dimanche, 30 novembre 2008

Tout premier roman

J’étais un gamin bizarre, moitié barbare, moitié bonze, lecteur de Hugo et de Rahan. J’avais quoi, douze - treize ans ? Des histoires me sortaient des mains à jets continus et se répandaient sur le papier dans une logorrhée inextinguible sous la forme de grands poèmes en alexandrins (coucou « la légende des siècles ») ou de bande-dessinées (influences trop nombreuses pour les résumer là). En été, mon père lisait le soir ma production écrite ou dessinée de la journée. Je l’entendais rire à travers la paroi de la chambre. Ma mère lisait volontiers mes petits machins, elle aussi. Tous les deux n’ont jamais eu besoin de m’encourager : produire des histoires était dans ma nature. Vers cet âge, j’ai voulu écrire un roman d’aventures. Une histoire de Yéti, qui venait enquiquiner des alpinistes, pourtant pas méchants. L’histoire se passait sur le Kilimandjaro, et j’avançais bravement dans l’intrigue, quand je me suis inquiété de vérifier quelques informations -sur le Kilimandjaro d’une part, et sur le yéti d’autre part. Je découvre alors que le yéti hante l’Himalaya, qui n’est pas du tout situé en Afrique. Qu’à cela ne tienne : mon yéti prend une belle couleur verte, et devient une espèce endémique au Kenya, et allez me prouver le contraire. Je suis arrivé au bout du récit en une grosse journée (nous sommes d’accord, c’était une nouvelle, mais à mon âge, l’effet de ces dizaines de feuilles noircies…). Et j’ai enchaîné sur une nouvelle aventure de mes héros, intitulée « la mer bouillante » (je sais, je sais) dans laquelle un équipage façon Cousteau part étudier de formidables phénomènes volcaniques. Quand mon père arriva au passage où la coque de métal du bateau se met à fondre à cause de l’activité volcanique sous-marine, il se permit de me dire que c’était tout de même un peu dur à avaler. Après réflexion, j’admis qu’il avait raison. Et je dus reprendre un long passage, le rendant nettement moins spectaculaire. La mer se contentait soudain de faire des grosses bulles, et soulevait des quantités de poissons morts à la surface.

Maintenant, je me renseigne avant d’écrire. Plus jeune tu commenceras, plus tôt tu apprendras.

 

samedi, 29 novembre 2008

Pression sur la presse /2

Notre pays était celui des droits de l'homme. Et voici où nous en sommes :

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/11/29/journali...

Pressé

Parler aux journalistes. Sur Roanne, cela signifie peu ou prou, parler avec des amis ou des connaissances. Première expérience avec un rédacteur du bulletin municipal. Un ami. Comme j’en ai pris l’habitude chaque fois que j’en parle, j’évoque BdlN (puisqu’il s’agit de poursuivre notre chronique de l’édition, presque au jour le jour), en parlant de la difficulté particulière de ce texte. Je me répands en considérations sur la dureté du fond, l’âpreté de la forme, cette idée d’une écriture faite pour « décourager » le lecteur. Des choses qui fonctionnent bien à l’oral, qui restituent la manière dont j’ai conçu les choses. Le problème est que, restitués noir sur blanc, dans l’espace réduit d’un article, ces propos prennent un relief assez inattendu (le comble pour un auteur, de découvrir que les mots ont un poids).

A la lecture de l’article, ma douce pâlit : c’est catastrophique. Personne ne peut avoir envie de lire un livre présenté de façon aussi négative. On dirait un sabotage. Pourtant, le rédacteur ne m’a pas trahi : tout est là, les expressions sont justes, l’intention était la mienne. Je ne peux m’en prendre qu’à moi. Que va dire l’éditeur quand il va découvrir cet article, le premier sur le livre, qui le présente simplement comme un texte insupportable ?

De mon côté, désormais, je vais m’entraîner à parler –au moins- de l’écriture sous un aspect plus engageant. Pour le thème (un fonctionnaire devenu tortionnaire) je ne vois pas bien ce que je peux faire, en revanche.

Ce matin, une autre interview a eue lieu, pour un journal local. Mardi 2 décembre à 9 heures, un autre journal, et à 11 heures une radio (je vous dis tout). J.P. Péju a évoqué la possibilité d’un passage à France 3. Curieusement, je suis plus serein avec la télé, surtout pour des formats courts, en général réalisés dans les conditions du direct. Je dis peu de choses, et je contrôle ce que je dis. A l’époque du festival de la SF, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de répondre ainsi, et j’étais déraisonnablement tranquille. L’enjeu n’était pas le même, aussi.

vendredi, 28 novembre 2008

Baiser en ligne

Voilà, il est désormais possible de commander "le Baiser de la Nourrice" à partir du site des éditions Jean-Pierre Huguet :

http://www.editionhuguet.com/

Aller dans "collections", puis "les soeurs océanes".

De confiance

Vu l'autre jour en DVD (du coup, l'appellation "Cinéma" pour cette rubrique est assez spécieuse, mais tant pis), "Deux jours à tuer" de Jean Becker et avec Albert Dupontel. Film sans grand intérêt, mais qui m'amène à parler de confiance.

Dupontel, très vite déplacé de ses stands up qui agaçaient les bien-pensants critiques de Télérama, toujours prompts à déceler racisme, antisémitisme dans les propos les plus second degré, et après quelques court-métrages, avait entamé une carrière d'auteur de films "en marge" avec "Bernie". Film fort, irritant, décalé, brutal. Un autre film, "Le créateur" 'avec Terry Jones dans le rôle de Dieu, était un de ces hymnes jubilatoires et décalés dont le cinoche nananère a bien besoin de temps en temps. Dans les rôles qu'il choisit, pour un cinéma plus conventionnel, Dupontel fait souvent preuve d'un goût sûr. Bref, j'aime bien Dupontel. Avec lui, je marche à la confiance. Donc, n'ayant pu voir "Deux jours à tuer" en salle pour raison de boycottage du multiplexe où il est passé, j'achète le DVD du film. De confiance, sans m'interroger sur le nom du réalisateur, dont je n'ai rien vu jusque là*. Le propos (un type qui craque, envoie promener famille et amis et se barre de chez lui), cautionné par la présence de l'acteur, me suffisent.

"Deux jours en été", après un début assez jouissif et destructeur, se transforme en mélo insupportable et caricatural comme un dernier paragraphe de nouvelle policière, quand l'auteur tient absolument à caser la "révélation" censée mettre le lecteur sur le cul. Film autodétruit, curieux métissage de cynisme et de mièvrerie, le film de Becker n'est ni satyrique ni émouvant, du coup. Il échoue sur ces deux tableaux.

Enfin -attention : je dévoile ici un ressort essentiel de l'intrigue- quand on apprend que Dupontel s'est fâché avec tout le monde (ses clients : il travaille dans la pub (très original), sa belle-mère est une garce qui terrorise son mari, ses amis sont des petit-bourgeois satisfaits et avides) pour partir, mourir auprès de son père, sans qu'on le regrette, quelque chose cloche a posteriori : le problème est qu'il a bien dit leurs vérités à chacun, dans une scène explosive (mais désamorcée du coup, puisque donnée ensuite comme une manoeuvre). Il a dit la vérité, mais c'était triché, insincère, calculé, ce qui signifie qu'il est du même monde, aussi cynique et amoureux de l'argent que les autres. Tout ça pour ensuite, quand la rupture est consommée, avouer la vérité à son père, et lui demander d'aller dire à sa femme, dès sa mort, qu'il l'aimait comme un fou. C'est nul. Niveau Alexandre Jardin et consorts.

Dupontel, tu m'as déçu. Becker, je ne te connais pas*, et tant mieux.

 

* Mais si, bien sûr, c'est le réalisateur de "l'été meurtrier", mince, pas de bol, pas tombé sur le bon scénario. Dur, ce métier.

jeudi, 27 novembre 2008

Vieux et séniors

Le politiquement correct a préféré le mot « sénior » au mot « vieux », pour parler de nos anciens (enfin, de nous-mêmes plus tard, il faut le garder présent à l'esprit), « vieux » étant suspect, brusquement, de dévaloriser le fait de ne plus être jeune. Cette subtilisation est pourtant perverse. Le latin avait deux manières de dire « personne âgée » : vetus et senex. Mais si le premier qualifia d'abord le vin de l'année précédente et, plus tard, vetulus, qui désigne simplement le vieux –dérivé en veteranus, le vétéran (et peut-être encore veterina, la bête de somme, trop vieille pour la guerre, d'où vétérinaire)– le second, dont on a retenu le comparatif senior (le plus vieux) pour nommer nos grands-parents, a aussi accouché de sénile et sénilité, de sénescence et, accessoirement, de Sénat. Je ne suis donc pas certain que « sénior » soit plus courtois que « vieux ». Mais les mystères du politiquement correct...

mardi, 25 novembre 2008

Adrénaline

Il la fallait, elle était nécessaire, que serait une opération menée sans brutal suspens à la fin, sans montée subite d'adrénaline ?

Samedi était le jour de réception du BAT (Bon à Tirer), ultime étape avant l'impression. Le moment des dernières corrections, où l'on ne débusque pratiquement plus aucune faute, tant elles ont été chassées dans les séances de lecture préparatoires.

Je reçois donc la maquette au format pdf et là, dequoidequ'estcequemaperçois-je ? la maquette a été montée avec une version non-corrigée du texte. Je bondis sauvagement sur le téléphone pour joindre Jean-patrick. Nous vérifions ensemble : c'est bien la version corrigée qu'il a fait parvenir à l'imprimeur. En fait, une toute première version avait été envoyée, dès septembre, pour que l'éditeur se "fasse une idée". c'est cette version retravaillée chez l'imprimeur (c'est-à-dire débarrassée des coquilles typographiques) qui avait été utilisée.

Comment ai-je reconnu la mauvaise version ? Vous vous souvenez peut-être du changement de nom du personnage principal ? Azer devenu Azert ? Dans la version que j'avais sous les yeux, c'est ce bon vieux Azer qui, dès la première page, lustrait ses chaussures.

Tout est rentré dans l'ordre, nouveau point avec Jean-Patrick samedi, relectures samedi et dimanche à la maison... C'est reparti !

Plus que quelques jours.

lundi, 24 novembre 2008

Pression sur la presse

Avant les élections, je vous avais prévenus. Maintenant...

http://www.rue89.com/2008/11/24/journaliste-en-france-un-...

Ecrire, avec quoi ?

Une question, une remarque, plutôt, lancée vers moi avec parfois une lueur menaçante dans le regard : "Tu écris à la main ou sur l'ordinateur ?". C'est que le clavier est suspect de je ne sais quelle absorption d'âme ou de talent, suspect surtout de faciliter l'accouchement de l'oeuvre. La question pourtant, ne se pose pas, si l'on avoue écrire à la main, de connaître l'expédient : stylo encre ou plume d'oie sur parchemin. Ce n'est pourtant pas une question vraiment idiote, parce que, selon son degré de concentration, il peut exister une différence entre les deux écritures. Mais croire qu'il existe un "style" tapé à la machine et un "style" écrit manuellement est une erreur grossière.

Mon premier roman, "A la Droite du Diable" fut à moins de la moitié écrit à la main. C'était avant l'ordinateur. Quand l'informatique arriva dans mon métier, je repris mes pages manuscrites, chaque jour entre midi et deux, et les saisis sur écran. La femme d'un ami m'aida aussi, et le retard sur ce qui suivait fut rattrapé. Plus tard, l'écriture s'est poursuivie directement sur l'ordinateur. Je retravaille beaucoup mes textes, reviens sans arrêt sur les parties déjà écrites, relis sans cesse. Aujourd'hui, impossible de distinguer ce qui fut écrit à la main et ce qui fut produit au clavier. Je peux donc témoigner que les deux formes sont pareillement valables. Depuis, j'écris exclusivement sur ordinateur, y compris les lettres très sensibles, adressées à mes chers amis. Avec un préambule, pour les béotiens, où je présente ce choix comme un effet de ma gentillesse pour "épargner le déchiffrage de ma tortueuse graphie". On m'a compris, jusque là.

Il n'y a bien que pour une certaine lettre de déclaration que, tout de même, j'ai repris la plume et le papier. Ma douce, qui partage depuis ma vie, m'a dit que j'avais été bien inspiré de procéder ainsi.

dimanche, 23 novembre 2008

La bonne longueur

Un roman, pour la plupart des gens, est d'abord constitué d'un nombre respectable de pages, en tout cas, un volume en deçà duquel ils ont le sentiment d'une tromperie. Ce n'est pas faux, ce n'est pas vrai. Il existe des subtilités. Dans la postface de "différentes saisons", Stephen King propose de définir la distinction par un mode de calcul simple : au dessus de 40 000 mots, c'est un roman ; en dessous de 20 000 mots, c'est une nouvelle ; entre 20 000 et 40 000 mots, c'est "autre chose", un texte entre les deux, longue nouvelle, court roman.

Le Baiser de la Nourrice, passe limite la barre en dessous de cette norme : le texte affiche 38 200 mots et des bananes. J'ai envie de dire que, malgré cela, on a tout de même affaire à un roman. La forme, le principe, la langue, le développement de l'histoire, le récit fictionnel, sont dans la tradition du roman, mais c'est un roman court, je l'admets. La mode est d'ailleurs aux textes courts, me dit ma chérie libraire. Cependant, j'ai de "vrais" romans dans ma besace. A la Droite du Diable culmine à plus de 111 000 mots. Jean F et Ce que Mica savait des hommes avoisinent les 80 000. Mon roman en cours, Le psychopompe, totalise déjà près de 60 000 mots, je pense qu'il rejoindra les deux exemples précédents. C'est une définition un peu basique (bien dans la simplicité de King, diront les mauvaises langues, et ceux qui se pincent le nez, en général, au dessus de la littérature populaire), mais cette possibilité d'encadrer un phénomène littéraire par une mesure quantifiable me convient.

Pierre Michon, dans "Le roi vient quand il veut", parle du roman et de son foisonnement maladif, ces digressions qui en font un objet littéraire alourdi souvent. Il se méfie de l'inclination de certains auteurs à rallonger la sauce. Ses romans sont longuement mûris, réfléchis, alimentés par une documentation éventuellement, grandement assimilée. Enfin, il se lance dans une écriture rapide, concentrée, d'un souffle. Dans de telles conditions, le texte qui résulte ne peut pas être digressif. En lisant l'interview récente de Michon à ce sujet, je me suis aperçu que c'est ainsi que "le baiser" avait été écrit : d'un élan, en quelques mois (un bon élan quand même), concentré sur un sujet (malgré tout enrichi en cours d'écriture). Et c'est un livre très différent des autres. D'abord, je le voulais ainsi, comme un défi littéraire personnel.

Les autres romans, je les prépare moins, mais j'en préserve le feu plus longtemps, je souffle sur les braises, la chaleur entretenue alimente une flamme sur plus d'un an, parfois plus de deux ou trois. Le roman que je suis en train d'écrire sera achevé en mars 2009, selon mes prévisions. Ensuite, je retravaille un texte court, bizarre, radical, mais fait pour être repris en plusieurs étapes. Je devrais le finir en septembre prochain, dans des conditions très particulières que je vous livrerai alors. Ensuite...

 Ensuite, mon rêve depuis longtemps, est d'écrire un énorme énorme roman historique. Mais voilà, j'en suis épuisé par avance. C'est pas bien, hein ?

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