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Nouvelles/textes courts - Page 5

  • 3411

    C'était le jour où papa avait prévenu qu'il passerait à la télé. Toute la famille était devant le poste. Papa est apparu, on se poussait du coude : regarde, c'est papa. Il répondait au journaliste qui posait des questions sur son élevage d'autruches. Papa avait à peine prononcé : « Oui, nous sommes très fiers de » quand l'une de ces bestioles s'est précipitée sur lui et lui a donné des coups de becs sur le crâne. Papa hurlait en lançant des abominations et en essayant de se protéger la tête tandis que le journaliste criait et que la caméra bougeait dans tous les sens. On se disait que demain, à l'école, la journée allait être dure.

  • 3409

    Grâce au port de la burka, il était le seul travesti fondamentaliste à pouvoir vivre sa sexualité tranquille.

  • 3408

    Allez, vite fait, un petit panorama rétrospectif de l'année qui vient de s'évanouir. Elle a existé, c'est ainsi, personne ne pourra nous enlever ce que nous y avons fait, ni nous absoudre de ce que nous n'aurions pas dû y faire. Je vous épargne les soucis que chacun traverse dans sa vie de tous les jours (par contre, je ne vous épargne pas mes réalisations, c’est mon blog, vous êtes assez grands pour passer à autre chose, je vous fais confiance).

    Côté écriture, beaucoup de travail pour pas mal de déception (voire d'ébranlements). Deux pièces de théâtre. L'une, acceptée, mais dont la production est repoussée à une date indéfinie : «  Le sort dans la bouteille » (titre provisoire, je vous rassure). Une autre, née d'une initiative passionnante : « Courage », écrite pour une classe de Seconde au lycée Jean-Puy, à Roanne. Nous verrons cela mis en scène par une professionnelle et interprété par les élèves (et pourquoi pas, aussi, par des profs audacieux) avant la fin de l'année scolaire, logiquement. Il y eut aussi cette belle expérience autour des témoignages des tisserands de Charlieu et environs : « Portraits de Mémoire ». Un site, des photos et vidéos de Marc Bonnetin et des musiques de Jérôme Bodon-Clair. Ajoutons deux scénarios inédits : l'un de Bande-Dessinée, pour l'ami Thibaut Mazoyer en recherche d'éditeur, et un de documentaire : « Joseph Déchelette précurseur de l'archéologie ».

    Hors les romans avortés (il y en a eu deux, abandonnés cette année : « Cryptes » et « Mado »), j'ai achevé deux manuscrits, l'un pour Mnémos, l'autre pour Phébus. Les deux ont été rejetés, ou plutôt... pas acceptés en l'état. Des ratés, quoi. Plus d'un an d'écriture pour rien, si l'on veut voir le verre à moitié vide (ce qui est ma nature, hélas). Tout reprendre, tout refaire, tout reconsidérer, sans garantie de faire mieux. Bon. Encore sous le coup de cette double perplexité de mes éditeurs, je n'ai pas écrit plus d'une page ou deux, depuis.  Ces échecs m'ont atteint plus que je ne saurais le dire, plus que je ne croyais en tout cas. Combien de temps peut-on se prétendre écrivain quand on n'est plus publié ? Dans le même temps, j'ai vu tant d'amis auteurs bien « implantés », réputés, sûrs, dont les manuscrits sont refusés… Je ne me plains donc pas. Je préfère qu'un éditeur me refuse des textes faibles plutôt qu'il les accepte pour de mauvaises raisons (même l'amitié serait une mauvaise raison). Je vais donc tenter de travailler mieux, avec encore plus d'exigence. Dès que je serai remis de ce double uppercut.

    Côté publication, l'année a commencé avec clairons et tambours (en fanfare, quoi), par la sortie de « La vie volée de Martin Sourire » chez Phébus. Réception variable, mais plutôt bonne en général, une presse assez attentive à ce qu'elle considère comme mon deuxième roman (la presse ignore ma veine « imaginaire » et mes romans précédents, éditions trop confidentielles pour lui être parvenues). Des lecteurs nombreux, des retours, des fidélités qui se dessinent. Quelques prix ou sélections, de nombreuses rencontres, de nouvelles librairies qui commencent à s'intéresser à mon travail. Pour la première fois, avec ce titre, des éditions simultanées pour « clubs de lecture » : France-Loisirs, Le Grand livre du Mois… dont des libraires et amis me disent que c'est dévalorisant. C'est possible. Il faut que je vous dise, ici, qu'on ne me demande pas mon avis. Mon éditeur me prévient seulement que mon roman va être publié chez un tel ou un tel, point. Dans le cas contraire, m'y opposerais-je ? Je ne crois pas : je vis toujours le syndrome de l'auteur immensément reconnaissant (et un peu incrédule, même) qu'un éditeur veuille bien dépenser des sommes extravagantes en pariant sur ses écrits. Alors, si l'éditeur peut rentabiliser son investissement, et bien, ma posture d'auteur trop au dessus de la mêlée pour confier ses si belles réalisations aux communs, me paraîtrait à la fois méprisante et vaniteuse.
    2018, année aussi des sorties en poche de deux romans : « L'Affaire des Vivants » et « Les Nefs de Pangée ». Deux versions dont je suis assez fier. La couverture du poche de « L'Affaire des Vivants » enfin, belle ! comme j'aurais souhaité que celle du grand format le fût. Une seconde vie pour ces deux romans. Je n'ai pas encore les chiffres (il faut attendre plus d'un an), mais j'ai vu les livres bien diffusés, longtemps. Notons pour « L'Affaire » une diffusion particulière sous la forme « Mybookbox », une jolie formule et un contact chaleureux avec les inventeurs de cette formule.
    Côté publication, toujours, un grand merci aux Éditions Le Réalgar d'avoir accepté un texte singulier : « Lettre Ouverte à l'autre que j'étais », et aux éditeurs associés pour l'occasion : Mnémos et Les Moutons électriques, d'avoir élevé au statut de préface un article spécialement écrit pour l'occasion de la réédition de « Salammbô » de Flaubert. Une manière de se réapproprier ce monument et de le revendiquer comme l'ancêtre, le précurseur, du genre Fantasy. Vision à laquelle j'adhère totalement, d'où ma participation avec un long texte intitulé : « Salammbô, raté, comme un chef-d’œuvre ». Enfin, une publication confidentielle, prévue en 2017, ne sortira qu'en début de cette année : « Étrangères » aux éditions Les Petits Moulins.

    2017 aura été riche en commandes. Une conférence sur l'histoire de l'Art abstrait : « Retour aux signes » et une « masterclass » autour des scènes de batailles. Beaucoup de travail pour les préparer, je n'ai pas fait les choses à moitié, je vous assure. La récompense étant, par les réactions venues ensuite, de constater qu'on a pu apporter aux autres.

    Et puis un grand nombre de rencontres en librairies, en bibliothèques, dans des classes en collèges ou lycées, ou dans des salons du livre. Cette année, j'ai choisi avec plus de rigueur qu'autrefois ceux auxquels j'étais invité : Salon du livre de mer de Noirmoutiers (pour « Les Nefs de Pangée »), Fête du livre de Saint-Etienne, Salon du livre de Ménétrol et surtout le festival de littérature itinérant « Les Petites Fugues » en Franche-Comté, dont je ne cesse de vanter les mérites autour de moi. Je distingue l'expérience de la rencontre au « Hibou Diplômé », petite librairie de ma région, car elle avait la particularité d'être inspirée par un lecteur. Il se reconnaîtra, qu'il soit ici remercié.

    2018 s'ouvre avec la perspective d'une résidence d'auteur. Dès la semaine prochaine, je serai à Saint-Etienne, par la grâce d'un jury qui m'a proposé. Je ne vous accable pas de mes expressions émues. Sachez seulement que, parmi les membres dudit jury, il y a deux écrivains que je vénère (sans parler d'un éditeur et d'un bibliothécaire bienveillants). Je ne sais pas encore si Kronix sera le relais quotidien de cette expérience prometteuse mais je vous signalerai les rendez-vous publics qui vont ponctuer trois mois d 'installation dans la préfecture de la Loire.

    Assez parlé bilan, l'année 2018 s'ouvre sur de belles promesses. J'essaierai d'en être digne.

    Bonne année à vous aussi.

  • 3407

    je me souviens qu'une certaine année (ce devait être 2014) où, sur un caprice peu coûteux, j'avais refusé de le dire. L'année en question se déroula avec une moyenne de drames et de joies semblables aux précédentes. L'absence de mes vœux n'avait donc rien changé. Cette année, allez, je veux bien me plier à cette tradition dont nous savons tous qu'elle est idiote mais qui doit être, quelque part, de l'ordre du signe amical adressé universellement, alors pourquoi se priver ?

    « Ô doute ! je te hume, arôme délétère
    Toi qui fais vaciller mon ancrage à la Terre ! »

    (Petrus Irénée de Songecreux, 1711-1744, cité par l'ami Roland Bouly dans ses propres vœux.  Je le soupçonne d'avoir inventé, façon Borgès, cet auteur du XVIIe. La phrase n'en reste pas moins délectable)

    Bref...
    Entre doutes et certitudes, soyons éveillés, éblouis, curieux, tendres et incertains.
    C'est le meilleur de notre condition.

    Bonne année 2018, paraît-il !

  • 3406

    Je nous souhaite une année 2018.

    (Non, je n'ai rien oublié, pourquoi ?)

  • 3405

    L'officier monta sur le talus et cria « En avant soldats, pour la Fr... » et puis il fut coupé en deux. Quelqu'un demanda "qu'est-ce qu'il a dit ?" les autres jurèrent n'avoir pas bien compris. Les soldats regardèrent la couleur du ciel, leurs chaussures, et puis un type qui s'occupait de la popote annonça que la soupe allait refroidir. Ils filèrent vers la cantine, le cœur léger.

  • 3404

    Pourtant, ça commençait bien avec ces frères siamois mariés à des sœurs siamoises. Après, leur goût pour l'échangisme compliquait vraiment la donne et puis, quand il s'est avéré qu'ils souffraient tous d'un dédoublement de personnalités, j'ai laissé tombé ce bouquin. Que j'étais en train d'écrire.

  • 3403

    L'oncle solitaire et revêche avait finalement accepté d’interpréter le rôle du Père Noël cette année-là. Il entra avec brio devant les enfants réjouis, se tapa sur le front en s'exclamant : « J'ai oublié les cadeaux », tourna les talons en disant « Bougez pas », puis sortit et ne revint jamais.

  • 3402

    Les frères siamois aimeraient savoir qui est le salopard qui leur a offert un tandem à Noël.

  • 3401

    Il n'est pas né, celui qui me fera changer d'avis, dit le grand-père. Dans son couffin, à cet instant précis, son petit-fils se mit à rire pour la première fois.

  • 3400

    Encore un père Noël écrasé. Faut vraiment que je fasse quelque chose pour la pente de ce toit.

  • 3399

    La mère du petit Bastien ne comprend pas qu'un enfant de huit ans (son fils en l'occurrence), qu'elle a surpris plantant un gland de chêne, ait répondu, à sa question sur l'utilité de son geste : "Dans 32 ans, il sera juste assez haut pour que je puisse m'y pendre". Son mari a beau lui dire que c'est un signe de maturité, elle ne s'en remet pas.

  • 3398

    Il saluait, remerciait, embrassait avec chaleur tous les barbouilleurs de pavés, les peintres ratés, les portraitistes du dimanche qu'il croisait. Au moins ceux-là, bien que rejetés par les écoles d'art, n'étaient pas devenus dictateurs pour autant.

  • 3397

    Des billets de 500 euros à son effigie. Le faussaire avait franchi un point de non-retour dans la mégalomanie.

  • 3396

    Comme tous les mardis, le boucher m'assomma avec ses lieux communs : la masse manquante de l'univers l'inquiétait fort. La cliente derrière moi réclama du mou pour son chat de Schrödinger. Je n'osai balancer ma vieille blague sur le principe d'incertitude et ressortis sans avoir évoqué avec mon commerçant le paradoxe de la flèche du temps qu'il faisait.

  • 3395

    - Et, quand vous écrivez, à quel moment est-ce que vous savez qu'il faut arrêter ?
    - Quand j'ai mal aux fesses.

  • 3394

    La gamine embrassa tous les batraciens qu'elle rencontrait dans l'espoir de voir fleurir un prince charmant. Ses lèvres gonflèrent dans cette opération au point qu'elle se mit à ressembler aux crapauds qui, séduits, se lancèrent à sa poursuite.

  • 3393

    Le cœur, muscle involontaire, ignore même la destruction la plus manifeste. Obstinément, il pulse son énergie dans les cous égorgés, les torses démembrés, les jambes pulvérisées. Elle doit insister, la mort, pour le convaincre de cesser de battre. Ce n'est pas qu'elle gagne, à la fin, c’est juste que le cœur, enfin, se raisonne.

  • 3392

    Le petit cochon en avait assez d'être malmené ou frappé par les gens autour de lui, qui le disaient maudit à cause des prescriptions du Prophète. Il décida de trouver une terre plus clémente. Heureux ce matin-là, il débarqua en Auvergne...

  • 3391

    Qui vole un œuf doit avoir une boîte, ou un truc pour l'emporter sans le casser, ce sont de petits détails mais il vaut mieux être prévoyant, vous me direz merci plus tard.

    Qui vole un bœuf est vachement costaud (celle-ci n'est pas de moi, je crois qu'elle est du regretté Léo Campion).