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Au fil de l'Histoire - Page 3

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    couv-OK-212x400.jpgKlaus Hirschkuh « avait dix-neuf ans à son arrivée dans la boue et la poussière de Buchenwald ». Ni juif, ni étranger, ni communiste, ni tzigane, ni opposant politique, ni soldat ennemi, on ne l'avait affublé ni d'une étoile jaune ni d'un triangle vert. Klaus était allemand, et on avait épinglé à sa tenue de prisonnier l’infamant triangle rose de l'homosexuel, ce qui ne pardonne pas, dans l'Allemagne nazie de 1940.
    Pour Klaus Hirschkuh (Klaus comme Klaus Mann et Hirschkuh qui signifie Biche, tendre victime offerte aux prédateurs), survivre quatre ans dans un camp a signifié d'abord « ne pas vouloir mourir », et a réclamé de son corps de souffrir tous les viols, toutes les abjections et les insultes, les règles en fer dans le cul. Cela lui a demandé de tenir, de survivre à la castration des autres, à la défenestration de  Heinz, son cher amour. Il a tenu. Et voici Klaus, de retour dans sa famille. Klaus inattendu, Klaus d'une maigreur accusatrice, dérangeante, Klaus qui ne sera décidément jamais comme les autres. Père et mère attentifs mais inquiets, n'osant savoir, n'osant préciser pour eux-mêmes les raisons qui ont permis d'envoyer leur fils en camp. Un frère cadet, Golo, ambigu, blessé des attentions qu'ont ses parents pour ce fils prodigue. Pour ce Klaus, ce pédé, cette fiotte, qui, en plus, trouve rapidement du travail, s'émancipe, déniche un appartement dans Leipzig dévastée. Pas de haine pourtant, ou bien fugace, surtout l'incompréhension face à l'étranger. Klaus décide de partir. Il prend le train pour Paris avec René, un Français, ancien prisonnier, rencontré dans un atelier de couture.
    Les premières pages et toute la première partie du roman de Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m'entends pas, sont certainement les plus puissantes parmi les récits de fiction qui décrivent le retour d'un survivant des camps. Écriture taillée au burin, enragée, livrée avec trop d'urgence pour se plier au désir d'être aimable. Les phrases sont des halètements, des coups de poings permanents, le parcours de Klaus parmi les ruines devient une errance vague traversée de visions, souvenirs de sévices et humiliations prêtes à resurgir, un songe écœuré, criblé de phrases nées dans les camps, des pensées venues avec l'instinct de survie, quand il fallait éviter de broncher sous la bedaine de kapos enamourés.
    Dans Leipzig anéantie, où l'arbre de Goethe n'a pas été épargné par les bombardements, Klaus était un solitaire déraciné, irréconciliable avec son passé ; à Paris, la situation n'est pas idéale mais le jeune homme s'épanouit, son ami français a retrouvé sa femme, ils ont un enfant. Klaus a vingt-six ans, a appris la langue de son pays d'adoption. Les haines nocturnes, là-bas parce qu'il est homosexuel, ici parce qu'il est Allemand, remuent les souvenirs certes, mais il suffit à celui qui a survécu à l'enfer, de se laver lentement pour se débarrasser « d'une ancienne peur ». Et puis, il y a des promesses qui balayent les pires douleurs « Demain, ça ira mieux, tu iras te balader dans Paris, la nuit, tu seras en chasse, la ville est peuplée de garçons. » Certaines coucheries sont hantées par le souvenir de Heinz, l'amant défenestré. On n'échappe pas si facilement aux morsures des tortionnaires et de leurs chiens. Ainsi, entre travail, virées nocturnes et fêtes chez René, les années passent pour le nouveau Klaus ; il a trente-quatre ans, la guerre est froide à présent. Les souvenirs de son numéro de matricule et des tortures ne s'effacent pas, mais leurs surgissements s'espacent. L'écriture de Daniel Arsand s'apaise alors tout en gardant assez de nerf, le phrasé réconcilie, illumine. Il y a des dimanches, les enfants s'empâtent, Klaus fredonne des chansons dans l'atelier de couture où il a trouvé un travail chez un arménien obèse. On passe de « ne pas vouloir mourir » à « vivre n'était pas mal du tout ». D'autres années, d'autres rencontres, et puis, le passé est tenace, Klaus a quarante ans, il est l'heure pour lui de retourner à Leipzig, de connaître le sort des parents, de reprendre langue avec l'Allemagne. Et s'apercevoir qu'il ne craint plus rien de son père, de sa mère, de son frère : tous s'effacent. Il revient à Paris, aimera assez un Julien pour lui confier Buchenwald et les humiliations scatologiques, lui préciser que « de tous les détenus et internés, les pédés seuls n'avaient pas reçu d'indemnités. » Klaus et Julien sont ostracisés à cause de leur amour contre-nature ; on passe maintenant de « vivre n'était pas mal du tout » à « Je t'aime et j'ai envie de mourir. » On n'en finit donc jamais avec la haine compulsive des autres, y compris en vacances, à Pourville. La province française décorsetée des années 70 n'a pas largué ses préjugés, loin s'en faut, on insulte à voix basse. Sur la plage, adossé à la digue, Klaus voit Julien s'éloigner dans les vagues, tout revient en mémoire (et ce sont encore, jusqu'au bout, de superbes pages.) Après l'ultime déferlement de la mémoire, le lecteur se croit revenu indemne à Paris, quand la haine reprend soudain des couleurs, envoie Julien au tapis pour le compte, os brisés, hôpital. Rien n'a changé, sauf que livre et procès, cette fois, concluent l'agression. On n'est plus à Buchenwald. Les « gay » sont nés.
    C'est le rappel de l'injustice permanente faite aux homosexuels qui donne au récit de Arsand sa force documentaire, force qui double celle du récit de fiction. Il faudra encore rappeler que, dans les années 90 (mille neuf cent quatre vingt dix !), des homosexuels venus partager le recueillement d'une cérémonie du souvenir en France, furent chassés aux cris de « Au four, les pédés ! » D'où la rage, d'où l'urgence, et le peu de souci qu'a eu l'auteur de polir une langue aimable.


    Daniel Arsand, Je suis en vie et tu ne m'entends pas. Actes Sud, 2016.

  • 2767

    Khan fixait le jeune homme avec une intensité inhabituelle, où se lisait un désir d’adhésion totale. Kargo ne la lui refusa pas. Il promit de continuer l’œuvre, dans la mesure de ses moyens. Il renonça à tricher, à dire : « mais nous n’en sommes pas encore là, tu as de nombreuses années devant toi, tu poursuivras toi-même ce travail, et toi seul… », toutes ces formules qui seraient ridicules à cet instant. Lui revinrent les mots de Jhilat, quelque chose d’étrange à propos des hirondelles et du sens de l’Odyssée. Un propos autour « du sens des choses et du sens des livres… » Khan opina, il connaissait l’histoire : « Je me souviens, oui. À la fin de l’Odyssée, Ulysse, déguisé en mendiant, caché même à sa femme, participe à l’épreuve que Pénélope a imposée à ses prétendants. Il s’agit de bander son arc. Aucun prétendant n’y parvient. Ils font chauffer le bois au feu, ils essayent chacun leur tour, impossible. Il faut être un héros de l’Iliade pour réussir, apparemment. Quand le mendiant propose d’essayer on le moque d’abord, mais finalement on le laisse faire. C’est Ulysse, il a assez de force pour courber le bois à sa volonté et parvient à placer la corde (il mima les gestes). Ainsi fait, pour vérifier la tension de la corde, Ulysse la fait vibrer. Dis-moi, Léo, as-tu déjà entendu le cri d’une hirondelle ? » Kargo rappela qu’elles avaient disparu bien avant sa naissance, et Pavel conclut : « Voilà. La corde de l’arc d’Ulysse répond à la tension en émettant le cri de l’hirondelle, dit Homère. Nous ne savons donc plus, aujourd’hui, quel son faisait la corde de l’arc d’Ulysse. Si les choses qui donnent le sens d’un livre disparaissent, l’une après l’autre, est-ce que ce livre a encore un sens ? Voilà ce qui obsédait Iradj, et qui le rendait insensible à mon amour des livres. »

     

    Extrait de Mausolées. Editions Mnémos, 2013.

  • 2762

    Le problème, avec la Révolution française, c'est qu'on croise des personnages de roman à chaque coin de rue (et sur les toits, sur l'eau, dans les champs, derrière le moindre bosquet). Et je n'ai qu'un roman à écrire.

  • 2761

    " Nos amis brouille, brouille, nos parents brouille, brouille brouille, nos bienfaicteurs brouille brouille, nos pères brouille brouille, nos conducteurs brouille brouille, nos maîtres brouille brouille, nos pontifes brouille brouille, nos juges brouille brouille"

    Mme de Laveine. Convulsionnaire. 1736. (Martin fréquente de drôles de gens...)

  • 2759

    Quand le médecin fut parti, l'Architecte les accueillit près de son lit avec soulagement. « Mes amis, j'ai bien cru qu'il me tuerait. Quelle purge ! » Inquiets, ils furent avec lui, Marianne essayant de comprendre ce qui se passait : « Vous avez besoin de quelque chose, monsieur ? » Le bon sourire de l'Architecte était lézardé par la fatigue, mais son caractère demeurait constant : « Ma bonne Marianne, il est plus intéressé par les effets de la dissolution des Facultés, que par mon modeste cas. Laissons les prescriptions de mon fameux médecin et prépare-moi du vin chaud. » Comme Marianne sortait, l'Architecte expliqua à Martin, qu'il jugeait péremptoirement apte à comprendre : « Il paraît qu'à cause de certains décrets votés l'an dernier, toutes les Facultés de Médecine, les Collèges de Chirurgie et de Pharmacie disparaissent, ainsi que l'Académie de Chirurgie et la société Royale de Médecine, et avec elles toutes les sociétés scientifiques. Un drame, je veux bien l'admettre, je tentais de le lui dire, de l'assurer de ma sympathie, mais pas aujourd'hui, demain, une autre fois, pour l'heure je suis malade. Il ne m'a épargné aucun détail, m'a tenu ferme tandis que je sentais faiblir mon pouls, en m'assénant que désormais le public est victime d’individus érigés en maîtres par leur seule opinion, qui distribuent des remèdes au hasard, et compromettent l’existence des citoyens. Et moi, lui ai-je dit enfin, mon existence ? Vous en occuperez-vous ? Je crois que je l'ai offusqué. Il a consenti à me visiter. Il a déduit de son examen plus court que son discours, qu'il s'agissait soit d'un refroidissement, auquel cas il suffit que je me tienne au chaud et alité, ou d'une hydropisie ascite, auquel cas je ne devais m'inquiéter de rien et mourir dans deux jours. Je crois qu'il plaisantait. »

     

    La Grande Sauvage. Extrait. En cours d'écriture.

  • 2756

    Des balles, des peurs, de la mort et de la cruauté. Et en regard, n'empêche, ni pogroms, ni foules haineuses, mais un peuple qui dit : on va continuer d'aimer la vie et de l'aimer ensemble. C'est très très rare, mais il m'arrive d'être fier d'être Français.

  • 2754

    On allait comme ça, entre deux nuits, décalotter les calotins, faire mordre la poussière aux coquins, les phrases que trouvait Huché quand il était inspiré, à marcher dans cet hiver qui nous enfonçait le chapeau dans les épaules, éparpillait nos balles dans le pays à cause de nos mains tremblantes, à reprendre les cris des loups et les cris des corbeaux, nos compagnons de mort et de froid. Je sais bien ce qu'on était, charognards semblables, animaux guère plus, enfin je crois que c'était nous, ce qui restait de nous. Il y avait bien une noble mission, à l'origine, là-bas, au premier de nos pas, il y avait une idée de grandeur et d'élévation quelque part à la source, mais les loups et les corbeaux sont de piètres ouvriers pour accomplir si noble tâche, ils font tout salement, dévorent les proies sans les occire tout à fait, se foutent des plaintes des corps qu'ils déchirent, on se voyait à distance, hardes et hardes, on se reconnaissait, les loups nous auraient jamais attaqués par exemple, je crois qu'ils avaient appris nos uniformes, notre odeur, on devait leur paraître comme des pourvoyeurs, des alliés surgis de l'enfer pour leur faire le cadeau de l'abondance, bien leur tour, après tant d'années de fuite, on leur livrait les entrailles fumantes de leurs chasseurs, on punissait ceux qui les massacraient.

     

    La Grande Sauvage. Extrait. En cours d'écriture. A paraître chez Phébus en 2017.

  • 2724

    Les dictatures ou les régimes autoritaires sont peut-être des mutations inéluctables, des ponts critiques entre deux états de la démocratie ?

  • 2713

    Je suis surpris de la bonne volonté de ceux qui, pendant la Terreur, grimpaient sans faire d'histoires sur l'échafaud. Hors Mme du Barry qui renâcla, tous les autres, et vas-y, pousse-toi, tu montreras ma tête, moi d'abord, après vous, Hop, Tchac, suivant, c'est mon tour, dans l'ordre et la discipline, on n'est pas là pour traîner, etc. Je me demande si, vu le nombre quotidien d'exécutions, il ne se créait pas une sorte d'esprit d'équipe parmi les condamnés et que les charretées ne finissaient pas par ressembler à des départs de collège en bus.

  • 2707

    Sur leur gauche, quand la brume s'effilochait, que la lumière perçait nette jusqu'au sol, il voyait les hommes de Kellermann, guère mieux accoutrés qu'eux-mêmes, prolonger leurs rangées disparates sur un léger relief. Le tertre où patientaient les bataillons était dominé par un moulin à vent, monolithe aux parois sombres et mouillées, qui faisait un signal nu, isolé dans le paysage.

     

    La Grande Sauvage. Extrait. Roman en cours d'écriture.

  • 2704

    Permettez-moi juste une pensée pour les populations civiles de Rakka, qui avaient réussi à se débarrasser du joug de Bachar Al-Assad, se sont retrouvées avec Daesh sur le dos, et prennent aujourd'hui des bombes coalisées sur la gueule.

  • 2684

    74_1_w1000h600.jpgMartin adore le vertige que lui procure ce dessin. C'est un prodige qu'il ne parvient pas à s'expliquer. Comment, sur cette feuille de papier, sur cette surface plane qui tient entre ces bras ouverts, l'Architecte a-t-il pu rendre la sensation de l'immensité ? Et chaque dessin de l'Architecte procure le même effet. Depuis trois mois qu'il vit ici avec Marianne, et surtout depuis les deux dernières semaines, depuis que l'Architecte est parti en leur laissant la jouissance et la surveillance de son logis, Martin profite de ses longues heures d'oisiveté, pour entrer dans le bureau aussi discrètement que si le maître était présent, sortir délicatement un dessin du meuble de classement, et le contempler longuement, avec concentration, à s'y perdre.

     

    Extrait de "La Grande Sauvage". Ecriture en cours.

    Image : projet pour la bibliothèque royale, rue de Richelieu. E-L Boullée, 1785.

  • 2683

    etienne-louis-boulc3a9e-1784-cc3a9notaphe-de-newton.jpgÀ son grand étonnement, le dessin immobile se met à raconter l'histoire de ces visiteurs, la majesté du monument amorce une fable, quelque chose d'aussi vaste que les légendes du Christ qu'on lui enseignait naguère. Quelque chose qui le dépasse, comme le dépassent les dimensions de la sphère, son globe qui se dresse comme une lune descendue sur la terre, immense, qui développe ses courbes loin au dessus des minuscules créatures à ses pieds. Comment ces fourmis pourraient-elles faire plus que rêver pareil délire ?

     

    Extrait de "La Grande Sauvage". Roman en cours d'écriture.

    Image : Le cénotaphe de Newton, par Etienne-Louis Boullée (1728-1799).

  • 2680

    On le sait, la démocratie désigne le commandement (kratein) par le peuple (dêmos), inspiré du fonctionnement politique de l'antique Athènes. Une démocratie toute relative puisqu'alors ne pouvaient voter que ceux qui subvenaient à leurs besoins. Esclaves, pauvres et femmes étaient exclus du système. C'était il y a 2500 ans. Souvenons-nous que l'abolition de l'esclavage date en France de 1794 et le droit de vote pour les femmes de 1944, et rappelons que Tocqueville, de voyage an Amérique, s'offusquait de cette démocratie américaine tellement libérale qu'elle admettait qu'un vulgaire trappeur soit élu sénateur (il s'agissait de Davy Crockett).
    La tentation persiste de se croire mieux instruit qu'un autre de la complexité du monde et par là, de penser que son vote est plus légitime que celui d'un autre. La démocratie est d'abord affaire d'humilité.

  • 2679

    Après le retrait des missiles nucléaires à Cuba, l'écrivain Pol Mathil échange avec Che Guevara.

    Le Che : En acceptant le démontage des bases et des fusées, les Russes ont commis une erreur historique.
    Pol Mathil : Et toi, qu'aurais-tu fait à leur place ?
    Le Che : Si les fusées avaient été entre mes mains, elles auraient été tirées et auraient atteint la cible vers laquelle elles ont été orientées. C'est pour cela qu'elles ont été installées ici.
    Pol Mathil : Pourtant, si vous les aviez tirées, la riposte américaine aurait été immédiate et terrible. Cuba aurait été engloutie sous l'océan.
    Le Che : Peut-être. Tel aurait pu être le cours des événements. Mais le but aurait été atteint et l'impérialisme yankee nous aurait accompagnés au fond de l'océan.

    (Extrait traduit de L'intrus. 2007. Pol Mathil)

  • 2665

    L'humanité, habillée, parfumée, maquillée. Qu'a-t-elle à cacher ?

  • 2655

    Ce qui m'a toujours fasciné dans l'histoire de la Belle Paule de Toulouse, c'est son aspect légendaire, alors qu'il s'agit d'une histoire vraie, relatée par plusieurs sources contemporaines, y compris des textes administratifs comme on va le voir. Un petit rappel, parce que vous n'êtes pas obligés de connaître :

    Paule de Viguier est née en 1518, à Toulouse. Sa beauté était si extraordinaire que ses apparitions publiques causaient des attroupements de curieux, bien désagréables pour sa paisible personnalité. Il lui devint si difficile de simplement sortir de chez elle qu'elle résolut un jour de rester cloîtrée dans sa maison.

    Il s'en suivit toutes sortes de protestations, de manifestations, dont certaines dégénérèrent en émeutes violentes. La municipalité de Toulouse dut prendre des mesures. Par arrêté municipal, la belle Paule (surnom donné par François Ier lors de sa visite en 1533 où la toute jeune fille avait été choisie pour sa grande beauté -déjà- afin de présenter les clés de la ville au roi) fut contrainte de se présenter deux fois par semaine à sa fenêtre, pour calmer la population.

    Encore une fois, ce que je trouve extraordinaire dans cette histoire qui ressemble à un conte, c'est que les textes existent, que cette femme a vraiment été obligée de s'exhiber pendant des années. Sa beauté est restée légendaire de son vivant. Elle était un des "monuments" à visiter pour les grands noms de l'époque (une correspondance parle de ça, Paule de Viguier avait alors plus de 40 ans et était encore -paraît-il- d'une beauté remarquable).

    En fin de compte, ce qui m'intéresse est de plusieurs ordres : quelle est la logique de cette foule de l'époque Renaissante, déjà frappée d'un syndrome People ? ; une femme peut-elle être belle à ce point ? ; la beauté n'est-elle que l'acceptation de ce que tous ont décidé de trouver beau, et notamment un roi, qui "labellise" en quelque sorte, le caractère exceptionnel de cette beauté. Enfin, pareille histoire n'est envisageable que pour une beauté féminine. Pourquoi les plus beaux spécimens masculins (comme moi par exemple), ne provoquent-ils qu'une gêne polie quand ils font leur marché ?

  • 2581

    L'enjeu (un des enjeux majeurs), c'est que La Grande Sauvage, ne raconte pas la Révolution Française de la même façon que les autres. Le style, bien sûr, l'angle pris, les thèmes, mais aussi les personnages, ne seront pas ceux des autres récits. Un indice, ICI.

  • 2569

    Plonger dans l'Histoire.
    Des temps où la vie humaine se moissonne sans émois.
    L'erreur est de croire ces temps révolus.
    Alors que c'est le lieu qui a changé.
    Sinon, vu de l'espace,
    c'est incessamment que la vie humaine se moissonne sans émois.

  • 2568

    Dans « J'habitais Roanne », j'évoquais le Landi, manifestation gymnastique à laquelle, petits écoliers de l'école primaire, nous étions contraints de participer, en short bleu et T-shirt blanc, à la fin de l'année. A l'époque, je n'avais pas pu déterminer l'origine du mot (je ne savais pas chercher, je n'avais pas les outils et surtout, je n'avais pas pris le temps, pour un détail aussi anodin dans mon récit). Maintenant, je sais (l'expérience vient à bout de pas mal de petites gênes comme ça) et je vous livre le résultat de mes recherches. Je ne suis pas mécontent, parce que vous ne trouverez nulle part de définition aussi complète et pardon pour ce petit moment d'auto-satisfaction.

    Le landi (ou lendit) : Foire créée au 9e siècle, que Charlemagne avait établie à Aix-la-Chapelle. Elle se déroulait au début de l'été. A l'origine, c'était là que les facultés achetaient les parchemins nécessaires au travail de l'année suivante. Dans les archives du collège Louis le Grand on explique que le recteur allait faire la visite des parchemins, à la foire du Landi, qui avait lieu le premier lundi après la Saint-Barnabé, dans la campagne, entre Saint-Denis et le village de la Chapelle. Défense était faite aux marchands de vendre au public avant que le recteur eût fait ses provisions de parchemins. Il partait de la place de Sainte-Geneviève escorté des régents et d'un grand nombre d'écoliers à cheval. Les graves désordres qui se commettaient pendant cette fête provoquèrent plusieurs arrêts du parlement ; ils ne cessèrent néanmoins qu'après que Charles le Chauve eut transféré cette foire célèbre, du milieu de la plaine, à la ville même de Saint-Denis, en 1444. En 1763, le chef-lieu de l'Université ayant été fixé au collège de Louis-le-Grand, tout le parchemin qui entrait dans Paris était porté dans une salle de cette maison, pour y recevoir le timbre du recteur.
    Les troubles de la ligue et l'invention du papier amenèrent l'abolition du Landi. Le nom, toutefois, en resta, et on appelait ainsi le congé que donnait le recteur, le lundi après la Saint-Barnabé.
    Mercier, témoin du XVIIIe siècle, raconte la procession carnavalesque des professeurs, montés sur un char et chahutés par leurs élèves, sans risque pour eux d'être punis. C'est la fin de l'école, on se soulage des tensions de l'année.
    Le nom viendrait de lundi par corruption. C'était pour les écoliers le lundi par excellence. On apprend aussi que c'était aussi le nom qu'on donne à « l'honoraire » (une sorte de prime) donné par les écoliers à leur maître à ce moment de l'année.
    On la trouve citée par Catherine de Médicis dans ses lettres (vol. 10). La régente écrit au prévôt des marchands pour qu'il surveille la vente des chevaux. Et par Mercier dans son Tableau de Paris (vol. VIII) Le Littré apporte des précisions ainsi que « Origine et formation de la langue française » de A.  de Chevalet, (1872, vol. 2.)