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Nouvelles/textes courts

  • 3654

    On n'est pas surpris que l'assassiné, sur scène, se relève pour saluer son public. C’est ce qu'a fait l'acteur Jésus, en fait. Mais lui, pardon, quel succès !

  • 3653

    Dans « Les Nefs de Pangée », l'Odalim est le symbole de toutes ces créatures immenses et belles que nous avons mis tant d'énergie à supprimer. Avec l'éradication des Maîtres des Eaux, disparaissent les mythes qui leur sont liés. Et les protagonistes du roman constatent avec un brin d'angoisse que, le forfait accompli, ils ne s'en trouvent pas si mal.
    Vous allez voir qu'on va très bien se passer de la nature.

  • 3652

    C'est la condition humaine, semble-t-il : commettre l'irréparable, et puis réparer. On comprend que ça n'aura qu'un temps...

  • 3651

    Avant l'invention du o, le lin régnait sur la savane. Après, le lion se mit à rougir.

  • 3650

    C'est une décharge du futur. Les miséreux y puisent les trésors qu'ils pourront revendre. Or, cuivre, aluminium, fer… Sur le flanc du monticule, bousculé par les mains empressées, un sourire peint sur un fragment de planche est repoussé vivement. Il encombre.

  • 3649

    J'écoute à travers les cloisons une conversation entre ma douce et une amie. Et puis, l'amie se met à chanter. Juste au moment où je tente de retrouver la mélodie d'une autre chanson. La voix de l'amie parasite la mienne, intérieure, et je m'enfonce plus loin dans la maison pour ne plus l'entendre. Je suis dans une pièce minuscule, encore en chantier. La voix importune, quoique affaiblie, me poursuit. Je décide de sortir. Un paysage hybride mêlant éléments de ville et de campagne s'ouvre devant moi. C'est le crépuscule. Il y a des nappes ambrées derrière les collines. Depuis ma gauche, des chapelets de boules ignées sont éjectés par des canons invisibles et silencieux, tracent une courbe dans le ciel chargé de nuées sombres, et percutent des fermes, des pylônes électriques. A chaque impact du bombardement, se déploie un incendie. Les foyers se multiplient, se rejoignent, finissent par occuper tout la plaine, et les flammes gagnent la ville. Je dois rejoindre la maison, et ma douce que j'ai abandonnée pour cette histoire de chanson. J'aborde l'asphalte. Un phénomène étrange se produit : la surface de goudron est recouverte d'une pellicule d'eau qui frémit et ondoie comme sous l'effet d'une averse, mais il n'y a aucune pluie. Seulement la ville qui à son tour s'embrase. La ville est déserte mais une clameur terrifiée monte des rues. Je me réveille.

  • 3648

    Nous élaborons les plus belles constructions de pensée pour trouver un sens à ce fatras que sont les drames, et le fatras résiste à toute logique. Le malheur surgit et l'on croit d'abord voir, sous l'effet de la révolte qu'il inspire, une compréhension se dessiner. Et puis, c'est l'abattement devant ce qui, définitivement, n'a pas même la clarté d'une farce. 

  • 3646

    C'était encore une de ces fins du monde lassantes, avec météorite, volcans, tsunamis… Les terriens blasés la dédaignèrent et la fin du monde toute penaude passa sans oser déranger, presque s'excusant de son manque d'originalité.
    Bon. Voilà. Penser à acheter du pain et des croquettes pour les chats, se dirent les très nombreux survivants.

  • 3645

    Il y a une place pour nous, ma douce. Dans nos regards portés l'un sur l'autre. Je m'en suis assuré, hier soir, quand tu m'as cherché parmi la foule venue te soutenir, quand tu m'as trouvé, enfin, et que tout ton corps s'est redressé, que ta main s'est affirmée sur le micro et que ta voix a pris de l'assurance. Je suis fier de toi, et le peu de force que je sais te donner, me console de toutes mes faiblesses.

  • 3644

    Faute à moitié pardonnée trouve chez le fautif la moitié de pardon qui lui manque.

  • 3643

    Faute qu'à moitié pardonnée ? ça valait pas le coup de l'avouer.

  • 3642

    Faute à moitié avouée est pardonnée au quart.

  • 3641

    Jeune, tu peux supposer que tes premières fois augurent d'un certain nombre d'itérations. Plus tard, les premières fois te sont d'autant plus précieuses qu'elles ont de plus en plus de chances d'être les dernières. La réincarnation a donc été imaginée pour solutionner ce problème, en créant l'espoir idiot de redoubler les expériences, uniques sans cela. Il reste ce problème de l'amnésie post-mortem, que tentent de résoudre les hypnotiseurs en faisant remonter dans nos vies antérieures. Ah, ces humains… des solutions pour tout !

  • 3640

    On fait l'éclipse dans nos maisons. La chaleur infuse les maçonneries et s'annonce dans la nuit conservée le jour. Point de clim', point d'hiver contre-nature, de fraîcheur à rebours. On se tient à l'ombre, au sombre, au silence. C'est morne et reposant. Dehors, le jardin, à peine remis de son printemps, fléchit, dépointe, s'affale. La panique se chuchote : Et si ça ne finissait jamais ?

  • 3639

    Nous attendions en discutant, l'entrée sur le plateau d'une télévision locale. Cela formait un groupe de personnes bien mises, des responsables de structures départementales ou régionales, une minuscule élite de province. Des instruits qui parlent avec aisance. L'un d'eux, amoureux de l'histoire, écrivain à ses heures, révèle qu'il travaille sur les ancêtres de sa famille. L'un de ses auditeurs, dans notre groupe, réagit : la généalogie l'intéresse, mais il a préféré commanditer ce travail à un expert. « Et bien figurez-vous que je suis le descendant d'un pharaon égyptien ! » Je ne peux retenir un rire de sarcasme. Il m'interroge. Je lui explique alors qu'aucune archive de filiation ne remonte si loin. « Déjà, s'il vous avait vendu des ancêtres au XIIe siècle de notre ère, ce serait largement suspect, mais faire un bond de 2 à 3000 ans supplémentaires ? » Après quelques minutes de démonstration, notre héritier du Nouvel Empire comprend que son généalogiste est un escroc. Je ne pensais pas l'attrister aussi profondément. Comment, au XXIe siècle, un responsable d'organisme important, sans doute cultivé, peut avaler une telle couleuvre ? Et pourquoi je pars au quart de tour pour dénoncer une telle bêtise ? Constater la domination de nos petites vanités sur la raison me révolte, au fond. Parce que cet abandon de la réflexion me menace, comme tout le monde, je suppose.

  • 3638

    Bon, elle venait de baiser avec un crétin. Elle réalisa qu'elle n'avait jamais couché avec un génie. Estima que c'était une question de probabilité. Multiplia les aventures avec des crétins dans l'espoir que, sur le nombre formidable qu'elle s'était fixé, il y aurait une intelligence exceptionnelle. Elle crut toucher au but avec mon pote Nono. J'ignorais son génie. Veux décevoir personne. En tout cas, lui, il est content.

  • 3637

    Pour mieux voir, il faut savoir parfois tourner la tête. Pour mieux comprendre, il faut savoir parfois oublier. Mais pour mieux aimer, la haine n'est d'aucun secours. Les paradoxes ont des limites.

     

    Si vous estimez que ce billet n'était pas nécessaire, je ne suis pas loin d'être d'accord avec vous. Si vous êtes indulgent avec moi, je vous suis reconnaissant. Maintenant, vous pouvez appliquer une des sentences ci-dessus : "pour mieux comprendre, il faut parfois savoir oublier". Alors, oubliez, et réfléchissez à ce que tout ça peut bien vouloir dire. Et vous pouvez maintenant goûter la pertinence cachée du propos, que vous aviez si promptement écartée. Kronix, le blog qui oblige à penser quand on n'en voit pas l'utilité. Merci Kronix !

  • 3636

    Le cerisier rit ? Choisis l'autre magie : il y a des enfants dans les feuillages.

  • 3635

    Allez, mon cher Pourbus, reviens, approche, viens me confier ta voix. Tu vas respirer, aimer et douter à nouveau, nous allons retrouver la scène. Nous allons dialoguer ensemble. Il y aura des âmes nouvelles penchées vers toi, tu diras plus nettement qui tu es, tu seras moins haut mais plus touchant. Tu seras plus près de ce que nous sommes, différents de qui nous étions il y a huit ans, quand l'écriture nous a mis au feu tous les deux, la première fois.
    « Peindre » sera une autre pièce, une autre expérience. Et elle sera meilleure, d'une certaine façon.
    La Compagnie NU se remet à l'ouvrage. Quelque chose en nous se ravive.

  • 3634

    Une des grandes satisfactions de l'existence, est d'assister à la lente transformation des autres. Tel qui disait « Les homos, c'est le genre de saloperies qui fait regretter que les camps n'existent plus » devenu un être tolérant, vigilant, conscient. Tel autre qui méprisait toute peau basanée, doucement amené à s'amender, à comprendre, à se racheter par ses engagements et ses propos. Et aussitôt, faire pour soi la comptabilité effarante du nombre de domaines où il faudrait s'améliorer.