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Au fil de l'Histoire - Page 3

  • 2756

    Des balles, des peurs, de la mort et de la cruauté. Et en regard, n'empêche, ni pogroms, ni foules haineuses, mais un peuple qui dit : on va continuer d'aimer la vie et de l'aimer ensemble. C'est très très rare, mais il m'arrive d'être fier d'être Français.

  • 2754

    On allait comme ça, entre deux nuits, décalotter les calotins, faire mordre la poussière aux coquins, les phrases que trouvait Huché quand il était inspiré, à marcher dans cet hiver qui nous enfonçait le chapeau dans les épaules, éparpillait nos balles dans le pays à cause de nos mains tremblantes, à reprendre les cris des loups et les cris des corbeaux, nos compagnons de mort et de froid. Je sais bien ce qu'on était, charognards semblables, animaux guère plus, enfin je crois que c'était nous, ce qui restait de nous. Il y avait bien une noble mission, à l'origine, là-bas, au premier de nos pas, il y avait une idée de grandeur et d'élévation quelque part à la source, mais les loups et les corbeaux sont de piètres ouvriers pour accomplir si noble tâche, ils font tout salement, dévorent les proies sans les occire tout à fait, se foutent des plaintes des corps qu'ils déchirent, on se voyait à distance, hardes et hardes, on se reconnaissait, les loups nous auraient jamais attaqués par exemple, je crois qu'ils avaient appris nos uniformes, notre odeur, on devait leur paraître comme des pourvoyeurs, des alliés surgis de l'enfer pour leur faire le cadeau de l'abondance, bien leur tour, après tant d'années de fuite, on leur livrait les entrailles fumantes de leurs chasseurs, on punissait ceux qui les massacraient.

     

    La Grande Sauvage. Extrait. En cours d'écriture. A paraître chez Phébus en 2017.

  • 2724

    Les dictatures ou les régimes autoritaires sont peut-être des mutations inéluctables, des ponts critiques entre deux états de la démocratie ?

  • 2713

    Je suis surpris de la bonne volonté de ceux qui, pendant la Terreur, grimpaient sans faire d'histoires sur l'échafaud. Hors Mme du Barry qui renâcla, tous les autres, et vas-y, pousse-toi, tu montreras ma tête, moi d'abord, après vous, Hop, Tchac, suivant, c'est mon tour, dans l'ordre et la discipline, on n'est pas là pour traîner, etc. Je me demande si, vu le nombre quotidien d'exécutions, il ne se créait pas une sorte d'esprit d'équipe parmi les condamnés et que les charretées ne finissaient pas par ressembler à des départs de collège en bus.

  • 2707

    Sur leur gauche, quand la brume s'effilochait, que la lumière perçait nette jusqu'au sol, il voyait les hommes de Kellermann, guère mieux accoutrés qu'eux-mêmes, prolonger leurs rangées disparates sur un léger relief. Le tertre où patientaient les bataillons était dominé par un moulin à vent, monolithe aux parois sombres et mouillées, qui faisait un signal nu, isolé dans le paysage.

     

    La Grande Sauvage. Extrait. Roman en cours d'écriture.

  • 2704

    Permettez-moi juste une pensée pour les populations civiles de Rakka, qui avaient réussi à se débarrasser du joug de Bachar Al-Assad, se sont retrouvées avec Daesh sur le dos, et prennent aujourd'hui des bombes coalisées sur la gueule.

  • 2684

    74_1_w1000h600.jpgMartin adore le vertige que lui procure ce dessin. C'est un prodige qu'il ne parvient pas à s'expliquer. Comment, sur cette feuille de papier, sur cette surface plane qui tient entre ces bras ouverts, l'Architecte a-t-il pu rendre la sensation de l'immensité ? Et chaque dessin de l'Architecte procure le même effet. Depuis trois mois qu'il vit ici avec Marianne, et surtout depuis les deux dernières semaines, depuis que l'Architecte est parti en leur laissant la jouissance et la surveillance de son logis, Martin profite de ses longues heures d'oisiveté, pour entrer dans le bureau aussi discrètement que si le maître était présent, sortir délicatement un dessin du meuble de classement, et le contempler longuement, avec concentration, à s'y perdre.

     

    Extrait de "La Grande Sauvage". Ecriture en cours.

    Image : projet pour la bibliothèque royale, rue de Richelieu. E-L Boullée, 1785.

  • 2683

    etienne-louis-boulc3a9e-1784-cc3a9notaphe-de-newton.jpgÀ son grand étonnement, le dessin immobile se met à raconter l'histoire de ces visiteurs, la majesté du monument amorce une fable, quelque chose d'aussi vaste que les légendes du Christ qu'on lui enseignait naguère. Quelque chose qui le dépasse, comme le dépassent les dimensions de la sphère, son globe qui se dresse comme une lune descendue sur la terre, immense, qui développe ses courbes loin au dessus des minuscules créatures à ses pieds. Comment ces fourmis pourraient-elles faire plus que rêver pareil délire ?

     

    Extrait de "La Grande Sauvage". Roman en cours d'écriture.

    Image : Le cénotaphe de Newton, par Etienne-Louis Boullée (1728-1799).

  • 2680

    On le sait, la démocratie désigne le commandement (kratein) par le peuple (dêmos), inspiré du fonctionnement politique de l'antique Athènes. Une démocratie toute relative puisqu'alors ne pouvaient voter que ceux qui subvenaient à leurs besoins. Esclaves, pauvres et femmes étaient exclus du système. C'était il y a 2500 ans. Souvenons-nous que l'abolition de l'esclavage date en France de 1794 et le droit de vote pour les femmes de 1944, et rappelons que Tocqueville, de voyage an Amérique, s'offusquait de cette démocratie américaine tellement libérale qu'elle admettait qu'un vulgaire trappeur soit élu sénateur (il s'agissait de Davy Crockett).
    La tentation persiste de se croire mieux instruit qu'un autre de la complexité du monde et par là, de penser que son vote est plus légitime que celui d'un autre. La démocratie est d'abord affaire d'humilité.

  • 2679

    Après le retrait des missiles nucléaires à Cuba, l'écrivain Pol Mathil échange avec Che Guevara.

    Le Che : En acceptant le démontage des bases et des fusées, les Russes ont commis une erreur historique.
    Pol Mathil : Et toi, qu'aurais-tu fait à leur place ?
    Le Che : Si les fusées avaient été entre mes mains, elles auraient été tirées et auraient atteint la cible vers laquelle elles ont été orientées. C'est pour cela qu'elles ont été installées ici.
    Pol Mathil : Pourtant, si vous les aviez tirées, la riposte américaine aurait été immédiate et terrible. Cuba aurait été engloutie sous l'océan.
    Le Che : Peut-être. Tel aurait pu être le cours des événements. Mais le but aurait été atteint et l'impérialisme yankee nous aurait accompagnés au fond de l'océan.

    (Extrait traduit de L'intrus. 2007. Pol Mathil)

  • 2665

    L'humanité, habillée, parfumée, maquillée. Qu'a-t-elle à cacher ?

  • 2655

    Ce qui m'a toujours fasciné dans l'histoire de la Belle Paule de Toulouse, c'est son aspect légendaire, alors qu'il s'agit d'une histoire vraie, relatée par plusieurs sources contemporaines, y compris des textes administratifs comme on va le voir. Un petit rappel, parce que vous n'êtes pas obligés de connaître :

    Paule de Viguier est née en 1518, à Toulouse. Sa beauté était si extraordinaire que ses apparitions publiques causaient des attroupements de curieux, bien désagréables pour sa paisible personnalité. Il lui devint si difficile de simplement sortir de chez elle qu'elle résolut un jour de rester cloîtrée dans sa maison.

    Il s'en suivit toutes sortes de protestations, de manifestations, dont certaines dégénérèrent en émeutes violentes. La municipalité de Toulouse dut prendre des mesures. Par arrêté municipal, la belle Paule (surnom donné par François Ier lors de sa visite en 1533 où la toute jeune fille avait été choisie pour sa grande beauté -déjà- afin de présenter les clés de la ville au roi) fut contrainte de se présenter deux fois par semaine à sa fenêtre, pour calmer la population.

    Encore une fois, ce que je trouve extraordinaire dans cette histoire qui ressemble à un conte, c'est que les textes existent, que cette femme a vraiment été obligée de s'exhiber pendant des années. Sa beauté est restée légendaire de son vivant. Elle était un des "monuments" à visiter pour les grands noms de l'époque (une correspondance parle de ça, Paule de Viguier avait alors plus de 40 ans et était encore -paraît-il- d'une beauté remarquable).

    En fin de compte, ce qui m'intéresse est de plusieurs ordres : quelle est la logique de cette foule de l'époque Renaissante, déjà frappée d'un syndrome People ? ; une femme peut-elle être belle à ce point ? ; la beauté n'est-elle que l'acceptation de ce que tous ont décidé de trouver beau, et notamment un roi, qui "labellise" en quelque sorte, le caractère exceptionnel de cette beauté. Enfin, pareille histoire n'est envisageable que pour une beauté féminine. Pourquoi les plus beaux spécimens masculins (comme moi par exemple), ne provoquent-ils qu'une gêne polie quand ils font leur marché ?

  • 2581

    L'enjeu (un des enjeux majeurs), c'est que La Grande Sauvage, ne raconte pas la Révolution Française de la même façon que les autres. Le style, bien sûr, l'angle pris, les thèmes, mais aussi les personnages, ne seront pas ceux des autres récits. Un indice, ICI.

  • 2569

    Plonger dans l'Histoire.
    Des temps où la vie humaine se moissonne sans émois.
    L'erreur est de croire ces temps révolus.
    Alors que c'est le lieu qui a changé.
    Sinon, vu de l'espace,
    c'est incessamment que la vie humaine se moissonne sans émois.

  • 2568

    Dans « J'habitais Roanne », j'évoquais le Landi, manifestation gymnastique à laquelle, petits écoliers de l'école primaire, nous étions contraints de participer, en short bleu et T-shirt blanc, à la fin de l'année. A l'époque, je n'avais pas pu déterminer l'origine du mot (je ne savais pas chercher, je n'avais pas les outils et surtout, je n'avais pas pris le temps, pour un détail aussi anodin dans mon récit). Maintenant, je sais (l'expérience vient à bout de pas mal de petites gênes comme ça) et je vous livre le résultat de mes recherches. Je ne suis pas mécontent, parce que vous ne trouverez nulle part de définition aussi complète et pardon pour ce petit moment d'auto-satisfaction.

    Le landi (ou lendit) : Foire créée au 9e siècle, que Charlemagne avait établie à Aix-la-Chapelle. Elle se déroulait au début de l'été. A l'origine, c'était là que les facultés achetaient les parchemins nécessaires au travail de l'année suivante. Dans les archives du collège Louis le Grand on explique que le recteur allait faire la visite des parchemins, à la foire du Landi, qui avait lieu le premier lundi après la Saint-Barnabé, dans la campagne, entre Saint-Denis et le village de la Chapelle. Défense était faite aux marchands de vendre au public avant que le recteur eût fait ses provisions de parchemins. Il partait de la place de Sainte-Geneviève escorté des régents et d'un grand nombre d'écoliers à cheval. Les graves désordres qui se commettaient pendant cette fête provoquèrent plusieurs arrêts du parlement ; ils ne cessèrent néanmoins qu'après que Charles le Chauve eut transféré cette foire célèbre, du milieu de la plaine, à la ville même de Saint-Denis, en 1444. En 1763, le chef-lieu de l'Université ayant été fixé au collège de Louis-le-Grand, tout le parchemin qui entrait dans Paris était porté dans une salle de cette maison, pour y recevoir le timbre du recteur.
    Les troubles de la ligue et l'invention du papier amenèrent l'abolition du Landi. Le nom, toutefois, en resta, et on appelait ainsi le congé que donnait le recteur, le lundi après la Saint-Barnabé.
    Mercier, témoin du XVIIIe siècle, raconte la procession carnavalesque des professeurs, montés sur un char et chahutés par leurs élèves, sans risque pour eux d'être punis. C'est la fin de l'école, on se soulage des tensions de l'année.
    Le nom viendrait de lundi par corruption. C'était pour les écoliers le lundi par excellence. On apprend aussi que c'était aussi le nom qu'on donne à « l'honoraire » (une sorte de prime) donné par les écoliers à leur maître à ce moment de l'année.
    On la trouve citée par Catherine de Médicis dans ses lettres (vol. 10). La régente écrit au prévôt des marchands pour qu'il surveille la vente des chevaux. Et par Mercier dans son Tableau de Paris (vol. VIII) Le Littré apporte des précisions ainsi que « Origine et formation de la langue française » de A.  de Chevalet, (1872, vol. 2.)

  • 2560

    Glané chez Mercier, toujours :

    " Le 3 août 1670, le nommé François Sarrazin, natif de Caen, en Normandie, âgé de vingt-deux ans (…), attaqua l'hostie, l'épée à la main, au moment que le prêtre la levait, dans l'église Notre-Dame, à l'hôtel de la Ste Vierge. En voulant percer ladite hostie immédiatement après la consécration, il blessa de deux coups le Prêtre, qui prit la fuite ; mais ses blessures ne furent pas dangereuses.
    Aussi-tôt, toutes les messes cessèrent ; on dépouilla les autels de leurs ornements ; l'église fut fermée jusqu'au jour de la réconciliation.
    Le 5 Août, François Sarrazin fit amende honorable, ayant un écriteau devant et derrière portant ces mots, sacrilège impie. On lui coupa le poing, et il fut brûlé vif en place de Grève, il ne donna aucun témoignage de repentir ni de regret de mourir. "

  • 2559

    Glané dans mes recherches :

    "J'entre dans la petite Eglise de Saint-Pierre-aux-Bœufs, qui fut profanée en 1503, par un jeune homme d'Abbeville. Il arracha l'hostie des mains du Prêtre, en s'écriant ; quoi ! toujours cette folie ? Ce jeune homme étoit instruit, entendoit très-bien Homere, Cicéron & Virgile ; il fut brûlé vif pour réparation."

    (L-S Mercier. Tableau de Paris, tome 1. 1781)

  • 2543

    L'intuition ne vaut pas la culture, mais c’est une étrange sensation de voir la première confortée par la seconde. Ainsi, l'autisme de nos gouvernants qui refusent un changement en profondeur de la société, et tournent le dos à l'insurrection qui vient, a, pour l'amateur, une parenté avec l'inertie du régime d'avant 1789. Et la vérité, c'est que le parallèle est non seulement possible, mais de plus en plus évident au fil des lectures des textes d'époque.
    Plus qu'à attendre.

  • 2532

    J'ai calculé qu'il fallait sept heures de marche à un cheval au pas, pour faire le tour du Parc du château de Versailles, en 1789. Le genre de détails qu'on est susceptible d'étudier, quand on écrit « La Grande Sauvage ». On est aussi susceptible de ne pas utiliser cette information pourtant capitale. Il est même très probable qu'au bout du compte, on se soit juste fait plaisir à se pencher sur la question. Et maintenant, combien fallait-il de types armés d'arrosoirs pour que les milliers d'hectares de pelouse du parc restent impeccablement verts pendant l'été ?

  • 2526

    Bureau_LGS.JPG"La Grande Sauvage" : c'est reparti !

     

    Au premier plan : des livres, revues et récits sur la Vendée, les colonnes infernales, etc. ; tout près, un récit de la journée du 1er janvier 1789 ; à côté, un livre sur les bibliothèques des colporteurs au XVIIIe ; ensuite, une série de documents, dictionnaires, livres d'historiens (Mona Ozouf -merci les Leroux- Furet, Michelet, Taine, Bertaud, etc., etc.), plus loin, on reconnaît les dos de deux Pléïades (c'est Rétif de la Bretonne : tout ce qu'il me faut sur la langue de l'époque) ; ensuite, quelques romans, dont "Quatre-vingt-treize" du père Hugo, "Les Onze" de Michon, le (pas encore sorti) "Fleuve Guillotine" de Antoine de Meaux, etc. ; pas loin : les numéros de la revue "Papilles" qui parlent de la gastronomie sous la Révolution ; les reliures anciennes sont celles des huit volumes du Tableau de Paris, de Mercier (éditions d'époque, prêtées par mon éditeur) ; et enfin, à côté de l'ordinateur, parce que c'est le sujet des premiers chapitres : revues, beaux livres et documents sur le hameau de Marie-Antoinette. Tout cela ne tient pas compte, bien entendu, des documents trouvés sur Gallica (le site de la BNF) et où j'ai pu trouver encore et encore des milliers de choses précieuses. Rassurez-vous, la moitié des livres ont déjà été sondés et annotés, la plupart des revues ont été décortiquées et ce que je devais en retirer, repris sur l'ordinateur. N'empêche, c'est effrayant et heureusement que ma douce me soutient.