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Au fil de l'Histoire - Page 4

  • 2504

    La lenteur de fabrication d'un roman est exaspérante. Cela peut même rendre schizophrène, à force. Je reprends le chantier de La Grande Sauvage, qui se déroule pendant la Révolution Française, mais les intentions et l'élan qui m'ont poussé à l'entreprendre se heurtent au spectacle des injustices quotidiennes, de l'urgence que je ressens à exprimer des combats immédiats, actuels, qui me contraignent à me situer, là, maintenant. L'envie existe de laisser tomber le propos de cet énorme boulot (entamé il y a déjà deux ans, mine de rien), pour m'emparer d'un sujet d'aujourd'hui et le traiter avec l'énergie de la colère ou du désespoir. Je pourrais me servir de ce roman pour le faire ? Sauf qu'il en résulterait un pot-pourri de mes indignations (parce qu'elles sont nombreuses et semblent se multiplier dès que je m'informe sur quelque chose). Donc, attendre, finir ce qui a été commencé, prendre du recul. Ou tout basculer cul par dessus tête, stopper ce qui menace de ne plus faire sens pour moi, et me plonger dans la métamorphose scripturale du courroux, tout entier et tout vibrant. Mais cela signifierait trahir mon éditeur et le jury qui m'a confié une aide importante pour accomplir ce roman (je ne vous avais pas dit ? Voilà : la Région a agréé mon dossier). Vous raconter tout ça est une manière d'admettre publiquement que, ces jours-ci, alors que je parviens enfin à m'extraire de mes Nefs de Pangée, je n'arrive pas à pondre une ligne du prochain. Dramatique.

  • Alibi dineux

    Les vieillards vérifiaient seulement que Suzanne avait bien attendu de digérer pour aller se baigner.

    Et après, toute cette histoire qu'on leur a fait, pfff...

  • A quoi ça tient

    Harcelé par des myriades de moustiques bien à l'abri entre les plaques osseuses de son échine, le stégosaure, incapable de soulager cette incessante démangeaison, devenait fou. Il a préféré disparaître. C'est bien triste. Saloperies de moustiques.

  • Précaution

    Nous sommes bien d'accord : la présence dans notre bibliothèque de « L'Agenda de la France nouvelle 1941 » (avec le portrait de Pétain en page de garde), de « Penser Français » (éditions de la légion, 1941), de « Toute la vérité sur un mois dramatique de notre histoire, 15 juin - 15 juillet 1940 », avec des exergues de Pétain et de Laval), et des livres sur l'occupation signés Patrick Buisson, n'augure d'aucune adhésion à certaines idéologies, mais est le signe que, pour bien combattre son ennemi, il faut le connaître.

  • Il y a quatre ans

    Tiens, j'ai retrouvé ce billet, écrit en juin 2010, après la diffusion d'un tract présentant la maire PS de ma ville, à l'époque (nous étions sous la présidence d'un agité chronique, souvenez-vous), comme une complice béate des immigrés, coupables de tous les maux. Je me permets cette redite :

    "Un tract ignoble est diffusé dans la ville, assimilant le propos social de la gestion municipale (qu'elle soit faite à tort ou à raison, et avec ou non des résultats, serait la seule question digne d'intérêt) à une bienveillance à l'égard de l'immigration. Vieille rengaine dont on pouvait espérer que l'éclatante démonstration de l'incurie nationale avait eu raison. En effet, la chasse implacable aux immigrés, les expulsions nombreuses et impitoyables, la préférence « française » théoriquement niée mais appliquée dans les faits, les rodomontades diverses, n'empêchent pas la dégringolade de tous les curseurs, année après année. Le maintien des institutions sociales, seul contrepoids à la violence de la paupérisation et du chômage, est le dernier rempart à un libéralisme dévastateur.
    La vulgarité du torchon roannais (jeux de mots moisis, raccourcis à visée parodique, détournements de visuels) illustre donc -non pas l'aboutissement, mais- la suite logique d'une sape menée depuis des années par les tenants d'une société toujours plus brutale, toujours plus répressive et anxiogène, une société qui méprise la lenteur des intelligences scrupuleuses. Les mêmes espèrent un nivellement de la pensée par le bas, une recherche aux ordres, un enseignement fabriquant des prolétaires soumis, une légalisation des enrichissements les plus immoraux, une prescription réduite des affaires de délinquance en col blanc, des médias décérébrants et des humoristes inoffensifs, une santé publique à l'agonie, des employés précaires et des Valjean chenus trimant jusqu'à la mort. J'en passe, mais vous saurez compléter.
    L'histoire locale n'échappe pas à ce désir morbide d'aviver les souffrances en désignant, comme toujours, des coupables. Ils portent deux noms emblématiques depuis toujours : « Femme » et « Etranger ».
    Tous deux partagent le poids d'un péché immémorial : A la maison, ils coûtent ; sinon, ils prennent le travail des autres. S'il leur arrive d'accéder à un pouvoir quelconque, ils sont suspects de laxisme, de faiblesse d'esprit et de caractère. Enfin, la majorité de l'opinion silencieuse ne les défendra pas ; on peut donc les insulter impunément. C'est fort de ces principes, répétés à l'envi dans les dîners choisis, que les auteurs du tract ont frappé, certains d'être soutenus par les premiers produits de la société qu'on nous prépare depuis une dizaine d'années. Il s'agit d'une violence, une de plus, inspirée par les aboiements venus du sommet.
    Que ceux qui y voient l'aboutissement des excès d'une frange extrême ouvrent les yeux et les oreilles : ce n'est que le signe avant-coureur de luttes plus féroces, plus inégales, et meurtrières. Je ne cesse de le dire depuis les dernières présidentielles, et voilà pourquoi ce tract a selon moi valeur d'exemple hors frontières communales : le mépris des plus pauvres, la gabegie et l'aveuglement des élites conduiront la démocratie à l'effondrement. Ceux qui se réjouissent à présent de cette farce odieuse, ceux qui ricanent en y voyant un coup supplémentaire porté contre un adversaire politique, devraient y réfléchir : dans le cœur des plus désespérés, ils ne sont pas si loin de l'étranger et de la femme. Et si, au delà des organismes les plus prompts (et malheureusement habitués) à protester contre la moindre atteinte au respect humain, les politiques et les citoyens, sans idée partisane, ne disent pas haut et fort leur écœurement, ne se décident pas à prôner le temps nécessaire au travail de l'intelligence à l'école et dans les médias, le mouvement n'en sera que plus puissant, et les emportera tous."

  • Pottier pris aux mots

    Cet acharnement qui va jusqu'à la démolition des ruines, et tout ça sans connaître le couplet « Du passé faisons table rase »... ça force le respect, cette internationale de la colère.

  • La bonne adresse

    Dans La Vache, la deuxième sourate du Coran, il est clairement expliqué que les mécréants le sont par la volonté expresse de Dieu (« Quant aux incrédules (...) Dieu a mis un sceau sur leurs cœurs et sur leurs oreilles ; un voile est sur leurs yeux »). Si on se demande bien dans quel but, on peut en tout cas se réjouir que l'athée ne soit en rien responsable de sa philosophie et puisse même exiger du croyant le respect le plus haut, ayant bénéficié, contrairement à lui, de l'attention particulière de son créateur.

  • Homme, humus et On

    L’homme s’est longtemps considéré -étant seul juge- comme l’aboutissement de la création, et les mots témoignent de cette ambition. Revenons dans le passé lointain pour dépoussiérer la racine indo-européenne Ghiom, la terre. Les Grecs y puisent le mot khtôn de même sens, qu’on retrouvera dans chtonien et autochtone. Les latins fabriquent un « homo », littéralement « né de la terre » (idem pour l’Adam hébreu, issu également du sol), dont on retrouve la facture terrienne dans l’humus et aussi, souvenons-nous en, dans l’humilité. Le genre humain, lui, est entièrement représenté, le savez-vous, quand vous dites ou écrivez « on ». Car dans « on » il y a l’ « homme ».
    Grecs et latins ont puisé dans le Ghiom indo-européen (terre), leur khtôn et homo (voir plus haut). La logique inverse est possible : le Wiro indo-européen qui désigne l’homme en tant que principe masculin, a abouti au world anglais et au welt allemand : le monde. Il reste encore un peu de l’humain wiro dans le werewolf (le loup-garou anglais), dans la virilité, la virago et même la vertu (du latin virtus, courage, force). Enfin, une autre racine : Ner, le guerrier, a donné les préfixes andro et anthro, et les prénoms André (viril) et Alexandre (qui protège les hommes).

     

    Et c'est la 2400ème note, les amis.

  • Aujourd'hui

    Il y avait la guerre. Elle allait durer des années. Ils espéraient qu'elle cesse un jour, ils étaient persuadés qu'elle cesserait un jour. Et nous voici, vivant cela. Nous adaptant au quotidien de cette guerre-là comme nos aïeux s'adaptèrent au quotidien de la leur. Sans grand espoir qu'elle finisse. Notre temps, désormais, est un temps de guerre. Et nous allons nous y habituer.

  • On ne prête qu'aux riches

    Disons-le encore une fois, pour que la vérité s'impose : l'invention de l'eau chaude est bien antérieure à Léonard de Vinci (qui n'a pas inventé l'eau tiède non plus).

  • Le bon coin

    Tout de même, les ancêtres des peuples du Nunavut, je ne veux pas être méprisant mais... Je les imagine, au terme d'une migration séculaire, d'une marche de dizaines de milliers de kilomètres sur plusieurs générations pour trouver un endroit où prospérer, s'arrêtant au beau milieu d'une espèce de banquise blanche et glacée, contemplant l'horizon net comme une lame et déclarant : « Parfait. »

  • Abstentionniste

    Alexis de Tocqueville était étonné, même un peu goguenard, de constater que ces sacrés Américains pouvaient confier un poste de sénateur à Davy Crockett, un trappeur coiffé d'une fourrure de raton-laveur. Le raton-laveur aurait été de son avis, certainement, mais il s'en fichait visiblement.

  • Cause et effets

    La France est le pays développé où l'espoir en l'avenir est le plus bas, statistiquement. C'est aussi celui qui, proportionnellement, compte le plus d'athées.

    C'est qu'on a appris ne pas croire aux contes fées, je suppose.

  • Extrait

    On l'a cueilli sur le bord du chemin, pas loin des roues du carrosse, ou était-ce une calèche découverte, un de ces attelages légers qui prenaient de l'Angleterre le goût de la vitesse, ou encore une lourde berline, tonitruante, à trois paires de chevaux, énorme, de ces attelages que rien n'arrêtait, qui fonçaient dans les rues précédés de fantassins endurants ou de chiens immenses, jetés en avant-garde pour affoler la populace qui devrait s'écarter vite si elle voulait échapper à la mort aveugle lancée au galop derrière eux. C'était aux franges d'un petit bourg anonyme. Il y avait cet empressement de gueux accourus comme ils font à l'entour de toute pompe sait-on jamais, des fois qu'une bénédiction et quelques écus tomberaient des bourses, des fois que la manne fuserait parmi le crottin, semé avec une pareille désinvolture du cul des chevaux ou de la paume des dames – avec un soulagement moindre dans ce dernier cas – ou agglutinés là seulement pour voir, tant c'est beau, tant c'est un spectacle tout cet apparat, les cavaliers chamarrés, les postillons en livrées impeccables, la brillance des harnachements, le tonnerre des chevaux bien bouchonnés et des essieux bien graissés, des fers solides qui font gicler la caillasse.

     

    Extrait d'un roman (sans titre pour l'instant) en cours d'écriture.

  • Apercevoir les couleurs d'une époque révolue

    Je vais avoir un peu de retard sur mes autres lectures, cette année...

    La Révolution Française, Furet et Richet
    La reine Marie-Antoinette, Pierre de Nolhac
    Revue Versalia N° 4 et 9
    Le hameau de la Reine, Thierry Deslot
    Monsieur Nicolas, Rétif de la Bretonne
    Les nuits de Paris, rétif de la Bretonne
    Les hommes de la liberté, Claude Manceron (les trois volumes)
    Vie et destin de l'architecte de Marie-Antoinette, Patrice Higonnet
    Histoire de France, 1789-1815, chez Belin
    Origines de la France, Taine
    Histoire de France, Michelet
    Histoire de la vie privée, de la révolution à la Grande Guerre, Philippe Ariès et Georges Duby
    Journal d'une reine, Evelyne Lever
    1789, recueil de textes et documents, ministère de l'éducation nationale
    Blancs et bleus dans la Vendée déchirée, J-C Martin
    De 1789 à 1815, Souvenirs et portraits, Edmond Biré
    1789, l'année sans pareille, Michel Winock
    Robespierre et la Révolution, C. Marand-Fouquet
    La bibliothèque bleue, littérature de colportage, Lise Andries-Geneviève Bollème
    La vie quotidienne en France au temps de la Révolution, J-P Bertaud
    Histoire et dictionnaire de la Révolution Française, Tulard, Fayard, Fierro
    Dix-huitième siècle, A Malet
    Mémoires de Mme Campan
    Yzernay au cœur de l'histoire, tome 1, G Michel
    Revue du souvenir vendéen, N°s 1 ; 241 ; 257
    Les insurgés de Dieu, P Poupard
    Histoire de Chanteloup-les-bois en Anjou, A H Hérault
    La chouannerie et les guerres de Vendée, N Meyer-Sablé
    Le cimetière des martyrs d'Yzernay. A H Hérault
    Paysans vendéens, Comte de Chabot
    Turreau et les colonnes infernales, E Fournier
    Les démons de la vertu, E Durand
    Sur la Vendée militaire, les textes de Reynald Secher. Il sent le souffre, mais comment en faire l'économie ?

    Les conférences d'Henri Guillemin
    Voir aussi les mémoires de Brave Langevin (guerre de Vendée)
    Lettres ou mémoires du capitaine Bouveray (armée de Mayence)
    Le petit Trianon, histoire et description, G Desjardins


    Et quelques romans, pour la chair :
    Quatre-vingt-Treize, Hugo
    Cadio, Sand.
    Les Onze, Michon

  • Pause

    Je pars pendant quelques jours sur la piste des colonnes infernales de Nicolas Haxo. Kronix va se reposer pendant ce temps, je le sais bien, allez, mais il ne faut pas lui en vouloir. Si je ne le nourris plus, le bestiau dépérit. Je reviens. merci de votre patience.

  • In memoriam

    Les gens vivaient, entre la peste, les famines, les interdits, les maladies et les guerres, l'enfer chaque jour. Malgré ça, on les rendait coupables assurément, on leur promettait après la mort, un enfer encore plus terrible. Ils n'ont certainement pu tenir que grâce à la certitude que, bon sang de bonsoir, les temps à venir seraient forcément meilleurs. Et nous voici, à saluer la mémoire de tous les cocus de l'Histoire.

  • Gauloise amère

    Vercingétorix, dans son cachot romain, revivait ses grandes chevauchées, ses baignades dans les ruisseaux libres de la Gaule, ses victoires contre l'envahisseur. Et de se voir là, dans une fosse putride à attendre qu'on l'étrangle, lui fit se demander tout de même, ce qui lui avait pris de s'exciter comme ça contre des types qui, finalement, étaient venus construire des routes et établir un commerce florissant. Commerce dont aujourd'hui, probablement, se repaissaient ceux qui l'avaient encouragé à se battre. Il se sentit triste, voire un peu cocu.

  • Préhistoire

    Travaillant sur la période révolutionnaire, je découvre au fil de mes recherches que je fouille incidemment les vestiges du passé des protagonistes de mon « Affaire des Vivants », située un siècle plus tard. Ce qui les explique, en fin de compte, et que j'ignorais moi-même. C'est troublant.

    Et, une fois de plus, le bonheur incroyable de disposer d'une bonne bibliothèque domestique. Dans la minute, une vingtaine de livres, présents, dociles, offerts, sur le sujet. Une bénédiction.