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Nouvelles/textes courts - Page 4

  • 3097

    On ne pouvait rien leur reprocher. Pour tout achat d'une bombe, d'un drone ou d'un avion, une part était versée aux secours aux victimes et aux ONG compétentes. Il en était presque devenu moral de leur tirer dessus.  

  • 3096

    Manière de

    Allongé sur le dos, Priape avait au ciel
    tendu impudemment son trait infatigable.
    Une nymphe parut, la peau comme le miel,
    d'un chiton fin vêtue, et le corps délectable.
    Le vent soudain saisit sa tunique légère
    et l'emporta au loin, laissant la créature
    habillée seulement d'une peur passagère.
    La pièce de tissu, envolée dans l'azur,
    s'arrima à la chair que dressait le satyre.
    Son corps devint carène et le reste, mâture.
    Les lois qui sur la mer, régissent les navires,
    gonflent également les draps sur les pâtures.
    Glissant sur l'herbe drue, le faune s'affolait,
    impuissant à réduire la voile. Quel chagrin !
    la nymphe dépitée vit au loin s'envoler
    le vaisseau prometteur et son pauvre marin.


    (Oui, il peut m'arriver de m'amuser, voyez-vous)

  • 3094

    Je ne peux pas vous raconter, mais en ce moment, j'écris des scènes vraiment dingues et je me régale. Autrement, je lis « L'hippocampe atrabilaire » de Laurent Cachard, chez E/O. Je me régale aussi, et ça, je pourrais vous raconter (vais me gêner, tiens).

  • Contes horrifiques

    Le directeur les accueillit avec chaleur, sans adresser le moindre reproche à ce petit garçon turbulent et rebelle. C'était la quatrième fois que ses parents exaspérés le ramenaient au centre aéré. L'enfant n'avait pas su leur faire comprendre qu'ici, les animateurs se transformaient vraiment en loups-garous la nuit venue, et qu'il ne devait qu'à ses fugues d'être encore en vie après deux semaines de ce régime.

  • 3092

    Pour de complexes raisons dont je vous fais grâce, j'ai relu récemment certains passages de Le Psychopompe, un de mes premiers romans parus. C'était en 2009, dans une petite (mais rigoureuse) maison d'édition : J-P Huguet. Au début du récit, le personnage principal, Nathan Charon, vieil érudit alcoolique, écrit une lettre bien sentie à son éditeur. Le passage n'est pas forcément drôle par le ton donné, mais il l'est aujourd'hui grâce au recul que j'ai, ma connaissance actuelle de l'édition en France. L'extrait ci-dessous donne une idée de ma méconnaissance à l'époque du milieu et des revenus potentiels du travail d'écrivain. Voici : « J'attends une juste rétribution de plusieurs mois de recherche et d'écriture (...) et de la vente des 8000 exemplaires dont tu te targuais lors du salon de Croizan en février dernier. (…) Pour l'heure, je n'ai reçu en tout et pour tout que la moitié de l'enveloppe de départ, soit mille euros (pour mémoire toujours, cas échéant : mon contrat stipule que je devais recevoir deux mille euros pour commencer l'écriture et encore mille à la livraison du fichier corrigé, sans compter les droits sur la vente). Nous sommes donc loin du compte. » 8000 exemplaires… 3000 euros d'avance… Quel rigolo, ce Charon !

  • Contes horrifiques

    Il était moins étonné qu'il aurait dû. Le fait que sa grand-mère, morte l'avant-veille, entre chez lui, vienne tranquillement s'installer à sa place habituelle, devant son programme télé favori, n'était finalement que la suite logique de ce jour où il lui avait offert des roses. C'était il y a des années, et le bouquet était toujours là, resplendissant, couleur des pétales inaltérée, tiges saines et rigides.

  • Contes horrifiques

    Monsieur F. part au travail, prend sa voiture comme chaque matin. Son voisin d'en face est déjà parti, il est tôt, pourtant... Dans la maison du bas de la rue, la famille D. se précipite dans son gros 4x4. Le père de famille engueule les enfants qui traînent. Sa femme affolée échappe un sac dont le contenu se répand sur le trottoir. Elle ne prend pas la peine de ramasser, s'engouffre dans la voiture qui démarre en trombe et file sans s'arrêter au stop. Monsieur F. se dirige vers le centre ville où se trouve son bureau. Dans sa file, il est seul. L'autre côté est comble, on se klaxonne, on s'insulte. Des voitures tentent même d'emprunter sa voie pour doubler. Les magasins sont fermés. Une femme prend des fruits dans l'étal renversé d'une épicerie abandonnée. Monsieur F. commence à angoisser. Un flic qui tente d'organiser la circulation le voit, seul, sur sa voie. Monsieur F. descend la vitre pour demander ce qui se passe mais le flic ne lui laisse pas le temps de l'interroger : « Qu'est-ce que vous foutez là, vous ? Dégagez, dégagez ! » Monsieur F., désarçonné, arrive à son bureau. Madame D., sa secrétaire, est là. Enfin, quelque chose de normal, se dit Monsieur F. Alors, Madame D., soulagée, se précipite sur lui : « J'étais sûre que tu viendrais quand même. » Et elle l'embrasse avec une fougue étonnante. Comme si sa dernière heure avait sonné.

  • Contes horrifiques

    Quand sa moissonneuse éructa, émit ce hurlement de métal inouï, le paysan se dit que sa journée allait s'arrêter là. Un tel bruit qu'il lui avait semblé entendre les rouages craquer, l'arbre d'entraînement et les bielles et toute la mécanique se désarticuler. Il descendit de son tracteur, calculant déjà les ennuis qui suivraient. Entre les dents de la machine, dans la mâchoire atroce, il devina un corps. Pas de sang, mais une chair bleuie par la mastication de la ferraille. Parmi le fatras de membres et de muscles déchirés, deux yeux intacts le fixaient. Il rampait pour les rejoindre quand la machine se remit en marche.

  • 3088

    Oui, pleurons sur Alep. Évitons surtout que nos larmes ne sèchent sur nos joues, comme se sont évaporées celles que nous versâmes sur Grozny.

  • Contes horrifiques

    Ce matin-là, impossible de nouer sa cravate. Il ne savait plus faire. D'ailleurs, il ne parvenait pas à relier ce rituel avec la logique qui l'imposait. Ce devait être pour aller au travail, mais de quel travail s'agissait-il ? Et puis, maintenant qu'il se regardait dans la glace, il lui fallut admettre qu'il ne se reconnaissait pas.

  • 3085

    Dieu vomit les tièdes, certes, mais qu'il cesse de les dévorer jusqu'à l’écœurement !

  • 3084

    Lors des rencontres Lettres-Frontière pour Le Baiser de la Nourrice, il y a quelques années, je m'inquiétais du coût énergétique de l'envoi de 80 kilos d'écrivain sur les routes pour qu'il évoque son travail. Quelques années seulement ont suffi pour aggraver la situation puisque, aujourd'hui, c'est 90 kilos d'écrivain qu'il faut promener à travers le pays. Je ne saurais donc trop vous demander de compenser ce désastreux bilan carbone en venant nombreux aux premières rencontres organisées pour La Vie volée de Martin Sourire, sur 2017 :

    La librairie du Centre, Ferney-Voltaire, le mercredi 18 janvier, 20 heures.

    Médiathèque de Gilly-sur-Isère, le vendredi 3 février, 18 h.

    Médiathèque de Saint-Denis de Cabanne, samedi 11 février, 16h30.

    Médiathèque de Romorantin,mardi 28 février, 18h30.

    Centre culturel de Riorges, jeudi 6 avril, 18h30.

    Bibliothèque de Fleury-la-Montagne, vendredi 9 juin, 18h.

    et aussi, à propos des Nefs de Pangée, au Salon du livre de Noirmoutier, samedi et dimanche 24 e 25 juin.

  • 3083

    Deux jours d'absence, les amis. Aujourd'hui et demain. Kronix n'en dit rien et je n'en pense pas moins.

    Je vais à Paris m'occuper de mon Martin Sourire.

    Bonnes journées à vous. Je vous conseille de lire "Des opéras de lumière" de Jean-Noël Blanc, en attendant. C'est publié au Réalgar, et c'est une merveille.

     

  • Contes horrifiques

    Tina redoutait de sortir de la station d'essence après son travail de nuit. Parking désert, route peu fréquentée, des champs au-delà. Personne en vue, mais la crainte de trouver un déséquilibré dans ce lieu isolé l'obsédait. Elle acheta un petit pistolet de défense. Une nuit, elle remarqua en partant, une silhouette d'homme qui semblait l'attendre près de sa voiture. Elle se mit à crier, sortit son arme et prévint qu'elle allait tirer s'il ne s'éloignait pas. L'homme fit un geste qu'elle interpréta comme une menace et elle fit feu. Il porta la main à son front et s'enfuit en gémissant. Elle se précipita vers sa voiture et démarra, complètement paniquée. Le lendemain, les gouttes de sang sur le parking, leur sillage qui disparaissait dans les champs, lui prouvèrent qu'elle n'avait pas rêvé. Elle renonça à appeler la police, nettoya les taches à grande eau. Tina craignait chaque jour que la police débarque, elle lisait le journal en se mordant les lèvres, écoutait distraitement les clients. Mais personne ne lui demanda de compte. Elle quitta ce travail, sa faible rémunération et ses mauvais souvenirs.

    Un an plus tard, aux jurés qui devaient statuer sur le sort du meurtrier de Tina, un expert, schéma à l'appui, montra comment une balle perdue fichée dans son crâne provoquait chez le sujet des crises de schizophrénie aiguës.

  • 3080

    Je vois une partie de l'humanité prête pour demain, songeant à demain, sûre que les solutions existent pour progresser encore, améliorer le sort du plus grand nombre, et je suis convaincu que cette partie détient les clés de l'avenir. Cependant, l'autre partie de l'humanité — celle qui selon moi nous retient et nous condamne, ne veut rien entendre et s'enferme, se retourne et questionne les mânes d'hier — de quels individus est-elle composée ? Me sont-ils à ce point étrangers que je ne pourrais rien saisir de ce qui les anime ? Enfin, ils ont bien une idée pour demain, ils ne sont pas désespérés au point de vouloir le plus grand mal pour le plus grand nombre ? Comment s'y prennent-ils pour concilier leurs projets avec l'obsession de la peur, de quel avenir rêvent-ils ? Le fossé s'élargit entre deux populations, deux vastes groupes que leurs différences ne rendent pas plus homogènes pour autant. Quelles sont les passerelles entre nous, qu'il faudra peut-être inventer ? Nos murailles d'incompréhension valent les remparts qu'ils érigent.

  • 3079

    Nous ferons face, mon amour. Nous sourirons à nos pailles de tendresse, à nos restes de défaites, nos triomphes fanés ; nous ferons des caresses à nos jeux ridés, nos gestes vieux, nos passions désamarrées. Nous aurons des gentillesses pour le délitement des autres ; nous serons bienveillants. Toutes les fêlures, les usures, les brûlures ; les temples lépreux, les maisons fatiguées, les murs abîmés, les villes désertées et les hommes décharnés, nous les bénirons comme frères.

     

    Extrait de Lucifer Elegie suivi de Nos Futurs, éditions Sang d'Encre.

  • 3078

    Howard Hawks se demandait comment parlaient les Égyptiens de sa Terre des Pharaons et – restons dans la référence cinématographique – Kubrick s'était résolu, pour Barry Lindon, à l'idée que son film, si scrupuleux fut-il, ne ferait qu'approcher un passé bel et bien achevé et oublié. Aucun document d'époque, aucune représentation d'un contemporain ne saurait nous en donner une idée certaine et juste. Bénéficierait-on d'un support merveilleux (vidéos des Parisiennes pénétrant dans Versailles, par exemple. Oui, rêvez, rêvez : je vous parie que ce serait flou, mal cadré, et engendrerait de nouvelles théories du complot), on ne serait guère avancé. Il faut être convaincu, vous et moi, chers lecteurs, qu'un roman historique n'est pas une machine à remonter le temps. C'est une fantaisie. Ce qui n'exempte pas l'écrivain (inconscient de l'envergure de son projet quand il le commence) d'un travail documentaire éprouvant. Il veut simultanément satisfaire au réalisme d'époque, et pouvoir s'étonner lui-même de ce qu'il trouvera. Il a laissé la place dans la trajectoire de ses personnages pour infléchir un destin à la faveur d'un détail de façon à transformer la contrainte en opportunité dramatique. Ainsi, le trafic de la glace de Versailles devient-il le viatique idéal pour entraîner Martin hors des grilles du château. Ainsi, la villégiature pour raison de santé d'Étienne-Louis Boullée au printemps 1790, permet-elle à Martin de méditer sur les dessins du maître, en solitaire, à son rythme. De telles occurrences sont innombrables dans La Vie volée de Martin Sourire, car je n'avais prévu pour Martin que six tableaux incontournables : qu'il soit adopté par la reine, vive un temps en enfant sauvage dans le parc du château, travaille pour Valy Bussard, se rende à Paris au début de la Révolution, fasse la connaissance des projets visionnaires de Boullée et se retrouve dans les Colonnes infernales. À partir de là, tout était ouvert.

  • 3077

    Un nouveau portrait et une nouvelle chanson : "La ville étonnée" sur le site "portraits de Mémoire(s)", la démarche entreprise sur la communauté de Communes Charlieu-Belmont.
    Avec un texte de Jérôme expliquant la démarche de la composition musicale et le texte de la chanson (pour l'entonner avec nous, sous la douche ou au bureau, préparez vos aigus).
    Bonne écoute, les amis.

  • 3076

    Un ami, l'ami de cet ami, et moi, construisons une charpente que nous couvrons de tuiles de récupération. Je vais pouvoir remettre en service un poulailler pour le début de l'année qui vient. La matinée est bonne, la pluie a suspendu son harcèlement pour nous encourager. Ça rit beaucoup, ça bosse, ça avance. Et puis, un coup de fil nous apprend qu'une très chère amie, belle jeunesse de 90 ans, galaxie de gentillesse et de savoir, immense lectrice et précieuse personne, a été agressée devant chez elle, bras tailladés à coups de cutter pour lui arracher son sac, beaucoup de sang et de peur.
    Ce n'est pas haut, le toit d'un poulailler, mais la descente sur terre est bien rude.

  • 3075

    Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir, mais je me souviendrai longtemps du regard fixe de Fillon tandis que Juppé lui demandait de condamner la campagne de diffamation dont il avait fait l'objet. Le regard fixe, le sourire contenu… et finalement, l'absence de condamnation.
    Gardez bien ça en mémoire, les amis.