que l'expérience de la seule lecture papier ne lui rend pas justice. Car c'est ici que la « netteté », l'apparente froideur de certains passages, deviennent un atout : il y a dans ces lignes toute la place voulue pour qu'une comédienne les incarne. Ces mots, ces vers dépouillés, si sobres qu'ils semblent simplistes : « mon cœur serré / est en peine / en tristesse » prendront alors une puissance qu'une lecture silencieuse ne permet pas de percevoir. Je veux dire que Hervé Bougel a produit un véritable texte de théâtre et, qu'à ce titre, aborder « Une inquiétude » sous sa forme publiée, si c'est nécessaire, ne constitue qu'une approche de l’œuvre telle qu'elle devrait être vécue. C’est peut-être là que se situe, à la réflexion, l'écart que j'évoquais plus haut. Non pas un écartèlement entre forme littéraire et motif, mais une déperdition de sens et d'intention entre la dureté de vers égrenés sur papier, et leur profération sur scène.
    On a donc hâte d'en juger lors d'une mise en scène, soutenue par une bonne comédienne.

    « Une inquiétude (le quatuor) » Hervé Bougel. Editions Mazette. 50 pages. 10 euros.

     

  • 3738

    Lassé de faire un bide avec ses humoristes déprimants, le patron du club modifia l'annonce en rayant la mention « pas sérieux s'abstenir ».

  • 3737

    Beaucoup d'écrivains, à cette mondanité. Comme souvent, je ne connais personne et on m'ignore assez logiquement. Je m’accommode de cette situation, en général. Pourtant, ce jour-là, ma solitude me déplaît. J'erre, coupe de champagne à la main, jusqu'à trouver un autre médiocre, un primo-romancier déjà âgé, que j'ai écouté parler de son roman tout à l'heure, pendant un débat. Je l'aborde par surprise au moment où, désespéré qu'on lui adresse la parole, il s'est décidé à mâcher un petit four. Il est visiblement soulagé qu'un type s'intéresse à lui. Je l'interroge sur son livre que je ne lirai pas. Il m'explique tout le bien qu'il en pense. Ça nous désennuie quelques minutes. Finalement, on se met à boire et à manger pour éviter de se parler et de se regarder. Je comprends d'un coup l'intérêt des buffets. Visez les gens qui se bâfrent et picolent : Sûr que ce sont les perdants, les relégués… Tiens, bonjour monsieur Matzneff, un petit creux ?

  • 3736

    Préférer croire en un dieu improbable plutôt qu'en un changement climatique prouvé. J'en connais !

  • 3735

    Quoi ? Déjà Noël ? Et Marie de pousser de toutes ses forces pour accoucher dans les temps.

  • 3733

    La commerçante empaquette mon achat et demande, comme il se doit : « Vous désirez autre chose ? » Ô, mais tout ce que je désire, ma pauvre, tout ce qu'il faudrait pour que ce monde me satisfasse un tant soit peu, vous n'imaginez pas. Oui, je désire : a minima la paix dans le monde et une baisse démographique générale… ma liste est encore longue, mais sur une respiration elle m'interrompt : « Voilà », dit-elle. Et elle vient de poser sur la banque les produits demandés. « Je vous fais un paquet cadeau ? » Je suis un peu abasourdi : « Non, non, c’est pour consommer tout de suite. » Je paye, ce n'est même pas cher, il y a promo, et je repars tout déboussolé avec ma paix dans le monde et ma baisse démographique générale sous le bras. Ça alors !

  • 3732

    Chaque année, il devait affronter les mêmes propos amers sur cette fête dévoyée, sa magie factice, son côté ostentatoire. Il devait alors convaincre son épouse que la soirée où ils faisaient l'amour, une fois par an, méritait d'être célébrée avec un minimum de faste.

  • 3731

    "Nos rêves ne sont pas de valeurs égales. Il en est de plus marquants que d'autres, révélés aux portes du jour, qui bouleversent l'âme au point de sembler dignes d'être relatés. Celui que fit l'enfant était très singulier. Agréable, solaire, il le déposa aux marges du réveil en lui laissant une impression durable d'intense bonheur. Les anciens parlèrent plus tard d'extase, et ses parents, à qui il se confia d'abord, en furent assez éblouis pour y voir un signe. Ce qui augmenta leur intérêt, c'était le visage éclairé de leur petit, son sourire habité par une joie inexprimable. Ils furent convaincus qu'une chose extraordinaire s'était passée dans la nuit. "

    Voilà, ça commencerait comme ça. Ça n'a ni titre, ni forme établie, je sais seulement que, depuis quelques jours, la merveilleuse sensation d'être obsédé par le besoin de raconter cette histoire, me sort du lit (sauf coup de froid impromptu) et me maintient éveillé tard le soir. J'ai tellement attendu de revivre cet état que je désespérais de le recouvrer jamais. C'est parti !

  • 3730

    Comme d'habitude, papa regardait sa montre et à chaque fois, il accélérait un peu plus. On le sentait bien dans les virages parce que je m'écrasais soit contre mamie qui tenait son chapeau d'une main et la portière de l'autre, soit contre Lili, ma grande sœur, qui me donnait des coups de coude quand ça se produisait. J'en avais un peu marre. On était parti de bonne heure de la maison parce que papa voulait arriver "avant les autres blaireaux". J'avais à peine eu le temps de déjeuner et Lili n'avait pas pu prendre sa douche, tellement on était en retard. A cause de maman qui n'avait pas su régler le radio-réveil comme il faut. Papa avait crié contre tout le monde et puis il s'était calmé après un petit blanc. Lili faisait la tête dans la voiture, maman aussi, un peu, au début. Et puis elle s'était mise à chanter "Mon beau nuage", la chanson du dernier Disnet. Mamie ne disait rien, occupée qu'elle était à remettre son dentier en place après chaque virage. Moi, je faisais exprès de faire rouler ma petite moto sur les fauteuils en imitant très fort le bruit du moteur.
    Papa disait : "Arrête, Paul". J'ai arrêté quand papa a avalé sa 4ème bière et puis je me suis endormi.
    Enfin, on est arrivé pour se garer devant le parc. On a eu de la chance parce que mamie n'a vomi qu'après être sortie de la voiture. Et puis on a foncé vers l'entrée. Papa disait de se dépêcher et il avait pris Mamie sous le bras pour aller plus vite.
    Lili traînait des pieds en boudant et maman commençait à fouiller dans son sac pour sortir l'argent. Papa était en colère parce qu'il y avait déjà plein de monde aux guichets.
    Dans la file d'attente, papa était remonté jusqu'à un groupe de personnes âgées. Je tenais bien serrée la main de maman qui disait à Lili : "Tu pourrais cesser de faire la tête, maintenant". Un vieux monsieur s'est penché sur moi et il a crié très fort : "Alors gamin, c'est un beau cadeau de Noël hein ? Maman t'emmène à Disnet-planet, tu vas être content, hein ?". Comme il me crachait dessus et que maman ne regardait pas, je lui ai fait un doigt d'honneur. Le vieux monsieur a fait de gros yeux surpris et puis il s'est relevé pour discuter avec des gens derrière lui qu'il connaissait sûrement.
    Au bout d'un moment très long, on est entré, j'avais faim et il y avait plein de magasins avec des tas de bouffe joliment présentée, accrochée partout. J'ai dit à maman : "j'ai faim" mais papa a dit : "C'est pas l'heure, et puis on n' a pas le temps". Il a sorti une bière de son blouson et il a ajouté : on va vite foncer à Spice Mountain, c'est là qu'il y a le plus de monde, après on enchaîne avec Star shot...". J'allais dire encore "j'ai faim" pour voir, mais un gros bonhomme couvert de poils roses avec des gros yeux en plastique est arrivé tout d'un coup vers nous. Ses grands bras tout raides sont tombés sur les épaules de mamie et sur ma tête, mamie a hurlé de frousse, maman a crié : "c'est Nono le beluga ! oh vite Charles, fais une photo avec mamie et le petit". Papa lui a collé sa bière entre les pattes en disant : "Écoute Guignol, c'est sympa mais on a un programme chargé."
    Nono le beluga balançait sa grosse tête un peu tristement, il avait l'air de trouver vraiment dommage que papa refuse de le prendre en photo. Moi, en douce, je donnais des petits coups de pied dans les pattes de Nono pour savoir où finissait le costume et où commençait le bonhomme et un moment tout le monde a bien vu que j'avais trouvé le début du bonhomme parce qu'il nous a quittés en sautant sur une jambe et en disant des choses que Nono le beluga n'aurait jamais dites, en vrai. Papa ne s'est pas attardé et il a entraîné tout le monde vers Spice Mountain pendant que Mamie, le chapeau de travers répétait : "il m'a fait peur, mais qu'est ce qu'il m'a fait peur cet imbécile".
    Et alors bon, on s'est retrouvé dans la file d'attente. Papa regardait sa montre en sirotant une bière. Lili se plaignait du froid, et en effet on entendait le petit bruit du dentier de mamie. Ça m'a rappelé que j'avais faim et je l'ai dit une dizaine de fois sans respirer. Papa m'a regardé avec les yeux qu'il a quand ça va tomber, alors j'ai sorti ma petite moto et je l'ai fait glisser sur la rambarde où les gens mettent leurs mains. Et ma moto a eu plein d'accidents avec les mains. Enfin on est rentré dans le véhicule spatial.
    En passant devant le monsieur qui était à l'entrée, papa a dit "c'est pas trop tôt, quelle organisation". Mamie a suivi : "j'espère que ça fait pas peur votre machin". Après, le monsieur souriait toujours mais d'une drôle de façon. Donc, on a fait Spice Mountain et voilà : il a fallu ressortir tout de suite parce que mamie a vomi sur tout le monde sauf sur moi parce que j'avais prévu le coup et j'avais filé loin devant. On a bien rigolé. Enfin, pas longtemps parce qu'on s'est rendu compte que mamie avait aussi perdu son dentier. Papa a fait un de ces scandales ! Il voulait monter dans l'attraction à rebrousse-chemin pour le retrouver. Il a tellement pourri tout le monde qu'ils ont tout arrêté pour rechercher le dentier. Et puis mamie s'est souvenu qu'elle l'avait glissé dans le sac à main de Lili, avec son vomi. Et bon, ça s'est arrangé, quoi.
    Après ça, papa a décidé de laisser mamie dans un restaurant "pour qu'elle se repose" et puis on a continué la visite entre nous. Maman était un peu contrariée mais elle a fini par retrouver le sourire dans le train de la mine et Lili aussi a cessé de bouder parce qu'un petit gars nous suivait en lui souriant.
    Plus tard Papa a dormi pendant le film avec Michael Jazon, alors à la fin, il a dit ce qu'il pensait du film à ceux qui entraient pour la prochaine séance et il criait bien fort et tout le monde l'entendait bien bien. Un monsieur en costume de Zoubi la girafe est venu nous demander « si par hasard il pouvait faire quelque chose pour nous satisfaire et de cesser de crier comme ça... Suivez-moi je vous prie » et tout ça en tirant papa par la manche pour l'éloigner du cinéma.
    Il faut pas tirer papa par la manche comme ça, surtout après un certain nombre de bières. Et papa lui a mis une patate, Lili s'est enfuie en pleurant, maman m'a éloigné en me prenant par la main mais j'ai eu le temps de voir Alfred le pingouin, courir pour aider la girafe et se jeter sur papa. Il faut dire que papa s'est bien défendu, Zoubi la girafe s'est retirée du combat dès qu'ellel a perdu le cou et la tête, en restant par terre avec un sourire marrant, parce qu'il y avait beaucoup de place entre les dents. Alfred avait perdu sa grosse tête de pingouin et à la place il y avait une tête toute rouge d'un monsieur avec les cheveux tout ébouriffés. Et puis Babou le ragondin et Tchac le paresseux sont venus se battre et ils disaient tous des choses pas polies. J'aurais bien voulu aider papa mais maman me tenait fort par la main et elle criait : "Charles laisse-les tranquilles ; Charles tu me fais honte", etc.
    Tous les gens de la file d'attente regardaient et ils n'avançaient même plus pour entrer voir le film, une dame avait obligé ses enfants à se retourner mais elle regardait la bagarre en criant : Al-fred Al-fred !" Les gens prenaient plein de vidéos. Enfin bon, papa a abandonné le terrain au bout d'un moment. Le pingouin, derrière son nez tordu, hochait la tête et le ragondin se penchait déjà sur le monsieur qui ne voulait plus rien faire, par terre.
    Papa a dit : "on se barre, c'est tous des blaireaux". Il a fallu retrouver Lili et ça a été très long parce qu'elle avait grimpé sur une tour du château et elle voulait en finir avec "cette famille de tarés". Mais bon, des pompiers très gentils ont fini par la faire redescendre malgré les coups de pieds qu'elle donnait et qu'elle en a mordu un à l'oreille. En tous cas, ça a fait un sacré joli spectacle avec tout ce monde autour du château, les camions de pompiers, tout ça... ensuite on est allé chercher mamie au restaurant. Ils l'avaient mise dans un coin parce qu'elle sentait drôle. Enfin, on est rentré à la maison.
    Papa était très content parce que la direction avait tenu à nous offrir des entrées gratuites pour le parc Astérix et celui des Schtroumpfs et pour le Puy du Fou aussi.
    Maman a raison : quand on est gentils avec les gens, on est toujours payé de retour.

  • 3729

    Sous la sévère correction, rougit la copie.

  • 3728

    Les premiers oiseaux migrateurs se repéraient aux nuages. Toutes ces espèces ont disparu.

  • 3727

    Du pain, de l'œuf, un peu de fromage… Clavier et barbe de l'ermite sont assortis.

  • 3726

    Je retrouve un beau stylo-plume, cadeau qu'on me fit à l'époque où je couvrais des pages d'annotations quotidiennes. Je le nettoie longuement, il est grippé, encroûté de vieille encre noire. J'insère une cartouche neuve. Une cartouche d'encre bleue. Coups de griffes, traits pointillés, sinuosités hésitantes, marques vides… Enfin, le stylo veut bien rendre avec régularité ce que j'ai à exprimer. C'est de l'inquiétude, d'abord, pour mes enfants, pour ma douce, pour les miens. Les mots s'alignent, noircis par la cartouche précédente, enténébrés par les souvenirs du temps du journal manuscrit. Le bleu n'ose pas, ne se manifeste pas tout de suite car le noir est fort, il l'emporte sur des pages et des pages. Et puis, tandis que progresse l'effet apaisant de l'écriture sur les tourments de la vie, l'encre s'éclaircit, le noir s'adoucit, s'atténue, laisse la place. L'opération clarifie, et l'humeur, et les signes. Voici à présent l'encre bleue sans scorie, débarrassée de ses noirceurs. Et moi, de même, gagné par la souplesse de l'azur révélé.

  • 3725

    « Tiens, la première neige », soupire le cocaïnomane en reniflant.

  • 3724

    La rivière a coulé. Coulé corps et biens dans les abysses. Ne reste qu'un lit sec. Quelle tempête l'a donc emportée ?

  • 3723

    Ses disciples avaient remarqué que Mahomet revenait parfois, très irrité, à sa tente. Aucun n’osa confier que les énervements suivaient les moments où le prophète s’isolait pour satisfaire un besoin naturel, et que cette foutue colombe venait lui chuchoter des trucs à l’oreille. Les sourates qu’il dictait ensuite étaient d’une férocité effrayante.

  • 3721

    Le crocodile, gueule fermée, dents serrées, sa fermeture à glissière toute prête pour le sac à main qu'il deviendra.

  • 3720

    Un mois pour réagir à un décès et rédiger le brouillon d'une lettre de condoléances acceptable. Sa sincérité n'est pas atténuée pourtant. J'hésite encore un temps. L'inquiétude de se croire indécent, impoli. Un long temps : un mois supplémentaire. S'ajoute alors la possible indélicatesse du retard. Et puis le partage du chagrin emporte la décision et t'oblige. Quelques minutes tendues pour coucher noir sur blanc tes mots, être sûr qu'ils conviennent. C’est fait. La lettre existe, pèse sur son papier. Nouvelle étape, pas moindre : oser la poster.

  • 3719

    Il y a comme ça, une dizaine de personnes qui s'escriment depuis plus d'un an sur un de mes textes. Un inédit, inspiré d'un crime sordide du XIXe, en Sologne. Le metteur en scène, François Frapier, me tient régulièrement au courant de l'avancée du travail, des lectures, reprises et choix. On s'achemine vers une création théâtrale complète, l'an prochain. Pour l'instant, je ne sais de l'interprétation de mon texte, que ce que François a bien voulu m'en dévoiler. L'autre soir, au téléphone, tandis qu'il préparait sa troupe à prononcer haut et fort la pièce sous la forme d'une lecture, j'ai entendu des voix d'hommes et de femmes, s'exclamer dans la bonne humeur, pour que j'écoute, au-delà de mon interlocuteur privilégié, leur appétit, leur énergie, leur entrain à s'approprier les mots que je leur ai confiés (leur reconnaissance ?). J'apprends maintenant que la première lecture s'est très bien passé. Ma reconnaissance éternelle aux amateurs qui veulent bien plonger sur une si longue période au cœur d'une seule œuvre ; ma reconnaissance aux professionnels qui endossent un tel chantier… Je pense ici aux metteurs en scène et, simultanément, aux éditeurs. Mon éditeur qui me dit, quand je le remercie, pour atténuer son mérite : « Tu sais, Christian, je suis grassement payé pour ça. » Je suis éperdu d'amitié pour les engagements des uns et des autres.