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Livres - Page 5

  • 2929

    Demain, à partir de 16h45, à la librairie Le Carnet à Spirales de Charlieu (Loire).

    L'éditeur qui a fait découvrir en France Elif Shafak, Joseph O' Connor ou Julie Otsuka, évoquera son travail d'éditeur de littérature étrangère et son œuvre d'écrivain, à l'occasion de la sortie de son dernier livre "Je suis en vie et tu ne m'entends pas", paru en avril chez Actes Sud. Une rencontre exceptionnelle, un moment rare. Il sera prudent d'arriver tôt.

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  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    "J'ai tout de même déploré un manque d'éléments épiques"... Hein ? Ben mince alors ! Qu'est-ce qu'il leur faut ? Je suis aussi surpris qu'un lecteur de littérature de l'imaginaire soit dépassé par "l'originalité" du monde de Pangée, somme toute bien modeste au regard de certains classiques. Bref, certains passent à côté, c'est dommage.

  • 2926

    Encore une sélection pour Les Nefs de Pangée. Cette fois, dans un prix donné par les blogueurs, qui ont été un soutien essentiel pour la reconnaissance de ce livre. La presse générale n'ayant pas levé un sourcil à la parution d'un roman de genre, considéré comme insignifiant, je suppose. Prix ou pas (le lauréat sera désigné en octobre, pendant les Utopiales) j'en profite pour remercier tous les blogs qui m'ont soutenu.

    Quatre finalistes, là encore des confrères de haut niveau, c'est le prix Planète Sf 2016.

  • 2923

    Je trouve en lien, pour les amateurs, la captation de notre rencontre, Aurélien Delsaux et moi, lors de La Fabrique de l'écrivain, en mars dernier, à la Bibliothèque de La Part-Dieu, à Lyon, organisée par l'ARALD et animée par l'excellente Danielle Maurel. Pas loin d'une heure trente de dialogue. Aurélien y dit des choses très belles sur le roman comme genre démocratique.

     

  • 2921

    Samedi 25 juin, à 16h45, j'aurais le grand plaisir et l'honneur d'animer une rencontre avec Daniel Arsand à l'occasion de la parution de son dernier livre : "Je suis en vie et tu ne m'entends pas", à la librairie le Carnet à Spirales. Nous évoquerons aussi son parcours exceptionnel d'éditeur de textes étrangers, une façon de faire s'exprimer cet écrivain hors-normes sur sa passion pour les autres écrivains. Comptez sur moi pour faire un rappel dans quelque temps. Toutes les informations ici.

  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    Surgi sur ma page Facebook, signé par un internaute, auteur lui-même (et fan depuis très longtemps de la série "Le prisonnier"), Al Bedo alias Jean-Michel Philibert, ce billet spontané qui met du baume au cœur, lui disais-je. Jugez plutôt :

    "Pangée… un supercontinent, regroupant toutes les terres émergées. Entouré d’un immense océan, l’Unique. Sur lequel le peuple Ghiom lance ses nefs, magnifiques navires de chasse, à la poursuite du Maître des eaux. Une civilisation complexe, qui maîtrise l’art de la guerre et de la construction, et vit en symbiose avec une faune et une flore étranges. Une confrontation séculaire et meurtrière avec un autre peuple, les Flottants. Des traditions basées sur l’entraide et la sélection génétique, et un art, celui des conteurs. Mais la dixième chasse, la plus puissante jamais organisée, sera bien différente des premières, et la vie politique de Pangée sera bouleversée par l’irruption d’un tyran déterminé à plier son monde à sa loi. Le récit se déroule au rythme de la navigation des nefs. Lent et puissant au début, rapide et épique durant la chasse, puis violent et sanguinaire comme un naufrage. Les personnages sont attachants, déchirés entre leurs désirs et leur destin. La civilisation pangéenne est décrite avec une foule de détails et une cohérence qui rappelle « Dune » de Frank Herbert. Le lecteur est avide d’avancer dans le conte et les surprises se multiplient, jetant un éclairage surprenant sur les deux peuples ennemis. Une petite frustration, celle de n’en savoir pas plus sur l’Odalim, créature mystérieuse et dont le sort semble lié à celui des êtres peuplant cette terre. Mais peut-être le lecteur en saura-t-il plus dans une suite éventuelle…
    Le récit se déroule-t-il dans le passé ou dans le futur ? Impossible de le dire. La théorie de la dérive des continents de Wegener affirme qu’il y a deux cent millions d’années, nos continents actuels étaient regroupés en un seul supercontinent. Selon cette même théorie, Pangée pourrait bien se reformer dans un laps de temps identique…
    Au final, « Les nefs de Pangée » est une passionnante réflexion sur l’humanité : qu’est-ce qu’un être humain ? Qu’est-ce qu’une race ? La différence est-elle forcément source de conflit ? Une parabole qui pourrait bien être très actuelle."

  • 2919

    Ce soir, à la médiathèque de Saint-Cergues, c'est la dernière de la tournée Lettres-Frontière pour moi et pour L'Affaire des vivants. La fin d'un cycle de rencontres qui furent autant de temps fors et chaleureux. Une fin et aussi, d'une certaine façon, le début de quelque chose. Déjà, la promesse d'être à Thonon, en novembre, pour passer le relais au prochain lauréat de ce prix original. En attendant, les amis, ce soir à 20 heures...

    rencontre-c-chavassieux.jpg

  • 2915

    Bon, Les Nefs de Pangée ont été sélectionnées pour quasiment tous les prix du domaine des littératures de l'imaginaire, mais n'ont jamais franchi le seuil ultime. Là, il s'agit du prestigieux prix Rosny-Aîné. La concurrence est rude, les auteurs que je côtoie ici sont tous redoutables. Résultat entre le 25 et le 28 août au Château de Mouleren, à Gradignan, donc.

    Celui-là, si je pouvais le décrocher...

     

    (et puis, le 28 août, c'est mon anniversaire. Allez, soyez sympas, quoi !)

  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    " Les nefs de Pangée démarre donc assez lentement, et nécessite que l’on s’accroche aux premières pages : il y a beaucoup d’éléments à assimiler (culturels, linguistiques, etc.) et le rythme n’est pas vraiment palpitant. Il faut passer les cent premières pages pour arriver à s’immerger vraiment dans la lecture, alors que la dixième chasse quitte le port.
    Après, c’est bien simple, il devient impossible de lâcher le livre tandis qu’on suit en parallèle la course-poursuite sur l’océan et les changements qui adviennent à terre pendant ce temps. J’étais d’ailleurs ravie d’avoir deux heures de train pour pouvoir avancer sans interruption, d’autant plus que le récit réserve quelques très belles surprises."

    Sur le site Nevertwhere, cette belle chronique. La blogosphère continue de témoigner de son intérêt pour mon roman. Et moi, d'en être reconnaissant.

  • 2906

    Je nage dans le luxe, figurez vous. Parce que je fais exactement ce que j'aime. Et, par exemple, ce soir, à Gilly, dans le cadre de la carte blanche qui m'est confiée chaque année, j'invite qui je veux. Cette année, j'ai l'immense plaisir, le grand bonheur, la joie et l'honneur (tout ça, dans cet ordre à peu près), de recevoir Christian Degoutte et Emmanuel Merle (là, l'ordre importe peu, j'ai choisi l'alphabétique), écrivains, poètes, aux univers très différents mais d'égale qualité.

    C'est ce soir donc, à la médiathèque de Gilly-sur-Isère, à 18h30. Toutes les infos ICI.

    Venez, vraiment, vous allez vous régaler.

    Entrée libre, bien sûr.

  • 2899

    Ce soir à 19h., nous pouvons, si vous le voulez bien, nous retrouver à la bibliothèque de Servoz pour mon avant-dernière rencontre autour de L'Affaire des Vivants, coup de cœur Lettres-Frontière 2016. La soirée est organisée conjointement par les bibliothèques de Servoz et Les Houches.
    L'entrée est libre, comme les propos, les questions, et les réponses aux questions.
    Bientôt, s'achèvera ce cycle heureux qui m'a lancé sur les rails à la rencontre d'amis inconnus. Tout cela trouvera sa vraie conclusion en novembre, à Thonon, où, avec Xochitl Borel, lauréate pour le côté suisse, nous remettrons les prix à nos successeurs. Le relais sera passé, nous regagnerons nos cabinets de travail, la solitude de l'écrit que nous avons ponctuellement laissée au profit des contacts et des sourires, des accueils bienveillants, partout où nous étions. Quand on met bout à bout nos phrases dans la double intention d'écrire le meilleur live possible et de délivrer ce qui l'exige en nous, nous ne pouvons imaginer les prolongements contenus dans chacun de nos mots. Nous ignorons que chaque paragraphe nous rapproche de vous. C'est une belle conclusion, c'est une belle surprise. Prochain et dernier rendez-vous de la tournée Lettres-Frontière : le 16 juin, à Saint-Cergues.

  • 2898

    Une dame, universitaire retraitée, gentille, très agréable, conversation détendue et amusée. Habillée chic pour une rencontre où je suis également invité. Elle écrit pour une grosse maison d'édition des policiers historiques particulièrement documentés, avec un héros récurrent. Les récits ne sont pas mièvres, ils mêlent violence et érudition, sont bien écrits. Pas ma tasse de thé mais un travail respectable, de bonne facture, qui a son public. Du genre qui doit plutôt bien marcher, se dit-on. Quatre romans déjà chez cet éditeur et elle vient de présenter son cinquième. La routine. Sauf que. Une nouvelle directrice d'édition est arrivée, a « fait le ménage » et lui a retourné son manuscrit. Pas d'assez bons chiffres. Un ami présent, professionnel du métier, connaissant parfaitement les rouages et l'actualité de l'édition explique que beaucoup d'auteurs sont dans ce cas, aujourd'hui. Elle, cherche maintenant partout, a frappé à plusieurs portes. Toutes restent obstinément fermées. Nous lui disons notre confiance : elle va forcément trouver ; impossible autrement.
    Je connaissais ma chance d'être soutenu par des maisons qui ne s'inquiètent pas (trop) des faibles ventes de mes ouvrages, mais depuis cette entrevue, je mesure à quel point c'est fou que des gens veuillent bien encore me faire confiance, suivent et acceptent mes manuscrits. Va vraiment falloir que le prochain cartonne, nom de nom !

  • Les Nefs de Pangée - Critique

    Le Bélial avait chroniqué avec une vraie pertinence Les Nefs, en 2015. J'ai rencontré cette année l'auteur de ce chouette billet, sans pouvoir l'en remercier (il a dû me trouver d'une goujaterie !). C'est que je ne savais pas...

    "L’auteur déroule ainsi la légende sous nos yeux, mais aussi ceux d’Hammassi, jeune femme chargée d’accompagner la chasse pour en décrire les aspects, historienne à qui il est également demandé d’embellir les faits à destination des générations futures. Un personnage important, certes, mais comme tant d’autres au sein d’une distribution proprement impressionnante – sans que Chavassieux n’en néglige aucun : un tour de force."

  • 2881

    PIRCE_Faux livre_fond_gris_BD.jpgPrice. Steve Tesich. Monsieur Toussaint Louverture.
    Je peux dire aujourd'hui qu'avec les 540 pages de Price, j'ai lu l'intégralité de l’œuvre romanesque de Steve Tesich. C'est moins remarquable qu'il y apparaît puisque l'auteur de Karoo n'a écrit que deux romans. Je viens de les citer. Le reste de son travail se répartit entre théâtre et scénarios pour le cinéma, et quelques essais. Karoo m'avait proprement subjugué. J'avais alors parlé de chef-d’œuvre, ce qui ne m'est arrivé que deux fois, je crois, sur Kronix. Karoo était le dernier roman et même la dernière œuvre de l'écrivain américain, et je suppose qu'une part de sa force vient de là. Tesich aurait mis une dizaine d'années à écrire Price (du nom du narrateur, comme pour Karoo), et ce livre porté longtemps est une œuvre magnifique, mais il serait vain de la comparer à son dernier opus, sinon pour les opposer.
    Les personnages y sont jeunes, sans cynisme, mobilisés par les passions adolescentes. Leur destin est celui d'une jeunesse des années 50-60 dans une petite ville moche des Etats-Unis, dominée par une raffinerie où ils iront presque inévitablement travailler, comme leurs pères, jusqu'à la fin de leurs jours. Daniel Price est l'un d'eux. Lutteur amateur, il vient de perdre un combat. Il l'a perdu parce qu'il a renoncé à gagner, à la dernière seconde. Peut-on imaginer meilleure illustration de la médiocrité volontairement endossée par le héros à l'exemple de ses pairs, dans cette ville fade et insouciante ? L'année scolaire s'achève. Avec ses deux meilleurs amis, le furieux et révolté Larry et le débonnaire Freund, tous deux lutteurs comme lui, ils considèrent la vie morne qui les attend, celle de tous les autres, les anciennes gloires, les petites célébrités locales, de ce champion de foot qui balaye les couloirs d'hôpital, de la gentille Lavonne, femme battue qui accepte les aléas de la vie de couple et travaille comme caissière de supermarché ou de la plus belle fille de la ville qui, forcément, se mariera avec un quelconque beau gosse du coin. Il faudrait être fou pour échapper à la norme provinciale de ce bout de terre. Fou comme l'un de leurs profs, qui se met à manger ses nœuds de cravate en cours et achève son délire dans l'ambulance qui l'embarque. Les trois amis eux, doivent composer avec la normalité qui menace de les engloutir. Ils n'ont pas la chance d'être dingues. Freund espère qu'ils ne se sépareront jamais mais la petite Patty fait d'habiles manœuvres d'approche (et que pèsera l'amitié quand la fille aura refermé ses bras sur lui ?) ; Larry veut en découdre avec le monde, déteste la veulerie de ses parents, leur admiration révoltante pour sa « réussite » dans les études ; Daniel Price doit composer avec la tristesse et les disputes de ses parents. Le père à la raffinerie, la mère qui fait des ménages à Chicago et économise sou à sou dans l'espoir, un jour, d'être propriétaire. Des vies minuscules, mais comment faire autrement dans ce cadre tellement réducteur ? Le cancer du père, ou plus précisément le moment où la maladie ne se laisse plus ignorer, intervient au moment où le garçon tombe amoureux d'une jeune femme au caractère imprévisible : Rachel. Il paraît que les hommes aiment les emmerdeuses. Là, comme dirait Audiard, Price a à faire à une emmerderesse. Le genre de filles que tu dois décider de fuir après une heure de promenade. Price ne fuit pas. Il est jeune, c'est son premier amour. Tesich n'en fait pas pour autant un benêt transi, un pantin ; le garçon se défend, connaît aussi ses moments de manipulation, ses espionnages minables, ses stratégies mesquines. Le talent de Tesich (qui est celui de nombreux grands auteurs américains), est de nourrir la trame de ce récit par des réflexions pertinentes sur la filiation, la jalousie, le destin, les leurres de l'empathie, la solitude, le besoin désespéré d'être aimé et d'être aimé de la façon qu'on voudrait, d'élever tout cela au carré, d'en faire une mythologie puissante et de conférer à chaque personnage, même secondaire, l'attention la plus précise dans la connaissance de l'âme humaine. Les chiens même se voient offrir une partition dans cette vaste chorale. Il n'y a pas de destin médiocre. On pense à Faulkner, à Tennessee Williams, à Nabokov. On est surtout emporté dans un roman intelligent, humain, riche. Pas aussi stupéfiant que Karoo, mais tout de même, largement au dessus du lot de nombre de romans contemporains. Je ne reprendrai pas l'antienne désolée de la comparaison entre les auteurs nord-américains et nos petites prétentions hexagonales (si, tiens, je viens de le faire), mais encore une fois, on est bien forcé de constater que nos fabliaux moraux végètent dans les douces praires de la paresse tandis que des Tesich, des Roth ou des Ellis, se coltinent la roche, se confrontent aux éléments et vous aident à escalader les sommets. Bref. Ils ne craignent pas de s'esquinter les mains au passage.
    Ça vaut pour moi aussi, entendons-nous bien.

    Un dernier mot pour saluer la beauté des livres édités par Monsieur Toussaint-Louverture. Qualité du papier, de la typo, des reliures et de la couverture, qualité de la traduction, souci de la relecture (pas une faute ni une coquille en vue, ce qui devient exceptionnel).

  • Les Nefs de Pangée - Nouvelle critique

    Dernière chronique en date, ici, sur le blog "La Grande bibliothèque" :

    "Les Nefs de Pangée, c'est de la SF, et c'est un grand livre, de cette espèce qui donne le vertige. Il est remarquable que ce vertige soit acquis au terme d'un seul volume, et que la conclusion de ce livre n'appelle aucune suite : j'ai envie de parier que Christian Chavassieux a fait sien le dicton fremen ‪Arrakis‬ enseigne l'attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire: "Maintenant c'est complet"... Pour une première rencontre, c'en est une belle, et qui restera longtemps dans ma mémoire : bravo, et merci."

     

    Ben c'est moi qui vous remercie, cher Anudar, qui m'apprenez du même coup que mes Nefs sont en lice pour le prix des Blogueurs Planète SF.

  • 2877

    C'est aujourd'hui, à 17 heures, que j'ai le plaisir d'être accueilli à la Médiathèque de Thonon-les-Bains. La rencontre sera animée par Charles Sigel. Elle est organisée dans le cadre du Prix Lettres-Frontière. Il sera d'abord question de L'Affaire des vivants et aussi, qui sait, des Nefs de Pangée, ou encore de mon prochain ? (Tiens, si je leur faisais une surprise ?)

    Ce moment revêt un aspect particulier pour moi. C'est en effet dans cette même médiathèque que j'avais été reçu pour la première fois en tant qu'écrivain pour Le Baiser de la Nourrice.

  • 2875

    Couv_Beinstingel.jpegJournal de la canicule. Thierry Beinstingel. Fayard.

    Ce roman de la rentrée 2015 est une très fine analyse de la manière dont l'écriture s'impose à un quidam et lui permet de dépasser ses questionnements, pour finir par lui permettre de s'améliorer, en quelque sorte. En tout cas, de lui apporter un peu de bonheur. Le roman est construit sur le mode du journal, rédigé sur un cahier d'écolier pendant la canicule de 2003. Le narrateur est un célibataire (séparé plutôt, mais depuis assez longtemps pour avoir assimilé la condition du vieux garçon qui rend visite à sa mère dans sa maison de retraite), modeste fonctionnaire, sûrement assez transparent, resté pendant l'essentiel de l'été pour superviser un chantier de voirie assez délicat.
    Intrigué par l'absence prolongée de ses voisins, il s'enhardit à entrer dans leur jardin, trouver un accès et pénètre un jour dans leur maison déserte. Là, il observe cette intimité étrange, offerte et silencieuse, ce monde arrêté, comme figé par la mort. Où sont-ils ? Où sont le couple, leur garçon et leur fille, deux enfants dont les chambres sont désagréablement dissymétriques ? Sans vouloir rien déranger, le narrateur s'habitue jour après jour à visiter la maison, de plus en plus fasciné par le drame qu'il devine derrière cette absence anormalement longue. Les semaines passent, un mois passe, un deuxième mois… les voisins ne sont toujours pas rentrés, la canicule impose sa respiration à la ville. Le narrateur consigne tout, avec une obsession du détail. C'est un technicien, un amoureux de la symétrie, de l'observation précise et mesurée. Cependant, ce terne personnage prend goût à coucher sur un cahier (seul vol qu'il s'autorise dans la maison abandonnée) ses faits et gestes, ses hypothèses, l'avancée de son enquête, puis ses réflexions intimes, l'émotion de ses rencontres, ses pensées. Un nouveau cahier est bientôt nécessaire. Écrire devient un palliatif à ses perquisitions, il se rend moins souvent dans la maison des voisins, écrire lui permet de comprendre des choses sur lui et sur les autres. Se dessine alors le véritable propos du livre. On croit être invité dans une enquête policière, haletante, angoissante (c'est l'effet produit, d'abord), et puis l'on prend conscience que le récit nous entraîne ailleurs. On voit alors chez ce fade petit fonctionnaire, s'affirmer l'humain bienveillant qu'il a toujours été, l'homme sans colère et sans amertume, celui que les femmes choisissent pour lui raconter leurs déboires, et qui aurait aimé avoir un enfant.
    La difficulté étant pour l'auteur d'imiter une écriture pâle et factuelle, parfois alourdie de détails techniques (le narrateur réalise parfois que ce qu'il écrit n'a pas d'intérêt), d'être assez adroit pour produire avec cela de la littérature, mais une littérature qui serait à la portée d'un diariste seulement préoccupé de décrire les événements anodins qu'il traverse, cela sans la moindre ambition littéraire, justement. Et de réussir à faire progresser cette narration faussement médiocre vers la force de questionnement des grands textes. C'est virtuose, sans avoir l'air d'y toucher. Une belle surprise (je ne connaissais pas cet auteur), une belle réussite.

  • 2872


    podcast

    L'Epitaphe. Villon. 2 minutes et 19 secondes venues du XVe siècle. En ces temps, un poète fréquenta suffisamment les gibets où ses frères se balançaient au vent, pour pouvoir les décrire comme "plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre", image inoubliable.

  • 2871

    Marc Lévy a écrit plusieurs livres, ce qui le fait considérer comme un écrivain par beaucoup de ses lecteurs. C'est un type plutôt sympa si j'en crois certaines anecdotes ou témoignages de mes connaissances, et ça c'est bien. Il est un peu plus jeune que moi et considérablement plus à l'aise financièrement. Plus beau même, mais ma douce affirme que non (elle trouve aussi que Brad Pitt n'est pas terrible. Je ne sais que penser.) Le père de Marc Lévy est écrivain et fut un résistant et sa sœur est scénariste et auteure de théâtre. Ces détails dévoilent un aspect de sa personnalité : il a fallu que ce garçon s'impose dans sa propre famille. Qu'il l'ait fait en choisissant l'écriture est le signe d'une démarche authentique, assez naïve pour être respectée, malgré les dommages collatéraux.
    Beaucoup de femmes aiment lire Marc Lévy. C'est ainsi. J'ai lu un livre de Marc Lévy (Si c'était vrai, je crois). Je suis encore là, intègre, tel qu'auparavant. L'expérience est donc moins terrible qu'on le dit. D'autant plus qu'elle est oubliable.
    Laissons vivre Marc Lévy, occupons-nous de littérature, il y a déjà fort à faire de ce côté-là.
    Je vous remercie de votre attention.

  • 2870

    arton991.jpgOn lira Tocqueville à la plage de Xavier Gardette.

    C'est l'été. Un couple investit une maison au bord de l'océan, en Vendée. Lui, Olivier, est écrivain et doit boucler pour la fin de l'année un livre sur Marie Motley, femme d'Alexis de Tocqueville. Il n'a rien dit à Sylvie, sa riche épouse, de son intuition première qui devient certitude au fil du récit : il connaît ces lieux, il est venu enfant sur la plage qu'ils fréquentent aujourd'hui. Il s'est passé là quelque chose qui se refuse à sa conscience. Un souvenir important qui lui échappe. On se régalera, bercé par l'attente et l'insistance des souvenirs à ne pas se laisser saisir, amusé par les atermoiements d'un auteur incertain, lancé dans un chantier qui ne le passionne plus, vaguement attiré par une belle couturière vêtue de peu de tissu, on méditera sur la famille, les voisins, la mémoire, le  couple, on sera encore joliment ému par une révélation finale, à la fois fondatrice et anodine. On cueillera au passage quelques belles assertions, des phrases d'auteurs glanés dans toute l'histoire de la littérature et données sans affectation, des leçons de pensée glissées mine de rien, entre deux grains de sable. C'est subtil, joli, élégant. On quitte le livre comme une rencontre délicieuse, à laquelle on repensera un jour en souriant.
    Tocqueville à la plage, Xavier Gardette. Chez arléa.