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kronix - Page 2

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    Capture.JPG"Rives, mines et minotaure" c'est finalement le titre étrange que je pense donner au texte rédigé en partie lors de ma résidence stéphanoise. "A propos de Saint-Etienne" me plaisait assez, pour sa référence à Vigo, mais il a paru un peu terne. D'accord.

     

    Une première restitution sous la forme de lecture d'extraits, aura lieu le samedi 15 septembre à 15 heures, dans le cadre "décalé" de la maison François 1er, à Saint-Etienne.

     

    Le comédien Roland Boully, aidé de Caroline Berlande, ajouteront leur voix à la mienne pour un peu plus d'une demi-heure de profération.

     

    Et c'est donc le retour de Kronix...

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    Comme vous (ne) l'avez (pas) remarqué, Kronix était bien taiseux depuis quelque temps. Je n'étais pas en vacances, je travaille toujours, chaque jour, notamment sur un énorme roman qui occupe l'essentiel de mon temps (quand les amis, la lecture, le jardin ou les travaux domestiques ne prennent pas le dessus). Kronix reviendra, parce que j'ai toujours aimé ce laboratoire de textes courts (quand on s'acharne sur de longs romans, produire des miniatures ressemble à une récréation). Il n'existera sans doute plus sous sa forme quotidienne. L'exercice fut plaisant mais, après presque 12 ans à ce rythme, en plus d'être chronophage, il était devenu manifestement stérile. Kronix reviendra donc, à sa manière, avec des nouvelles, de courts axiomes, des coups de cœur littéraires et mon actualité éditoriale. Il sera donc bientôt question d'anthologie, d'essai, de théâtre, de BD, d'albums illustrés, d'écriture de roman(s).

    A suivre...

     

     

  • 3531

    "De quoi sommes-nous tristes quand nous pensons à hier ? Du temps passé, passé trop vite, de la mort qui approche ? C'est ce qu'on dit généralement ; je n'en suis pas certain. Tu sais, la nostalgie nous amène confusément à croire que nous avons mal agi, autrefois. Nous étions immatures et bien que nous suspections des puérilités, nous ne croyons pas que nos actes soient par là plus excusables. Quand j'écoute Tipi, je pense à mes failles et, simultanément, je trouve les leurres qui me permettent de les absoudre. C'est pour ça que la musique, simultanément, nous déchire et nous réconcilie avec nous-mêmes."

     

    Extrait de "Demain, les origines" écriture en cours.

  • 3530

    Le petit oursin à la foire du trône, bien triste qu'on lui refuse un ballon (et tout empêtré dans la barbe à papa qu'on lui a achetée en compensation).

  • 3529

    La maison est ouverte largement sur la campagne environnante, qui s'invite par de franches coulées de lumière. À l'intérieur, pourtant, il fait assez sombre. Sur la table, couverte d'une toile cirée fuchsia, je commence un rituel d'exorcisme, car une présence sinistre hante les lieux. Tandis que je pose sur la toile cirée une racine de gingembre qui ressemble fichtrement à une mandragore, je profère des incantations que j'improvise. Et je sens bien que ce galimatias, ces litanies grotesques ne vont pas fonctionner. La présence hostile ne semble guère impressionnée par mon jeu. Il me semble d'ailleurs que plus je poursuis mon absurde logorrhée, plus je renforce la présence maléfique. Effaré par cet échec prévisible (et imminent), je suis projeté hors de mon cauchemar. Incapable de retrouver le sommeil, il me faut longtemps pour me débarrasser de la sensation affreuse d'avoir entraîné dans mon monde, et précisément à côté de moi dans le lit, l'odieuse présence que je combattais dans le monde des rêves.

  • 3528

    Extrait de la pièce "Courage", interprétée par la classe de 2de 4, du lycée Jean Puy.

    Scène IV – Évaluer.
    Un(e) enseignant(e) face à un(e) élève. Une copie est posée entre eux.
    - L'élève, tapant du doigt sur la feuille : Comment ça, quatre ?
    - Le prof : Oui, quatre... Cinq ? Tu préfères cinq ?
    - Lélève : Quatre ou cinq, merci. Comment je peux avoir une note pareille ?
    - Le prof regarde la feuille, semble l'examiner un temps : En effet, c'est mal payé.
    - L'élève : Ah !
    - Le prof : Je pourrais mettre… Dix. Ça te plairait dix ?
    - L'élève : Ah bon ? Vous pouvez doubler ma note, comme ça (elle fait claquer ses doigts) ?
    - Le prof : Si ça te fait plaisir.
    - L'élève : Ben alors, ça, c’est la meilleure : si ça me fait plaisir !
    - Le prof : Oui. Si ça te fait plaisir, je te mets dix, ou douze. Qu'est-ce que ça peut faire ?
    - L'élève : Et bien, moi, ça me fait. Je veux savoir combien vaut mon devoir.
    - Le prof : Il n'est pas terrible. C'est pour ça : quatre.
    - L'élève : Quatre ?
    - Le prof : Tu préfères six, ou sept ?
    - L'élève : Râah mais arrêtez ! Je préfère… je veux seulement que vous révisiez ma note, parce que je trouve que vous avez noté sévère, mais je veux aussi une note… adaptée à mon devoir. Pas n'importe quoi.
    - Le prof : D'accord. OK. Je saisis. Tu veux combien ?
    - L'élève : Mais... c’est pas à moi de vous le dire, quand même !
    - Le prof : Voyons si nous pouvons tomber d'accord. Tu l'estimes à combien, ton devoir ?
    - L'élève : Et bien, je ne sais pas, moi. Je savais que je m'étais un peu planté(e) sur la deuxième question et j'avais pas franchement révisé, c’est vrai…
    - Le prof : J'ai fait le même constat. Alors ?
    - L'élève : Moi, franchement, je pensais avoir un neuf.
    - Le prof : Un neuf ?
    - L'élève : Oui.
    - Le prof : Selon toi, ce devoir vaut neuf ?
    - L'élève : Ben je sais pas. C’est vous qui me demandez. Tout à l'heure, vous étiez prêt(e) à mettre un treize ou un quatorze.
    - Le prof : Douze. Douze maxi. Faut pas exagérer non plus.
    - L'élève : Je ne comprends plus rien, excusez-moi. Qu'est-ce que vous me faites, là ?
    - Le prof : Elle signifie quoi, ta note ?
    - L'élève : Quoi, elle signifie quoi ?
    - Le prof : Oui, elle signifie quoi ?
    - L'élève : Je ne sais pas. Quelle note ? Votre quatre ou mon neuf ?
    - Le prof : L'une ou l'autre. Elles signifient quoi ?
    - L'élève : Ho là là, arrêtez, vous me prenez grave la tête, là. C'est un cauchemar...
    - Le prof : Mon quatre sanctionne le fait que tu n'as pas assez travaillé. On est d'accord ?
    - L'élève : D'accord. Mais...
    - Le prof : Et ton neuf sanctionne le fait que je ne t'ai pas assez bien noté, c'est ça ?
    - L'élève : Euh… Oui, on peut dire ça, oui.
    - Le prof : Ton neuf est la note de mon quatre, en quelque sorte. Faisons la moyenne de nos deux appréciations et la question est résolue. Neuf et quatre : treize, divisé par deux : six et demi. Bravo, tu as gagné deux points et demi. Je te les accorde bien volontiers. (il ou elle approche la copie, sort un stylo rouge, biffe la première note et réévalue). Voilà ! Six et demi.
    (Prendre un temps.)
    - L'élève : C’est presque la moitié de douze...
    - Le prof : C'est un devoir de Français, ce ne sont pas des mathématiques.
    - L'élève : Je veux dire : j'aurais pu avoir douze tout à l'heure, quand vous m'avez demandé si ça me ferait plaisir d'avoir douze...
    - Le prof : C'est vrai.
    - L'élève : Enfin, vous voyez bien que quelque chose ne va pas ! Vous faites comme si les notes n'avaient aucune importance. C'est dingue, ce truc.
    - Le prof : Pas dingue... Dingue si tu veux, oui. C'est absurde plutôt. Les notes sont absurdes.
    - L'élève : Les notes sont absurdes ?
    - Le prof : Le principe de la notation, en fait. Je n'aime pas ça.
    - L'élève : Et c’est pour ça que vous me faites tout ce délire ?
    - Le prof : Tu veux un D ? Tu préfères un D ?
    - L'élève : Mais je veux juste une note !
    - Le prof : Un la ? Un do ?
    - L'élève : ...
    - Le prof : Je plaisante.
    - L'élève : Vous m'avez fait peur. Je me suis dit : il (elle) a craqué…
    - Le prof : Tu n'es pas si loin de la vérité, tu sais. Je craque. Bon sang, mais cette obsession des notes...
    - L'élève : Attendez, il faut bien savoir où on en est, si on fait des progrès, non ?
    - Le prof : Si je m'en tiens à cette courte expérience, c'est discutable. En quelques minutes, tu voulais passer de mon quatre à ton neuf. Est-ce que tu aurais progressé d'autant, par l'effet de cette simple correction ?
    - L'élève : C’est moi qui vais craquer, là. Vous êtes pas sympa avec moi.
    - Le prof : Non, sérieusement. J'aimerais pouvoir ne pas noter, tu sais. Ou que la note ne soit pas vécue comme une sanction. Je voudrais davantage mettre en avant les qualités d'une copie, plutôt que d'être contraint d'en souligner les défauts, tu vois ? Je crois d'ailleurs que je le fais mais pas suffisamment parce que... je suis engagé vers l'objectif de ce fichu bac ! Cette épreuve ultime et vénérée avec ses critères d'évaluation qui ne sanctionnent qu'une chose : votre adéquation avec le moule qu'on a fabriqué pour vous.
    - L'élève : (Madame, Monsieur) Vous allez bien ?
    - Le prof : Hmmm ? Oui, ça va, ne t'en fais pas.
    - L'élève : Du coup, j'ai combien ?
    - Le prof : On a dit six et demi.
    - L'élève : Vous m'avez eu avec votre histoire de moyenne de nos deux notes. Je veux une note appropriée.
    - Le prof : Allez, on va dire que j'ai écrit le « six » à l'envers. (il gribouille la feuille). Voilà, neuf et demi. Mais je ne trouve pas ça juste.
    - L'élève : Oh non, on va pas recommencer ?
    - Le prof : De toute façon, je m'en fiche. Ta véritable évaluation, c'est... regarde-moi.
    - L'élève : Hein ?
    - Le prof : Regarde-moi.
    - L'élève : Je vous regarde.
    - Le prof : Là, dans les yeux. Ta véritable évaluation elle est là. Dans mon regard sur toi. Quand je suis content(e) de toi. Tes actes de la vie, hein ? quand tu fais quelque chose de bien, c'est dans le regard de tes copains, de tes copines, de tes parents, de tes proches, que tu les évalues. (Soudain comme éclairé(e) par une révélation :) Désormais, je vais noter en vous lançant des regards d'approbation et de contentement. Ou bien un coup d’œil furieux, un air mécontent. Voilà, je vais noter comme ça, maintenant.
    - L'élève : Et ben… Quand je vais expliquer à mes parents… Combien t'as eu en Géo ? J'ai eu « Soulèvement de sourcils ». Et en Maths ? J'ai eu « Moue affligée avec une nuance de mépris ». C'est sûr, ils vont adorer.
    - Le prof (salue l'élève qui se redresse et s'en va) : Salue-les de ma part.
    - L'élève : Oh, je pense que vous n'allez pas tarder à avoir de leurs nouvelles...

    Noir.

  • 3527

    Elle avait été agressée sexuellement par trois hommes masqués qui avaient filmé la scène. En toute logique, elle avait porté plainte contre XXX.

     

    (Kronix est donc de retour et vous prie de l'excuser pour cette si longue absence, motivée par une formidable flemme. Vous allez me dire que, si c'est pour écrire des trucs pareils, il pouvait aussi bien rester couché, ce qui fait qu'il y retourne, à sa paresse.)

  • 3526

    C'est en cherchant les œufs de Pâques que les enfants étaient tombés sur la réserve de grenades de Papy. Heureusement, comme elles n'étaient pas décorées, ils les avaient jetées dans le jardin du voisin.
     

  • 3525

    Ils sont pourtant nombreux, les acteurs de la valorisation du Furan, signe aussi que cela concerne une large population, pas seulement quelques citadins entichés d'écologie, dont un caprice serait de flâner le long d'une rivière, en pleine ville. Collectivités, établissement publics, associations, industriels, agriculteurs... la liste est longue. Je lis, je vois, je retrouve partout cette antienne  : redécouvrir le Furan. Un document de 2009 produit par la Ville de Saint-Etienne, parmi d'autres, s'en fait l'écho, en illustrant le devenir du Furan par des croquis de puits ou de noria, qui ponctueraient le tracé de la rivière. On peut y lire  : «  ville sans fleuve qui a aussi longtemps vécu dans la dénégation de sa rivière, l'entreprise [la valorisation des berges du Furan et des cours d'eau] relève à la fois du paradoxe et du défi.  » Les difficultés sont posées, l'ambition est déclarée, autant de signes que les esprits sont prêts. L'idée lancée il y a trente ans comme une utopie a fait école ou bien, aussi sûrement, le sens de l'histoire est pour une sorte de rédemption du genre humain. Il suffirait de la lui permettre. De lui donner l'occasion de faire accord avec ce qu'il a tant méprisé jadis, par indifférence, négligence, nonchalance, obsession de la rentabilité, autant de raisons irrationnelles, au regard des enjeux de qualité de vie.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3524

    Le Furan emmuré, plus ou moins souillé, que faire de ce fantôme en voie de résurrection  ? Tandis que les galeries de mines s'enfoncent inéluctablement dans l'oubli, engorgées d'eau sale, qu'elles seront de plus en plus des traces indifférentes et muettes, s'élèvent dans les pensées et se manifestent aux citoyens les moins inconséquents, l'urgence et la présence de la vie de la mère rivière. L'idée n'est pas neuve. Il y a plus de trente ans, Yves Perret avait entraîné ses élèves de l'Ecole d'architecture de Saint-Etienne, dans le projet fou d'une réconciliation de la Mère rivière avec son rejeton urbain. L'étude s'évertuait à prendre les choses dans l'ordre. Il s'agissait d'abord de s'interroger sur ce qui est le socle de la ville, sur ce qui se passe dessous. Préoccupation incongrue, déplacée, quasi délirante, lui fit-on savoir. L'époque voulait ce mépris goguenard pour ceux qui suggèrent tout simplement de cesser de croupir dans ses propres déjections. D'abord assainir, donc. Avant de bâtir, de projeter, de rêver  : s'inquiéter de la terre, de l'eau, de l'air. Pourquoi cette évidence n'était-elle partagée que par une poignée  ? Surtout, comment se fait-il que l'urgence n'apparaisse toujours pas, aujourd'hui, à son vrai degré d'exigence, ne soit pas à l'origine et au cœur de toute réflexion  ? S'il y a des générations futures, elles seront abasourdies au constat de notre inertie. Cependant, une prise de conscience, venue à la présentation de preuves incontestables un peu partout dans le monde, a lentement imprégné les esprits, au plus haut niveau. Grâce à de nouvelles réglementations, trente ans après l'initiative de l'école d'architecture, l'état du Furan s'est amélioré. Nous sommes loin du compte, comme on l'a vu (et senti), mais au moins, un espoir est permis. Maintenant, suivons la logique de notre architecte et rêvons avec ses étudiants d'une rivière rendue au jour, sur l'essentiel de sa traversée. «  Oui, l'eau coule gaillarde et irisée en plein centre ville. Depuis les ponts, certains jours, les Stéphanois viennent voir moucher les truites. Les enfants jouent partout. Des prises d'eau alimentent les biefs qui courent dans les rues et arrosent jardins publics et jardins ouvriers.  » Je cite ici un extrait d'un texte d'Yves Perret intitulé «  Rêve  » Et pourquoi pas  ? Ce sera long, coûteux  ? «  Il a fallu cent ans pour recouvrir le Furan, ça a bien été fait, rappelle-t-il, on pourrait mettre cent ans pour le découvrir.  » Les efforts techniques et économiques à consentir ne sont pas plus extravagants que ceux qui, il y a un siècle, ont conduit à l'enfouissement du cours d'eau (au passage, ça coûte combien, un stade, un centre commercial  ?) Est-on obligés de s'interdire d'y réfléchir  ? Tant d'exemples, dans l'histoire des entreprises humaines, nous rappellent qu'un projet insensé ne paraît tel qu'à cause d'une sorte de paresse. Une tour de fer de trois-cent mètres  ? Mais pour faire quoi, grands dieux  !

     

    extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3523

    Sur son radier, imperceptible désormais, le Furan parcourt des kilomètres, sa pente naturelle reprise par la grande rue qui, si on la laissait sur son élan, rejoindrait la Loire, à quoi est le ruisseau destiné. Il ne réapparaît qu'au flanc de la rue des Trois Glorieuses, vers La Terrasse, à l'autre extrémité de la ville. M'y voici en ce mois de mai. J'ai espéré plusieurs jours un moment de soleil avant d'aller, résigné, à ce rendez-vous, sous un ciel de gris massif et bas, un air sans mouvement. Triste atmosphère qui me prépare à un triste spectacle. Depuis la rue, son surplomb plus important qu'à Valbenoîte, la rivière est loin. Le Furan est pissé par la ville dans un bouillonnement dont la source est volée au regard par une épaisse végétation, broussailles inamicales qui envahissent chantiers et talus dans les zones que l'homme abandonne. Peu de courant, ce jour, le niveau est bas, l'eau est noire, quelques oiseaux, noirs, sautillent de roches grises en roches grises sous le jour gris. Sur la rive droite, une paroi minérale naturelle dont la base est travaillée par la sape du Furan, quand il abonde  ; sur la rive gauche, des murs de béton séparent cette nature navrée d'un parking accolé à des bâtiments commerciaux. Avant d'achever sa course urbaine dans cette sentine, le Furan a accueilli les eaux de ses affluents devenus des collecteurs, et son odeur n'en fait pas mystère, même à distance. Je la définirai comme un mélange de vase et de vidange de machine à laver. On se console, si l'on veut, par la perspective du traitement de cette lie, enfin, à la station d'épuration du Porchon, imaginée dès 1938 mais lancée en 1972 (pourquoi les aménagements qui concernent santé et bien-être sont-ils toujours relégués ou retardés  ?)

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3522

    Sangliers.jpgC'est ce soir, à 19 heures, à la librairie Lune et l'autre de Saint-Etienne, 19 rue Bérard, que j'aurai le plaisir de vous faire partager mon enthousiasme pour le formidable roman d'Aurélien Delsaux, "Sangliers", en présence de l'auteur.

    Enfin, un roman ample, ambitieux, riche tant du point de vue de la forme, du style, que du contenu. Enfin, enfin, un monument dans ce paysage littéraire de nains, une épopée nécessaire au milieu de cette théorie de récits timides, prudents, égotiques, souvent cyniques parce qu'incapables de grandeur.

    Enfin, enfin, de la littérature, bordel ! (je m'excuse).

  • 3521

    Mais avant cela, pour le regard averti, l'urbanisme témoigne en plusieurs endroits de la présence de la rivière sous la ville. Remontons notre parcours, rebroussons chemin vers le sud. Le cours Victor Hugo dans cette direction, soudain se tord. Sa perspective, partie d'un élan net depuis les Ursules, s'arc-boute et vire dans le tracé curviligne de la rue du Général Leclerc. Docile, la ligne de tramway, superposée au cours de la rivière, arrondit également ses voies, rejoint l'avenue Gambetta. De l'autre côté, la rue Voltaire reprend en l'inversant, l'effet de courbe amorcé par la rue Leclerc. Un «  S  » géant vu du ciel, avec les bâtiments rangés le long de cette sinuosité, comme des berges verticales. Le dessin de souple balancement de ces deux rues, c'est un tribut à notre Furan, calqué sur ses méandres, le S majuscule final du Furens. De même, cours Victor Hugo, en face des halles, le promeneur remarque dans l'alignement des façades, un bâtiment nettement moindre que les autres. Le signe d'une prudence induite par le passage de la rivière  : à l'époque de travaux d'urbanisme de ce quartier, on ne pouvait faire subir au recouvrement du Furan, aux fragiles voûtes qui portent la chaussée, le poids d'un bâtiment haut et fier, comme sont les autres immeubles de la même rue.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3520

    La ville le dérobe aux sens, après cela  : le Furan canalisé et le bief des usines qui est, en quelque sorte, jumeau de son chemin, passent en silence sous la ville, le long de la rue Gérentet, le long de la place Jean-Jaurès, non loin d'un autre entrelacs souterrain dont on parle peu  : les abris contre les bombardements établis dans ce secteur —  «  vestiges d'une guerre finie  », une du genre mondial, la seconde sans doute. Que sont devenus ces vastes couloirs de béton armé  ? L'auteur de «  Le Beau navire  », Claude Gros, les situe du côté de l'église Saint-Charles. Dans ma ville natale, ils étaient enterrés sous la place de l'Hôtel-de-Ville, une configuration proche de celle de Saint-Etienne. Lors d'importants travaux dans les années 95, on pouvait y accéder par de lourdes trappes cachées sous le bitume depuis des décennies. J'avais eu le privilège de les parcourir, en tout cas déambuler dans les portions encore accessibles, jusqu'à des obstacles de maçonneries, empêchant que des squatteurs héroïques ne s'y installent durablement ou, plus probablement, que des intrépides ne s'y aventurent trop loin, jusqu'à des confins fragilisés et dangereux. Le complexe défensif s'étendait sous la place en des prolongements non-cartographiés, à un coup de pelle ou de pioche, à moins de cinquante centimètres sous la surface. C'est l'épaisseur de béton, plus que la profondeur d'enfouissement des galeries, qui assurait la protection des réfugiés. L'ouvrage stéphanois n'était probablement pas éloigné de l'ouvrage roannais et j'en déduis que le parking souterrain actuel, dépassant et englobant la profondeur des abris, les a phagocytés. C'est donc, contrairement aux galeries de mines, un réseau bel et bien disparu, comme la petite Daphné de l'ex place Marengo, bronze élégant avec son pas de course suspendu, nymphe emportée par la guerre qui avait fait naître les abris, pas tondue mais fondue, à la grande joie des canonniers (destin que n'a pas connu la délicieuse muse de Massenet, sculptée par Lamberton, enlevée clandestinement une nuit de 1940 et qui retrouva son square, la paix revenue).

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3519

    Je voulais noter de quelle façon, au vu de tous, se manifestent les effets de ce qui travaille secrètement les entrailles de la cité. Une certaine archéologie des caractères enfouis, c'est-à-dire tus. Et comment cela, inéluctablement, bouleverse la surface. En l'occurrence, j'ai digressé  : la relation est mince entre la puissante forteresse commerciale sur laquelle je me suis attardé et le discret torrent qui palpite sous ses murs. Sans doute, un enquêteur autorisé à descendre sous le complexe voulu par Michel Durafour dans les années 78-80, percevrait entre les piles de béton solidement ancrées, l'eau confinée de la rivière, je l'imagine entre les puissantes fondations, miroitement nocturne dans l'ombre qu'elle ne quittera plus jusqu'à sa sortie de la ville. Des souvenirs du Fantôme de l'Opéra (le film, la version muette, avec Lon Chaney), plaquent leur imagerie sur la réalité certainement plus terne du souterrain. Rien à la surface ne manifeste plus le cours caché. Et puis, soudain, on retrouve le Furan un peu plus loin vers le nord. Non pas le cours et son chant  ; sa trace, seulement. Je ne sais qui, sur le site de l'Université, à Trèfilerie, a veillé à rappeler que l'eau continue son train sous la ville immobile et minérale, mais c'est une idée cohérente  : inscrire un signe mémoriel dans un lieu de savoir. Un trait bleu et droit, quelque peu râpé aujourd'hui, dessine une géométrie de rivière fantôme au piéton funambule qui l'arpente. Sur le campus, on peut s'accouder à une barrière qui protège une descente bétonnée au fond de laquelle des portes métalliques verrouillent l'accès au cours souterrain. Il suffit de tendre l'oreille pour constater que le Furan là derrière gronde et vit. Il se manifestera de la même manière, voix brouillée par la rumeur urbaine, sous les pas du promeneur à quelques kilomètres de là, place Dorian. Le sang rejoint le cœur premier qui bat. De grosses tôles séparent nos deux mondes. Vibrations de cascade là dedans, là dessous. Sur un affaiblissement des roulements de la ville, c'est plus net, c'est proche. La créature selon les saisons, rue ou somnole dans sa caverne. On guette, immobile là haut, attentif, comme on est attentif à soi, à l'écoute de ce que le corps au secret murmure de nous. Passant, il est utile de t'arrêter ici si tu veux apprendre ce que tu es et ce qu'est ton rapport au monde. C'est beaucoup, c'est trop  ? Je suis sérieux  : la méditation en présence de ce qui est enfoui n'est pas un exercice vain, il s'y produit un engouffrement en soi des embarras quotidiens, et cette opération laisse subsister en surface, sous la clarté de la conscience, ce qui mérite enfin d'être examiné. Le mystère d'une vie dont on ne perçoit que les efforts de fauve incessants à cogner contre sa cage, rince et ressuie la lie du trop-plein, et mène à l'essentiel. Ne haussez pas les épaules, essayez. Plantez-vous dans ce vertige et sentez la pulsion tellurique remuer en vous les vérités.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3518

    Non loin de ce double salut du Furan (un bonjour suivi d'un immédiat au revoir), en marchant vers le nord, on dépasse le monumental Centre Deux, qui a englouti sous son poids notre peu de rivière. Centre Deux… centre commercial dont le nom laisse supposer que ses concepteurs l'ont un temps rêvé comme un deuxième point nodal de la ville, un Centre Ville bis. Hypothèse confirmée par mon guide  : on a bien imaginé ici, à la hauteur de la place Jules Ferry, offrir un deuxième cœur à la ville. Ce qui s'entend  : je songe à la girafe, curieusement (ne riez pas), le petit miracle de l'évolution dont elle a hérité, deux cœurs pour pulser le sang jusqu'au cerveau, un muscle intermédiaire reprend le jet du premier, pousse le flux plus loin, lui fait franchir la distance aberrante de l'immense cou. La grande rue, démesurément étirée, impose cette comparaison à mon cerveau toujours prompt à susciter des relations d'images. Un Centre urbain 'Deux', ou quel que soit son nom, qui rejouerait la partie, distribuerait autrement les cartes, s'affirmant avec le temps comme un nouveau point de gravité, faisant oublier les contours incertains d'un premier, pourquoi pas, mais devait-il mettre en avant un tropisme de grande surface que les perspectives du commerce futur condamnent déjà et, par dessus tout, prendre l'allure d'un ouvrage défensif de la seconde guerre mondiale  ? Je vois à présent un projet de surface commerciale plus gigantesque encore, arrimé comme un navire de guerre futuriste à l'est de la ville, et je m'interroge... Pardon de laisser déblatérer l'urbaniste qui réside —  avec le capitaine d'équipe de football, le macro-économiste et le stratège militaire  — au fond de tout naïf appuyé au comptoir du commerce, je dépasse mon rôle de visiteur, je juge. On ne dégoise pas à la table de ses hôtes. D'autant que, dans les années 90, un auteur stéphanois se félicitait de l'architecture de Centre deux qui lui paraissait «  moderne, réussie… solide sans être majestueuse. (…) élégante, aux dimensions de l'homme  ». Nous n'avons donc pas vu les choses sous le même angle. Revenons à notre sujet...

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3517

    Dans la presse, je m'arrête sur une photo des manifestations, à Gaza. On y voit un très jeune garçon, armé d'une fronde. Un jeune garçon et sa fronde, face à un adversaire puissant et lourdement armé, ça ne vous rappelle rien ? Quel retournement !

  • 3516

    En quelques mois, j'ai prétendu saisir quelque chose de la ville, et dessiné les contours de ses enjeux pour le passé et le présent (et l'avenir, pour faire bonne mesure, n'ayons peur de rien). «  A propos de Saint-Etienne  » entre dans sa phase la plus angoissante, le moment où je vérifie quelques données, j'affine des constats, je rencontre les ultimes référents qu'on m'a conseillés, sur tel ou tel sujet que j'ai abordé. Et le problème est là  : j'ai déjà écrit, produit des hypothèses, traduit mes impressions et mes constats, dans l'élan donné par l'écriture, l'observation, les échanges et les lectures. Et soudain, à dix jours de rendre ma copie, un scientifique adorable et serviable répond à mes questions et démolit une à une mes petites inventions avec tranquillité, méthode, me renvoyant sans méchanceté à ma prétention d'auteur qui a cru pouvoir comprendre certains phénomènes en si peu de temps et avec si peu de culture. Je vous laisse, j'ai du boulot.

  • 3515

    un passage que j'ai supprimé de mon futur texte sur Saint-Etienne :

    "Où bat le puissant cœur initial  ? Où est donc ce premier centre de Saint-Etienne  ? Et d'ailleurs, c'est quoi, un centre ville, en quoi est-ce que ça consiste  ? On peut le définir comme un point de rencontre, assez restreint, convergent, historiquement ancien en général, géographiquement situé au cœur du tissu urbain, un centre de gravité où se concentrent toutes les raisons de se rendre  : commerces, administrations, animations, loisirs culturels ou autres, espaces ouverts où se croiser est possible, où se donner rendez-vous, où flâner a aussi une fonction de mixité des classes sociales. Ici, quel serait-il  ? La place du peuple, l'ancien pré de foire  ? C'est une place minérale, incommode en hiver, traversée, traversante, frangée de terrasses en été, mais dépourvue d'administrations. Le noyau d'origine, la cité des débuts, le germe historique  ? Celui-ci se résume à une place face à la plus ancienne église de la cité, une statue de Jeanne d'Arc, quelques petits commerces et une maison double de ses XVe et XVIe additionnés, dont on prévoit la restauration et l'utilisation à des fins culturelles  ; plus de théâtre par contre (la Comédie, toute proche, est encore prêtée pour des performances artistiques, mais la maison-mère est allée s'exporter hors de tout centre, tendre les bras aux Lyonnais), la vie s'est déplacée (pour preuve  : mairie et médiathèque, tout près, sont des établissements «  de quartier  », des annexes), déjà, ce «  centre  » est sorti du cadre, en quelque sorte. La place de l'Hôtel-de-Ville est le candidat le plus évident  : espace, commerces, administrations… augmentée de l'ensemble Hôtel-de-Ville  —  Préfecture, et places les séparant, le long de la grande rue. Alignement qui dilue l'effet nodal, excite, invite à la mobilité, difficile de se tenir là sans qu'un fourmillement de jambes ne vous entraîne d'un côté ou de l'autre, plus haut, plus bas, dans les rues piétonnes, ailleurs.  On ne se pose pas longtemps dans ce centre étiré, tellement étiré qu'il ne peut sans réserve être investi de ce titre. Ou bien, j'élargis la notion de centre ville, par souci de proportion avec une cité de plus de 200 000 âmes et c'est un centre qui englobe alors une zone très étendue, de la place du Peuple à la place Jean-Jaurès. Dilution, vous dis-je. "

  • 3514

    Si les frères Lumière ne s'étaient pas mariés avec les sœurs Satourne, le cinéma n'aurait jamais vu le jour.