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Matières à penser - Page 5

  • 2678

    Elle nous parlait, nous souriait. N'était plus exactement de notre monde, approchait l'autre. Et le savait. Elle l'a rejoint et nous devons mesurer la distance qui nous séparait d'elle, tandis que nous étions en sa présence.  

  • 2672

    Ce n'est pas une posture : je suis convaincu que le type qui sait construire une maison de ses mains est plus utile qu'un type qui sait écrire un roman. Après, on peut discuter sur la qualité, et de la maison, et du roman. Ce doit être là que ça se joue. Mais sur le principe...

  • 2667

    Vers qui se tourner pour arracher cet écœurement ? Vers quel ailleurs diriger mon regard ? Et pleurer comme morte ma terre frileuse que je ne reconnais pas, mon antre, mon ventre, mon brouillard, mon pays.

  • 2662

    Il a sauté d'un monde à l'autre. L'arche l'entraîne bénévolement. Dans la pénombre de la soute, le rat renifle l'huile minérale, les restes de capture, des remugles cosmopolites. Ce n'est pas son voyage, il vogue innocent vers une île qu'il n'a pas choisie. Ne choisit jamais rien, d'ailleurs, et conquiert le monde ainsi, bêtement.

  • 2659

    Il nettoie le pare-brise, vient frapper à ta portière. Tu baisses la vitre et il te sourit. Voilà, tu vois plus clair, l'air autour de toi est renouvelé, et il ne te demande rien. Merci, le poète.

  • 2657

    Tu étais inconsolable ; et puis un jour, tu as accepté de mourir.

  • 2656

    Tandis que tu m'enveloppes de bien, je sens monter le froid des haines. Je n'y peux rien. Je mesure ta force, de parfum et de calme, mais on accumule pour toi des orages vénéneux. Je vois grandir les choses qui nous emporteront. Des haines aux griffes tendues par la fenêtre. Mais je refuse de te penser comme une proie, tant que je suis là. Alors je te berce, rien n'est advenu. Tu as le temps. Reste endormi je te prie, sans autre souci qu'une faim qui mûrit.

    (Cette incapacité à jouir pleinement des meilleurs moments de la vie.)

  • 2573

    Le "bon sens" m'a tout l'air d'être giratoire.
    Je veux dire qu'en le suivant, on tourne vite en rond.

  • 2572

    Certains sont de calcaire,
    l'usage les arrondit.
    D'autres sont de silex,
    les coups affûtent leurs arêtes.
    De calcaire, de silex, qu'importe, ils se réduisent tous à l'épreuve du temps.

  • 2569

    Plonger dans l'Histoire.
    Des temps où la vie humaine se moissonne sans émois.
    L'erreur est de croire ces temps révolus.
    Alors que c'est le lieu qui a changé.
    Sinon, vu de l'espace,
    c'est incessamment que la vie humaine se moissonne sans émois.

  • 2560

    Glané chez Mercier, toujours :

    " Le 3 août 1670, le nommé François Sarrazin, natif de Caen, en Normandie, âgé de vingt-deux ans (…), attaqua l'hostie, l'épée à la main, au moment que le prêtre la levait, dans l'église Notre-Dame, à l'hôtel de la Ste Vierge. En voulant percer ladite hostie immédiatement après la consécration, il blessa de deux coups le Prêtre, qui prit la fuite ; mais ses blessures ne furent pas dangereuses.
    Aussi-tôt, toutes les messes cessèrent ; on dépouilla les autels de leurs ornements ; l'église fut fermée jusqu'au jour de la réconciliation.
    Le 5 Août, François Sarrazin fit amende honorable, ayant un écriteau devant et derrière portant ces mots, sacrilège impie. On lui coupa le poing, et il fut brûlé vif en place de Grève, il ne donna aucun témoignage de repentir ni de regret de mourir. "

  • 2559

    Glané dans mes recherches :

    "J'entre dans la petite Eglise de Saint-Pierre-aux-Bœufs, qui fut profanée en 1503, par un jeune homme d'Abbeville. Il arracha l'hostie des mains du Prêtre, en s'écriant ; quoi ! toujours cette folie ? Ce jeune homme étoit instruit, entendoit très-bien Homere, Cicéron & Virgile ; il fut brûlé vif pour réparation."

    (L-S Mercier. Tableau de Paris, tome 1. 1781)

  • 2557

    Il y a cette sensation qui se produit quand le roman prend corps. On est loin du but, bien sûr, mais on sait que le récit se tient, qu'il a désormais son rythme propre, qu'il « ressemble à quelque chose ». D'une certaine façon, le roman, au stade où vous êtes, vous apaise et vous fait comprendre qu'il est définitivement sur les rails. Elle est complexe à définir, cette impression, elle est assez semblable à celle que j'avais lorsque je faisais le portrait de quelqu'un, jadis, du temps où je croyais faire ma vie dans le dessin et la peinture. C'était le moment assez magique où, les traits de modèle devant moi se multipliant, commençait à s'affirmer une ressemblance. Un tressaillement me parcourait, je savais que j'y étais. Quoiqu'il arrive, mon dessin serait bel et bien le portrait de la personne que j'avais devant moi.  Il faut dire aussi que c'était à chaque fois un émerveillement. Malgré l'entraînement que j'avais, quand je commençais mon dessin, je n'étais jamais sûr d'accéder à cet instant décisif (et il m'est arrivé d'échouer). Aujourd'hui, transposé au roman, je peux dire que c’est la même sensation. Quand j'entame le chantier, que je pose les premières lignes, il n'est pas certain que je parvienne au terme d'un travail aussi énorme. Et puis, donc, il y a ce moment, très étrange, très particulier, où je sais qu'il trouvera son achèvement.
    C'était hier, pour « La Grande Sauvage ».

  • 2553

    Il vient sans cesse le même constat à nos oreilles : « le monde va mal ». Certes, mais quelle bouche le prononce ? Un coup d'œil dans le miroir nous renseigne : c'est la nôtre.

  • 2543

    L'intuition ne vaut pas la culture, mais c’est une étrange sensation de voir la première confortée par la seconde. Ainsi, l'autisme de nos gouvernants qui refusent un changement en profondeur de la société, et tournent le dos à l'insurrection qui vient, a, pour l'amateur, une parenté avec l'inertie du régime d'avant 1789. Et la vérité, c'est que le parallèle est non seulement possible, mais de plus en plus évident au fil des lectures des textes d'époque.
    Plus qu'à attendre.

  • 2541

    Combattre les idées reçues est une idée reçue.

    Mais ça vaut la peine d'essayer.

  • 2537

    Parmi le charnier innombrable,
    un poète, une pianiste, une architecte, un réparateur d'ascenseur, un pêcheur, une conteuse pour enfants, une joueuse de belote.
    Dans la vaste nécropole, les talents enterrés.
    On se désole des morts indistincts,
    quand c'est, pour chacun, une galaxie qui s'éteint.

  • 2536

    Il fait chaud, c’est l'été, le jardin est harassé de lumière.
    Et toi, fermé dans ton bureau, tu racontes un hiver ancien.
    Tu pourrais tout aussi bien parler de la lune.
    Qu'y a-t-il de véritable dans la sensation que tu décris,
    des pieds nus entourés de paille qui cahotent dans les sabots usés, deux siècles avant toi ?
    A quel souvenir celui qui te lit, qui n'a jamais connu que des verticales d'acier et le confort de la clim', va-t-il s'appuyer pour te comprendre ?
    Lecteur et auteur s'accordent pour partager l'idée d'une sensation, et doivent s'en tenir là, s'ils ne veulent pas que s'effondre tout l'édifice.

    Le décor est maintenu par les deux étais qu'ils forment, ensemble, complices dans l'aventure du livre.

  • 2534

    Cette faculté humiliante que j'ai, de trouver qu'un tel a raison, puis un autre qui est exactement de l'avis contraire, avant de me ranger à l'opinion d'un troisième qui nuance l'idée du premier, avant de découvrir un avis pertinent qui contredit les précédents, etc. Je ne sais ce qu'il faut en déduire : Suis-je si bête ? Suis-je incertain ? Toutes les opinions se valent-elles, quand elles sont comprises dans une fourchette acceptable pour moi ? Ou encore, n'y a-t-il simplement pas de vérité ? Peut-être, enfin, que le monde ne réclame aucune pensée, qu'il génère une conviction par le fait qu'il existe, et que cette conviction est telle : toute idée donne du sens ; or, rien n'a de sens.

  • 2531

    affiche-cc.jpgChaque année, je viens, à l'invitation de l'équipe de Marielle, présenter ma "carte blanche". Chaque année, je viens avec un nouveau livre, une brioche aux pralines, un ou des invités, et un ou des kilos en plus.

    Cette année, ce seront trois invités et trois kilos.

    Ce soir, nous évoquerons les ouvrages de la dernière sélection Lettres-Frontière (et incidemment, "L'Affaire des Vivants", qui a le bonheur et le privilège d'en faire partie).

    Demain, c'est l'instant carte blanche avec, cette année, des potes auteur(e)s de BD. Tous issus de cette belle expérience que fut l'association Ikon&Imago, il y a.. hum... Euh... 15 ans !? Bref.

    Léah Touitou, dessinatrice, vidéaste, bédéaste, globe-trotteuse, engagée sans se déclarer telle mais parce que c'est comme ça...

    leah touitou- dessin.jpeg

    Quelqu'un qui va vous donner une pêche formidable. C'est peut-être le point commun de mes trois i

    nvités, parce que Sarujin et Petelus n'engendrent pas spécialement la mélancolie, non plus.

    Petelus, c'est un univers tellement singulier que... je ne saurais pas en parler. Le mieux est que vous veniez vous en faire une idée. J'espère bien, par mes questions, donner un aperçu de l'univers de ce cosplayer, vidéaste, mélomane, lecteur de Nietzsche et fin analyste des absurdités de la société (il en déniche qui m'étaient restées invisibles, c'est dire s'il est fort).

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    Quand à Sarujin, le stéphanois de la bande, il a fait lui aussi ses premières armes dans l'association roannaise, et se consacre désormais à son art. Comme les amis sus-cités, il s'exprime rarement sur son métier, et ce sera l'occasion d'évoquer son travail, de l'illustration pour des jeux, des couvertures de livres, chez Fleurus ou Bordas, la colorisation... J'insère ici un dessin que ce talentueux garçon avait réalisa pour me soutenir, lors de la censure de "J'habitais Roanne" par le Pays Roannais (hebdomadaire local). Une attention qui me touche toujours.

    affiche christian.jpgCe sera donc, samedi matin à 11 heures, une rencontre passionnante, la découverte d'un métier aux multiples surprises (comment modifie-t-on une bulle de manga pour la remplacer par une onomatopée allemande interminable, sans détériorer l'ambiance du dessin original, par exemple).

     

    Venez nombreux, ça en vaut vraiment la peine.