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Nouvelles/textes courts

  • 3257

    Je suivis les plus coriaces, les plus acharnés, les plus revêches, jusqu'à la lassitude.

    Et puis, je ne me sentis plus guidé par les râleurs...

  • 3254

    C'était il y a plus de trente ans, je m'occupais avec deux autres amis d'un festival de Science-Fiction dans ma commune. Festival qui eut son heure de gloire, fut honoré de la présence de nombre d'écrivains, de réalisateurs et de dessinateurs de premier plan (ainsi que de starlettes et fugaces célébrités télévisuelles, bref). Pour l'un d'eux, nous décidons d'embaucher deux personnes. C'était l'époque des « TUCS », contrats aidés (déjà), qui permettaient à des associations comme la nôtre d'employer des personnes précaires. On me confie ce dossier (quand on est trois pour tout faire, il faut accepter le partage des tâches, même celles qui semblent les plus éloignées de vos centres d'intérêt). Annonces, contacts, partenaires, je mets rapidement sur pied le processus et des candidatures nous parviennent. Une poignée de profils de toute nature, je convoque tout le monde. Le contrat sera de trois mois, le travail demandé est une fonction de secrétariat dans un premier temps, puis d'accueil sur le festival. Avec mes camarades, nous choisissons deux jeunes femmes, pleines d'entrain, capables. Elles ont d'ailleurs parfaitement joué leur rôle, le moment venu. Reste à appeler les candidats malheureux. Tout se passe bien, jusqu'à cette dame. Elle a la cinquantaine, a été secrétaire dans une entreprise avant de se retrouver au chômage. Quand elle décroche, je déroule mon petit speech (formule de politesse, contexte, voix pleine de tact) qui n'a, jusque là, inspiré que des réactions désinvoltes, pour conclure par quelque chose comme : «  Madame, je suis désolé, mais nous n'avons pas retenu votre candidature... »  La respiration enfle, la voix se tort, à l'autre bout du fil : « Oh, mais comment ça se fait ? Pourquoi vous me prenez pas ? » Je suis tétanisé, les mots, maladroitement reproduits ici, ne sont rien, c’est l'immense détresse de la voix qui me colle un uppercut. Elle ne comprend pas, veut savoir. Elle est compétente, très compétente, elle a travaillé autrefois sur des manifestations, elle est une secrétaire organisée, une bosseuse… Voilà, je me découvre investi du rôle de salaud. Car c’est bien ça : on a rejeté cette femme parce que, à cinquante ans, elle était trop vieille pour notre si essentielle manifestation, on lui a préféré des gamines souriantes et joyeuses, jolies, qui feraient mieux dans le tableau de notre petit festival de province, tout auréolé de la présence de ses stars. Et, derrière la détresse, je comprends le chômage, les années de galère, l'image dévalorisée au sein de la famille, je devine son espoir, enfin, qu'on lui fasse de nouveau confiance, qu'elle reprenne pied dans la vie. Je me confonds en excuses, je lui dis que, peut-être, une autre fois... je dis n'importe quoi. Tout pour échapper à la morsure qui me saisit à l'écoute de cette prière dévastée. Je réalise que nous étions son dernier espoir, en tout cas se l'est-elle représenté ainsi. Je ne sais plus comment s'est achevé notre conversation, je ne sais plus si j'avais d'autres appels après, je sais seulement que la honte me vient encore à repenser à cette injustice. Et que cette injustice, j'en étais pour partie responsable. Depuis, quand j'entends évoquer des licenciements dans une petite boîte (c'est-à-dire quand le patron est celui qui renvoie, en personne), je vous assure, je pense d'avantage à lui qu'au malheureux type viré. Je ne peux pas croire qu'on licencie quelqu'un sans en être profondément bouleversé. Comme je l'ai été. Je pense toujours à cette femme, dont je ne sais plus ni nom ni visage, mais dont la voix, précisément, vient encore me cueillir, parfois. Et le sang, le même, à la même vitesse, me monte aux joues de la même façon. 

  • 3252

    Dans le seul souci de ne pas perdre une amitié, elle avait voté contre ses convictions. Personnellement, en élargissant le principe, j'en conclus que l'amour des autres l'emporte et même, tiens, je me dis qu'on va la sauver, cette planète.

  • 3251

    Son passe-temps favori, c'était de présenter un billet de 50 euros à un clochard et de l'engueuler parce que ce dernier n'avait pas la monnaie.

  • 3249

    On s'emmerde avec la bio-atttitude... Quand je vois la vitesse à laquelle repoussent les mauvaises herbes, il me vient des envies de chimie allemande bien radicale.

  • 3248

    Monsieur Couillard en avait assez qu'on se moque de son prénom : Juliette.

  • 3247

    Il fut un nourrisson négligé, un enfant martyrisé, un écolier  rejeté, un amant moqué, un employé harcelé, un vieillard méprisé. Et alors, d'une méfiance envers les autres !

  • 3245

    Le petit oursin à la foire du trône, bien triste que les enfants lui préfèrent les ballons.

  • 3244

    La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les Tintin.

  • 3243

    Longtemps, il s'était couché de bonne heure pour lire Proust

  • 3240

    Sur la vidéo, on voit bien que notre collègue a battu l'air avec ses bras pendant les trois premiers étages. Et puis il s'est découragé, et il est tombé comme une merde sur les 30 étages suivants. Que ce soit une leçon pour tous : il ne faut jamais baisser les bras. Bon Jean-Michel, c'est à vous.

  • 3238

    Un roman basé sur des faits réels alternatifs.

  • 3237

    En fait, sur son île, Robinson n'était pas vraiment seul. Il avait un ténia.

  • 3236

    Sire, vous pouvez lâcher l'oreille de votre grognard : le reste vient de partir avec un boulet.

  • 3235

    Pour écrire sur les blessures des autres
    Pas le choix : retourner la plume contre soi.

  • 3234

    Celui-là, qui écrit comme un sourd.

  • 3233

    La commune d'Empoigne, dans l'Ain, s'est enfin résolue à organiser la grande foire annuelle qui lui fait défaut, et qu'elle a constamment repoussée pour des raisons de dénomination, craignant une méprise.

  • 3232

    Dans le café, un monsieur vient saluer chaque client : « Bonjour, je suis timide et je vous emmerde. » Chacun, comprenant qu'il s'agit là d'une thérapie, salue et sourit avec bienveillance.

  • 3231

    Avril sous les cris d'hirondelles, avait éclairé le jardin de promesses, les cerisiers coiffés de fleurs, les muguets en avance, les bosquets criblés de bourgeons, tout resplendissait. Et puis le gel franc en deux aubes, et puis la grêle d'un soir, avaient abattu ces plaisirs à venir. Il n'y aurait pas de cerises cette année, elles étaient éparpillées dans l'herbe, vertes et avortées, minuscules, sous la coupe du feuillage haché prématurément. Mai venu claironna un solo cuivré de thermidor cette année-là. On ne travaillait dehors qu'à la fraîche, on préférait à midi manger dans la pénombre des maisons mais on dînait dans le jardin bien sûr, on s'attardait avec les amis dans l'obscurité en riant, on laissait le soir mourir sur les épaules, on ne se couvrait pas. Les nuits furent clémentes. Mado et Léo, quand ils étaient seuls, s'offraient des heures également alanguies, leurs paroles, voix feutrées sous les arbres, tournées vers le couchant. Voix assourdies au point que les verdiers excités submergeaient leur échange. « On est heureux » se disaient-ils. La phrase revenait souvent, et souvent après un long silence, pas pour le rompre car ils n'en étaient nullement gênés, mais comme une réponse à leur bonheur incrédule. Ils se faisaient un devoir de se rappeler combien était précieux leur mode de vie. Ils vivaient dans le luxe de ceux qui ont renoncé à l'abondance pour savourer le temps.

     

    Extrait de Mado. Roman en cours d'écriture.

  • 3230

    Revenir au cœur des hommes
    où les secrets patientent
    Et opérer sans anesthésie