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kronix - Page 6

  • 3084

    Lors des rencontres Lettres-Frontière pour Le Baiser de la Nourrice, il y a quelques années, je m'inquiétais du coût énergétique de l'envoi de 80 kilos d'écrivain sur les routes pour qu'il évoque son travail. Quelques années seulement ont suffi pour aggraver la situation puisque, aujourd'hui, c'est 90 kilos d'écrivain qu'il faut promener à travers le pays. Je ne saurais donc trop vous demander de compenser ce désastreux bilan carbone en venant nombreux aux premières rencontres organisées pour La Vie volée de Martin Sourire, sur 2017 :

    La librairie du Centre, Ferney-Voltaire, le mercredi 18 janvier, 20 heures.

    Médiathèque de Gilly-sur-Isère, le vendredi 3 février, 18 h.

    Médiathèque de Saint-Denis de Cabanne, samedi 11 février, 16h30.

    Médiathèque de Romorantin,mardi 28 février, 18h30.

    Centre culturel de Riorges, jeudi 6 avril, 18h30.

    Bibliothèque de Fleury-la-Montagne, vendredi 9 juin, 18h.

    et aussi, à propos des Nefs de Pangée, au Salon du livre de Noirmoutier, samedi et dimanche 24 e 25 juin.

  • 3083

    Deux jours d'absence, les amis. Aujourd'hui et demain. Kronix n'en dit rien et je n'en pense pas moins.

    Je vais à Paris m'occuper de mon Martin Sourire.

    Bonnes journées à vous. Je vous conseille de lire "Des opéras de lumière" de Jean-Noël Blanc, en attendant. C'est publié au Réalgar, et c'est une merveille.

     

  • Contes horrifiques

    Tina redoutait de sortir de la station d'essence après son travail de nuit. Parking désert, route peu fréquentée, des champs au-delà. Personne en vue, mais la crainte de trouver un déséquilibré dans ce lieu isolé l'obsédait. Elle acheta un petit pistolet de défense. Une nuit, elle remarqua en partant, une silhouette d'homme qui semblait l'attendre près de sa voiture. Elle se mit à crier, sortit son arme et prévint qu'elle allait tirer s'il ne s'éloignait pas. L'homme fit un geste qu'elle interpréta comme une menace et elle fit feu. Il porta la main à son front et s'enfuit en gémissant. Elle se précipita vers sa voiture et démarra, complètement paniquée. Le lendemain, les gouttes de sang sur le parking, leur sillage qui disparaissait dans les champs, lui prouvèrent qu'elle n'avait pas rêvé. Elle renonça à appeler la police, nettoya les taches à grande eau. Tina craignait chaque jour que la police débarque, elle lisait le journal en se mordant les lèvres, écoutait distraitement les clients. Mais personne ne lui demanda de compte. Elle quitta ce travail, sa faible rémunération et ses mauvais souvenirs.

    Un an plus tard, aux jurés qui devaient statuer sur le sort du meurtrier de Tina, un expert, schéma à l'appui, montra comment une balle perdue fichée dans son crâne provoquait chez le sujet des crises de schizophrénie aiguës.

  • Contes horrifiques

    Dans le miroir du coiffeur, elle eut le temps de le voir empoigner les ciseaux et les plonger à la verticale au sommet de son crâne.

  • 3080

    Je vois une partie de l'humanité prête pour demain, songeant à demain, sûre que les solutions existent pour progresser encore, améliorer le sort du plus grand nombre, et je suis convaincu que cette partie détient les clés de l'avenir. Cependant, l'autre partie de l'humanité — celle qui selon moi nous retient et nous condamne, ne veut rien entendre et s'enferme, se retourne et questionne les mânes d'hier — de quels individus est-elle composée ? Me sont-ils à ce point étrangers que je ne pourrais rien saisir de ce qui les anime ? Enfin, ils ont bien une idée pour demain, ils ne sont pas désespérés au point de vouloir le plus grand mal pour le plus grand nombre ? Comment s'y prennent-ils pour concilier leurs projets avec l'obsession de la peur, de quel avenir rêvent-ils ? Le fossé s'élargit entre deux populations, deux vastes groupes que leurs différences ne rendent pas plus homogènes pour autant. Quelles sont les passerelles entre nous, qu'il faudra peut-être inventer ? Nos murailles d'incompréhension valent les remparts qu'ils érigent.

  • 3079

    Nous ferons face, mon amour. Nous sourirons à nos pailles de tendresse, à nos restes de défaites, nos triomphes fanés ; nous ferons des caresses à nos jeux ridés, nos gestes vieux, nos passions désamarrées. Nous aurons des gentillesses pour le délitement des autres ; nous serons bienveillants. Toutes les fêlures, les usures, les brûlures ; les temples lépreux, les maisons fatiguées, les murs abîmés, les villes désertées et les hommes décharnés, nous les bénirons comme frères.

     

    Extrait de Lucifer Elegie suivi de Nos Futurs, éditions Sang d'Encre.

  • 3078

    Howard Hawks se demandait comment parlaient les Égyptiens de sa Terre des Pharaons et – restons dans la référence cinématographique – Kubrick s'était résolu, pour Barry Lindon, à l'idée que son film, si scrupuleux fut-il, ne ferait qu'approcher un passé bel et bien achevé et oublié. Aucun document d'époque, aucune représentation d'un contemporain ne saurait nous en donner une idée certaine et juste. Bénéficierait-on d'un support merveilleux (vidéos des Parisiennes pénétrant dans Versailles, par exemple. Oui, rêvez, rêvez : je vous parie que ce serait flou, mal cadré, et engendrerait de nouvelles théories du complot), on ne serait guère avancé. Il faut être convaincu, vous et moi, chers lecteurs, qu'un roman historique n'est pas une machine à remonter le temps. C'est une fantaisie. Ce qui n'exempte pas l'écrivain (inconscient de l'envergure de son projet quand il le commence) d'un travail documentaire éprouvant. Il veut simultanément satisfaire au réalisme d'époque, et pouvoir s'étonner lui-même de ce qu'il trouvera. Il a laissé la place dans la trajectoire de ses personnages pour infléchir un destin à la faveur d'un détail de façon à transformer la contrainte en opportunité dramatique. Ainsi, le trafic de la glace de Versailles devient-il le viatique idéal pour entraîner Martin hors des grilles du château. Ainsi, la villégiature pour raison de santé d'Étienne-Louis Boullée au printemps 1790, permet-elle à Martin de méditer sur les dessins du maître, en solitaire, à son rythme. De telles occurrences sont innombrables dans La Vie volée de Martin Sourire, car je n'avais prévu pour Martin que six tableaux incontournables : qu'il soit adopté par la reine, vive un temps en enfant sauvage dans le parc du château, travaille pour Valy Bussard, se rende à Paris au début de la Révolution, fasse la connaissance des projets visionnaires de Boullée et se retrouve dans les Colonnes infernales. À partir de là, tout était ouvert.

  • 3077

    Un nouveau portrait et une nouvelle chanson : "La ville étonnée" sur le site "portraits de Mémoire(s)", la démarche entreprise sur la communauté de Communes Charlieu-Belmont.
    Avec un texte de Jérôme expliquant la démarche de la composition musicale et le texte de la chanson (pour l'entonner avec nous, sous la douche ou au bureau, préparez vos aigus).
    Bonne écoute, les amis.

  • 3076

    Un ami, l'ami de cet ami, et moi, construisons une charpente que nous couvrons de tuiles de récupération. Je vais pouvoir remettre en service un poulailler pour le début de l'année qui vient. La matinée est bonne, la pluie a suspendu son harcèlement pour nous encourager. Ça rit beaucoup, ça bosse, ça avance. Et puis, un coup de fil nous apprend qu'une très chère amie, belle jeunesse de 90 ans, galaxie de gentillesse et de savoir, immense lectrice et précieuse personne, a été agressée devant chez elle, bras tailladés à coups de cutter pour lui arracher son sac, beaucoup de sang et de peur.
    Ce n'est pas haut, le toit d'un poulailler, mais la descente sur terre est bien rude.

  • 3075

    Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir, mais je me souviendrai longtemps du regard fixe de Fillon tandis que Juppé lui demandait de condamner la campagne de diffamation dont il avait fait l'objet. Le regard fixe, le sourire contenu… et finalement, l'absence de condamnation.
    Gardez bien ça en mémoire, les amis.

  • 3074

    Les navetiers


    Des hommes autour de lui
    L'enfant le voit, il se dit :
    « Des géants, mon pèr' est le plus grand »
    Dans l'usine, on le reçoit
    Dans l'usine, il se tient là
    Et ses yeux contemplent le spectacle
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers

    Sérieux, les hommes s'échin'
    Aux rouages des machin'
    La vapeur entraîne l'atelier
    Les parfums du bois coupé
    L'odeur du métal tourné
    Les barr' tintent, les courroies animent
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers
    Les navetiers

    Là on donn' des coups de scie
    On frai-se le fer ici
    Le chêne et l'acier sont mariés
    Son pèr' en riant lui dit :
    « Prends les commandes, vas-y ! »
    Il montr' à son fils ce qu'est le métier
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers
    Des navetiers


    L'enfant saisit les manett'
    Il ébauche une navett'
    Tant d'étap' encor' sont à venir
    Dans l'usine qu'il visite
    Son papa, tout, lui explique
    Il se souviendra que son pèr' était
    Un navetier
    Un navetier
    Un navetier

     

    Paroles d'une chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3073

    Partir en vélo,
    chercher du boulot

    Je fais ni une ni deux, la jupe ramenée, sur la selle installée.
    Sur les chemins de campagne, mon vélo accroche la lumière dans ses rayons de fer.
    Je suis gamine encore,
    et mes lèvres retiennent une pâquerette.
    J'appuie sur les pédales, je vais à ma façon,
    les grillons ouvrent des yeux ronds,
    les garçons me saluent au passage.
    Je pars en vélo, chercher du boulot.

    Je vais et un et deux, la jupe ramenée, sur la selle installée.
    Dans les rues par la cité, mon vélo accroche la lumière dans ses rayons de fer.
    Je suis gamine encore,
    et mes lèvres chantonnent un p'tit air de musette.
    J'ai juste quatorze ans, je vais sur les chemins,
    Y'aura pas d'école demain.
    Mon père m'a dit : « ma fille sage
    Tu prends ton vélo, chercher du boulot. »

    Nous sommes bientôt deux, les jupes ramenées, sur nos selles installées.
    Puis trois, puis une troupe, nos vélos accrochent la lumière dans leurs rayons de fer.
    Toutes gamines encore.
    Il y a dans nos têtes un petit air de fête.
    Bien fort sur les pédales, plus vit' que les garçons,
    On frappe aux portes des patrons,
    Ils disent « oui, c'est de votre âge ».
    On allait très tôt, trouver du boulot.
    On allait très tôt, trouver du boulot.

    Paroles de chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3072

    La ville étonnée

    Le gosier de la rue éructait ses syllabes. Dans la cour de la ferme, jappaient les mécaniques. C'était pour le passant la rengaine des jours.
    L'orchestre des métiers.
    De la ville et des champs, la parole au labeur. Des hommes et des femmes, le pouls pris au poignet. C'était un rock alerte, c'était une berceuse.
    La chorale des métiers.
    Elle charriait des bonheurs, elle apaisait le soir. La marche, à l'écouter, accélérait son rythme. Les enfants, tout petits, apprenaient son refrain.
    La valse des métiers.
    Les départs et les crises ont suspendu le chant. Le tempo ralenti, le bruit s'est assoupi. Les rues n'ont plus vibré aux cadences des fils.
    Les métiers se sont tus.

    Elle vit encore ici, au détour d'une rue, elle perce des usines, elle glisse sous la porte. Elle envoie sa chanson sous la pente des sheds. Elle entonne un refrain, elle respire, elle reprend, elle n'a jamais cessé. Elle était un murmure, elle était un écho, aujourd'hui elle souffle, elle est une fanfare. Elle a changé le son de la ville étonnée.
    C'est la voix des métiers.

     

    Paroles de chanson pour le projet "Portraits de Mémoire(s)"

  • 3071

    eric-vuillard-14-juillet-1.jpgÉvidemment, j'ouvre le 14 juillet d'Eric Vuillard avec une grande curiosité et un brin d'appréhension. Curiosité car, comment cet auteur que j'admire s'est-il emparé de la Révolution française, lui ? Comment s'est-il arrangé de la documentation, comment a-t-il fait parler ses personnages ? Quant à l'inquiétude, elle est légitimée par une comparaison toujours possible (due notamment à la proximité des parutions) comparaison dont je sortirais inévitablement malmené, même si nos projets sont très différents. Eric Vuillard (l'auteur du formidable Conquistadors et de l'excellent Tristesse de la terre, entre autres), a choisi de concentrer sur 200 pages le récit de la prise de la Bastille en prenant soin d'en situer rapidement les prémices dans les émeutes d'avril chez Réveillon (le fabricant de papier peint qui avait décidé de baisser la rémunération de ses ouvriers). Pour ma part, j'entraîne le lecteur de La vie volée de Martin Sourire dans un vaste mouvement, depuis l'enlèvement de mon « héros » par la Reine jusqu'aux guerres de Vendée et au-delà (disons de 1777 à 1794). Je me place dans une veine romanesque classique, dont la modernité de traitement apparaît par irruptions soudaines, comme par bouffées, et dans les méandres particuliers de mon histoire, les choix opérés parmi les personnages, les événements relatés.
    Je lis les premières pages de 14 juillet et, à la fois défait et admiratif, déclare à ma douce : « C'est génial ! » Comme je me sens largué avec mon énorme machine d'un volume double ! Pour preuve, je lis un extrait à voix haute. Ma douce admet que c'est très bien (ne veut pas me faire de peine). Le livre refermé, l'impression d'être dépassé s'est estompée. Le livre de Vuillard est fort, piquant, précis, amusant parfois, profond et tendre quand il s'attarde sur les destins, les notions de foule, d'individus et de peuple (tiens, tiens), mais quoi qu'il en soit, il est tellement différent du mien que je ne pense pas qu'une comparaison honnête soit possible. Si la dimension humaine nous obsède l'un et l'autre, la savoureuse richesse d'anecdotes produites par Vuillard constitue un instantané. C'est le quotidien d'une foule entraînée dans un mouvement extraordinaire presque malgré elle, c'est le grand cirque dérisoire où se cristallise comme par inadvertance un moment historique, dont il fait son miel. Pour ma part, je m'interroge sur cette ambiguïté : la Révolution française était-elle inéluctable ou bien, étant advenue, doit-on considérer qu'elle était nécessaire ? Qui trahit nos élans mieux que nous-mêmes ? L'actualité nous pousse à mesurer constamment cet héritage et nous engage à approcher nos vérités par la variété de lectures des événements. Bref, je vous souhaite de lire 14 juillet, et le plaisir que vous en aurez ne disqualifie pas celui que vous pourriez avoir, j'espère, en lisant La vie volée de Martin Sourire.   

    Il ne m'a pas échappé que mettre en relation ces deux livres était une manière de les comparer et surtout, qu'on peut y voir une prétention dont je n'aurais pas été conscient. Je vous le dis, pour conclure : mon masochisme ne se laisse pas intimider par ma vanité.

  • 3070

     « Que se serait-il passé si les États-Généraux avaient été confinés dans le secret du château de Versailles, plutôt qu'aux Menus plaisirs, ou dans la salle du Jeu de paume, des lieux où le peuple s'est invité, par les fenêtres si besoin, que se serait-il passé si les débats s'étaient déroulés sans publicité, je veux dire, sans public ? Sache-le : l'idéal aurait été durablement tenu à l'écart. Les députations des différents ordres se seraient arrangées. On aurait abouti à des accords entre possédants et le roi serait encore là, les pensions versées, les charges aux mains d'une élite. La réduction des gestes dont je parlais. Mais le peuple s'est invité et a imposé son pauvre idéal : de quoi se nourrir, vivre en paix, travailler et faire connaître ses improbations. Un idéal de serf ou peu s'en faut, j'en conviens, un projet pour les chiens. Le peuple ne rêvait guère plus haut. Pour ne l'avoir pas compris, pour avoir d'abord tenté de maintenir l'existant au mieux de leurs intérêts en sacrifiant un peu mais sans rien changer d'essentiel, nos élus ont laissé fermenter une nouvelle insurrection. (...) L'idéal populaire a brusquement pris des couleurs ! Quand nos bourgeois ont compris qu'ils ne s'en tireraient pas avec de belles déclarations, ils se sont retournés contre ceux qui leur avaient permis d'accéder au pouvoir, un pouvoir qu'ils n'avaient jamais prévu de partager avec la plèbe. Que tout reste en place, quitte à fusiller la foule !..."

     

    Extrait de La vie volée de Martin Sourire à paraître chez Phébus, le 3 janvier 2017.

  • 3069

    Ou peut-être que le peuple est une vaste foule qui se découvre une nature de nation.

  • 3068

    En compagnie de mon Martin Sourire, j'ai fréquenté et exploré la notion de peuple pendant plus de deux ans. J'ai approché le sens de ce mot, l'ai interrogé, considéré sous toutes ces faces… pour ne rien en conclure de certain. Sinon que le peuple serait une masse critique, un nombre anonyme qui se reconnaît un jour une force politique. Par masse critique, j'entends un ensemble aux contours indéfinis, suffisamment large, dont les intérêts, au moins sur un temps court, dépassent les intérêts des groupes particuliers qui le composent. Il n'est donc pas nécessaire que ce qu'on peut appeler peuple rassemble toute la population d'un pays ; il n'est pas nécessaire même qu'il en représente la majorité. Simplement, sous l'effet conjugué de facteurs indépendants, la majorité de la population abandonne à cette entité -par paresse, ennui, lassitude, peur ou absence de perspectives- la responsabilité d'un bouleversement.
    Le peuple, c'est l'humanité, l'humanité c'est l'aventure, l'aventure est risquée, incertaine, et son but est rarement raisonné.

  • 3067

    Dire qu'on est peut-être en train de se débarrasser de ce matamore qui empoisonne le débat public depuis des années...

  • 3066

    Dans une heure, trois membres de l'association Demain dès l'Aube (Jean, Dominique et votre serviteur) accompagneront Philippe Claudel lors de sa rencontre avec le public de la librairie Le Carnet à Spirales, à Charlieu. Nous aurons le plaisir de lire des extraits de Le Rapport Brodeck, La petite fille de Monsieur Linh, L'Enquête et Les Âmes grises.

    Amis de la région, nous pouvons nous retrouver aussi (un peu plus au calme sans doute), cet après-midi, à Mably, pour un salon du livre organisé à l'occasion des 20 ans de la Médiathèque George Sand. A 15 heures, toujours dans cette médiathèque, j'aurai le plaisir de vous entretenir des Nefs de Pangée et, peut-être, de mon prochain roman La Vie volée de Martin Sourire, à paraître le 3 janvier, avec lecture d'extraits.

  • 3065

    La première oubliette fut commandée par Louis IX dont la réputation de roi juste et cool est exagérée. L'invention ne doit pas son appellation, comme on pourrait le croire, à sa fonction (jeter dedans des prisonniers qu'on préfère oublier), mais au fait que le roi, tout bonnement, oublia l'existence du machin pendant son périple en terre sainte. Quand il revint de croisade, le trou était rempli de toute une populace, de gens de cour, de pucelles, de damoiseaux, de pages, de troubadours et de jongleurs, de montreurs d'ours, de cracheurs de feu et autres saltimbanques, de dames de compagnie, de chevaliers et d'écuyers avec leur destrier, de moines et de nonnes, de bergers avec leurs troupeaux de vaches, de moutons et de chèvres, de serfs, de balistaires avec leur baliste, d'architectes avec leurs cathédrales, d'archers, de gens d'armes et de voleurs, de quantité de vilains et d'autant de beaux seigneurs que personne n'avait songé à avertir de la présence du piège. Saint-Louis en fut fort marri et, un peu agacé, repartit aussitôt pour une nouvelle croisade en maugréant "non mais si ils sont cons, c'est quand même pas de ma faute".