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Ecrire - Page 2

  • 3202

    Il y a un moment, dans l'écriture d'un livre, où vous comprenez enfin ce que vous êtes en train de faire, révélation plus ou moins tardive selon l'entreprise. Pas : quel est le sujet de votre roman, cela vous êtes censé le savoir, tout de même. Plutôt : De quoi je parle, au fond, qu'est-ce qui, viscéralement, m'a imposé de rester autant de temps concentré et isolé, à la recherche d'un rythme et d'une justesse d'expression, qu'est-ce que je cherche à travers mon texte ? Et ce n'est pas forcément clair à l'amorce du travail. On peut même postuler que l'écriture d'un livre a pour but premier de révéler aux yeux de son auteur, les raisons qui ont poussé à l'entreprendre.
    Le moment que j'évoque se manifeste par une sensation particulière, une émotion assez indescriptible. Pour moi, elle est similaire à une autre sensation, guère plus commode à exprimer, qui naissait, à l'époque où je dessinais ou peignais des portraits d'après nature (jamais d'après photo, cet expédient vulgaire), quand, la personne en face de moi, je voyais, trait après trait ou coup de pinceau après coup de pinceau, s'affirmer une ressemblance. Le visage qui apparaissait sur la toile ou le papier, était bien celui de mon modèle. J'y étais. Je ne savais jamais par quel détour ce petit miracle se produisait mais c'était ainsi : j'avais saisi et traduit cet étrange motif qui crée l'illusion de la ressemblance. Cela venait brusquement, au hasard d'un trait anodin, par surprise. Soudain, quelque chose s'était éclairci. Je savais que, désormais, je passais d'un autre côté de la réalisation. C'est ainsi que, dans la pratique de l'écriture, à des moments variables dans la construction d'un récit, je perçois avec étonnement (et quelle satisfaction!) que « j'y suis ». Tout devient net, tout prend sens : les phrases qui m'ont amené à ce point, les prolongements que ce basculement implique, ce que sera le roman achevé.
    La difficulté réelle se situe par conséquent au début de l'écriture d'un roman. Quand rien n'est fixé, que tout menace de se dérober à tout moment, que le sens ne s'est pas encore affirmé, quand rien n'est évident. Il y a quelque chose d'absurde d'entreprendre l'écriture avec le secret espoir qu'un but s'annonce. Vous pouvez travailler des mois, peut-être des années, avant que se manifeste la sensation évoquée plus haut. Et il y a cette hantise : est-ce que vous y parviendrez ? Ainsi, il m'est arrivé d'aller jusqu'au bout d'un texte, de travailler plus d'un an sur un roman, de poser le point final, sans avoir connu cette grâce (et dans l'état d'incertitude que vous pouvez deviner). Assez logiquement, il se trouve que ces romans-là ne provoquent qu'une réaction embarrassée de ma première lectrice, augure du refus de mes éditeurs. J'espère sincèrement que les autres écrivains ne connaissent pas ces affres et entrevoient clairement dès l'origine, l'ensemble de ce qu'ils ont entrepris de créer. Je crois avoir une bonne notion des sentiments de Sisyphe, quand il appuie ses mains contre la pierre, s'arc-boute et  pousse son rocher, au pied de la pente incessante.

     

    Peut-être parlerons-nous de cela, à partir de 16h30, avec Jacques Plaine, à la Librairie de Paris, à Saint-Etienne...

  • 3201

    Comment écrit-on un roman ? Comment ose-t-on commencer, par quels mots, par quelle scène et sous quel angle ? C'est toujours difficile, et de plus en plus difficile avec le temps, malgré l'expérience. Paradoxalement. Parce que chaque roman est un prototype. Comme l'amour vrai se réinvente et ne connaît que des premières fois.

  • 3200

    Grand rendez-vous pour moi, vendredi 14 avril, à la libraire de Paris, à Saint-Etienne, (6, rue Michel Rondet).

    D'abord, avec une rencontre autour de mes livres, animée par Jacques Plaine, à 16h30 (une des rares fois où j'aurai l'occasion de m'exprimer sur mon travail d'écriture, de mettre en perspective les thèmes, expliquer les passerelles entre les textes, etc. Je vois ça comme un beau cadeau, cette chance d'évoquer assez longuement parcours et choix) puis, à 18h30, l'enregistrement public de l'émission « A plus d'un titre » (RCF), en compagnie de Jacques Plaine, toujours, et de Jean-Claude Duverger, cette fois autour de mon dernier roman « La Vie volée de Martin Sourire », paru chez Phébus cette année.

    N'hésitez pas à venir goûter au lieu, à la parole bienveillante de ce grand amoureux de la littérature qu'est Jacques Plaine.

  • 3199

    Il y aura donc toujours d'autres matins. C'est incompréhensible, c'est impardonnable. Rien ne devrait survivre à la mort des innocents. Il nous faut apprendre l'indifférence de l'univers. L'apprendre c'est-à-dire l'éprouver dans sa chair par la blessure fondatrice de l'injustice. C'est le prix.

     

    Extrait de "Le Radical Hennelier" manuscrit en cours de lecture chez Mnémos. (Suspense...)

  • 3197

    Suivons la trace de nos vieux étonnements qui dépendaient de l'enfant que nous étions. Arrivés au point de contact avec ces jours de merveille, évaluons la distance qui nous en sépare, réduisons-la. Et écrivons.

  • 3194

    L'écriture est une activité pousse-au-crime. Elle incite au dévoilement des secrets, à l'impudeur, elle se moque bien de la souffrance des autres et se nourrit de trahisons. Un écrivain est un traître. Il n'a aucune excuse, il n'a aucun remord, il charrie la boue insane des vérités pour les porter aux feux du questionnement universel. La bonne littérature ne s'encombre pas de complaisance et de détours, de morale. Et pourtant, je n'ai aucune envie de faire du mal. Quel projet littéraire vaut qu'on humilie quelqu'un, ou qu'on lui fasse du mal ? Il est rare (mais pas impossible) que je considère l'écriture avec assez de conviction pour lui sacrifier la sérénité des autres.

  • 3193

    J'espère que cette annonce (sur Kronix, où je fais quand même un peu ce que je veux), ne passera pas pour un effet de mon narcissisme (ce dont m'accuse une "amie qui me veut du bien"), mais sachez, lecteurs de ce blog (dont je n'ai pas la moindre idée du nombre vu que je n'ai pas d'outils pour mesurer votre affluence - autre reproche de cette "amie", qui me décrit à l'affût des statistiques et des prix (?) littéraires -allons bon !), que je serai (oui, moi, tout enflé d'orgueil et de prétention nombriliste), au Centre social de Riorges demain, jeudi 6 avril à 18h30, pour évoquer mon dernier roman "La vie volée de Martin Sourire". Ne venez pas trop nombreux, parce que mon "amie" pourrait y voir la preuve de la réussite de mon plan de carrière et de mon empressement à être un écrivain populaire.

    Ses reproches n'ont pas été sans effet, je le reconnais. Je me suis interrogé sur la façon dont je "vends" mon travail sur le Net. Pour commencer, j'ai supprimé les photos de ma pomme, en bannière, là-haut, qui étaient, c'est vrai, la marque la plus manifeste de mon narcissisme. Au grand dam de ma douce qui se les passait en boucle en mon absence, ai-je su depuis. Mais je ne doute pas que ce gage de ma bonne foi (que, crétin influençable, je me suis cru obligé de donner), ne lui suffira pas.

    Ses remarques hors de contexte (on échangeait simplement sur la façon dont j'avais traité la Révolution dans le roman), m'ont considérablement blessé et attristé.

    Et puis, à la réflexion, je l'emmerde.

  • 3191

    Il suffisait d'adresser une prière et puis, bon, soit tout s'arrangeait et merci Seigneur, soit ça allait de mal en pis et c’est qu'on avait mal fait quelque chose. Ce n'était jamais de la faute de l’Église ou du curé. Jamais la faute de Dieu. En fait, je me demande si vraiment les gens ont cru en Dieu un jour. Je me demande. Parce qu'on est bien vite prêt à l'absoudre, nous, les hommes. Comme s'il ne comptait pas ou pas plus qu'un enfant. Tiens, voilà, c'est ça : on s'adressait à Dieu comme on tente d'apaiser un enfant capricieux. « Si tu es gentil, tu auras droit à ça... » Je te construirai une chapelle, je partirai en croisade, je quitterai ma maison pour te servir. Marchandages sordides. Bien sûr, on lui donnait du « Mon Père qui êtes aux cieux », on le redoutait, mais quelque part, loin dans les ténèbres de l'âme, on rusait, on se le conciliait, on trichait, on espérait s'en faire un complice ou s'en rendre maître. Comme on discipline un enfant. Évidemment, on n'irait pas construire de chapelle, et on ne mènerait une croisade que parce que les terres traversées étaient riches. On n'y croyait pas vraiment. Sinon, s'il fallait y croire, alors, tous promis à l'enfer, pas assez d'indulgence pour tout le monde. Le moindre geste était douteux, la moindre pensée était suspecte, le péché est dans notre nature. Les prêtres ont une formule pour ça : la chair peccamineuse. Oui. Impossible d'y échapper. Cela nous est consubstantiel. Donc, quand ça échouait du côté du gamin caractériel tout auréolé de voie lactée, à qui s'adresser ? Au vrai pouvoir, au vrai mystère qui hante les nuits depuis que la mémoire est mémoire. Ce qui persiste à la lisière, au seuil compris entre Dieu et la vieille Nature. Ce qui était là avant Lui, avant les clergés et les cantiques. C'est là, entre chien et loup ou bien sous la clarté lunaire, aux franges des brumes des marais ou dans l'ombre des forêts. Rien n'est sûr, tout devient possible. Quand sourdent les idées emmêlées, à peine revenues des rêves, là où la terre se confond avec l'eau, là où les résolutions naissent des limbes, là où les pensées prennent un tour étonnant. Là où Dieu s'absente.

     

    Extrait de "Le sort dans la bouteille". Théâtre. Écriture en cours.

  • 3175

    Écriture, ce matin. De lettres. Manuscrites, sur papier. Pour prendre des nouvelles, en donner, remercier d'un encouragement ou bénir les louanges. Exercice salutaire, agréable tâche. Et pour cela, s'éloigner du clavier affamé, poser un paquet de feuilles sur la table, en étaler une sous la main, s'orienter en fonction de la lumière. Tout a son importance. Ne pas se rendre dans le bureau ou l'autre écriture occupe tout le terrain, changer d'atelier, s'installer à la cuisine (et arrêter d'utiliser l'infinitif comme ça ; c’est pénible).
    Mes phrases alors ne sont pourtant pas différentes de celles de mes mails. Via le mode manuscrit, que dis-je d'autre, que dis-je autrement que ce que mes courriels attentifs ne diraient pas déjà ? L'échange épistolaire sur papier diffère surtout par les enjeux de la réception. C’est autre chose de découvrir dans sa boîte aux lettres une belle enveloppe décorée par mon précieux ami JMD, de la couper sans l'abîmer, de déplier devant soi ce ou ces rectangles qui murmurent fragiles entre les doigts ; c'est autre chose, cette irruption d'objet, que de voir s'afficher un début de message sur un écran.
    J'ai l'impression qu'écrire une lettre sur papier est une demande d'exigence envoyée au destinataire. Quelque chose comme un pacte, qui n'est possible qu'entre personnes puissantes.

  • 3158

    Tsilla s'effondre, ses épaules se voûtent, sa tête pend sur sa poitrine, elle s'étrécit et s'amincit davantage à chaque minute, vidée exsangue ainsi que l'avait énoncé son cauchemar, tu te souviens, et sa main est trop loin pour que je la saisisse. Impuissance révoltante. Le futur est une vieille idée qui unissait nos cœurs. Ce que nous avons perdu, ma sœur, mon amie, ma tendresse, mon ennemie, ma potence et mon berceau de bras, ce que nous avons perdu n'a pas de nom. La bouche de Tsilla que je ne vois plus, bée sans haleine, ente ses dents coulent des insultes adressées aux leurres du monde. Quelles promesses ont été tenues me dit-elle, qui m'a offert ce cadeau dérisoire de la vie ?

     

    Extrait de"Le radical Hennelier". Écriture en cours.

  • 3126

    Dans le cadre du projet "Portraits de Mémoire", s'essayer à la chanson "engagée" (référence aux grèves de 1927 dans la région de Charlieu) :

    L'enragé

    T'as retroussé les manches
    T'as pas boudé l'ouvrage
    Mais t'allais pas dimanche
    Remercier les nuages.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    Que tu sois à l'usine
    Ou que ton atelier
    Soit près de ta cuisine
    Courbé sur le métier.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    Jaurès aux ouvriers,
    Le prêtr' aux paysans
    L'écrivain Louis Mercier
    Écartelait vos rangs

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    On baissait ton salaire
    Et le barèm' au mètre.
    Conserver ta misère
    Était bon pour tes maîtres.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    T'as posé les outils
    Arrêté les métiers
    De Roanne ou de Thizy
    De Charlieu tu clamais

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    On a vu dans l'Huma
    Ton combat partagé.
    Des curés ou de toi
    Qui était enragé ?

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants

    T'as retroussé les manches
    T'as pas boudé l'ouvrage
    Mais t'allais pas dimanche
    Remercier les nuages.

    Tu voulais seulement
    Tu espérais en grand
    L'avenir des enfants
    (bis)

  • 3125

    Laisser un personnage suivre sa voie est souvent un bon moyen de faire avancer l'intrigue. Je ne fais pas de plan, et j'abandonne la plupart des décisions à mes héros. Le principe est de me surprendre moi-même, d'ajouter un jeu supplémentaire à la seule ambition du récit et au plaisir de manier la langue. Mais, depuis deux jours, j'ai un jeune garçon de onze ans, bloqué sur la terrasse d'un bâtiment, des gardes qui grimpent les escaliers pour le rejoindre et aucune aide extérieure possible. Comme lui, je suis cerné.
    Si quelqu'un a une idée géniale, je promets de le faire figurer dans les remerciements.

  • 3112

    La premier à chroniquer mon dernier roman est un écrivain dont j'admire le travail, ça tombe bien. Nos livres sont -sinon aux antipodes- en tout cas, inscrits dans des registres très éloignés. Et il s'agit d'un auteur intègre, qui ne distribue pas ses bons points à l'envi, ou par souci de complaire à une amitié. Je suis d'autant plus sensible au retour de lecture que Jean-Pierre Poccioni, auteur de La maison du FauneLa femme du héros entre autres, a fait de La vie volée de Martin Sourire. Diffusé d'abord sur Facebook, son texte valait d'être relayé sur Kronix. Merci à lui.

    « Pourquoi lire La vie volée de Martin Sourire de Christian Chavassieux ?
    Parce que ce roman qui se présente comme historique l’est d’une façon particulièrement intéressante et originale.
    L’événement historique est ici perçu par le personnage principal et ceux qui le côtoient comme nous percevrions nous mêmes les convulsions de notre histoire si nous ne connaissions la médiation permanente des moyens de diffusion et de présentation de l’information.
    Une histoire à hauteur d’hommes simples, de gens du commun et non l’histoire des hauts faits de quelques grands noms plus ou moins dignes du Panthéon. L’histoire du peuple par le peuple et avec lui.
    Parce que ce texte est un roman et ajoute au genre une aura supplémentaire de noblesse. Ni auto-fiction narcissique, ni pseudo biographie, ni variations sur le thème sempiternel et vain de « l’histoire vraie ». Une fiction c’est-à-dire ce procédé d’illusion réaliste que George Semprun considérait comme le seul moyen d’approcher le réel. Une fiction avec ses plaisirs petits et grands, virevoltes, événements, surprises et rebondissements.
    Enfin parce que ce texte est une œuvre littéraire ce qui implique qu’elle ne prend vie que par et pour l’écriture. Cette écriture qui se déploie avec aisance et précision, qui joue subtilement sur les tournures et le lexique très riche et recherché pour figurer la distance temporelle qui nous sépare des protagonistes est sans défaut ce qui est à la fois la moindre des choses et pas si fréquent ! Et puis soudain, quand le lecteur mis en confiance et presque accoutumé à cette belle langue finirait par oublier le talent qu’elle implique c’est le choc d’un long moment lyrique, une évocation quasi hallucinée des exactions commises en Vendée, qui s’élève progressivement aux plus forts moments poétiques qu’un lecteur puisse rencontrer. Un flot, une lave de mots qui embrase, qui sidère, qui parvient enfin, car rien n’est ici gratuit, à dire l’absolu du mal, sa béance inhumaine et pourtant si humaine. Pour moi un grand moment littéraire.
    Pour faire bonne mesure j’ai cherché des raisons de ne pas lire ce roman. Désolé je n’ai pas trouvé ! »

  • 3110

    Il est publié et maintenant, il va falloir commencer à parler de ce roman. C'est-à-dire, enfin, tenter d'en avoir une idée claire. Qu'est-ce que j'ai bien voulu faire en écrivant cette histoire ?

  • 3100

    "D'autres blindés approchent en grondant. Bimech sursaute et frémit. Ils sont nombreux, redoutables. Ce n'est pas rien, la réplique peut nous atteindre mortellement, nous le savons tous, nous partageons cette crainte. Bimech improvise et nous suivons ces gestes. Il fracture l'angle d'un bâtiment qui jouxte le plan incliné où s'avancent les véhicules. Il a raison. Nous l'aidons. Par nous, Bimech apprend instantanément à plonger ses membres au défaut de la structure, ainsi les racines des arbres s'immiscent dans la fêlure et l'élargissent, ainsi le lierre mène à la ruine les palais immortels, par Bimech, la sape du végétal est imitée et multipliée. Le béton craque, les fissures jettent des foudres noires le long de la façade. Les verticales vacillent. Sur un dernier effort, un pan du bâtiment bascule et s'effondre sur la route, pulvérisant les manèges pimpants et les parades dérisoires, écrasant le premier blindé dont la carcasse condamne l'accès à la colonne qu'il précédait. Au milieu du chaos et des geysers de poussière, les canons des suivants se redressent, des mitrailleuses crépitent aussitôt, si nombreuses qu'il est impossible de les éviter. Les balles entament profondément la masse élastique et dense qui nous soutient, le gel absorbe le choc de la pénétration mais l'acier s'enfonce loin, menace, vient affleurer nos corps embarqués. Bimech esquive, saisit des plaques de blindés démembrés qui étoilent le champ de bataille, des dizaines de pseudopodes les rapprochent comme des boucliers autour du ventre où nous sommes confinés, pour nous protéger du harcèlement des balles. Bâtiments, éboulis, obstacles de hasard, tout s'interpose, le haut de Bimech adroitement se déforme et s'étire, devient goutte, devient fil, s'insinue et contourne, serpente, est insaisissable, les obus se perdent, les impacts font exploser les immeubles ou s'abîment très loin, Bimech surgit alors, se cristallise, s'épaissit, s'arrondit et fonce, renverse un char, une auto mitrailleuse, déchire un soldat, en écrase un autre, s'amincit de nouveau pour égarer un tir, puis s'épaissit, se renforce et, puissant, soulève une machine, l'envoie percuter un groupe qui s'enfuit. Bimech se propage, abonde, devient mille, ses bras aux chairs de nacre sont partout dans la ville, l'ennemi effrayé disparaît dans les ruines, et le sang des soldats retombe au sol, en bruine. Le massacre achevé, le dernier homme succombe, un silence étonnant sur la ville retombe. Tout se fige et attend, la mort plane dans l'air. Qui croyait vaincre l'ogre au jour de sa colère ?"

     

    Le Radical Hennelier - Reboot. Écriture en cours (ça va bien, psychologiquement, je me soigne)

  • 3094

    Je ne peux pas vous raconter, mais en ce moment, j'écris des scènes vraiment dingues et je me régale. Autrement, je lis « L'hippocampe atrabilaire » de Laurent Cachard, chez E/O. Je me régale aussi, et ça, je pourrais vous raconter (vais me gêner, tiens).

  • 3092

    Pour de complexes raisons dont je vous fais grâce, j'ai relu récemment certains passages de Le Psychopompe, un de mes premiers romans parus. C'était en 2009, dans une petite (mais rigoureuse) maison d'édition : J-P Huguet. Au début du récit, le personnage principal, Nathan Charon, vieil érudit alcoolique, écrit une lettre bien sentie à son éditeur. Le passage n'est pas forcément drôle par le ton donné, mais il l'est aujourd'hui grâce au recul que j'ai, ma connaissance actuelle de l'édition en France. L'extrait ci-dessous donne une idée de ma méconnaissance à l'époque du milieu et des revenus potentiels du travail d'écrivain. Voici : « J'attends une juste rétribution de plusieurs mois de recherche et d'écriture (...) et de la vente des 8000 exemplaires dont tu te targuais lors du salon de Croizan en février dernier. (…) Pour l'heure, je n'ai reçu en tout et pour tout que la moitié de l'enveloppe de départ, soit mille euros (pour mémoire toujours, cas échéant : mon contrat stipule que je devais recevoir deux mille euros pour commencer l'écriture et encore mille à la livraison du fichier corrigé, sans compter les droits sur la vente). Nous sommes donc loin du compte. » 8000 exemplaires… 3000 euros d'avance… Quel rigolo, ce Charon !

  • 3078

    Howard Hawks se demandait comment parlaient les Égyptiens de sa Terre des Pharaons et – restons dans la référence cinématographique – Kubrick s'était résolu, pour Barry Lindon, à l'idée que son film, si scrupuleux fut-il, ne ferait qu'approcher un passé bel et bien achevé et oublié. Aucun document d'époque, aucune représentation d'un contemporain ne saurait nous en donner une idée certaine et juste. Bénéficierait-on d'un support merveilleux (vidéos des Parisiennes pénétrant dans Versailles, par exemple. Oui, rêvez, rêvez : je vous parie que ce serait flou, mal cadré, et engendrerait de nouvelles théories du complot), on ne serait guère avancé. Il faut être convaincu, vous et moi, chers lecteurs, qu'un roman historique n'est pas une machine à remonter le temps. C'est une fantaisie. Ce qui n'exempte pas l'écrivain (inconscient de l'envergure de son projet quand il le commence) d'un travail documentaire éprouvant. Il veut simultanément satisfaire au réalisme d'époque, et pouvoir s'étonner lui-même de ce qu'il trouvera. Il a laissé la place dans la trajectoire de ses personnages pour infléchir un destin à la faveur d'un détail de façon à transformer la contrainte en opportunité dramatique. Ainsi, le trafic de la glace de Versailles devient-il le viatique idéal pour entraîner Martin hors des grilles du château. Ainsi, la villégiature pour raison de santé d'Étienne-Louis Boullée au printemps 1790, permet-elle à Martin de méditer sur les dessins du maître, en solitaire, à son rythme. De telles occurrences sont innombrables dans La Vie volée de Martin Sourire, car je n'avais prévu pour Martin que six tableaux incontournables : qu'il soit adopté par la reine, vive un temps en enfant sauvage dans le parc du château, travaille pour Valy Bussard, se rende à Paris au début de la Révolution, fasse la connaissance des projets visionnaires de Boullée et se retrouve dans les Colonnes infernales. À partir de là, tout était ouvert.

  • 3077

    Un nouveau portrait et une nouvelle chanson : "La ville étonnée" sur le site "portraits de Mémoire(s)", la démarche entreprise sur la communauté de Communes Charlieu-Belmont.
    Avec un texte de Jérôme expliquant la démarche de la composition musicale et le texte de la chanson (pour l'entonner avec nous, sous la douche ou au bureau, préparez vos aigus).
    Bonne écoute, les amis.

  • 3074

    Les navetiers


    Des hommes autour de lui
    L'enfant le voit, il se dit :
    « Des géants, mon pèr' est le plus grand »
    Dans l'usine, on le reçoit
    Dans l'usine, il se tient là
    Et ses yeux contemplent le spectacle
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers

    Sérieux, les hommes s'échin'
    Aux rouages des machin'
    La vapeur entraîne l'atelier
    Les parfums du bois coupé
    L'odeur du métal tourné
    Les barr' tintent, les courroies animent
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers

    Là on donn' des coups de scie
    On frai-se le fer ici
    Le chêne et l'acier sont mariés
    Son pèr' en riant lui dit :
    « Prends les commandes, vas-y ! »
    Il montr' à son fils ce qu'est le métier
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers


    L'enfant saisit les manett'
    Il ébauche une navett'
    Tant d'étap' encor' sont à venir
    Dans l'usine qu'il visite
    Son papa, tout, lui explique
    Il se souviendra que son pèr' était
    Un navetier
    Un navetier
    Un navetier

     

    Paroles d'une chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"