dimanche, 28 décembre 2008

Faute

Ecoutez, je suis vraiment confus. Il faut essayer de me pardonner. Merci de votre indulgence. Voilà, j'ai grande honte à l'avouer, mais bon, il se trouve qu'hier, en feuilletant par hasard mon livre, j'ai trouvé une faute ! Beuââhh ! Une faute !  Zut, flûte, chose.

Page 55 : Des divers offices (...) jaillirent un flot de blouses uniformes... Ce devrait être au singulier, n'est-ce-pas ? jaillit un flot de blouses... Je suis vraiment désolé. Comment cette erreur a-t-elle pu traverser le filtre de ma sourcilleuse écriture, le sens aigu du Français de mes lecteurs publics, naguère, l'examen pointu de mes correcteurs, l'attentive relecture de mes proches, c'est un mystère. Enfin, voilà, elle est là, bien là, fichée dans le papier comme une écharde, et j'en suis navré (au sens ancien de blessure de tournois).

A retenir pour la prochaine édition, s'il y a. Autrement, le bouche à oreilles est excellent, et les ventes se poursuivent sans ralentir.

(Et, je sais, il est bien tard pour un billet, d'habitude je poste vers 6 h 30, mais ce matin, ah, une vraie grasse matinée, nom d'une pipe.)

samedi, 27 décembre 2008

Spoiler, comme on dit

Je profite d'une petite insomnie pour dévoiler ce qui, sans doute, contribue à ne pas me laisser dormir : l'échauffement des neurones dû à la germination d'une histoire. Tandis que mon dernier roman va progressivement vers son achèvement (j’en ai encore pour deux ou trois mois, à vue de nez), et qu’il m’apparaît de plus en plus comme absolument impubliable (de mon vivant en tout cas), j’entame la préparation du prochain. C’est toujours comme ça : il faut que j’enchaîne les projets. Souvent d’ailleurs, et à cause de ce fonctionnement, un roman est motivé par une réaction à l’univers que je viens de quitter. J’ai nombre de sujets dans mes tiroirs numériques, mais celui qui vient, dimanche dernier, de s’imposer, pourrait commencer avec une phrase de ce genre, écrite sur mon calepin de moleskine, après diverses notes sur le sujet :

« Son indifférence au malheur des autres, considérée sous l’éclairage cru de sa lucidité, était telle qu’il lui arrivait d’en être sidéré. Pourtant, certains films, à force de violons et d’emphase, le menaient jusqu’aux larmes. Il avait résolu ce paradoxe maintes fois mesuré, par la conviction que les artifices de l’art avaient plus de métier –et donc étaient plus efficaces– que les artifices de la vie réelle, mais qu'ils constituaient les deux aspects d’une même pantomime, où des méchants s’acharnaient impunément sur des gentils, dont les souffrances étaient sans doute mimées, en tout cas jamais sincères. »

Sur ce, je retourne poursuivre celui qui n'est pas fini. Il faut tout de même définir des priorités dans la vie.

vendredi, 26 décembre 2008

Croisement

Chaque matin, sur le chemin du travail, je croise cette dame, un peu ronde, cheveux courts souvent teintés de cuivre. Je quitte ma lecture et nous nous sourions sur un clair « bonjour ». Nous ne nous connaissons absolument pas, je ne sais pas où elle travaille et elle ne doit pas en savoir davantage sur moi. Depuis deux ans que j’effectue ce trajet quotidien, nous nous saluons ainsi, à peu près au même endroit. Est-elle persuadée comme moi que tout contact plus approfondi rendrait cet instant moins savoureux ?

jeudi, 25 décembre 2008

Orage

Je repêche cet extrait d’un texte écrit pour un jeune photographe prometteur. Ce texte accompagne une exposition en Pologne. Il a donc été traduit, et le commanditaire a promis de me le faire entendre dans cette langue, expérience dont je m’émeus par anticipation. La série de photos est inspirée du thème de l’orage. J’ai choisi cet extrait, parce qu’il n’est pas question –frontalement- de photographie :

Bien sûr, il y a la puissance des bourrasques et la dureté pénétrante de l'eau, précipitée contre le sol depuis des abîmes qui frôlent les étoiles ; bien sûr il y a l'odeur de la terre abreuvée et les fourches éclatantes balancées d'un nuage à l'autre ; bien sûr il y a la spectaculaire démonstration de force de la nature. Mais l'orage, c'est aussi, c'est surtout, l'attente.

Le jour qui prend la teinte de l'acier, la chaleur qui tombe sur les champs et pèse sur la poitrine comme une angoisse, l'amoncellement vertigineux des vapeurs blanches, grises puis noircies, l'amollissement des pensées qui se perdent vers des ailleurs, les visages qui s'immobilisent dans la méditation. Avant l'orage, il y a l'inquiétude mais aussi l'exaltation, celles des hommes rejetés aux temps des abris précaires et des dieux impitoyables. Il y a la peur primitive d'être vulnérable. Et cela dépasse l'émotion retournée sur soi : cette suspension des certitudes se propage dans les éléments du décor. Les arbres au feuillage soudain immobile, les animaux arrêtés, disparus, réfugiés, les enfants muets, les gestes fatigués, les fauteuils abandonnés, les volets entrouverts, les murs ombrés d'une patine étrange. La lumière change de visage, les visages jettent une lumière nouvelle, faite d'ombres. Le paysage se modifie, s'imbibe de cette angoisse de fin du monde. Tout fait bloc, s'éternise, les choses, les hommes, les animaux. La pression bâillonne le temps. Enfin, dans une vaste respiration, le ciel rugit.

L'orage retourne le ventre du ciel, exhale l'âme de la terre, disperse les humains négligeables fondus dans la tourmente. Au-dessus des maisons, dans les maisons, l'œil, les regards, les arbres, la pluie, l'averse, le chœur mêlé des foudres et des femmes infimes, sur la plaine lourde de blé, le vent, les bourrasques terreuses, une griffe électrique écorche l'horizon, derrière la herse verticale de la pluie, rues et passants incertains se chevauchent. Le cœur explose, l'air se soulage, la vie crépite et hurle partout. Nous sommes au centre du temps, tout reprend sens, et l'homme est à l'écoute du pouls de la terre.

Nous avons tous connu l'orage. Mais combien d'orages ? Pourtant, dès l'enfance, la pulsion est la même, l'attente angoissée est la même, la pleine aspiration des poumons délivrés est la même. Ainsi, jusqu'à la fin des temps, il y aura cette alliance brutale de l'homme avec le ciel, cet instant de l'orage où ils se rencontrent, ce creuset où fusionnent le sublime et l'intime.

mercredi, 24 décembre 2008

Le baiser sur toutes les lèvres

Elle est la première blogueuse à l'évoquer sur le net (et elle a fait l'effort de le commander, ce que je salue bien bas). Tinou parle de mon livre ici. En attendant sa critique.

Miracle à Noël

Chaque année, à l’approche de Noël, le même miracle se reproduit. Dans la nuit, les nains de jardin se mettent à grandir, le rouge de leur bonnet déteint sur leur vêtement et ils quittent leur pelouse gelée pour grimper aux fenêtres et aux balcons où le matin les surprend et les fige. Je suis toujours très ému quand j’assiste au spectacle de ce prodige.

mardi, 23 décembre 2008

Confusion des genres

C’est un agacement déjà ancien, mais dont les accès d’adrénaline qu’il a provoqués ne s’atténuent pas. La diffusion de cette vidéo, où Gérard Longuet se gausse de Xavier Darcos, ministre de l’éducation, ravive ma colère et mon incompréhension. Darcos était venu présenter en commission un projet (de loi ? Je ne saurais le dire) pour tenter de limiter le nombre des suicides d’adolescents (dont la France a le triste record après le Japon, rappelons-le), en agissant d’abord pour les plus fragiles d’entre eux : les jeunes homosexuels. Il s’agissait de débattre de la manière dont l’encadrement enseignant pouvait apprendre aux autres élèves à mieux accepter la différence, essayer de casser le phénomène de l’homophobie, courant chez nous, et meurtrier. Et Longuet de se gausser en interrogeant ses "valeurs" (en gros : il faudrait savoir ce que l’on veut : Comment combattre la pédophilie, si l’on défend l’homosexualité ?). Ce raisonnement est d’une imbécillité et d’une pauvreté d’analyse atterrantes, le signe aussi d’une confusion des genres dont seule une pédagogie volontaire sur plusieurs générations aura peut-être raison. Je rougis de devoir rappeler que les cas de pédophilie sont le fait majoritairement d’hommes hétérosexuels, souvent pères de famille ou grand-pères (le cas le plus répandu) et que sont en jeu, non pas des stratégies de séduction entre adultes d’un même sexe, mais un besoin radical de soumission de l’autre, à qui l’on peut accessoirement imposer le secret. Je ne nie pas qu’il peut exister des cas de pédophilie infligée par un adulte homosexuel (d’ailleurs, je n’en ai pas d’exemples), mais les déterminants ne sont pas liés spécifiquement à l’orientation sexuelle.

Qu’on trouve ce genre de propos autour d’une tablée peu instruite ou au comptoir du café du coin, passons, mais qu’un membre de l’élite politique du pays, nourrisse encore cette confusion, me fout dans une colère…

lundi, 22 décembre 2008

La visiteuse du soir

Nous étions couchés, quand la sonnette a été déclenchée. Il était minuit peut-être. A l’époque, ma compagne et moi redoutions les surprises désagréables que mon ex-femme pouvait encore nous réserver. Nous avons pensé à elle. Mais mon fils, plongé alors dans une partie de je ne sais quel jeu vidéo, est venu frapper à la porte de la chambre : « Papa, il y a une dame à la porte. » Une dame. Il aurait dit « maman ». Je vais voir. Sur le seuil, à la frontière de la nuit et de la lumière du couloir, je reconnais une des clochardes qui errent dans le quartier. « Je me suis cassé la cheville. Faut m’emmener à l’hôpital ». « Casser la cheville ? Vous êtes sûre ? Vous n’auriez pas pu marcher longtemps » « J’ai trop mal, j’ai trop mal ». Je la fais asseoir et lui propose d’enlever ses chaussures pour vérifier. La cheville est légèrement enflée en effet. « Bon, je vous emmène ». Je retourne voir ma chérie et lui explique en m’habillant que, soupir, je vais emmener la dame à l’hôpital. Aux urgences, quand je me pointe, soutenant la marche douloureuse de ma blessée, le service est calme. J’avise une infirmière, j’explique, elle regarde de loin la femme assise qui patiente, visage grimaçant. « Ah ouais d’accord », dit-elle. « Vous la connaissez ? » L’infirmière se contente d’opiner, les grandes douleurs sont muettes. Je répète en résumant : « Elle a la cheville vraiment enflée ». « Oui, oui. Je sais. Chaque jour, c’est un nouveau truc. On a l’habitude. »  Je repars vitres ouvertes et retourne me coucher. Je m’endors tardivement, pas vraiment certain de ce que je viens de vivre. Le lendemain, je revois notre visiteuse assise à une terrasse de café, un plâtre jusqu’au genou. Je lui demande comment ça va. Son regard paumé me fixe, mais se perd. Elle ne me reconnaît pas. Je m’éloigne. Les bonnes actions sont gratuites, me répété-je.

dimanche, 21 décembre 2008

Aumône

« Vous êtes en voiture, monsieur ? »

Il est petit, tassé par la vie, barbu blanc, édenté, ridé et vieux comme une souche patinée, centenaire comme sont les clochards après 10 ans passés dehors. D’habitude, il pue abominablement, mais ce soir, c’est supportable. Je lui dis oui, je suis en voiture, il me demande si je peux le ramener chez lui. Il habite dans mon quartier. Ma douce n’est pas encore sortie, mais je sais qu’elle sera d’accord. Et vos affaires ? La barbe blanc gris jaune écrabouille une vingtaine de mots en cinq secondes pour me désigner l’endroit où est son carton, derrière un mur. Je vais le chercher. « C’est trop lourd » il me dit, avec un air désolé de qui n’a plus la force. Je soulève le carton. J’éclate de rire : « Mais qu’est-ce que vous avez mis dedans ? Ca pèse une tonne ! », à croire que mon vieux clodo fourre des haltères au fond du carton. L’emballage est couvert d’une sorte de blouson. Je réalise dans une respiration, que l’odeur terrible qui suffoque habituellement, quand il arrive qu’on le croise, vient notamment de ce blouson que, pour maintenir le carton, j’ai élevé juste au niveau de mon menton. En apnée, je reviens vers la voiture, accompagné par le vieux. Ma douce est là, elle comprend de suite la situation et, comme j’en étais sûr, sourit de bon cœur. Nous l’accompagnons donc, vitres ouvertes sur l’air de la nuit, que nous aspirons à goulées avides tandis que, sur la banquette arrière, notre hôte débite une logorrhée névrotique, obsessionnelle, incompréhensible. Quelques minutes plus tard, nous voici à bon port. Je reprends le carton tandis que le vieux descend. Il voudrait nous inviter à manger. Nous déclinons l’offre. Il veut me payer pour le déplacement. Je proteste. Il insiste, met la main à la poche et déclare soudain : « Je vais vous donner un secret. Attention, c’est de la valeur. » « Non, non, pas question, surtout si ça a de la valeur, gardez votre… » et là, il me fourre une pièce dans la main. Je regarde, déjà confus de ma faiblesse. C’est une pièce étrange, dorée, assez large. Dans la pénombre, je comprends qu’il ne s’agit pas d’une pièce courante. «Reprenez ça », il ne veut pas, est déjà cinq mètres plus loin « C’est de la valeur, c’est de la valeur », il répète. Il revient à son idée première : « Faudra que je vous invite, pour vous remercier », et puis il pousse son carton dans l’ouverture de la porte cochère où il demeure, et disparaît.

Dans la voiture, puis à la maison, nous regardons son cadeau. Une pièce que je ne peux que supposer chinoise. D’où vient-elle, comment lui est-elle parvenue ? J’imagine que pour lui, c’est effectivement une sorte de trésor. La prochaine fois, à condition qu’il soit assez « clair » pour ça, il faut absolument que je le lui demande.

samedi, 20 décembre 2008

Injuried

Marche plus vite, connard !

L’invective est lancée depuis la vitre ouverte d’une voiture qui passe. J’ai le temps de lever le regard et de découvrir un joli minois de jeune femme, hilare, à l’unisson des autres passagers dont je devine la présence à l’arrière, sous la forme d’épaules et de têtes sombres qui tressautent. C’était purement gratuit et inoffensif, bien sûr, et pas dirigé spécialement contre ma petite personne. J’ai pourtant ressenti la brûlure de l’humiliation, quoique brièvement, et j’essaie de me raisonner. Ce n’est rien, c’est idiot, un truc de gamins. N’empêche. Je me demande ce que j’ai fait pour provoquer cette insulte. Et puis je repense au livre (« l’Amant des morts », Mathieu Riboulet, couverture orange) que je tiens en main. « Connard » ? Ben oui. Je ne pouvais être qu’un de ces intellectuels, un peu pédé sûrement, un peu marginal, jamais satisfait de rien, un de ceux qui se prennent la tête sur des machineries inutiles, imbus d’eux-mêmes, un de ces intellos qu’on moque à la récré, qu’on évite dans les soirées, à qui on passe la bite au cirage à l’armée. J’ai poursuivi mon chemin en serrant le livre plus fort contre moi.

 

(à propos du titre : ne vous inquiétez pas, je sais que "injuried" ne signifie pas "injurié", mais je suis sûr que vous aurez compris)

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