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mercredi, 31 octobre 2007

Incinéré ou enterré ?

Je suis depuis longtemps partisan de l'incinération des corps (après la mort, je souligne : on ne sait jamais. Qu'on ne me prête pas d'intentions malsaines), comme beaucoup d'entre nous. Une certaine poésie de la dispersion des cendres, une humilité en réaction à la prétention de corps qu'on essaie de conserver relativement intègres le plus longtemps possible, l'argument humaniste de "laisser la place pour les vivants", tout cela entrait dans mes convictions.

Depuis peu, je m'interroge. Non pas que mon avis ait changé quant aux critères ci-dessus, mais un fait majeur a imposé que je revisite ces certitudes : le réchauffement climatique. Soudaine considération d'effets et cause sans doute disproportionnée, mais je me demande aujourd'hui s'il n'est pas extrêmement vaniteux de faire consommer X litres de carburant pour satisfaire une vision surtout romantique, dont je n'aurais manifestement plus rien à cirer à l'heure de l'opération.

Il faut beaucoup d'énergie pour faire brûler un corps (relativement gras qui plus est, si je poursuis pendant les années qui me restent à vivre, ma déplorable tendance à l'embonpoint que seule ma compagne trouve à peu près seyante), aucune pour enterrer un corps. Pour la place, il se trouve que dans mon cas particulier, ma famille bénéficie d'un caveau. On me fera donc une petite place auprès de mes aïeux. Je promets de ne pas exiger de mausolée. Mon enterrement n'empiètera donc pas sur le domaine des vivants plus qu'une incinération.

J'en suis là de mes réflexions. Je me laisse du temps pour me décider. Disons jusqu'à ma mort. Je vais tâcher d'avoir un témoin lors de mon dernier souffle, si jamais je suis enfin déterminé : "En terre... AArgfh."

mardi, 30 octobre 2007

Premiers retours des éditeurs

Premier retour d'UN éditeur, plus précisément.

J'avais dit que je vous tiendrais au courant. Retour de chez Grasset ; négatif bien sûr. La lettre habituelle "votre livre ne correspond pas à notre ligne éditoriale", réponse faite en tel nombre qu'ils ne se donnent même plus la peine d'insérer le titre du bouquin dans un espace préparé à cet effet. Normal, je connais. Ma douce était très déçue. Ce qui m'a fait rire "Faudra t'habituer, parce que ce n'est qu'un début." En tout cas, ça me donnera le sujet d'autant de billets de Kronix, pour tenir ma promesse.

Allez, on passe à autre chose.

Grenelle de l'environnement

Une insomnie, et je me retrouve à écouter les discours de Sarko.

Quand il fait un truc bien, j'ai toujours été d'accord pour le saluer. Je le salue : discours de conclusion après le fameux "grenelle de l'environnement".

Cela dit, il y a des choses... Quand il parle de ne coller les éoliennes que sur les friches industrielles... je pouffe devant pareille aberration (il y a déjà si peu de "couloirs" de vent utilisables en France ; trouver pile une friche sur le passage...) ; quand il postule l'équivalence d'investissement dans la recherche entre nucléaire et énergie renouvelable "1 euro pour le nucléaire, 1 euro pour les énergies renouvelables", alors qu'un retard énorme a été pris dans la recherche des deuxièmes... Je pouffe aussi.

Sur les OGM aussi, je ne suis pas sûr qu'il parvienne à résoudre les contradictions entre principe de précaution et directives européennes. Quant à la baisse de la facture énergérique de 40 % pour les ménages d'ici 2020... C'est dit sans tenir compte des privatisations en chaîne que Sarko prône par ailleurs.

Mais, à part ça... un bon point. Sincèrement.

lundi, 29 octobre 2007

Vous reprendrez un peu de dégoût ?

http://sanspapiers.blogs.liberation.fr/sans_papiers/2007/...

 

Paranoïd Park

de Gus Van Sant

8a06e06a1910230146d98423006c1863.jpgOn a beaucoup glosé sur la capacité du réalisateur d'Elephant à explorer la psychologie de l'adolescence. Mais dans Elephant, la forme sophistiquée du récit établissait comme un exercice parallèle, presque manifeste, de l'argument dramatique qui lui servait de support.

Il m'a semblé que Paranoïd Park était la version affinée et aboutie -mais aussi finalement plus sincère- d'Elephant. La maîtrise formidable, l'élégance de la forme, sont à l'exact unisson du sujet et de l'interprétation. L'isolement cotonneux de l'adolescence est traduit par quantité de moyens formels (profondeur de champ, ralentis, bande-son, trucages...) qui sollicitent plus que les souvenirs : les sensations de ce temps de nos vies. Comment est-il perçu par les adolescents eux-mêmes ? J'ai entendu des rires gênés dans la salle, venus des rangs où s'étaient installés justement les clones des acteurs à l'écran, et quand les lumières de la salle se sont rallumées, quelques échanges décontenancés sur la morale douteuse de la fin (formatés comme ils sont, il leur fallait une résolution coutumière : l'arrestation du meurtrier. Car il s'agit accessoirement d'un polar). C'est une erreur de croire que Paranoïd Park est adressé à ce public.

 

dimanche, 28 octobre 2007

Les amours d'Astrée et de Céladon

d'Eric Rohmer

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Rohmer connaît les principes de l'envoûtement. C'est patent dans chacun de ses films ; Rohmer est un sorcier. Chaque fois, la magie opère : toujours, une image, un plan, un moment parvient à faire oublier ce que, dans notre inculture cinéphilique, nous prenons abusivement pour des faiblesses, habitués à l'efficacité que nous sommes. Rohmer n'est pas efficace, il se balade dans son oeuvre, filme placidement les drames et les bonheurs, sans s'émouvoir, et sans nous demander si ça nous plaît.

Ainsi, tente-t-il peut-être, avec l'Astrée, de récidiver l'exploit de nous plonger dans l'univers d'une littérature méconnue, comme il le fit avec Perceval le Gallois (Luchini à ses débuts, grotesque et subtil à la fois), et, comme toujours avec Rohmer*, malgré la pauvreté de moyens, l'indigence des décors, le professionalisme bridé des acteurs, la terne sobriété des plans, le ridicule antédiluvien des situations, le raccourci opéré dans l'oeuvre monumentale d'Honoré d'Urfé, l'absence de rythme), on se prend au jeu et l'histoire se met à fonctionner, à suivre son flux naturel. En l'occurence, on suit les aventures absurdes de Céladon. C'est peu dire que les engagements et la vision de l'amour ont changé depuis Honoré d'Urfé. Le décalage est énorme, et je dois dire qu'on pouffe. On pouffe beaucoup. On en a marre de pouffer, parfois. Mais Rohmer n'a pas cherché à être plus malin que l'original, il a imposé le premier degré. Céladon et l'Astrée sont un peu cons ? Ben oui, c'est la façon précieuse et baroque (le XVIIè) de voir l'innocence de l'amour, alors...

Cependant, tout de même, refaire deux ou trois plans manifestement ratés (les "nymphes" qui descendent un talus en regardant obstinément où elles mettent les pieds pour ne pas s'entraver dans leur jupe, une robe qui se soulève laissant apparaître une grosse culotte noire de maintien...) n'aurait pas nui à la tenue de l'ensemble.

Enfin, on aura noté le visage remarquablement beau d'Andy Gillet (Céladon).

Kronix ne reculant devant aucun sacrifice vous offre (mais oui), LE NUMERO DE TELEPHONE DE L'ACTEUR : 01.43.17.33.00. Alors les filles, on dit merci qui ?

 

* (excepté la marquise d'O)

samedi, 27 octobre 2007

06, et après...

Un de mes potes recevait sur la messagerie de son nouveau portable (anonyme longtemps, il ne s'était pas occupé de la personnaliser, ce qui donnait : "Orange sfr, bonjour, vos êtes en relation avec le répondeur du 06..."), la logorrhée exutoire d'une femme inconnue, l'accusant d'être le dernier des salauds et de s'être barré lâchement, suivaient en général toutes sortes de vociférations qui saturaient le haut-parleur. Il s'empressa de personnaliser sa messagerie, en énonçant clairement son nom, de façon à avertir toute méprise. Ce qui fut efficace.

L'autre jour, souhaitant dire mon soutien à un ami dont un parent venait de disparaître, j'appelle sur son portable, laisse un long message pathétique et affectueux. Le soir-même, ma compagne cite par hasard le numéro de l'ami en question : nos agendas différaient. On avait donné l'ancien numéro de mon ami à quelqu'un d'autre qui, hier, dut être très surpris qu'on lui apprenne la mort d'un parent, et qu'on lui exprime des condoléances attendries.

Il devrait y avoir un système prévenant des changements d'attribution des numéros de portable, changements tellement plus fréquents et rapides que pour les fixes. Les modalités sont à inventer, mais ça éviterait ce genre de mésaventure. Je dis ça...

vendredi, 26 octobre 2007

le baiser de la mort

Vite passée dans le fourmillement médiatique -mais néanmoins assez largement relayée- cette information, ce fait divers qui fustigea une visiteuse de musée à Avignon, artiste elle-même, tellement enamourée d'un tableau de Twombly, qu'elle y posa les lèvres.

Une trace de rouge à lèvres, le peintre s'est dit "horrifié" (connard), et voici un procès exemplaire.

Je travaille dans un musée, au contact permanent des oeuvres. Je peux vous dire qu'une telle agression, immédiatement repérée, vite nettoyée par un restaurateur, malgré la nocivité des graisses qui constituent le rouge à lèvres, n'a rien de catastrophique.

La vandale va sûrement (je n'ai pas suivi l'affaire jusqu'au bout) écoper d'une méchante amende. L'exemplarité, toujours.

J'ai pour ma part toujours en tête la destruction par des paysans enragés du parlement de Bretagne en 1994. Une merveille architecturale, avec ses tableaux, ses tapisseries (la plupart sauvées mais tout de même...), des sculptures, ses plafonds, ses ors... Un procès ? On cherche les coupables ? Non. Et notre hyperprésident -à l'époque où il ne traitait pas encore les bretons de connards- qui s'empresse même de bénir les incendiaires, en disant qu'il les comprend. Il n'a jamais compris la colère des pyromanes de banlieue, par contre.

Je ne m'énerve pas, j'explique.

mercredi, 24 octobre 2007

Quel Môquet ?

Grâce à contre-journal, la mise en ligne de ce petit poème de Guy Môquet, trouvé sur lui le jour de son arrestation. A votre avis, pourquoi Sarko n'a-t-il pas demandé plutôt qu'on lise celui-ci à l'école ?  

« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice
 

Et aussi, pour mieux comprendre comment Sarko utilise l'histoire en la pervertissant : http://cvuh.free.fr/spip.php?article82, comment se discours sont une déclinaison des fantasmes barrésiens où l'instinct du peuple est une protection contre le défaitisme des intellectuels (l'intellectuel : figure en pointe de la représentation du mal, déjà bien exploitée par Raffarin), comment enfin Sarko s'inscrit dans la ligne réthorique de la droite nationaliste la plus dure, celle de Vichy.

Et toujours la nausée...

(extrait d'un communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme - Limoges) 

Mercredi 17 octobre 2007, le Réseau Education Sans Frontières de Haute Vienne organisait une conférence de presse à la Maison des Droits de l’Homme de Limoges. Il s’agissait de dénoncer l’indignité à laquelle en ont été réduite des jeunes filles obligées de se soumettre à un examen de puberté.

Depuis plusieurs années, les autorités administratives et judiciaires avaient pris pour habitude de présumer coupables des jeunes étrangers arrivant à Limoges et en possession d’un titre d’état civil indiquant un age inférieur à 18 ans. Ainsi le parquet de Limoges décidait d’utiliser des compétences médicales en astreignant ces jeunes mineurs à devoir passer une radio des os. A plusieurs reprises, des jeunes mineurs ont été poursuivis pour faux et usage de faux avec pour seule pièce à l’appui, le rapport d’un médecin concluant que la personne était probablement majeure.

Cependant, plusieurs fois, le Tribunal de Grande Instance de Limoges et la Cour d’Appel ont renvoyé les autorités locales dans les cordes en se déclarant incompétents. Par cette prise de position, ils ont clairement signifié que les tests osseux, avec une marge d’incertitude qui peut atteindre les 18 mois, ne permettaient pas d’établir juridiquement l’âge de la personne.

Loin d’avoir renoncé, dans ce harcèlement judiciaire, la justice n’hésite plus depuis quelque mois à demander à un médecin de procéder à un examen de puberté pour tenter d’établir l’âge de la personne. Il faut imaginer la situation subie par ces deux jeunes filles à Limoges en étant contraintes à un examen dont le seul but était d’établir un rapport médical destiné aux juges. Il faut dire que les éléments figurant dans le rapport comme la description du "système pileux" ou du "sexe" constituent plus un outrage voire une humiliation pour la personne jugée qu’un élément judiciaire probant.

Ces faits sont aussi à remettre dans le contexte actuel où le gouvernement tente de faire adopter un texte de loi sur les tests ADN. Tout cela s’inscrit dans des pratiques qui visent de plus en plus à instrumentaliser les techniques de la médecine pour en faire des armes contre les êtres humains. On peut surtout s’inquiéter que le rejet de l’étranger se traduise ainsi dans les faits.

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