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Nouvelles/textes courts

  • 3530

    Le petit oursin à la foire du trône, bien triste qu'on lui refuse un ballon (et tout empêtré dans la barbe à papa qu'on lui a achetée en compensation).

  • 3529

    La maison est ouverte largement sur la campagne environnante, qui s'invite par de franches coulées de lumière. À l'intérieur, pourtant, il fait assez sombre. Sur la table, couverte d'une toile cirée fuchsia, je commence un rituel d'exorcisme, car une présence sinistre hante les lieux. Tandis que je pose sur la toile cirée une racine de gingembre qui ressemble fichtrement à une mandragore, je profère des incantations que j'improvise. Et je sens bien que ce galimatias, ces litanies grotesques ne vont pas fonctionner. La présence hostile ne semble guère impressionnée par mon jeu. Il me semble d'ailleurs que plus je poursuis mon absurde logorrhée, plus je renforce la présence maléfique. Effaré par cet échec prévisible (et imminent), je suis projeté hors de mon cauchemar. Incapable de retrouver le sommeil, il me faut longtemps pour me débarrasser de la sensation affreuse d'avoir entraîné dans mon monde, et précisément à côté de moi dans le lit, l'odieuse présence que je combattais dans le monde des rêves.

  • 3527

    Elle avait été agressée sexuellement par trois hommes masqués qui avaient filmé la scène. En toute logique, elle avait porté plainte contre XXX.

     

    (Kronix est donc de retour et vous prie de l'excuser pour cette si longue absence, motivée par une formidable flemme. Vous allez me dire que, si c'est pour écrire des trucs pareils, il pouvait aussi bien rester couché, ce qui fait qu'il y retourne, à sa paresse.)

  • 3526

    C'est en cherchant les œufs de Pâques que les enfants étaient tombés sur la réserve de grenades de Papy. Heureusement, comme elles n'étaient pas décorées, ils les avaient jetées dans le jardin du voisin.
     

  • 3514

    Si les frères Lumière ne s'étaient pas mariés avec les sœurs Satourne, le cinéma n'aurait jamais vu le jour.

  • 3512

    Une présentation de rentrée littéraire, à Lyon. Avec un autre écrivain (du genre excellent et qui ne la ramène pas) et l'organisateur de la journée, nous nous retrouvons à la gare et attendons une jeune auteure d'origine locale mais venant de Paris où la promotion de son premier livre a commencé. Notre ami organisateur tremble : c'est que la primo-romancière est précédée (déjà) d'une bonne réputation de caprice et d'autorité. Le Figaro l'a surnommée « la Houellebecquienne », ce qui en impose. L'auteur du genre excellent et qui ne la ramène pas et moi, nous amusons de l'angoisse de notre guide et tentons de le calmer avec force plaisanteries. Ah, la voilà. Bon, petit bout de femme énergique, comme on le supposait, elle sourit suffisamment pour que notre ami organisateur se détende. Dans la voiture, elle commente sa rencontre de la veille, dans une librairie où la responsable du rayon littérature lui a avoué d'emblée qu'elle n'avait pas aimé son livre. L'auteure grince et vitupère. Je fais alors le portrait possible d'une libraire qui, bien qu'elle n'ait pas aimé, a compris l'intérêt d'un texte et décidé de le proposer à ses lecteurs, ce qui me semble noble et professionnel. La jeune auteure veut bien croire à cette hypothèse, et se tourne vers sa vitre pour ne pas m'imposer sa moue dubitative. Cent mètres plus loin, elle émet des nuances sur la façon dont elle est traitée, chez son éditeur, Gallimard. L'auteur excellent et modeste soupire que, souvent, on est mieux traité chez des éditeurs moindres. Elle réfute l'argument : attendez, dès son premier roman, publiée dans la collection Blanche (autrement dit : d'où tu me parles, toi ?), « c'est quand même le Graal des écrivains ». L'excellent auteur et moi ne pouvons échanger un regard (je suis à l'arrière, à côté de la jeune houellebecquienne, lui est devant, côté passager, tandis que notre organisateur, revenu à son stress, tremble au volant). Tiens, dis-je, c'est vrai, le côté Graal m'avait échappé. L'auteur excellent, et d'expérience, avec une vingtaine de romans derrière lui, échappe : On s'en fout un peu, non ? La jeune auteure géniale serre les lèvres. Son éditeur ne lui aura rien épargné. S'abaisser à fréquenter des écrivains qui se fichent du Graal, ben merde...

  • 3511

    Tarzan et Panoramix, élevant le regard sur la respiration muette des arbres, saisis du même sentiment ineffable. Et un peu surpris de se retrouver côte à côte, il faut l'avouer.

  • 3510

    J'avais relié dans une note précédente, un heureux événement futur avec la joie de voir une hirondelle revenue chez nous. Quelques jours plus tard, l'hirondelle solitaire a disparu et aucune autre ne l'a relayée. Cette fois, les nids partiellement désertés l'an dernier vont rester définitivement vides. Nous ne ressentirons plus ce bonheur d'attendre nos migratrices, de les accueillir, de suivre leurs manèges au dessus du toit, d'écouter les nichées affamées. C'est fini. Voilà, mon futur petit-fils, je ne pourrais pas te les montrer, je ne pourrais pas t'apprendre cette histoire de voyageuses infatigables. Ton monde n'est pas encore né que déjà il s'endeuille. Que te dire  ? Pour toi, nous allons nous efforcer de croire qu'il est encore possible de le sauver. Il le faut bien. Sinon, c'est la sinistre perspective décrite dans 'Mausolées', qui s'ouvre. Un temps où, les hirondelles ayant disparu, le son rendu par l'arc d'Ulysse devient incompréhensible et donc, où toute l'Odyssée à sa suite est menacée d'obsolescence. J'écrivais cela dans les années 95 en imaginant un tel futur dans un siècle. Et nous y sommes déjà. Merde  !

  • 3509

    Il était question de son copain qui s'était énervé brusquement, l'avait fait sortir de sa voiture sur une remarque anodine, avait stoppé le véhicule en plein milieu de la rue, comme ça, et lui avait dit de foutre le camp, qu'il ne voulait plus le voir. Il avait tenté de calmer son copain, mais rien à faire, l'autre avait décidé que c'était fini entre eux, à jamais. Il décrivait la scène à un copain, reconstituait les dialogues, situait les lieux, tout cela était très vivant. Et c'était un peu beaucoup pour moi, assis tout près de lui dans le train, qui tentais de me concentrer sur la lecture de René Fallet. Malgré mes tentatives pour lui demander de parler moins fort au téléphone, il continuait sur le même ton, au même niveau de puissance sonore, évitant de me regarder. Finalement, j'abandonnai ma lecture et me concentrai ostensiblement sur son récit, réagissant à ses précisions, m'intéressant aux rebondissements, approuvant ou méditant. C'est un bon truc, assez paradoxal, pour faire taire ou éloigner le malotru  : soudain pris à son propre jeu, son exhibition gratuite lui semble une grâce indigne d'être abandonnée aux autres. Il réalise alors que l'on pourrait connaître de lui des moments de sa vie qu'il ne veut pas partager. Il se lève et se dirige vers un endroit où, notez bien  : ce n'est pas qu'il n'embêtera plus les autres voyageurs, mais qu'il conservera un secret minimum sur son existence. Tout en gueulant dans son portable. Je ne sais pas si ça marche à tous les coups, mais je vous livre ma petite découverte d'hier.  

  • 3507

    Je rêve que je suis en train de mourir. Il me semble être allongé sur le sol, regard perdu sur la canopée d'une forêt tropicale. Les feuillages sont des taches dentues qui s'imbriquent et menacent d'envahir tout mon champ de vision, moment que je devine signe de la fin. Je m'accroche à l'idée que, tant que j'aurai assez de mots pour dire cette nature, je vivrai encore. Je récite comme un mantra : « colibri, hibiscus, liane, orchidée, robinier, fougère arborescente... » et l'angoisse monte, car je sens le vocabulaire s'épuiser et la mort tirer doucement son linceul sur moi. Je me réveille une seconde avant l'obscurité totale.

  • 3501

    Est-ce qu'un modéré peut se radicaliser ?

    (je veux dire, être d'une modération radicale)

  • 3499

    On s'effraie de la pertinence des algorithmes qui surveillent nos moindres choix sur internet et en déduisent nos psychologies avec une acuité vertigineuse et, conséquemment, influencent nos votes et trient les publicités qui s'affichent sur nos écrans. Un exemple récent me dit qu'il faut relativiser : une publicité ciblée, envoyée sur mon adresse mail, me vante l'incontournable match de je ne sais quelles équipes dans je ne sais quelle discipline. Après plus de vingt ans à traîner mes clics sur le net, une telle méconnaissance de mes intérêts par des ordinateurs extrêmement pointus, est plutôt rassurante. Ils sont nuls, qu'on se le dise.

  • 3495

    Avant-hier, comme nous nous promenions avec ma fille sur la voie spécialement dédiée aux marcheurs et cyclistes, tout près de chez nous, un trait fulgurant a traversé le ciel. La première hirondelle. Elle est allée se poser au faîte du toit, comme une note sur la portée de l’antenne. Ce qu’elle fait chaque fois, celle-là, et criaille en espérant les retardataires. Nous, nous avons le temps. Le printemps n’est pas si vaste, l’été pas si lointain. Que le temps s’attarde et traîne, c’est bien. L’impatience pourtant vient agacer les heures, parce que ma fille, pour la première fois, arrondit devant elle son ventre. Nous marchons côté à côte sur ce chemin. Au bout, méditent tous les printemps impensables encore.

  • 3493

    "D'abord, les librairies n'ont pas été mon lieu de naissance culturelle. La littérature est entrée dans mon monde — que l'imagination rendait hermétique — par les romans d'occasion chinés sur le marché. Vecteurs de récits et de microbes, les livres y étaient confinés dans des caisses comme des légumes, en beaucoup moins frais. La petite bibliothèque de mes parents puis la bibliothèque municipale, complétaient. Avec l'âge, les librairies devinrent un point de repère aussi essentiel que les cinémas et les cimetières où que j'aille, mais ma véritable histoire avec les librairies commence avec ma libraire préférée, qui a cessé aujourd'hui cette activité pour s'occuper exclusivement de moi (chance imméritée et démesurée)." ...

     

    La suite est à lire dans le numéro d'avril du magazine "PAGE (des librairies)", pages 95-96. J'y évoque ma relation aux librairies et notamment au Carnet à Spirales, la librairie de Charlieu que je fréquente, tandis que, de son côté, Jean-Baptiste Hamelin, qui a créé ce superbe espace, décrit son rapport au métier, et me portraiture. La rubrique double s'intitule : "La vie du libraire" / "L'avis de l'auteur".

  • 3487

    On peut être partisan de la sauvegarde des cultures populaires et être pris d'une furieuse envie de piquer tous les sabots d'un groupe folklorique auvergnat pour les remplacer par des charentaises.

  • 3486

    Je préfère avoir une réputation de gaffeur que de GAFA.

  • 3485

    Solitaire d'Eparre ou jumeaux de Michon, ils sont nés récemment, dans les dernières décennies d'exploitation, quand fut abandonné le comblement des galeries par foudroyage, opérations menées par les ouvriers de la nuit, ceux qui, plus ou moins exclus de la geste chevaleresque des mines, n'extrayaient ni ne piquaient, mais prenaient d'énormes risques en démontant les étançons de métal ou de bois trop éloignés du front de taille, provoquant des éboulements volontaires et contrôlés (car un trop grand vide derrière les mineurs et c'était la menace d'un écroulement, par effet mécanique des masses en équilibre). On échangea cette technique périlleuse du foudroyage par une simple et continue éjection des caillasses superflues et donc, ce que nous voyons là, grisâtre et blond, rouille et sable, ces pentes hérissées de forêt neuve, ne sont rien de mieux qu'une poubelle, un rejet, un amoncellement d'encombrants que les clapseuses n'avaient pas choisi de conserver. La bonne houille, le gras, le schlamm, elles les gardaient, les restes de schiste et de grès grimpaient à dos de ruban mécanique, rejoignaient là-haut le mâchefer et les scories de la centrale électrique dite de Basses-ville, tout près. (Et, me dis-je, si l'on avait conservé le procédé sommaire du comblement, si le crassier principal de Michon n'avait pas poussé ses cent mètres dans le ciel, accolé à son comparse de soixante mètres comme Khéops l'est à Mykérinos ? Considérant avec les techniciens des risques, que le sol se stabilise et donc, par cet armistice, augurant l'oubli progressif des sapes anciennes, la ville aurait eu une chance de négliger le passé. Réflexion idiote, pardon, ce qui demeure ne se négocie pas.)

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3484

    - T'as de beaux yeux, tu sais.

    - Ouais, je sais, carrément. Ma mère me dit qu'avec ça et mon cul, je peux faire ce que je veux des hommes. Mais je dis pas ça pour toi, gros bêta, allez, embrasse-moi.

    (Prévert a bien fait de couper dans ce dialogue)

     

  • 3483

    Poursuivi par les chasseurs, le rhinocéros serre les fesses (et ça ne se voit pas)

    la girafe rentre la tête dans les épaules (ça ne se voit pas non plus)

    le chasseur jouit de voir devant lui se carapater toute la création (et ça s'entend)

    tandis que le serpent dans l'herbe approche de lui ses crocs mortels (et ça ne s'entend pas).

  • 3480

    Plus généralement, les veines de charbon s'ancraient profondément, à la lisière des failles, dans des couches que les recherches empiriques des Grüner puis Beaunier aux XVIIIe et XIXe siècle, puis l'étude scrupuleuse des fossiles d'un certain François Cyrille Grand'Eury, avaient permis de cartographier. Grand'Eury avait compris que l'essence de certaines créatures fossiles signait plus sûrement que n'importe quel test, l'ancienneté et la qualité de telle ou telle houille, et que les arborescences des pécoptéridées, des cyathéides ou des odontoptérides, marquant la flore du Carbonifère et plus précisément du désormais catalogué et exemplaire stéphanien, étaient les repères nécessaires et suffisants pour rendre efficients les sondages du sous-sol. Le quasi-miracle du processus de fossilisation que, bien qu'amateur éprouvé je l'ai dit, passionné de science préhistorique, je suis capable d'expliquer sans me retenir d'y voir une opération magique (comment une moisson de fougères fanées, engobée d'humus, parvient-elle à muter en minéral à force de temps, c'est toujours un mystère et, donc, à mes yeux, une sorte de miracle) — a permis cette accumulation de pierre capable de fournir de l'énergie (tiens, n'est-ce pas un autre quasi-miracle, cela ?), et généreusement, sans compter — comme toujours la nature naissante en fut capable avant d'être nanifiée par l'embrassade jalouse des hommes — en des épaisseurs démesurées, remisées par l'histoire géologique à des profondeurs que nos aïeux, au Moyen-Age, pouvaient difficilement concevoir autrement que comme les parages du Pandemonium : au puits du Bardot, 331 mètres, au Grand Treuil, 515 mètres, au puits Couriot, 700 mètres, au puits Pigeot, un kilomètre sous la surface. Les progrès techniques permirent d'envoyer des hommes aussi loin dans la terre. Même les Enfers visités par Ulysse étaient plus accessibles que les profonds filons de houille du stéphanien. Il en résulte des ouvrages artificiels parmi les plus longs de l'humanité. Quelle tour de Dubaï inversée dépasserait un tel élan ? Mais élan invisible, une perforation dans le cœur d'un domaine tout aussi hostile à l'homme que l'espace. Ciel ou profondeurs, étoiles et abysses, cherchent à nous déloger, nous n'y sommes pas les bienvenus, nous ne nous y invitons que par la profanation encouragée du viol, à nos risques et périls. Et donc, un kilomètre de chute contrôlée. Des grappes humaines ballottées dans des ascenseurs à double cage, soixante à soixante-quinze hommes, précipités à 50 kilomètres-heure à la rencontre du charbon qui foisonne, mille mètres de ténèbres avalés en quelques secondes pour prendre pied, surgir tout étourdi de ce catapultage inaugural, encore prendre place dans un wagonnet, cheminer là dedans le long du travers-banc, comme poussé par l'air frais venu du puits, stopper dans un grincement aigu, descendre enfin, avancer au milieu d'un enchevêtrement de métal ou de bois, dans le boyau noir ponctué de lampes blêmes qui s'ouvre là, aller en somnambule comme les figurants de Metropolis, pour empoigner les pics de jadis ou les marteaux-piqueurs pneumatiques de l'ère moderne, s'attaquer au front de taille sur son aire dédiée, briser la roche, l'acheminer et la verser dans les bennes tirées autrefois par des chevaux, ou dans les berlines entraînées mécaniquement, et remonter au jour des milliers de tonnes de cette manne noire qui brûle et réchauffe. De telles profondeurs dans un environnement que ne dépassent en danger que les abysses de l'océan, de tels risques, de tels récits. Avait-on vraiment besoin de cela ? Considérant l'ampleur des chantiers, la taille des crassiers, la formidable dimension des machines, des rouages, des bâtiments, chevalements, moteurs qui animaient tout cela, et plus insensé encore : les sacrifices humains qu'elle exigea, on est saisi. Victimes en nombre, démembrés par la déflagration, écrasés lors d'une chute, asphyxiés, engloutis, submergés. Les catastrophes de masse, au début de l'ère industrielle, sont celles des naufrages, en attendant les avions abîmés du siècle suivant. Avec la mine, on découvre que le travail est un champ de bataille. À table, dans les familles, on débat des mérites comparés de la mort par noyade, par carbonisation ou par éparpillement. Le drame récurrent, à Saint-Etienne, n'a pas l'ampleur de l'immense massacre de Courrières, dans le Pas-de-Calais, quand 1099 mineurs furent emportés par un « coup de poussières » (soit la propagation dans les galeries, partout jusqu'aux moindres niches, d'un souffle ardent impitoyable), mais il s'égrène comme une désespérante litanie. Sur le seul bassin minier stéphanois, les victimes en nombre s'additionnent à un rythme épouvantable, en moyenne tous les trois ou quatre ans, depuis les 12 morts du puits Charrin, à Saint-Paul-en-Jarez, en 1810, jusqu'aux 6 du puits Charles à Roche-la-Molière, en 1968. J'ai fait un rapide compte sur ce siècle et demi de mort violente : près de 1300 décès, dont un certain nombre d'enfants, les plus jeunes ayant dix ans. Et je soustrais les blessés, graves ou pas, ceux qui sont peut-être décédés par la suite, et je ne compte pas les maladies, il n'est question pour l'instant que des accidents mortels, qui marquent les esprits et sont relayés par la presse, entraînent mouvements de solidarité et remise en cause de la sécurité. Une autre étude décompte quant à elle, pas moins de 5000 morts sur la même période et sur la même zone. Encore que le chiffrage des seules catastrophes ne soit pas certain, même à l'époque moderne. Dans un travail de recension, je lis cette précaution significative, à propos d'un accident en 1944 : « on parle de 9 morts ». On parle de... c'est-à-dire : il paraît, c'est possible, mais est-on sûr ? Malgré la précaution simple des numéros pris dans la salle des lampes, juste avant de descendre, il se peut donc que le compte soit douteux. De même, tous les noms des victimes n'ont pas été retrouvés, où sont-ils enterrés, ces mineurs inconnus, à l'instar du soldat qui gît sous l'arc de triomphe ? Et savez-vous que tous les corps n'ont pas été remontés...  Il reste des fragments de squelettes anonymes quelque part, au fond des puits. Il m'est arrivé de songer à ces fantômes, quand je faisais sonner mon pas sur le bitume.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.