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Nouvelles/textes courts

  • 3282

    Quand on marchait dans les prés, les sauterelles faisaient des vagues crépitantes devant nos pas. Le jardin se colorait de papillons, les hirondelles s'alignaient en nombre sur les fils électriques et il y avait des écrevisses dans les rivières. Comme le dit E. G. Robinson dans Soleil vert, en pleurant soudain parce qu'il vient de se repaître d'une tranche de pomme et d'un morceau de viande, mets exceptionnels qu'il n'a pas vus depuis des années : « Comment en est-on arriver là ? » Ben voilà. Nous y sommes.

  • 3281

    Après Viviane Perret et Alexis Jenni (excusez du peu), c'est à mon tour d'évoquer un document issu des sections patrimoniales de nos bibliothèques, à la demande des promoteurs du site Lectura+ et pour leurs "Flashbacks du patrimoine". Le texte s'appelle "La messe d'or", il est inspiré par un livre du XVIe siècle, intitulé "Le Balet comique de la Royne". Il est lu magnifiquement (j'ai beaucoup de chance) par Ghislaine Drahi. C'est un peu long (presque un quart d'heure, le texte le plus long pour l'instant, de la sélection), j'espère que vous prendrez le temps de l'écouter.

  • 3280

    Les experts étaient formels : l'ambulance qui avait traversé le hall des urgences en emportant la plupart des malades installés dans le couloir avec leur famille, avait été projetée là par une voiture de pompiers qui l'avait percutée en essayant d'éviter un homme en fauteuil roulant, descendu vivement et sans prévenir d'un véhicule aménagé (de ce fait, les pompiers ne purent arriver à temps pour sauver les habitants d'un immeuble en flammes). Le handicapé avait expliqué qu'il voulait certes se suicider, mais certainement pas causer une telle catastrophe. Cela dit, le nombre de ses victimes indirectes était remarquable et se retrouver en bonne place dans le livre des records de l'année lui avait offert une célébrité dans laquelle il puisait sans fin un nouveau goût de vivre.

  • 3279

    Je commençais à me dire que le foot c'était pas si mal, quand on m'annonça que je regardais un concours de nage synchronisée.

  • 3277

    Le rapport "léger" à l'amitié, tel qu'on le décrit pour Facebook, ne date pas d'aujourd'hui :

    "Cléon appelle Damis son ami : c'est un homme dont il a fait connaissance il y a vingt-quatre heures ; aussi quelqu'un disait : j'ai fait cette année 364 amis ; il était au 31 décembre."

    C'est signé Louis-Sébastien Mercier, et ça date de 1781.

  • 3276

    Ils s'étaient promis de se retrouver dans dix ans mais, tous devenus clodos, ils avaient finalement renoncé.

  • 3275

    Ils se croisent dans la rue. Elle, regard cloîtré par le niqab ; lui, vision étriquée par des œillères.

  • 3274

    Opéra de Bordeaux, Romé et Juliette, ProkofievUn ballet, classique : Roméo et Juliette de Prokofiev. C'était il y a quelques jours à l'opéra de Bordeaux. Une superbe idée de ma fille et de son compagnon. Merci les enfants. Pour moi, la danse est incarnée par Maguy Marin, Karine Saporta, Merce Cunningham, Pina Bausch, Carolyn Carlson, Angelin Preljocaj… les rénovateurs d'un art qui s'est élevé, dans les années 80 notamment, à une puissance et une pertinence qui en faisait, pour le jeune spectateur que j'étais, une forme évidente et magistrale, un art en avance sur les autres (si cette expression a un sens). Je veux dire que la danse contemporaine me semblait participer, plus que les autres formes artistiques, à la société dans laquelle j'étais. Comparativement, le ballet classique, tutus et chaussons, m'a toujours paru d'une ringardise insupportable. Même les Roland Petit ou Maurice Béjard, par ailleurs portés aux nues de la création, me semblaient rejetés dans la poussière des vestiges, au regard des créateurs cités plus haut. Il me semblait que les Ballets russes et Le Sacre du printemps avaient fait un sort définitif à tout ce fatras d'agitations codifiées, depuis belle lurette. La version classique, scrupuleusement reprise, de Roméo et Juliette, a nuancé mon jugement. Passées les premières minutes où le spectateur doit admettre qu'un jeune et fougueux hétérosexuel de Vérone peut être cet éphèbe maniéré sautillant en collant bleu dans les rues, petit à petit un certain crédit s'installe, la beauté de certaines scènes vous saisit, les amours et les drames se nouent et, fichtre, on a la gorge serrée bien des fois. Les duos des deux principaux protagonistes sont stupéfiants de beauté. Les codes traditionnels se mettent à fonctionner, tout est de plus en plus lisible et de moins en moins risible. Remarquons tout de même que la musique de Prokofiev a nettement moins vieilli que la chorégraphie et que c'est peut-être elle, finalement, qui emporte et refouille l'âme éternellement. Mais bien malin celui qui saurait distinguer ce qui, dans la perfection des performances intriquées de l'orchestre et du ballet, fait advenir l'émotion.

    (Photo Maximilien S.)

  • 3273

    Œil pour œil, deux borgnes.


    Qui vole un œuf récolte la tempête


    Les grandes douleurs ne font pas le moine


    Qui ne risque rien rira le dernier


    Un homme averti ne fait pas le printemps

  • 3272

    Il ne vous aura pas échappé que, contrairement à la hutte primitive ou à la grotte, la maison d'habitation toute en lignes droites, est absolument contraire aux formes de l'homme. Ne cherchez pas plus loin la source de notre mal de vivre.

  • 3271

    Nous partons aujourd'hui, ma douce et moi. Retour mardi. Nos premières vacances depuis quatre ans. Je ne nous plains pas, cependant : guère besoin de vacances quand chaque jour est accompli.

  • 3270

    Recueillir la parole de l'autre, la parole qui l'écorche et le délivre, y être fidèle malgré la conversion nécessaire qui amènera à la littérature. C'est ça. Et il n'existe aucune formule. Je navigue aujourd'hui bien loin de mes rassurants rivages fictionnels.

  • 3269

    Il y a quelques années, une amie perdait son mari. Je le connaissais peu. Pourtant, elle voulut que j'écrive une sorte d'oraison funèbre et que je la lise à l'église. Pour elle, m'expliqua l'ami missionné pour me demander cette faveur, il s'agissait de s'assurer de la qualité de ce qui serait dit et fait pendant la cérémonie. Ce qu'il faut déduire de cette conviction est assez gênant, j'étais très mal à l'aise mais, par respect, et puis parce que ce que je connaissais du défunt me l'avait fait paraître comme une belle personne, j'acceptai. Je lus donc mon texte qui effleurait à peine le portrait du disparu (et pour cause), après les témoignages d'amis plus légitimes pour s'exprimer. Logiquement, je m'étais tenu à des considérations sur le désarroi de ceux qui restent, dédiées à la veuve, que je connaissais mieux. « Tout ce qui peut être dit, tout ce qui peut t'avoir été témoigné de sympathie et de chaleureux soutien, n'empêchera pas les heures muettes à venir, celles où tu te trouveras seule face au vertige du manque et de l'absence. (…) La disparition d'une personne aimée nous confronte à l'incompréhension de ce qui ne sera jamais plus et, pour toi A., pour vous, enfants, parents et amis de B., ainsi que pour tous ceux qui ont connu la sidération du deuil, chaque phrase de chaque journée commence par 'désormais'. » Voyez, des notions de ce calibre. Après l'enterrement, nous nous trouvons quelques uns dans le café du village. Face à moi, un ami du défunt. Furieux. Il me tance. Comment avais-je osé parler au nom des endeuillés légitimes, des vrais amis, de la famille ? Lui, avait veillé son ami, avait suivi son agonie, qui étais-je pour évoquer son chagrin ? Il avait raison, bien entendu. Je tentais de lui dire que je n'aurais jamais osé, de moi-même, prendre la parole pour évoquer le souvenir de B., que c'était une disposition de son épouse, persuadée de bien faire, je n'avais fait que m'exécuter, comment refuser une telle demande ? Mais je sentais que ma parole était embrouillée et peu convaincante car une voix honteuse, au fond de moi, avouait que j'avais été flatté par la requête de la veuve. Et lui, l'ami sincère, l'éploré, l'inconsolable, avait perçu la prétention sous le propos de circonstance.

  • 3268

    Oui, c'était bien, mais il y a eu ce moment où tu as crié : "Oh, Jacques !" et je te rappelle que je me nomme Sébastien.

  • 3266

    Pour construire une pyramide, on faisait un grand trou aux parois bien nettes. Ensuite, on remplissait le trou avec un tas de pierres, et puis on retournait vivement l'ensemble. Cette technique serait issue de l'observation d'un enfant faisant des pâtés dans le sable. Enfin, c'est une théorie.

  • 3265

    Maman, j'ai choisi la paléontologie, parce que les dinosaures carnivores repéraient leur proie au mouvement et que je me garderai bien, dans mon futur métier, d'en faire le moindre.

  • 3262

    9 dermatologues sur 10 déconseillent l'épilation au chalumeau. Le dixième a été rayé de l'ordre des médecins.

  • 3261

    Sa perversion sexuelle était à ce point spécialisée qu'elle lui procurait, en plus d'une jouissance vive et brutale, la sensation de faire partie d'une élite extrêmement restreinte, voire d'être une sorte d'élu.

  • 3260

    Dieu n'a jamais été jeune, il n'a jamais eu peur de la mort. Alors, ses conseils, ses commandements… De quoi je me mêle ?

  • 3259

    Le principe de la valise a tout de même plusieurs siècles, quant à celui de la roue et de sa version réduite, la roulette, il se confond avec les débuts de l'Histoire. Alors comment expliquer qu'il a fallu attendre la fin du XXe siècle pour bénéficier des valises à roulettes ?