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Au fil de l'Histoire - Page 2

  • 3480

    Plus généralement, les veines de charbon s'ancraient profondément, à la lisière des failles, dans des couches que les recherches empiriques des Grüner puis Beaunier aux XVIIIe et XIXe siècle, puis l'étude scrupuleuse des fossiles d'un certain François Cyrille Grand'Eury, avaient permis de cartographier. Grand'Eury avait compris que l'essence de certaines créatures fossiles signait plus sûrement que n'importe quel test, l'ancienneté et la qualité de telle ou telle houille, et que les arborescences des pécoptéridées, des cyathéides ou des odontoptérides, marquant la flore du Carbonifère et plus précisément du désormais catalogué et exemplaire stéphanien, étaient les repères nécessaires et suffisants pour rendre efficients les sondages du sous-sol. Le quasi-miracle du processus de fossilisation que, bien qu'amateur éprouvé je l'ai dit, passionné de science préhistorique, je suis capable d'expliquer sans me retenir d'y voir une opération magique (comment une moisson de fougères fanées, engobée d'humus, parvient-elle à muter en minéral à force de temps, c'est toujours un mystère et, donc, à mes yeux, une sorte de miracle) — a permis cette accumulation de pierre capable de fournir de l'énergie (tiens, n'est-ce pas un autre quasi-miracle, cela ?), et généreusement, sans compter — comme toujours la nature naissante en fut capable avant d'être nanifiée par l'embrassade jalouse des hommes — en des épaisseurs démesurées, remisées par l'histoire géologique à des profondeurs que nos aïeux, au Moyen-Age, pouvaient difficilement concevoir autrement que comme les parages du Pandemonium : au puits du Bardot, 331 mètres, au Grand Treuil, 515 mètres, au puits Couriot, 700 mètres, au puits Pigeot, un kilomètre sous la surface. Les progrès techniques permirent d'envoyer des hommes aussi loin dans la terre. Même les Enfers visités par Ulysse étaient plus accessibles que les profonds filons de houille du stéphanien. Il en résulte des ouvrages artificiels parmi les plus longs de l'humanité. Quelle tour de Dubaï inversée dépasserait un tel élan ? Mais élan invisible, une perforation dans le cœur d'un domaine tout aussi hostile à l'homme que l'espace. Ciel ou profondeurs, étoiles et abysses, cherchent à nous déloger, nous n'y sommes pas les bienvenus, nous ne nous y invitons que par la profanation encouragée du viol, à nos risques et périls. Et donc, un kilomètre de chute contrôlée. Des grappes humaines ballottées dans des ascenseurs à double cage, soixante à soixante-quinze hommes, précipités à 50 kilomètres-heure à la rencontre du charbon qui foisonne, mille mètres de ténèbres avalés en quelques secondes pour prendre pied, surgir tout étourdi de ce catapultage inaugural, encore prendre place dans un wagonnet, cheminer là dedans le long du travers-banc, comme poussé par l'air frais venu du puits, stopper dans un grincement aigu, descendre enfin, avancer au milieu d'un enchevêtrement de métal ou de bois, dans le boyau noir ponctué de lampes blêmes qui s'ouvre là, aller en somnambule comme les figurants de Metropolis, pour empoigner les pics de jadis ou les marteaux-piqueurs pneumatiques de l'ère moderne, s'attaquer au front de taille sur son aire dédiée, briser la roche, l'acheminer et la verser dans les bennes tirées autrefois par des chevaux, ou dans les berlines entraînées mécaniquement, et remonter au jour des milliers de tonnes de cette manne noire qui brûle et réchauffe. De telles profondeurs dans un environnement que ne dépassent en danger que les abysses de l'océan, de tels risques, de tels récits. Avait-on vraiment besoin de cela ? Considérant l'ampleur des chantiers, la taille des crassiers, la formidable dimension des machines, des rouages, des bâtiments, chevalements, moteurs qui animaient tout cela, et plus insensé encore : les sacrifices humains qu'elle exigea, on est saisi. Victimes en nombre, démembrés par la déflagration, écrasés lors d'une chute, asphyxiés, engloutis, submergés. Les catastrophes de masse, au début de l'ère industrielle, sont celles des naufrages, en attendant les avions abîmés du siècle suivant. Avec la mine, on découvre que le travail est un champ de bataille. À table, dans les familles, on débat des mérites comparés de la mort par noyade, par carbonisation ou par éparpillement. Le drame récurrent, à Saint-Etienne, n'a pas l'ampleur de l'immense massacre de Courrières, dans le Pas-de-Calais, quand 1099 mineurs furent emportés par un « coup de poussières » (soit la propagation dans les galeries, partout jusqu'aux moindres niches, d'un souffle ardent impitoyable), mais il s'égrène comme une désespérante litanie. Sur le seul bassin minier stéphanois, les victimes en nombre s'additionnent à un rythme épouvantable, en moyenne tous les trois ou quatre ans, depuis les 12 morts du puits Charrin, à Saint-Paul-en-Jarez, en 1810, jusqu'aux 6 du puits Charles à Roche-la-Molière, en 1968. J'ai fait un rapide compte sur ce siècle et demi de mort violente : près de 1300 décès, dont un certain nombre d'enfants, les plus jeunes ayant dix ans. Et je soustrais les blessés, graves ou pas, ceux qui sont peut-être décédés par la suite, et je ne compte pas les maladies, il n'est question pour l'instant que des accidents mortels, qui marquent les esprits et sont relayés par la presse, entraînent mouvements de solidarité et remise en cause de la sécurité. Une autre étude décompte quant à elle, pas moins de 5000 morts sur la même période et sur la même zone. Encore que le chiffrage des seules catastrophes ne soit pas certain, même à l'époque moderne. Dans un travail de recension, je lis cette précaution significative, à propos d'un accident en 1944 : « on parle de 9 morts ». On parle de... c'est-à-dire : il paraît, c'est possible, mais est-on sûr ? Malgré la précaution simple des numéros pris dans la salle des lampes, juste avant de descendre, il se peut donc que le compte soit douteux. De même, tous les noms des victimes n'ont pas été retrouvés, où sont-ils enterrés, ces mineurs inconnus, à l'instar du soldat qui gît sous l'arc de triomphe ? Et savez-vous que tous les corps n'ont pas été remontés...  Il reste des fragments de squelettes anonymes quelque part, au fond des puits. Il m'est arrivé de songer à ces fantômes, quand je faisais sonner mon pas sur le bitume.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3479

    La manne souterraine n'était pas forcément hors de portée. La houille affleurait dans le meilleur des cas, et la proximité de couches superficielles explique, ici comme ailleurs, qu'on put dès le XIIIe siècle, d'abord, piocher le charbon disponible à deux doigts des labours. La houille manifesta parfois sa présence, pour l’œil aguerri de l'ouvrier, au fond de sa propre cave ; comment résister, quand on a la compétence, le matériel et la force ? Impossible de laisser passer cette provende. L'homme retroussait encore les manches, en omettant d'aller à la messe, ce qui ne lui posait guère de cas de conscience, croit-on savoir. Une « gratte » bienvenue pour des travailleurs décidément infatigables. On dit que certaines faiblesses du sol, sous quelques maisons et rues stéphanoises, sont la conséquence de ces galeries clandestines, indénombrables, creusées trop près de la surface qu'elles ont fragilisée. Je veux bien croire que certaines maisons de la rue Aristide Briand, près de la gare du Clapier, furent ébranlées par le travail de sape de leurs propres habitants (j'ai entendu ce verdict : « ils l'ont bien cherché »), mais les façades étonnantes de la rue Ledin (située, quelle coïncidence, en limite d'une réserve dont nous verrons plus tard la logique) cette rue donc, avec ces fenêtres droites encloses dans des cadres obliques, ses commerces de naguère, disent des témoins, enfoncés trois marches sous le niveau du trottoir, la gare de Chateaucreux, construite sur des centaines de vérins en prévision des mouvements souterrains qu'ils devraient compenser, les silos de la médiathèque de Tarentaize, à peine achevée, ont dû être renforcés car les mouvements du sol menaçaient, la rue Beaunier dans le quartier du Soleil, modifiée par un affaissement et, dans le même quartier, à cause de plus de 20 puits creusés sur ce petit territoire, l'église Sainte-Barbe enfoncée de plusieurs mètres en un demi-siècle, des maisons bardées de fer, des ruptures de canalisations d'eau et de gaz dans les années soixante, et les tombes du cimetière du Soleil, avec ces granites qui s'affrontent, ses épitaphes qui valsent le long des allées, où l'on voit Pierre Ferraton (1901-1977) s'élever pour épauler Catherine Javelle (1887-1938), Jeanne-Marie Jacquemont (1845-1919) prise d'un sursaut indigné, se mettre en retrait de ses voisins, Joseph Jouffe avec toute sa descendance, basculer sur sa droite, Eugène Portal (1856-1907) avouer son penchant pour son contemporain et voisin de cimetière Alexandre (quant à la famille Coste dont la dernière représentante, Maria, a rejoint ses parents en 1984, sa modeste tombe a carrément pris le mal de mer. Il n'y a bien que les sépultures d'enfants que la farandole épargne, les petits fantômes pesant trop légèrement sur la terre, je suppose), tous ces bouleversements anciens, et de plus actuels que les conversations anodines révèlent : des toupies de béton l'une après l'autre versées en vain pour tenter de combler un trou apparut dans un terrain, des terrassiers confrontés à un fond de garage ouvert sur un gouffre, sont, plus sûrement qu'aux petits ouvrages dominicaux des ouvriers, dus à l'activité industrielle de l'ère moderne, celle que les derniers mineurs ont connue, qui est née au siècle de leurs grand-pères. Il en résulte ces quelques deux-mille ouvrages souterrains qui totaliseraient, si on les additionnait, une surface de cinquante-trois kilomètres carrés de chantiers. Voracité que tenta de contenir une décision municipale, la réserve que j'évoquais plus haut, imaginée à l'époque où Saint-Etienne accédait enfin au statut tant désiré de préfecture, contre sa concurrente éternelle Montbrison. Il fallait, conformément au prestige d'une telle promotion, permettre la construction d'immeubles luxueux, l'érection de façades orgueilleuses, bourgeoises. On créa un périmètre où les entreprises se retiendraient d'intervenir. Surface en forme d'amende comprise entre Tarentaize et Carnot, qui a ce nom étrange : l'investison, terme désignant précisément, selon le Larousse, un « volume de terrain qui doit rester stable pour ne provoquer aucun dégât sur des installations de surface du fait d'excavations minières souterraines ». On ne saurait être plus spécifique.

     

    Extrait de "à propos de Saint-Etienne", écriture en cours.

  • 3469

    Si on accorde crédit aux sculptures de l'Île de Pâques, il n'est guère étonnant qu'une civilisation menée par des grandes gueules avec un petit cerveau, ait périclité rapidement.

  • 3466

    Il est double, ce vertige, il tient du physique et du mental, d'enfouissements concrets et psychologiques, ou quadruple si l'on veut, puisque les deux états dudit vertige sont redoublés par l'existence de deux réseaux relégués. Ceux que mes camarades stéphanois, pourtant du cru, élevés ici, sûrement nourris de mythes locaux où la mine se taillait la part belle et où la mémoire du Furan et de ses crues se transmettait, ceux donc que mes camarades ignoraient ou dont ils ne parlaient jamais. Cette innocence est corrélée au présent de la ville, car toute ville se conjugue au présent, en surface, existe sans que soit nécessaire de s'occuper de ce qui gît, sous elle. Est-ce à dire que les villes mentent, qu'elles cachent leurs secrets, tendent une peau maquillée sur une chair remuante qui patiente ? Qu'est-ce que c'est que ce passé enfoui ou ce potentiel d'avenir que l'habitant, plus ou moins conscient, se permet de négliger ? La Mère-rivière à laquelle la ville doit d'exister, rien de moins, circule là dessous et l'on n'est pas près de la remettre au jour, quant au passé minier sur quoi je vais d'abord m'attarder, lui aussi reste tapi, et pour de légitimes raisons : place aux vivants et à demain. C'est terminé, tout cela, enterré pour de bon, et ce ne sont pas quelques roulements d'épaule du sol ou le précieux travail des érudits, historiens amateurs ou professionnels, ce ne sont pas non plus les collections, les restes dont on retarde le délabrement, qui vont imposer l'archéologie ouvrière aux hommes de demain. C'est un dilemme, ça. L'histoire minière, ouvrière, politique, fait partie de l'identité de Saint-Etienne. Cela ancre et élève, pourtant une tentation existe d'en faire le deuil, pour avancer. Comment faire ? « Comment s'extirper de ce XIXe » questionne Lionel Bourg. Laisser parler ce passé comme un vieux qui radote, le laisser s'éteindre comme se refroidissent inéluctablement les crassiers ? ou aller au charbon (c'était tentant...), remuer les souvenirs, insister, présenter la facture, en tirer des exemples pour l'avenir ? À cela, la terre donne sa réponse. Boulangée par les hommes depuis le XIIIe siècle, elle a de ces mouvements d'humeur qui forcent l'intérêt. Quant au Furan, génération après génération recouvert, honni, sali et maltraité, régénéré mais enterré toujours, il attend le bon vouloir des hommes pour retrouver une fonction, n'être plus seulement un courant souterrain, contraint, négligé, mais un élément essentiel pour penser la ville de demain.

     

    A Propos de Saint-Etienne. Écriture en cours

  • 3465

    Cependant (et est-ce que le statut de voisin invité excuse ou aggrave ce constat ?), je ne connaissais de Saint-Etienne que la surface, le grain de peau. J'ignorais sa nature ancienne et viscérale, ses aléas de puits et de rivières. Autour de moi, personne n'en parlait, camarades stéphanois d'origine ou étudiants débarqués indifférents, nos idées n'allaient pas s'égarer en deçà de nos semelles. Quand j'y pense, quels ignares ! C'est l'air, chemin pour les cris des jeux, la fantaisie des chansons, qui nous intéressait, ou bien la terre éventuellement, porteuse de jambes de filles, et l'air, encore, son froid d'hiver pénétrant, ses bourrasques d'été jouant dans les chevelures, toujours, des filles. Des années plus tôt quand, enfant, je m'étais amouraché de préhistoire, quelques expéditions à la recherche de fossiles nous avaient bien, mon père et moi, éloigné de nos campagnes pour aborder ces parages, explorer des restes affleurants montés des entrailles carbonifères, trier les intailles témoin d'une vie triomphante très antérieure aux hommes, d'une vaste genèse qu'en amateur je connaissais bien et qu'en lecteur de Hugo je retrouvais au début de sa Légende des Siècles dans cette nature qui « dépense un soleil au lieu d'une étincelle » pleine « d'arbres effrayants que l'homme ne voit plus. » Les fougères subtilement imprimées rejoignaient d'autres fossiles sur les rayons de mon petit musée domestique. À l'aune de ces évidences, j'aurais pu concevoir que la ville s'appuyait tout entière sur un récit immémorial, à demi-secret, enfoui. Mais un tel vertige m'était inaccessible autant qu'il était indifférent à mes amis. Vertige, oui, car il existe un vertige sous la ville.

     

    A propos de Saint-Etienne. Ecriture en cours.

  • 3464

    Je ne suis pas d'ici, pourtant j'ai eu des raisons de croire que je connaissais un peu Saint-Etienne à cause de quelques années traversées en études. Les unes, subies et délétères, les autres, voulues, fastes, et finalement tout aussi accablantes. Décidément, quel éternel insatisfait j'ai failli demeurer ! Mais aussi, comprenez : que peut bien vouloir un garçon convaincu de son inutilité ? Aucun cadre ne lui procure de joie. Ce fut Saint-Etienne, ç'aurait pu être Nîmes, Lille ou New-York, qu'importe, la ville où je vivais était laide, puisqu'à mes yeux, le cadre de mes errances morbides. Vous avez bien lu plus haut qu'il y avait l'amour, qui aurait dû parer la vie de beauté intégrale, indiscutable ; ce n'est pas ma seule contradiction. Les élans du cœur ne formaient que des parenthèses dans une attitude vulgairement négative, générale, un regard mauvais porté sur à peu près tout. Notre jeune couple était encore à Saint-Etienne lorsque j'abandonnai les Beaux-Arts pour me morfondre plus profondément encore au service militaire. A., ma future femme et mère de mes enfants, travaillait dans une petite usine en ville où elle montait des compresseurs à la chaîne, n'en était pas malheureuse, je la rejoignais à chaque permission, tout arrondi de bouffe de caserne, cheveu si ras que mes oreilles en paraissaient élargies, et nous avions prévu de nous installer un jour, de faire notre nid définitif à Saint-Etienne. L'appartement était vaste, agréable, bon marché, le Crêt-de-Roc nous convenait, sa vie de village, ses voisins, ses dénivelés de pentes ou d'escaliers que nos jeunes santés surmontaient sans problème pour aller et revenir de la ville, chiner en librairie, nous offrir les glaces monstrueuses qu'on servait dans le cadre bourgeois du premier Casino restauré, repeint de vert amande, nous rendre au cinéma l'Eden, là en bas, rue Blanqui, où je crois avoir vu les plus mauvais films de mon existence. Nous eûmes d'intenses bonheurs malgré les prédictions parentales, des retrouvailles joyeuses lors des permissions, malgré leur brièveté, puis de moins en moins joyeuses pour finir par nous voir l'un et l'autre en étrangers. Crise, abandon, départ... ce fut Roanne, notre socle sûrement puisque nous y étions nés et y avions grandi, qui nous réconcilia. Je voulais par ce bref rappel dire que Saint-Etienne n'est pas un système que je découvre. Invité en résidence, j'y ai déjà mes habitudes de promenades, mes amis, mes cafés. J'y connais même des plasticiens, des éditeurs, des comédiens, des écrivains, une société symétrique à celle du Roanne artistique qui est aussi mon univers.

     

    A propos de Saint-Etienne. Ecriture en cours.

  • 3463

    Pour un romancier, l'histoire de Jésus peut-elle être autre chose que celle de l'absence d'un père, et de la création d'un père de substitution, qui s'appelle Dieu ?

  • 3437

    "... des histoires de royaumes et de guerres, d'alliances et de trahisons, de puissantes dynasties et de brillants généraux, d'artistes inventifs et de héros légendaires. Des récits qui témoignent de la profonde originalité de la civilisation maya." (Télérama) Vous lisez comme une contradiction dans cette phrase, ou c'est moi ?

  • 3433

    Takeshi était le kamikaze le plus nul de la flotte. Il rentrait vivant de chaque mission.

  • 3432

    Avril 1912, quelque part dans l'Atlantique nord, une discussion anodine entre un architecte naval et un commandant dégénère. "Ah, il est insubmersible, ton bateau ? Ah il est insubmersible ?" "Parfaitement, même un commandant à la noix comme toi arrivera pas à le couler !" "Et là, si je fonce sur l'iceberg, là ?" "Que d'la gueule ! " "Putain, me cherche pas..." "Et ben, vas-y, ducon, vas-y, t'as qu'à essayer, tu vas voir !"

     

  • 3429

    Depuis le fond de sa tranchée, au milieu des cadavres déchiquetés, les pieds dans la boue froide, Pierrot avait beaucoup de mal à partager le chagrin de sa femme qui, dans sa dernière lettre, lui apprenait la mort de Pimpin, leur lapin domestique.

  • 3425

    Le général Custer pensait qu'un bon indien était un indien mort, et ce n'étaient pas les milliers de sioux qui l'encerclaient en lui tirant dessus qui allaient le faire changer d'avis.

  • 3424

    Ce n'est pas à cause du froid qu'Hannibal perdit la moitié de ses éléphants en traversant les Alpes, mais à cause de l'invention idiote d'un de ses généraux pour accélérer l'allure des pachydermes dans les descentes : le ski.

  • 3408

    Allez, vite fait, un petit panorama rétrospectif de l'année qui vient de s'évanouir. Elle a existé, c'est ainsi, personne ne pourra nous enlever ce que nous y avons fait, ni nous absoudre de ce que nous n'aurions pas dû y faire. Je vous épargne les soucis que chacun traverse dans sa vie de tous les jours (par contre, je ne vous épargne pas mes réalisations, c’est mon blog, vous êtes assez grands pour passer à autre chose, je vous fais confiance).

    Côté écriture, beaucoup de travail pour pas mal de déception (voire d'ébranlements). Deux pièces de théâtre. L'une, acceptée, mais dont la production est repoussée à une date indéfinie : «  Le sort dans la bouteille » (titre provisoire, je vous rassure). Une autre, née d'une initiative passionnante : « Courage », écrite pour une classe de Seconde au lycée Jean-Puy, à Roanne. Nous verrons cela mis en scène par une professionnelle et interprété par les élèves (et pourquoi pas, aussi, par des profs audacieux) avant la fin de l'année scolaire, logiquement. Il y eut aussi cette belle expérience autour des témoignages des tisserands de Charlieu et environs : « Portraits de Mémoire ». Un site, des photos et vidéos de Marc Bonnetin et des musiques de Jérôme Bodon-Clair. Ajoutons deux scénarios inédits : l'un de Bande-Dessinée, pour l'ami Thibaut Mazoyer en recherche d'éditeur, et un de documentaire : « Joseph Déchelette précurseur de l'archéologie ».

    Hors les romans avortés (il y en a eu deux, abandonnés cette année : « Cryptes » et « Mado »), j'ai achevé deux manuscrits, l'un pour Mnémos, l'autre pour Phébus. Les deux ont été rejetés, ou plutôt... pas acceptés en l'état. Des ratés, quoi. Plus d'un an d'écriture pour rien, si l'on veut voir le verre à moitié vide (ce qui est ma nature, hélas). Tout reprendre, tout refaire, tout reconsidérer, sans garantie de faire mieux. Bon. Encore sous le coup de cette double perplexité de mes éditeurs, je n'ai pas écrit plus d'une page ou deux, depuis.  Ces échecs m'ont atteint plus que je ne saurais le dire, plus que je ne croyais en tout cas. Combien de temps peut-on se prétendre écrivain quand on n'est plus publié ? Dans le même temps, j'ai vu tant d'amis auteurs bien « implantés », réputés, sûrs, dont les manuscrits sont refusés… Je ne me plains donc pas. Je préfère qu'un éditeur me refuse des textes faibles plutôt qu'il les accepte pour de mauvaises raisons (même l'amitié serait une mauvaise raison). Je vais donc tenter de travailler mieux, avec encore plus d'exigence. Dès que je serai remis de ce double uppercut.

    Côté publication, l'année a commencé avec clairons et tambours (en fanfare, quoi), par la sortie de « La vie volée de Martin Sourire » chez Phébus. Réception variable, mais plutôt bonne en général, une presse assez attentive à ce qu'elle considère comme mon deuxième roman (la presse ignore ma veine « imaginaire » et mes romans précédents, éditions trop confidentielles pour lui être parvenues). Des lecteurs nombreux, des retours, des fidélités qui se dessinent. Quelques prix ou sélections, de nombreuses rencontres, de nouvelles librairies qui commencent à s'intéresser à mon travail. Pour la première fois, avec ce titre, des éditions simultanées pour « clubs de lecture » : France-Loisirs, Le Grand livre du Mois… dont des libraires et amis me disent que c'est dévalorisant. C'est possible. Il faut que je vous dise, ici, qu'on ne me demande pas mon avis. Mon éditeur me prévient seulement que mon roman va être publié chez un tel ou un tel, point. Dans le cas contraire, m'y opposerais-je ? Je ne crois pas : je vis toujours le syndrome de l'auteur immensément reconnaissant (et un peu incrédule, même) qu'un éditeur veuille bien dépenser des sommes extravagantes en pariant sur ses écrits. Alors, si l'éditeur peut rentabiliser son investissement, et bien, ma posture d'auteur trop au dessus de la mêlée pour confier ses si belles réalisations aux communs, me paraîtrait à la fois méprisante et vaniteuse.
    2018, année aussi des sorties en poche de deux romans : « L'Affaire des Vivants » et « Les Nefs de Pangée ». Deux versions dont je suis assez fier. La couverture du poche de « L'Affaire des Vivants » enfin, belle ! comme j'aurais souhaité que celle du grand format le fût. Une seconde vie pour ces deux romans. Je n'ai pas encore les chiffres (il faut attendre plus d'un an), mais j'ai vu les livres bien diffusés, longtemps. Notons pour « L'Affaire » une diffusion particulière sous la forme « Mybookbox », une jolie formule et un contact chaleureux avec les inventeurs de cette formule.
    Côté publication, toujours, un grand merci aux Éditions Le Réalgar d'avoir accepté un texte singulier : « Lettre Ouverte à l'autre que j'étais », et aux éditeurs associés pour l'occasion : Mnémos et Les Moutons électriques, d'avoir élevé au statut de préface un article spécialement écrit pour l'occasion de la réédition de « Salammbô » de Flaubert. Une manière de se réapproprier ce monument et de le revendiquer comme l'ancêtre, le précurseur, du genre Fantasy. Vision à laquelle j'adhère totalement, d'où ma participation avec un long texte intitulé : « Salammbô, raté, comme un chef-d’œuvre ». Enfin, une publication confidentielle, prévue en 2017, ne sortira qu'en début de cette année : « Étrangères » aux éditions Les Petits Moulins.

    2017 aura été riche en commandes. Une conférence sur l'histoire de l'Art abstrait : « Retour aux signes » et une « masterclass » autour des scènes de batailles. Beaucoup de travail pour les préparer, je n'ai pas fait les choses à moitié, je vous assure. La récompense étant, par les réactions venues ensuite, de constater qu'on a pu apporter aux autres.

    Et puis un grand nombre de rencontres en librairies, en bibliothèques, dans des classes en collèges ou lycées, ou dans des salons du livre. Cette année, j'ai choisi avec plus de rigueur qu'autrefois ceux auxquels j'étais invité : Salon du livre de mer de Noirmoutiers (pour « Les Nefs de Pangée »), Fête du livre de Saint-Etienne, Salon du livre de Ménétrol et surtout le festival de littérature itinérant « Les Petites Fugues » en Franche-Comté, dont je ne cesse de vanter les mérites autour de moi. Je distingue l'expérience de la rencontre au « Hibou Diplômé », petite librairie de ma région, car elle avait la particularité d'être inspirée par un lecteur. Il se reconnaîtra, qu'il soit ici remercié.

    2018 s'ouvre avec la perspective d'une résidence d'auteur. Dès la semaine prochaine, je serai à Saint-Etienne, par la grâce d'un jury qui m'a proposé. Je ne vous accable pas de mes expressions émues. Sachez seulement que, parmi les membres dudit jury, il y a deux écrivains que je vénère (sans parler d'un éditeur et d'un bibliothécaire bienveillants). Je ne sais pas encore si Kronix sera le relais quotidien de cette expérience prometteuse mais je vous signalerai les rendez-vous publics qui vont ponctuer trois mois d 'installation dans la préfecture de la Loire.

    Assez parlé bilan, l'année 2018 s'ouvre sur de belles promesses. J'essaierai d'en être digne.

    Bonne année à vous aussi.

  • 3405

    L'officier monta sur le talus et cria « En avant soldats, pour la Fr... » et puis il fut coupé en deux. Quelqu'un demanda "qu'est-ce qu'il a dit ?" les autres jurèrent n'avoir pas bien compris. Les soldats regardèrent la couleur du ciel, leurs chaussures, et puis un type qui s'occupait de la popote annonça que la soupe allait refroidir. Ils filèrent vers la cantine, le cœur léger.

  • 3398

    Il saluait, remerciait, embrassait avec chaleur tous les barbouilleurs de pavés, les peintres ratés, les portraitistes du dimanche qu'il croisait. Au moins ceux-là, bien que rejetés par les écoles d'art, n'étaient pas devenus dictateurs pour autant.

  • 3388

    Le premier chrétien qui se fit dévorer par un lion n'avait absolument aucune idée de ce qui l'attendait et, convaincu par ses plaisants petits camarades, pensait qu'il suffirait de dire aux gros chats "veux-tu rentrer tes griffes" pour continuer la rigolade qui avait commencée avec de prétendues séances de pal.

  • 3386

    Le chef Sioux a deviné que les ennuis commençaient quand il a compris que les étranges voyageurs, pour parler de la terre de ses ancêtres, des lieux immémoriaux où sa tribu vivait de toute éternité, disaient "Nouveau Monde".

  • 3365

    Hier, on a caressé la France dans le sens du poilu.

  • 3346

    Polyphème, aveugle et furieux, ouvrit sa grotte et, bloquant le passage de sa masse, fit sortir ses moutons un à un. Involontairement, il en vérifiait le nombre en les touchant. Ils étaient nombreux ; il s'endormit, et Ulysse et ses hommes purent s'éclipser en douce. Et d'inventer ensuite cette histoire de fuite, accrochés à la toison des bêtes énormes !